Les Cendres du Temps (Dung che sai duk) de Wong Kar-Wai - 1994/2008 version Redux
Immense déception à la vision de ce film que j'ai attendu des années avant de voir, fébrilement je dois le dire. Les Cendres du Temps est pourvu non seulement d'un scénario très confus, bien qu'ambitieux, mais il est aussi mis en scène de façon très vaine et crâneuse. Le projet ne manquait pourtant pas d'envergure : méler en une seule histoire les temps, les rythmes, les personnages, les époques, les histoires, pour créer une sorte de fresque intime centrée sur le seul personnage d'un "agent de tueurs". Mais ce projet est gâché par une prétention formelle sans borne : WKW filme tout ça en ayant l'air de toujours se dire qu'il est le plus grand cinéaste de son temps. Et vas-y que je t'éblouis avec des ralentis impossibles, et vas-y que je t'en fous plein les mirettes en filmant (mal) des coins de désert ou des chevaux qui traversent l'écran. La complexité n'est pas forcément le signe du génie, je suis navré de le remarquer. La musique est pompeuse, pompière, à deux doigts d'être infâme ; les acteurs prennent des poses de mannequins en versant des larmes de crocodile (Maggie Cheung vient de baisser d'un cran dans mon estime (mais appelle-moi quand même, Maggie)) ; le scénario est longuet, indigent et digeste comme une patisserie polonaise (souvenir personnel)... Bref, le film aurait été signé Bartabas que ça m'aurait pas étonné outre mesure. Bon, je propose d'oublier tout simplement cette erreur dans le carrière du sublime Wong Kar-Wai, et de revoir 2046 en ravalant notre colère. (Gols 10/06/06)
Bon, on ne peut pas toujours être entièrement d'accord, c'est aussi ce qui fait le charme. J'attendais pour ma part la sortie de la version Redux pour apporter mon grain de sel à cette oeuvre qui, si elle fait preuve d'un maniérisme wongkarwaien poussé à l'extrême et d'un scénario qui brouille un peu les pistes, n'en demeure pas moins totalement en adéquation avec l'éternelle thématique du cinéaste : l'amour n'existe qu'a posteriori, quand il ne reste dans la bouche qu'un léger goût de cendre.
On retrouve bien en germe le fond d'In the Mood for Love ou de 2046. Il est question d'un vin qui permet d'effacer les traces du passé, de personnages qui ne tombent jamais amoureux de la bonne personne au bon moment, d'individus qui se répandent en confessions amoureuses quand il est trop tard. Le film s'étale du printemps au printemps, comme un éternel retour, un cycle infernal d'amours qui se sont consumées sans avoir, le plus souvent, jamais eu le temps d'être consommées. Chaque année, Feng (Leslie Cheung) reçoit la visite de Yaoshi (Tony Leung, celui de L'Amant). Yaoshi est, comme on l'apprendra sur le tard, secrètement amoureux de l'ex-amante de Feng (Maggie Cheung). Cette dernière s'est mariée avec le frère de Feng et, depuis, le Feng vit complètement isolé au milieu du désert en ressassant cet amour perdu. Maggie Cheung, lors d'une ultime confession à Yaoshi (sûrement le plus beau moment du film et je ne comprends point les réserves de l'ami à cet égard) avouera son erreur d'avoir abandonné Feng. Si cette histoire est une sorte de "fil rouge", de multiples intrigues ont cours à chaque nouvelle saison.
Il y a tout d'abord le personnage très trouble (pour ne pas dire double) de Mun-Rong. Celui-ci (Yang) veut la mort de Yaoshi qui lui avait promis d'épouser sa soeur. Cette dernière (Yin) demande, quant à elle, à Feng de supprimer son frère (Yang) qu'elle juge trop possessif. Ce personnage duel pour ne pas dire ambivalent (le Yin et le Yang, forcément, Mun-Rong version homme et femme étant interprété par la même actrice, Brigitte Lin) concentre en lui à la fois les thèmes du désir de possession, de l'amour impossible, et du sentiment de trahison... Notre Yin/Yang finira complètement esseulée, se battant contre son propre reflet et donnera lieu à des explosions aquatiques de la plus belle eau (WKW n'y va pas de main morte avec les charges d'explosifs). Elle incarne parfaitement toute la symbolique des échecs amoureux "en puissance"...
On fait ensuite la connaissance d'un chevalier quasi aveugle (Tony Leung, le vrai dirai-je, celui d'In the Mood): il désire se faire de la thune (les paysans du coin se sont cotisés pour qu'on élimine des bandits) pour pouvoir aller voir une dernière fois "Peach Blossom" - on croit qu'il s'agit des "pêchers en fleurs" alors qu'il s'agit en fait du nom d'une femme (oui, c'est tortin les noms chinois). Il refuse, tout comme Feng, de se battre gratos pour une jeune femme (dite "la femme aux oeufs") qui cherche à venger son frère, l'embrasse tout de même sur "un coup de sang" (mais l'amour est aveugle, on le sait) avant de partir au combat où il se fera proprement égorger. C'est pas vraiment ce qu'on peut appeler, une nouvelle fois, une issue amoureuse heureuse, ce chevalier ayant déjà perdu le sens de sa vie avant de perdre sa vision et... sa vie elle-même.
Un autre talentueux "sabreur" qui marche nus pieds (WKW insuffle alors un soupçon de comédie avec sa théorie sur la plus-value que représente un sabreur avec des chaussures) fait son apparition, terrasse les bandits et venge la femme aux oeufs (ayant peur de finir avec le même cynisme que Feng, il le fait surtout par bravade). La femme tombe amoureuse de lui, mais il finit par repartir, bien que réticent au départ, avec sa propre femme (abandonnée, elle est partie à sa recherche et vient de le retrouver chez Feng). C'est bien l'une des seules histoires "conjugales" qui finit bien... (même si on apprend, que trois ans ans plus tard, il trouvera la mort lors d'un combat avec Yaoshi)
Il est clair que dans le genre "chassés-croisés amoureux", WKW nous sert un peu la totale avec un récit qui multiplie les flashs-back et télescope outrageusement le passé et le présent - mais c'est bien là que se situe l'essentiel de ses préoccupations : l'impossibilité d'avouer ses sentiments au présent, l'impossibilité de faire table rase d'un passé qui nous hante - une impossibilité à revenir en arrière qui finit par pourrir le présent... Il est facile de dire "Je t'aime" au présent uniquement lorsque les deux personnages pensent, en fait, à quelqu'un d'autre (Feng dit "Je t'aime" à Mun-Rong en pensant à Maggie alors que Mun-Rong le prend pour Yaoshi... Vous suivez toujours?). La partition musicale de la version Redux serait différente de la version originale mais c'est vrai que, omniprésente, elle ne fait pas vraiment non plus, je l'accorde, dans la dentelle. Au niveau des filtres jaune et vert, ce film doit être un cauchemar pour tout bon daltonien - se lâche grave le Wong; quant à l'usage des ralentis, notamment lors des combats où chaque image semble déteindre sur la suivante, cela donne quelque chose d'assez bluffant visuellement, entre le fauvisme et Munch - vous comprenez aisément pourquoi je n'ai jamais été invité dans une galerie de peintures sans quelques réticences. Esthétiquement, on sent bien que Doyle fait péter la palette couleur, se fait un malin plaisir à pencher tous ses cadres comme si la bière coulait dans ses veines, joue avec bonheur avec une lumière blanche aquatique qui se reflète sur un visage ou avec l'ombre d'une cage à oiseau et ne se refuse aucun effet quand il s'agit de filmer les éléments déchaînés (mention spéciale pour les reflets dans le lac et le crépitement infernal, sur la fin, du feu). On a droit, enfin, à quelques plans féminins d'une beauté rare... (la sensualité d'une main d'albâtre dans une crinière de cheval aussi noire que les cheveux corbeau de la donzelle, une main qui s'immisce entre les pans ouverts d'une chemise, le maquillage délirant de la Maggie qui, personnellement, me subjugue...). Non, une oeuvre décidément essentielle - et si "excessive", juste un poil, alors - dans la filmographie d'un WKW qu'il ne faudrait point griller trop vite. (Shang 21/02/09)
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My Blueberry Nights (2007) de Wong Kar-Wai
Quoi qu'en disent nombre de critiques, WKW ne s'est pas contenté, pour son escapade aux States, de trimballer sa panoplie d'effets de style. Bien qu'on reconnaisse le gusse à 3000 km, il semble bien qu'il ait réfléchi à la spécificité de ce nouveau territoire cinématographique et géographique avant de le filmer : les USA sont le pays de l'Actor's Studio, du théâtre psychologique, des grands espaces et du glamour ; aussi, My Blueberry Nights va-t-il se concentrer sur les personnages, sur les dialogues, sur la nature et sur le côté pétillant de son scénario.
Pour les premiers (les personnages), c'est là que ça pèche le plus. On préfère quand WKW filme une Maggie Cheung fantômatique plutôt qu'une Norah Jones qui se veut concernée : elle est assez mauvaise, ainsi malheureusement que l'ensemble de la distribution, qui minaude à qui mieux mieux comme pour montrer ce que c'est qu'un acteur américain. A force de beautés fatales qui n'ont rien d'autres à proposer qu'une plastique spectaculaire et des poses de stars, le film finit par s'enfoncer
dans un aspect "toc" bien dommageable. La deuxième partie (il y a trois histoires en tout) est la plus artificielle, les personnages se trouvant totalement effacés par des acteurs pénibles qui surjouent et grimacent inlassablement (le combat Norah Jones-Rachel Weisz se termine par un match nul, vraiment nul). Un manque de direction, sûrement, ou une mésentente de la part de ces comédiens du style-WKW : certes, les personnages de 2046 ou de In the Mood for Love n'étaient pas beaucoup plus épais, étaient là comme des archétypes plus que comme des caractères ; mais le jeu "blanc" de Cheung ou Leung servait autrement mieux l'ampleur du projet que ces comédiens roublards et jolis. Seule la précieuse Chan Marshall/Cat Power s'en tire à merveille, dans une trop courte scène, puisqu'elle a compris qu'il ne fallait pas ajouter de la manière à la manière. Le style de WKW est voyant, on est d'accord, autant s'effacer et le laisser filmer, sans vouloir prendre le premier plan.
Pour ce qui est des dialogues, et du scénario en général, c'est beaucoup mieux. La chose est joliment construite autour de trois histoires, donc, la première (portée par Jude Law) s'infiltrant doucement dans les deux autres. Si la partie centrale est bien terne, le début et la fin du film sont assez réjouissant. On est dans la légèreté, dans les gentilles idées, mais c'est tout de même très joli : la première partie est une histoire de clés abandonnées par des couples séparées, de femme qui vient chaque soir manger une tarte aux myrtilles et dont on découvre la vie par bribes, de huis-clos sentimental bien dessiné. La dernière est un road-movie attachant autour du fric et de la complicité de deux femmes, bien écrite. Les dialogues fusent, très artificiels là aussi, mais bon, c'est du Wong, on n'est pas chez Rosselini. My Blueberry Nights est sûrement le film le plus bavard du maître, et il montre qu'il est tout à fait capable d'écrire des dialogues fins et gentiment profonds. Les idées d'écriture sont nombreuses, et le film bien charpenté. Au final, cette histoire de voyage initiatique qui consiste à traverser la rue pour trouver l'amour est "wongkarwaissime" en diable. C'est glamour, léger, pétillant comme du champagne, souvent touchant, souvent drôle. Parfait.
Le reste, filmage et mise en scène, c'est là aussi du grand spectacle. WKW sur-utilise ses ralentis improbables, qui renversent à chaque fois (sublime photo, couleurs incroyables, du nouveau venu Darius Khondji, qui ne fait pas regretter Christopher Doyle), monte son film au taquet et s'éclate à filmer les rues et les intérieurs américains (je vous laisse imaginer ce que peut donner un casino filmé par WKW). C'est magnifique, il faut le reconnaître, et en plus il évite la plupart du temps le côté clipesque qu'il a tendance à draguer de temps à autre. La musique de Ry Cooder est très belle, rendant même un hommage bluesy à celle de In The Mood, laissant la place aux sublimes chansons de Cat Power ou de Norah Jones quand il le faut. Et puis, il y a ces grands espaces américains, que Wong montre avec amour et passion : longues routes sans fin, montagnes désertiques, villes tentaculaires...
My Blueberry Nights passe comme une petite bulle de fraîcheur, d'une légèreté peut-être un peu trop... légère, mais avec un sens toujours aussi aigü de l'esthétique et des rythmes. Ca se vautre carrément dans le maniérisme, mais c'est aussi un peu ce qu'on était venu voir. (Gols - 29/12/07)
Ouais grosse déception tout de même que cet essai américain du Wong Kar-Wai. On retrouve les trains qui passent dans la nuit de Chungking Express, les couleurs rouges-vertes-bleues pétantes de Falling Angels, un poil de la BO d'In the Mood, des portes qui se referment deux fois comme dans 2046, l'éternelle passion un peu systématique pour les ralentis, et même des plans sur des bagnoles (la nouvelle passion de Wong depuis sa pub pour BMW?), mais plutôt que des "clins d'oeil" obligés à ce qui constitue son style, cela finit par apparaître comme de simples "ficelles" (comme disait justement le père Julien hier soir à propos de Terrence Malick et de tant d'autres qui ont du mal à se renouveler). D'autant qu'ici point de maestria dans la narration, des dialogues que j'ai trouvés pour ma part relativement raplapla, des acteurs qui ne font jamais que montrer leurs jolis minois sans aucun feeling, sans parler d'une absence totale d'humour, voire de rythme. Si ce n'est la jolie idée d'un gardien des clés comme des promesses toujours possibles d'un éternel retour d'une femme ou d'un homme aimé(e), que de discussions de comptoir usantes autour de personnages qui se lamentent sur leur sort. Jude Law ou Norah Jones s'improvisent consolateurs d'un soir, mais Dieu qu'on s'ennuie en écoutant 4 ou 5 fois le même air de Norah Jones pour venir combler les vides et permettre à Wong un petit travelling au passage sur des néons. Certes, une trace de glace à la vanille sur les lèvres pulpeuses de la Norah c'est tentant, mais il n'y a pas de quoi tenir 1 heure et demie en attendant que le Jude se décide à l'embrasser; cela d'autant que la fin se devine dès la première minute, et on voit d'ailleurs mal ce que la pauvre Norah a appris entre temps dans son périple américain en tant que serveuse sur la psychologie humaine - ah si, l'alcool est dangereux, et le poker faut aussi faire gaffe. Fan ultra-cosmique de Wong, j'ai du mal à exprimer mon désappointement. Et même po un bout de tarte aux myrtilles sous la main pour se consoler, gosh. (Shang - 24/02/08)
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There's Only One Sun de Wong Kar-Wai - 2008
Puisqu'on fait aussi les courts-métrages de WKW (odyssée oblige), passage obligé vers ce petit film clinquant et sur-produit, commandé par Phillips pour promouvoir un écran plat qui rend des couleurs pas bégueules. Forcément, le gars Wong ne peut pas se permettre de faire dans le pastel, et livre donc avec There's Only One Sun un festival de couleurs fluos, qui ferait passer ses autres films pour des sépias. On en prend certes plein les yeux, avec le risque non-évité de se contenter d'en mettre plein les yeux : le clip ressemble un peu à ces bijoux de pacotille qui épatent les petites filles sur les marchés. Ca brille de mille feux, mais un peu en vain, un peu dans le vide. Reconnaissons quand même que la forme est tout de même impeccablement maîtrisée, le gars sait utiliser les couleurs primaires, sait tenter des tons inattendus, et
même le daltonien qui vous parle y trouve son compte. A travers cette palette invraissemblable, WKW fait bouger sa caméra dans des mouvements aériens vraiment sans poids, et prouve une fois encore sa science des cadres, des rythmes et des contrepoints. Bourré de faux-raccords (l'actrice change de robe à chaque plan ou presque), majestueux dans son tempo (sonore et visuel) qu'il utilise en vrai chef d'orchestre (à quel moment envoyer la musique, comment alterner les focales, les gros plans ou les hors-champs), c'est une véritable école formelle, même si ça reste un exercice de style un peu "bling-bling" et trop brillant.
Niveau scénar, c'est assez brumeux. On se retrouve dans une ambiance à la 2046 : une tueuse
professionnelle est chargée d'éliminer un mystérieux mec appelé Lumière, se fait passer pour aveugle (je crois) car le type refuse qu'on le regarde, et finit par tomber amoureuse, même si elle va au bout de son contrat. Lui parle euh russe ? japonais ? chinois ?, elle français, ils ne se comprennent pas, mais ça fusionne sur les terrasses et dans les voitures, ça se jette des regards énamourés et ça prend des poses trop class. Bon... N'oublions pas que c'est une pub, à la base, et contentons-nous du fait que WKW a bien dépassé la commande en livrant ces 10 minutes que personne ne lui demandait. J'espère juste que sa période "feux d'artifice" (I Travelled 9000 km, My Blueberry Nights, La Main) est terminée et qu'il va se remettre à travailler, et trouver d'autres voies.
Le film est regardable en cliquant ici (laissez filer l'introduction, puis cliquez sur "voir le film en entier"). De rien.
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La Main (The Hand - segment dans Eros) (2005) de Wong Kar Wai
Petit joyau sexy en diable de notre homme de Hong-Kong.
Jeu de mains, jeu de vilains. La main c'est bien sûr celle de l'érotissime Gong Li qui se glisse entre les jambes de son tailleur pour qu'il n'oublie jamais cette sensation vertigineuse de bien-être lorsqu'il lui fera ses vêtements; les mains c'est celles du tailleur qu'il promène sur Gong Li pour prendre des mesures purement "tactiles"; la main c'est encore celle du tailleur qu'il enfouit dans les robes vides de Gong Li sur sa table de travail la masturbant dans son imagination échauffée; les mains c'est enfin celles de Gong Li, l'une trouvant son chemin une ultime fois dans le pantalon du tailleur, l'autre servant de barricade pudique entre leurs lèvres. Le souvenir d'un amour qui ne tient qu'à un fil, le souvenir d'un amour impossible qu'il n'était qu'à deux doigts d'atteindre.
Gong Li a une vie on ne peut plus dissolue, entre son "sugar Daddy" qui l'entretient et son gigolo qui la ruine; quand le premier se barre, le second se fait forcément la malle, et d'une chambre de luxe elle se retrouve à faire des passes dans un hôtel miteux. Le tailleur est toujours prêt à ramasser les miettes, mais passe le plus clair de son temps sur le canapé du petit salon. Il lui est fidèle jusqu'au bout et se verra finalement "récompensé" (une main tendue donc) alors que Gong Li touche le fond. Un lent travelling wongkarwaissime sur les couloirs de l'hôtel et tout cela appartient désormais à un passé évanoui. On est jamais loin d'In the Mood for Love ou de la chambre de 2046 même si le rythme ici est encore plus alangui comme si WKW pouvait se permettre de nous faire toucher du doigt la texture du temps qui passe. Deux personnes qui se croisent rarement au bon moment mais un souvenir inoubliable pour "notre petit tailleur"... Ah les femmes coquettes, combien en ont fait-elles souffrir...?
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Hua yang de nian hua (2000) de Wong Kar Wai
Montage d'un peu plus de deux minutes sur les stars oubliées du cinéma chinois, gros plans et scènes de baiser, scènes de danse et de retrouvailles, ou encore plans sur des jambes de femmes marchant dans la rue ou montant des escaliers comme une belle introduction à In The Mood for Love. L'image noir et blanc est parfois légèrement bleutée et la bande son est une ancienne chanson que l'on retrouve dans la B.O d'In the Mood. Bon quand est-ce qu'il revient à Shanghai le WKW pour que je lui cire les pompes ?
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Six days (2002) - clip vidéo de Wong Kar Wai
On est compulsif ou on ne l'est pas. Voici donc un troublant objet video filmé par Christopher Doyle himself avec des paroles (signées DJ Shadow...) aussi pêchues que "Tomorrow never comes until it's too late" et une citation finale du grand écrivain Bruce Lee (quoi?) "The possession of anything begins in the mind". On croit assister à une rupture
, au souvenir d'un amour perdu, avec quelques séquences subliminales qui tentent de présenter encore et toujours l'amour comme un immortel combat: outre une séquence de kung-fu entre les deux futurs ex-amants, on a droit à quelques coups dans un punching-ball, de joulis brisements de blocs de glace ou encore à un coup de pied bruceleesque contre une pauvre ampoule pendante. Cela baigne tour à tour dans une lumière vert fluo ou un magnifique bleu translucide notamment pour les séquences sous-marines très sensuelles (on en vient à regretter toutes les séquences d'amour entre Maggie Cheung et Tony Leung que WKW a coupé au montage dans In the Mood for Love et dont il ne subsiste de traces que dans les bandes-annonces). Il est aussi question de tatouage difficile à effacer (l'amour serait-il dur à oublier?): il s'agit d'un mystérieux nombre, le "46" qui
fait écho, au début du clip, aux chiffres d'un réveil qui passe de 04.27 à 04.26 (hum hum, WKW serait-il un fétichiste et un obsessionnel? Definitely!). Belle séquence enfin filmée en plongée où les amoureux s'embrassent tête-bêche et qui renvoit à certaines photos (à défaut d'avoir vu le film) de My Blueberry Nights. Allez plus que Hua Yang de nian hua et j'aurai fait le tour de la question.
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wkw/tk/1996@7'55''hk.net (1996) de Wong Kar Wai
Réalisée dans la foulée des Anges Déchus, cette pub (quoique cela n'y ressemble pas vraiment...) pour le créateur de mode japonais Takeo Kikuchi met en scène Karen Mok et le Japonais Tadanobu Asano dans des rôles et une mise en scène complètement starbés. Ca n'arrête pas de se flinguer -à blanc-, ça mange de la pastèque à pleines dents ou du riz avec les doigts à grande gueulée, quand elle met le feu, il asperge l'appartement à grands coups d'extincteur, sans parler des pétards qui enfument ce réduit comme une souricière. Le Jap finit par péter un plomb à vivre avec cette furie. C'est décadré dans tous les sens, ça fuse à cent à l'heure dans une couleur orangée wongkarwienne, bref on retrouve tout le cinéma du gars des années 90. En attendant My Blueberry Nights, il n'y a rien de tel, pour patienter et se consoler, que ces courts-métrages. (D'autant que le titre vaut son poids de cachuètes)
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The Hire: The Follow (2001) de Wong Kar Wai
Réalisé dans le cadre des pubs pour BMW, ce 10 minutes de WKW raconte l'histoire d'un type, Clive Owen -personnage récurrent de la série- qui prend en filature la femme d'une movie-star au rencard (Mr Mickey Rourke himself). Il l'abandonne à l'aéroport alors que celle-ci projette de partir au Brésil, rendant grâcieusement l'argent à son commanditaire (Forest Whitaker). S'il y a un pur moment de grâce lorsque Owen couve du regard la femme endormie à l'aéroport -sur le sublime "mi unicornio azul" susurré par Cecilia Noel- on retrouve également cet intérêt de WKW plus dans la poursuite elle-même que dans le but. Owen en suivant et en observant cette femme se fait l'impression de regarder sa propre vie en marche, joli mise en abyme pour le réalisateur hongkongais.
Il y a également dans la série le très drôle Star de Guy Ritchie où sur la musique emballante de Blurr (Song 2) le chauffeur secoue une star dans tous les sens; Tony Scott rend un bel hommage à James Brown qui a vendu son âme au diable (Gary Oldman); Frankenheimer se lance dans une course poursuite dont il a le secret, alors qu'Ang Lee offre sur de la musique classique un véritable ballet de BMW. John Woo et Inarritu, quant à eux ne font pas vraiment dans la dentelle (cette maladie chez ce dernier de vouloir passer en force la frontière mexicaine!) ce qui ne surprend guère.
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Les Anges Déchus (Duo luo tian shi) (1995) de Kar-Wei Wong
Cela faisait un petit bout de temps que je n'avais pas revu Les Anges Déchus dont je gardais un souvenir relativement flou et c'est toujours un grand bonheur de revoir ce que Wong Kar-Wei faisait dans les années 90, peut-être un des seuls cinéastes à vraiment avoir su capter cette époque, esthétiquement et psychologiquement (oui bon je sais, même si Moulins n'est pas Hong-Kong).
Ca se croise, ça se frôle, ça flingue à toute bastringue, ça se masturbe, ça s'aime, ça se quitte, ça s'évite, ça se cherche, ça se trouve provisoirement, ça déconne grave, ç
a fait de la moto, ça se filme, ça marche au ralenti, ça fume, ça... Un film de Wong Kar-Wei, c'est un monde de sensations, de petits sentiments passagers, de vide existentiel, d'amour passionné et d'amour déçu, de coups de folie et d'accélération fulgurants, de musiques qui prolongent indéfiniment l'instant présent, bref c'est tout ce qu'on aime au cinéma.
3 personnages, 3 anges déchus:
Le tueur (Leon Lai, très peu revu depuis, si ce n'est dans Infernal Affair III ou The Seven Sword chez WKW) qui exécute des contrats froidement en tirant dans le tas, qui récupère des dettes à 1
contre 38, à la recherche de rien si ce n'est de sa propre mort. Il croise Karen Mok avec laquelle il a déjà eu une histoire dans le temps mais qu'il semble avoir oubliée, qu'il embrasse fougueusement mais qu'il quitte sans autre forme de procès; il semble déjà fatigué de vivre et se lance à corps perdu dans ces fusillades où il n'est jamais à l'abri d'une balle (perdue). Se cachant sous sa frange - tout comme sa partenaire -, il écume les bars ou les MacDo, désespérément, solitaire, sans illusion. Lorsqu'il décide de tout arrêter, sentant la mort rôder, il se voit proposer un ultime contrat qui sera forcément celui de trop: blessé il chute en même temps que la caméra dans un fondu magnifique.
Sa partenaire, son agent (Michelle Reis, ancienne Miss Hong-Kong... quoi?) est un autre coeur solitaire qui se masturbe de façon languide, ses jambes infinies et gainées repliées sur elle-même, sur la couche de celui qu'elle ne croise pratiquement jamais: faisant ses poubelles, rêvant infiniment en écoutant les chansons que celui-ci lui indique sur un juke box, le regard éternellement perdu derrière ses cheveux corbeau, elle traine sa nonchalance dans des couloirs de métro; ombre habitée autant que solitude vouée au plaisir en solo, elle irradie chacun des plans multicolores du film de sa démarche de féline. Elle finit par trouver un quelconque repos sur le siège arrière d'une moto, une fuite toujours en avant.
Le troisième larron, muet, (l'excellent Takeshi Kaneshiro, revu dans Hero, Les Poignards Volants et Confession of Pain) est un vrai jobard dont WKW révéle toute la dimension comique. Ayant perdu la parole pour avoir mangé à l'âge de cinq ans une boîte de conserve d'ananas périmée (pas mieux), il passe ses
nuits à rentrer dans des magasins inoccupés (boucherie -la scène du massage du porc est à mourir -, échoppes de glaces, coiffeurs...) et il se fait un malin plaisir à forcer des clients de passage à subir ses délires: manger 324 glaces, se faire raser... ces derniers finissant par craquer en lâchant tout l'argent qu'ils ont sur eux. Habitant de lieux inhabités (ce qui rappelle forcément Vive l'Amour de Tsai-ming Liang ou Locataires de Kim Ki-Duk... une spécialité bien asiatique), il expérimente également avec son premier amour, qui prend plaisir à s'épancher sur son épaule, une désillusion totale, celle-ci feignant de ne point le reconnaître lorsqu'ils se recroisent quelques temps plus tard. Il y a également de très jolis passages avec son père, chez lequel il vit et qu'il passe son temps à filmer, et si leurs rapports sont généralement assez chaotiques, la nostalgie qui finit par planer sur leur relation à la mort du père donne une magie à tous ces petits instants volés.
Les images de Christopher Doyle n'ont jamais été aussi léchées, les cadres triturés dans tous les sens, les gros plans déformés, le CD multipliant les effets tout en gardant une cohérence de ton qui force le respect. WKW semble inventer avec ce film une grammaire cinématographique nouvelle qu'il finira par épurer dans In The Mood For Love. Un mot sur la musique... malgache (et ouais c'est quand même rare) avec ce refrain entêtant trop "cool" et quelques chansons sirupeuses qui trouvent un écho parfait dans le montage nerveux ou apaisé de WKW. Bonne nouvelle, le film garde 10 ans plus tard tout son éclat incandescent, WKW wo ai ni - mouais, en cantonnais je sais po le dire...
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As Tears go by (Wong gok ka moon) de Wong Kar-Wai - 1988
Alors c'est le premier film du grand WKW, et en cela c'est intéressant, non ? Dans les premières minutes, on se dit : non, il essaye de faire son John Woo, et ça va pas le faire. Un film de triades par le réalisateur de Happy Together, c'est comme si Pialat faisait un remake de La Nuit des Morts-Vivants, ou comme si Lelouch faisait du cinéma. L'esthétique du film choque, c'est ringard, hystérique, et on se dit : "Ca va, serre les dents pendant 1h30".
Et puis, allez savoir pourquoi, ça agit. le charme monte doucement, grâce à un rythme qui s'impose, grâce à un scénar assez bien ficelé, grâce à un acteur principal (Andy Lau) convaincant. Petit à petit, par touches subtiles, on reconnaît le WKW qu'on va aduler plus tard. Tout est déjà en place, bien que timidement, comme s'il se demandait s'il avait le droit de faire tel ou tel effet : les sublimes ralentis "hachés", ce goût pour les lumières dorées, la fumée des cigarettes qui monte sur les visages, les personnages qui n'arrivent pas à se parler, l'amitié, la passion amoureuse, le baiser fougueux...
Alors, certes, la musique semble écrite par Gold. Mais elle est déjà une
pièce centrale de l'ensemble, un véhicule d'émotion qui épouse remarquablement l'action, comme ce sera plus tard le cas avec In the Mood for Love. En plus, la chanson des amoureux, c'est "Take my Breath away" (version Hong-Kong), me dites pas que vous vous l'êtes pas pêtée comme des fous là-dessus dans les années 80. Certes aussi, les costumes laissent légèrement à désirer, mais nous aussi on avait l'air cons en cours d'EPS avec ces shorts qui nous rentraient dans le cul. Certes enfin, la grande Maggie Cheung (qui n'a toujours pas répondu à mes demandes en mariage, tout comme PJ Harvey et Camille) n'est pas encore à son top : boulotte, un poil absente, elle se cherche un peu (et elle se trouve parfois, hein, je dis pas). Elle a quelques scènes vraiment jolies qu'elle ne sait pas vraiment comment jouer. Mais tout ça n'est pas grave, et As Tears go by est en fin de compte un joli petit film bien monté, touchant et sincère.
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