J'avais dix-neuf ans (Ich war neunzehn) (1968) de Konrad Wolf
Vision des derniers jours de la guerre par un gamin de dix-neuf ans, né à Cologne, mais parti avec ses parents, avant la guerre, en Russie. Parfaitement bilingue, il revient sur sa terre natale en officier de l'Armée Rouge pour assister à la capitulation allemande. Nommé dans un premier temps Commandant d'une ville allemande, il va ensuite servir d'interprète pour négocier la réddition des forces allemandes retranchées dans la forteresse de Spandau à Berlin, puis tenter jusqu'au bout de persuader les derniers officiers résistants de se rendre pacifiquement.
Si ce gamin a seulement 19 ans, s'il se retrouve par la force de l'Histoire à cheval entre deux cultures, il possède déjà une grande sagesse qui le pousse à vouloir éviter toute effusion de sang inutile. Il parvient
généralement à accomplir cette mission qu'il s'est assignée à lui-même avec un certain brio même s'il doit faire face jusqu'au bout à la résistance gratuite et sanguinaire de certains officiers SS. Le film possède une grande force en confrontant cet ado qui a grandit trop vite avec le tumulte et la pagaille des derniers soubresauts de cette guerre. Tentant de faire la part des choses, ou tout simplement humaniste dans l'âme, il fait preuve la plupart du temps d'un véritable sang-froid qui sonne comme un espoir en ces temps troublés - il s'oppose en cela à la stupidité du Commandant SS qui remet sa croix de fer à un gamin qu'il pousse jusqu'au bout à résister contre les Forces Alliées en lui disant qu'il représente l'avenir de son pays. Captivant de bout en bout - malgré peut-être une petite baisse de régime en milieu de parcours -, bénéficiant d'une mise en scène hallucinante de véracité et d'une parfaite direction d'acteurs, ce film qui traite frontalement des horreurs de la guerre (un ancien employé des chambres à gaz explique par le menu les exécutions des prisonniers) mérite sa place parmi les tout meilleurs films sur la seconde guerre mondiale. Pas moins.

