Scott Pilgrim (Scott Pilgrim vs. the World) (2010) d'Edgar Wright
Adaptation survitaminée du comic book du même nom qui a des allures de comic strip moderne - cheeba, pop, tcha, wizz... Au niveau du montage on peut dire que ça dépote même si après les deux-trois premiers combats de notre homme (Michael Cera Vs. les ex de sa petite amie aux cheveux aux couleurs de l'arc-en-ciel, suivant les humeurs), on est rapidement un peu las - comme un jeu vidéo, justement : après avoir dézingué en à peine une heure la moitié de l'humanité en appuyant sur un bouton, le pouce fatigue grave. C'est l'éternel thème des comédies américaines actuelles - trop dur l'amour quand on est jeune -, traité ici avec un décalage voire une pointe d'absurdité qui peut parfois faire mouche (la chanson "Ramona" m'a plié en deux) mais le film possède un côté cucul-la-praline qui atteint quand même souvent des sommets - au niveau psychologique, on est plus dans du 12-13 ans que dans du vingt-cinq, voyez, ce qui laisse une sacrée marge. On veut bien jouer le jeu de Wright, au départ, en pénétrant de plain-pied dans cette culture popo-nintendo-ado, on est même prêt à se montrer beau joueur en ayant un petit rictus amusé devant certaines de ces répliques mièvrissimes, mais comme me disait ma femme alors que le générique de fin venait enfin de tomber : on fait vraiment des films maintenant, avec un peu n'importe quoi. J'ai acquiescé mollement, surtout fier, dans l'histoire, de ne pas avoir fermé l'oeil en cours de route, alors que j'en étais encore à digérer les quelques hectolitres de rhum de ces dernières journées festives. Ce qui est bien avec ce genre de film c'est que même totalement débranché, le cerveau peut suivre ; un des must de la production ricaine (tournée au Canada par un réalisateur anglais) en 2010 ? Ouais, ça veut tout dire...
Hot Fuzz (2007) d'Edgar Wright
Wright et Pegg s'assemblent à nouveau pour réaliser une nouvelle tuerie après l'excellente parodie Shaun of the Dead. Cette fois, il s'attaque au film policier (bon les références ciné c'est plus Breaking point, Bad Boys 2 voire Scream que Melville) et on peut dire que ça déménage sa mère.
L'officier Nicholas Angel a un parcours de premier ordre : il est d'ailleurs 400% plus efficace que la plupart de ses collègues et pour le remercier il est nommé sergent... dans un bled - ben ouais parce qu'il fout quand même un peu la honte aux autres... Pas de bol Sandford est une ville modèle, ultra calme, avec aucun délit depuis des lustres et ce super flic super entraîné risque de trouver le temps très long... Mais cela ne va point durer car même si 5
meurtres sont déguisés en accident, le Nicholas garde l'oeil ouvert : la ville cache en effet beaucoup de secrets. Buddy movie de base (Simon Pegg refait équipe avec le gros Nick Frost, toujours là pour faire une bourde) avec des dialogues qui fusent, un rythme ultra soutenu de bout en bout avec moult effets aussi bien sonores que dans le montage et 30 dernières minutes sous troxène (on retrouve un massacre dans un pub agrémenté cette fois-ci d'un autre massacre dans un supermarché)- oui c'est un film d'action, po de doute. Enorme succès d'ores et déjà outre-Atlantique, ça débarque en France en juillet et ça respire le film d'une fin de soirée d'été à la cool. Ca vous flinguera pas de cellules grises, mais la marchandise est loin d'être avariée. (Shang - 18/05/07)
Je surprends mon camarade en flagrant défaut de cinéphilie aigüe : si les références nommées sont effectivement Break Point et Bad Boys 2, il y en a d'autrement plus attachantes mais plus dissimulées. Le final copie presque plan par plan (mais sur un rythme effréné) le High Plains Drifter d'Eastwood (le cheval blanc, les dialogues, la peinture rouge disribuée aux mômes, les inserts sur la consternation des villageois au retour du "fantôme"), en le mêlant à d'autres grands morceaux de bravoure du gars Clint, Pale Rider ou In the Line of Fire. C'était juste pour mettre un peu la honte à Shang.
Ceci dit, même plaisir que lui à la vision de ce film vidage-de-cervelle d'une belle efficacité, franchement drôle et fin sous des dehors de blockbuster pour ados avides de pizzas. Bon, la mise en scène est souvent fatigante, 437 plans/seconde dès que l'action s'emballe, scènes de bagarres incompréhensibles, utilisation trop systématique d'effets sonores et d'allusions cinéphilique genre
série B qui finissent par brouiller les pistes, ton un peu impersonnel de l'ensemble ; on ressort de la longue séquence finale avec un mal de tête qui menace et l'impression d'avoir vu une bande-annonce de 30 minutes. Mais côté scénario, c'est nickel, et c'est même miraculeusement nickel, tant les pièges sont nombreux : les personnages sont hyper-caricaturaux mais pourtant très bien dessinés, on n'a pas l'impression d'assister à une BD filmée ou à un défilé de pantins (de ce côté-là, ça m'a quand même fait penser parfois à Delicatessen, ce qui sous ma plume n'est pas une qualité) ; les gags sont d'une lourdeur totale et pourtant ils font mouche ; et l'histoire générale est vraiment bien menée et inventive. Wright construit pendant une heure un faisceau de détails a priori innocents pour mieux les pulvériser dans le deuxième heure, tout le décorum du début trouvant son utilité dans l'enchaînement final. Soyez attentifs, donc, à chaque petit élément.
Bon certes, on apprend moins de choses que dans "Le Dessous des Cartes" sur Arte, mais le fait est que c'est aussi un poil plus amusant. Un film pour le fun, pourquoi pas entre deux Garrel ? (Gols - 05/06/08)
Shaun of the Dead d'Edgar Wright - 2004
Shaun of the dead met en scène deux bons vieux potes plutôt losers (les hommes en général, quoi) face à des monceaux de morts-vivants. Le couple formé par Simon Pegg et Nick Frost fonctionne parfaitement et le film est loin de se foutre du spectateur - scènes de comédie au-dessus du niveau, progression dramatique très honnête, clin d'oeil cinéphilique à la cool (de Reservoir Dogs à Voyage au bout de l'enfer entre autres...). Petit film sympa aux ef
fets soignés, cela faisait bien longtemps que le cinéma anglais ne nous avait point fait une telle surprise. Certes on se tape encore une B.O très fortement mâtinée années 80, certes à part la Playstation et le Pub on se demande ce que foutent les Anglais, mais l'absence de toute prétention et la constante recherche d'une ironie assez fine font du film une petite chose presque touchante. Et puis ça charcle en plus pas mal, les zombies ayant droit à leur lot de coups sur la tronche (dans le désordre: batte de criquet, disques (de Sade, c'est pas grave non plus), queues de billard, balles de Winchester, cocktail Molotov,...). Le genre de film réussi de vidéoclub - ou de samedi soir, ne soyons pas chien- comme on ne sait plus en faire. (Shang - 08/10/06)
Mouais... Je trouve mon camarade bien gentil avec ce film tout juste potable, rarement drôle et très beauf finalement. Je veux bien reconnaître que la modestie de l'ensemble est sympathique, mais ça reste quand même un truc qui ne s'élève pas beaucoup au-dessus de la ceinture. Sous prétexte de fustiger les beaufs, en la personne d'un gros lard qui passe son temps à jouer à la PlayStation et à boire de la bière, Wright frôle l'appartenance à cette catégorie : son film est très con, tout simplement, alors que le gars a l'air de rigoler comme un fou devant les imitations du gorille par son acteur. Le pastiche est quand même un genre autrement plus futé que cette série Z pour collégiens ; il ne suffit pas de citer ses sources pour les parodier, il y faut un peu plus d'intelligence, voire une réelle nécessité : parodier pour dire quoi d'autre, citer dans quel but ?
Shaun of the Dead est en fin de compte bien inutile : ni effrayant ni vraiment drôle, ni malicieux ni irrévérencieux, il se situe dans une sorte de flou artistique bien gênant. On se demande ce que le brillant héros de Black Books, Dylan Moran, fait ici, lui qui avait su avec sa série servir une vraie tranche de satire malpolie sur les beaufs. A ses côtés, les acteurs ont l'air tout aussi perplexes (à l'exception du gros lard cité plus haut, qui a l'air tout à fait à son aise) devant ces scènes de comédie sans comédie. Restent un ou deux gags sympathiques (les disques de Sade ou de Dire Straits qui deviennent des armes), et une jolie photo. A part ça, franchement... (Gols - 06/02/08)


