07 mai 2012

Nous avons gagné ce Soir (The Set-up) (1949) de Robert Wise

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Un bon vieux petit classique du noir et de la boxe signé Wise avec un grand Robert Ryan en loser magnifique. 1h12 au compteur, c'est quasiment du temps réel, le temps d'une soirée, d'un combat, d'une histoire d'amour et d'un boxeur qui donnent du branle mais pour lequel encore tout est possible puisqu'on est à "Paradise city" et à "Dreambland" comme l'on peut lire sur les miteuses baraques du bled... L'histoire est simple comme un coup de trique : Stoker (Robert Ryan) est un boxeur sur la mauvaise pente (comme il semble l'avoir toujours été...), son coach s'est fait payer pour qu'il se couche mais n'a même pas pris la peine de prévenir le Bob, tant le gars est abonné aux défaites ; le couple de celui-ci a également du plomb dans l'aile et la chtite Audrey Totter, lasse des éternels espoirs de son homme, ne trouve même plus la force de venir le voir se prendre une raclée. Mais Stoker rime avec fier, pour le pire et le meilleur...

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Un somptueux mouvement de caméra pour plonger dans le décor de cette ville poussiéreuse où subsiste encore quelques illusions... Seulement pour un jeune boxeur qui commence sa carrière pro par une victoire et un black pleine bourre sur le chemin de la gloire, il y a aussi son lot de "gueules cassées" : ceux qui rêvent après une série de défaites d'atteindre encore les sommets et qui sortent du ring inconscients, ceux qui se font prendre une pilée en deux rounds secs... L'atmosphère dans les coulisses du ring n'est quant à elle guère plus glorieuse entre le gars qui joue tout seul aux cartes et... triche contre lui-même et le vieux gars décatis qui rêve encore d'histoire d'amour... dans les livres. L'ambiance chez les spectateurs n'est po plus affriolante, chacun semblant venir pour se délecter de cette violence qui tourne au pugilat : les "tue-le" fusent et Wise nous présente, en parallèle au combat, une petite brochette de personnages relativement pathétiques - un aveugle qui prend un malin plaisir à apprendre que les boxeurs s'éborgnent (...), une femme entre deux âges qui devient une furie quand les hommes s'empoignent, un jeune gars qui se défoule par procuration en mimant chaque coup pris ou reçu, un énorme type bouffant et picolant qui consomme de la violence, un acharné de sport (autre consommateur) qui suit le combat l'oreille collé à la radio pour suivre un match... Bref, l'ensemble, on l'aura compris, n'est guère reluisant...

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On donne du coup peu cher du Robert (de sa carrière, de ses amours) mais le vieux lion n'a pas encore complètement fini de rugir : un combat dantesque où l'on se rend coup pour coup, le Robert - même une fois mis au rencart par son coach de l'arrangement préalable - refusant de se coucher comme s'il livrait plus que jamais un combat contre lui-même. Il a tout à perdre, financièrement, en voulant remporter ce match, il a tout à gagner, humainement, moralement à aller jusqu'au bout... comme pour mettre un "poing d'honneur" à sa carrière. Il s'enferme du même coup lui-même dans une sorte de "toile d'araignée" (essayant de fuir, après le combat, le coach mafieux de son adversaire venu le piler,  il y a ce magnifique plan où on le voit aux abois dans cette salle de boxe déserte), mais même s'il va finir par morfler sa mère, la partie n'est jamais jouée sur le tableau des sentiments. Noir, dur, piteux, pathétique mais une petite lueur d'espoir qui finit par faire briller cette perle noire. Victoire par K.O des deux Robert.   

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Noir c'est noir, c'est

 

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19 mars 2012

La Maison sur la Colline (The House on Telegraph Hill) (1951) de Robert Wise

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Est-ce la musique inspirée et hantée de Kaplan, le jus d'orange suspicionesque, la maison gothique rebeccesque, le trou dans la cabane vertiginesque (Vertigo étant postérieur, certes, à cette œuvre avisée de Wise), l'intrigue de défiance totale entre les différents protagonistes... le fait est qu'il est bien difficile de ne pas penser au cours de la vision de ce film au maître Hitch. C'est forcément une référence en la matière et même s'il manque "un chtit quequ'chose" (des acteurs masculins (Richard Basehart et William Lundigan) un peu trop d'un bloc ? - Valentina Cortese tire plus honnêtement son épingle du jeu) pour que ce film soit à la hauteur de Bouddha, il y a suffisamment d'instants palpitants pour que ce film noire nous hypnotise jusqu'à la fin.

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Wise nous amène d'abord dans un camp de concentration - celui de Belsen - pour nous présenter son héroïne : Victoria Kowelska, une polonaise, a tout perdu pendant la guerre mais elle tente de s'accrocher à la vie tout en essayant de sauver l'une de ses amies. Celle-ci, qui possède quelque richesse, a envoyé au début de la guerre son enfant aux États-Unis. Quand elle meure, Victoria décide d'endosser son identité... pour s'occuper de l'enfant, pour pouvoir changer de vie ?... Bah sûrement un peu des deux, mon Capitaine. Lorsqu'elle débarque aux States, elle fait la connaissance du tuteur de l'enfant (Basehart) qui gère sa fortune - les parents qui s'occupaient de lui étant morts. Il faut peu de temps pour que les deux tombent dans les bras l'un de l'autre et décident de se marier. Valentina Cortese et son mari partent alors à San Francisco pour qu'elle rencontre enfin "son" enfant et sa gouvernante peu jouasse (Fay Baker). Alors qu'elle prend ses quartiers dans cette maison sur la colline qui domine San Francisco, on sent rapidement une certaine tension dans l'air. Est-ce par que son subterfuge a été rapidement démasqué, est-ce parce que la gouvernante lorgne sur son nouveau mari, est-ce parce que ce dernier cache ses sentiments ?... Bref, on sent la Valentina guère à son aise... La seule personne en qui elle semble vraiment faire confiance est un ancien major qu'elle avait croisé en Pologne (Lundigan) : il n'est point insensible à son charme mais n'est-il point aussi celui qui doute le plus de sa fausse identité ? Entre les deux couples illégitimes (gouvernante / Basehart - Valentina / Lundigan), il y a enfin cet enfant, l'héritier, qui attire autant les attentions sentimentales que les convoitises...  

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Wise prend son temps pour faire monter la sauce tout en nous gratifiant ici ou là de petits pics d'angoisses (Valentina à un talon de chuter par le trou d'une cabane de jardin au bord d'un précipice, des freins qui lâchent en pleine ville (San Francisco, c'est comme Clermont Ferrand : t'as po de pédale de frein quand tu abordes la moindre descente, tu vas au carnage), un jus d'orange - ça change du lait, vi - aussi suspicieux que celui de Woody Allen dans Love and Death...). Valentina, hantée par son passé traumatisant, est-elle en train de perdre les pédales - et po seulement celle du frein - ou est-elle entourée d'individus vénaux ? Mais ce n'est peut-être pas le plus suspicieux qui est le plus dangereux, nierk nierk... Le final, superbement porté par la musique, fleure bon la panique avec notre pauvre Valentina qui erre de pièce en pièce pour se retrouver seule et se saisir d'un téléphone pour appeler à l'aide et ce salopiot de jus d'orange qui lui jette un regard narquois sur sa table de chevet. Peut-être point d'une originalité folle, mais un film solide de Wise qui prouve que, quelque soit le genre auquel il s’attelle (Western, film d'horreur, comédie musicale, science-fiction...), il est loin d'être un clampin. 

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19 juillet 2011

La Ville enchaînée (Captive City) (1952) de Robert Wise

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L'histoire est basée les activités du comité Kefauver pour lutter contre le crime organisé aux States et le combat, digne de celui d'un chevalier blanc, mené par un journaliste qui tente de coller à la réalité. Robert Wise se sort avec une belle honnêteté de l'exercice en contant par le menu la façon dont notre journaliste a essayé de tenir tête à une ville noyautée progressivement par la mafia (ça commence par un notable qui organise des paris dans son coin, puis les notables du coin qui suivent, puis le maire qui laisse faire et la police qui ferme les yeux et enfin l'arrivée de pontes mafieux qui prennent en main une partie du gâteau...). L'ami Jim Austin (John Forsythe avec ses faux airs de Bogart jeune (mais j'étais peut-être un poil éméché) tient le film sur ses épaules : suite à la mort d'un vieux détective dont il n'a pas cru au départ les accusations faites contre certains notables, il va tout donner pour tenter de mettre à plat les rouages malsains de cette ville.

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Tentatives de corruption, menaces, tensions exacerbées, notre Jim ne se laisse point mener en bateau pour aller jusqu'au bout de sa mission. On est dans la pure enquête de terrain sans jamais chercher à faire dans l'esbroufe (le détective qui se fait écraser par une bagnole et dont on lit seulement la terreur à la lueur de phares, un témoin assassiné laissé hors-champ, un passage à tabac d'un photographe un peu trop curieux qui demeure basique) ; Wise n'hésite pas, en revanche, à nous gratifier de petits plans séquences en caméra fixe lors d'une poignée de discussions tendues et à jouer avec la profondeur de champ que lui permettent ses lentilles Hoge - ouais, j'avoue avoir pioché l'info sur TCM mais le fait est que plus d'une fois au cours du film (notamment lors des discussions au téléphone avec le locuteur au premier plan) l'effet est assez saisissant. On est peut-être jamais dans la grande maestria mais l'enquête, rondement menée, avec toutes les pièces du puzzle qui se mettent gentiment en place, parvient à marquer des points. Dès le départ on sait que notre journaliste, poursuivi par des hommes de l'ombre, est parvenu à trouver refuge dans un commissariat, mais cela n'empêche que de tout au long du film on ne craigne pour sa sécurité et celle de sa femme : maintes fois notre homme pugnace risque de se faire récupérer mais sa foi digne d'un Mr Smith demeure inébranlable. Un noir qui vire presque au documentaire et qui, à défaut de "captiver" totalement, reste une belle leçon - au sens noble - d'intégrité. Robert, born to be wise.

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15 février 2011

Le Coup de l’Escalier (Odds against tomorrow) (1959) de Robert Wise

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" It's gonna let us live again !"

Un casse, c'est toujours l'ocassion de pouvoir repartir à zéro. C'est ce que tout le monde se dit, ce que tout le monde espère. Encore faut-il ne pas se méfier outre mesure de ses partenaires. Parce qu'ils sont fourbes ? Manipulateurs ? Fous furieux... Pas forcément. Parce qu'il était blanc, parce qu'il était noir ? On s'approche plus de la vérité... Excellent film noir de Robert Wise considéré parfois comme le dernier grand classique du genre - et on aurait rien contre, personnellement, vu ce final "en beauté" -, un film culte que Melville se matait en boucle, on comprend aisément pourquoi : Wise relègue le hold-up en arrière pour mieux dessiner le caractère de son trio. Quand celui-ci est parfaitement en place, prêt à faire le coup, on a encore droit à un petit quart d'heure de latence avec quelques plans absolument fantastiques où nos trois personnages se retrouvent quasiment sur la touche "stop" : des instants suspendus, presque métaphysiques (employons les grands mots) qui sont franchement un régal - et une évidente source d'inspiration melvillienne. Et puis, oui, il y aura le hold-up en soi, même si l'essentiel est sûrement ailleurs... Wise use à l'envi des contre-plongées, un angle de vue provoquant une étrange atmosphère que renforce l'utilisation d'une péloche "infrarouge" (je me demandais comment on arrivait à de tels contrastes, j'ai eu ma réponse) donnant au film une luminosité et une netteté assez particulières. Un film noir qui clôt "fantastiquement" toute une ère...

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Dave Burke (Ed Begley, belle tronche inquiétante) est le cerveau : ancien policier désavoué, le type vit assez misérablement avec pour seul compagnon, un berger allemand. Une seule alternative : réussir le coup du siècle (a piece of cake... comme on dit, en sachant que certains peuvent se révéler aussi immangeables que ceux de ma femme quand elle oublie la levure) pour finir tranquillement ses vieux jours. Il a besoin pour cela de deux hommes.

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A ma droite, Robert Ryan. Caractéristiques principales : raciste (vieille famille originaire de l'Oklahoma) et ayant parfois bien du mal à contrôler sa force. Situation sentimentale actuelle : vit au crochet de sa régulière (Shelley Winters au naturel) - et le vit mal - et peut se laisser aller à la tentation en fricotant avec sa voisine de palier (comme c'est Gloria Grahame qui se balade en sous-vêtements sous son manteau, il a des circonstances atténuantes, à mes yeux...). Il en arrive à un point où il ne sait plus comment se décevoir, aimerait retrouver sa place (macho le Robert 'tention) et sa dignité auprès de sa femme : ce coup peut lui permettre de repartir sur des bases saines. Problème particulier : la couleur de son partenaire, cela fait une parfaite transition.

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A ma gauche, donc, Harry Belafonte. Caractéristiques principales : joueur et malchanceux. Situation sentimentale actuelle : jeté par sa femme (avec laquelle il a eu une adorable enfant) suite à ses petits problèmes de jeu, il vit une liaison sans passion avec une jeune femme qui vient le voir dans la boîte où il chante. Il en arrive à un point où les dettes qu'il a accumulées deviennent de gros gros soucis (qu'il soit menacé, c'est une chose, mais sa famille l'est aussi...), aimerait retrouver sa place et sa dignité auprès de sa femme [notez le judicieux parallèle que je fais entre ces deux hommes "que tout oppose", c'est po innocent, moi je dis] : il n'a guère d'autres choix que de faire ce coup, Burke avançant la thune à ses créanciers très énervés. Problème particulier : ce con de Robert, d'autant qu'il ne porte pas vraiment les blancs dans son coeur (voir à ce sujet, les réflexions qu'il fait à sa femme à propos de "ses amis blancs"). La tension ne cesse de monter entre les deux hommes mais l'ami Burke se fait un devoir de jouer les intermédiaires et de calmer les esprits pour que le Jour J, tout se passe comme sur des roulettes. Nos ongles sont déjà plantés dans le fauteuil depuis une bonne demi-heure avant que l'heure fatidique, 6 heures, sonne le glas...

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Quelques secondes de sérénité (notre Black au bord de la rivière), de recueillement (notre Burke face à sa statue), "d'arrêt" - comme un chien de chasse - (notre Robert mettant en joue pour "tuer le temps" un pauvre lapin) avant le grand plongeon. Ces quelques moments de calme, de flottement et de concentration, avant une éventuelle "tempête" sont assez symptomatiques du climat de l'époque. Plusieurs fois dans le film, il est fait allusion à la guerre nucléaire et à la bombe atomique et cela nous prépare en quelque sorte, sans rien dévoiler sur la conclusion, à un final, à une dernière image, antonionesque digne de L'Eclipse (trois ans avant l'oeuvre du maître)... Qui dit éclipse (de lune), dit association entre noir et blanc, le thème des antagonismes raciaux étant bien entendu tout autant au centre du film. Robert et Harry, engagés finalement dans la même galère, vont-ils être capables de passer outre leur différend ? C'est une opportunité pour les deux de remettre leur vie à plat ou c'est vouloir jouer avec le feu et risquer de se retrouver, lors du hold-up, dans une situation explosive... Un final angoissant, presque autant que ce titre français sibyllin qui aurait pu prétendre, à priori, à une place de choix dans ma thèse sur "les Escaliers dans les Films noirs". Pour l'heure, il me laisse encore dubitatif (je suis sur plusieurs pistes guère concluantes - le débat est ouvert), l'intérêt du film étant quant à lui évident.         

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05 janvier 2010

La Maison du Diable (The Haunting) de Robert Wise - 1963

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Robert Wise avait tout compris des mécanismes de la peur, et franchement, plus de 40 ans après, son film n'a pas pris une ride, et continue à faire son petit effet. Marrant de voir combien les réalisateurs d'aujourd'hui s'échinent à trouver des façons d'effrayer le public de plus en plus sophistiquées, alors que The Haunting contient avec effronterie toutes les recettes du genre : simplicité, suggestion, finesse de la direction d'acteurs, plus quelques petits effets géniaux, il n'en faut pas plus. Il est bon de revenir parfois aux fondamentaux.

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Wise, sous influence tourneurienne évidente, préfère manipuler l'imagination de son spectateur plutôt que de lui imposer les choses. On ne saura donc pas vraiment si la maison visitée par ce groupe de scientifiques est réellement hantée ; on jouera plutôt sur l'ambiguité des personnages, si bien qu'on peut très bien voir les horreurs qui se déroulent dans le manoir comme des projections fantasmatiques de ses visiteurs. Magnifiques personnages, que Wise prend tout le temps de développer, concentrant le film sur eux pour mieux en évoquer l'étrangeté : un spécialiste du paranormal avide de mettre le doigt sur une découverte surnaturelle ; un jeune con qui rêve d'une publicité pour mieux revendre la maison qui lui appartient ; une brune très trouble qui joue de ses charmes saphiques et prend visiblement plaisir à la peur ; et surtout une télépathe complètement envoûtée, qui devient l'axe central de la trame : tous ont leur raison de vouloir croire à la présence maléfique. Si bien que quand les évènements se produisent, on a plus l'impression que c'est leur inconscient qui les a déclenchés plutôt que la réalité. Les acteurs excellents endossent parfaitement ce double-jeu troublant.

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Le film n'est pas avare en moments purement terrifiants (de grands coups sur une porte, des images quasi-subliminales sur une forme blanche qui traverse l'écran, des face-à-face terribles avec l'au-delà à travers une simple cloison), mais c'est surtout par les moments plus "calmes" que l'on est impressionné. Le discours en voix off d'Eleanor (Julie Harris, hallucinée) montre comment la maison envoûte peu à peu son mental (le titre anglais est d'ailleurs bien plus ambigü que la traduction française), et les scènes tendues entre elle et Theodora (Claire Bloom, fatale) sont plus impressionnantes que les fantômes eux-mêmes. Il est question là-dedans de manipulation mentale entre les êtres, et aussi (et surtout) de solitude, de manque d'amour, de frustration sexuelle. La maison devient une sorte de projection de tous les malheurs intérieurs des personnages, de prolongation physique d'un mal psychologique, Eleanor trouvant au final dans les fantômes et dans la terreur qu'elle éprouve une justification à sa minable vie de vieille fille. A l'instar du Lynch d'Eraserhead, par exemple, le monde torve de Hill House semble représenter l'intérieur d'un cerveau malade, avec ses escaliers branlants, ses coins refoulés (la nursery, comme par hasard), ses endroits glacés, ses pièces dangereuses d'érotisme, ses pans de passé enfouis. Wise utilise magnifiquement son splendide décor baroque pour décupler cette impression, livrant des plans souvent vertigineux et superbement éclairés pour les rendre à la fois inquiétants et profondément intimes.

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Pour le reste, le film n'est pas en reste au niveau des effets : une utilisation de la musique "bruitiste" du meilleur effet (les vents mis en avant, les stridences presque omniprésentes sans ostentation, j'ai souvent cru que les bruits venaient de mon appartement, c'est vous dire mon état) ; des profondeurs de champ impressionnantes, à la Welles, avec ces arrière-plans qui s'estompent ou s'obscurcissent pour mieux mettre en valeur le personnage hanté du premier plan ; un sens de la narration imparable, sur toutes les scènes d'ouverture qui relatent le passé de la maison (823 morts horribles en quelques secondes, presque plus suggérées que réellement montrées) ; et des plongées vertigineuses dans tous les sens, qui font qu'on a peur d'un plafond ou d'une porte simplement parce qu'ils sont agrandis par l'utilisation de longues focales très baroques... On est dans la tradition du film d'épouvante dans les motifs, on y ajoute un côté freudien très précieux, une musique contemporaine, quelques inspirations formelle, et zou, on obtient un vrai film d'horreur à l'ancienne, magnifique et immédiatement classique. Du bonheur.

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11 août 2007

Ciel Rouge (Blood on the Moon) (1948) de Robert Wise

SangueRobert Mitchum a beau être un desperado qui se rend compte en route qu'il se bat pour le méchant et décide alors de rallier l'autre camp (une histoire de pâturage... moi, les buffles...), ce retournement de situation ne rend guère le personnage plus sombre ou plus profond, il est simplement lucide et tant mieux pour lui. Il tombe dans les bras d'une Barbara Bel Geddes au berceau - et cela pète un mythe, elle fut donc bien jeune un jour - qui après l'avoir pris pour un bon à rien tombe sous son charme... (c'était téléphoné alors qu'on était toujours au télégraphe) Cette romance - une histoire au final bien timide avec méga happy-end ("Eh les gars, j'avais gardé de la gnôle pour un grand événement, ça tombe bien!" - ouais c'est ça on va te croire) - est un western d'après-guerre bien terne qui manque furieusement de caractère. Deux-trois coups de feux dans la plaine, juste pour le fun. Pour les fanatiques du Mitch, c'est tout.

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14 juin 2007

Né pour tuer (Born to Kill) (1947) de Robert Wise

cover_born_to_kill_noir_boxset_2_dvd_reviewDu polar noir, du vrai, du pur, du brut, avec un couple antinomique fait pour se rencontrer: lui (Lawrence Tierney), il est construit comme une armoire à glace, a un regard laser qui déshabille les femmes, des soubrettes à celles de la haute, mais est un poil soupe au lait, s'emportant à la moindre contradiction - généralement, il y a toutes les chances de finir suriné. Elle (Claire Trevor), elle est froide comme un "iceberg" ("An iceberg of a woman", c'est beau l'anglais parfois...), change apparemment tous les matins le balai qu'elle a dans le cul et adore surtout les gens qu'elle jalouse - pour leur sincérité ou... leur argent. Une alliance, un bizarre alliage pour le pire et le meilleur qui fleure le tragique à 300 km à la ronde.

C'est jamais une bonne idée de vivre chez sa soeur (même si elle est blonde, innocente, riche et bêtasse) surtout lorsque le mari qu'elle vient d'éborn_to_killpouser n'a de regard que pour vous; ça va bien deux minutes de s'embrasser dans les coins dans la cuisine ou dans le salon, un jour ou l'autre, ça sent le pugilat... Qui plus est quand vous soupçonnez ce même mari de meurtre et que ce dernier a la tête très très prêt du bonnet... Suffisament de regard qui tuent, de phrases assassines, d'anciennes rancunes qui couvent, d'ambition larvée, de passion exacerbée, de sourires vénéneux, de personnages troubles et originaux (l'éternel second couteau Elisha Cook Jr, la tonitruante copie du personnage d'Olga dans Dark Crystal Esther Howard, le bedonnant détective, finaud et cultivé, Walter Slezak) pour faire bouillir la marmite;  belle idée en tout cas que d'unir ce couple sur cette base de passion/répulsion tout en laissant planer le mystère sur le fait que ces deux égoïstes peuvent à tout moment faire passer leur intérêt personnel avant cet amour brutal. On attaque le 34ème jour de pluie d'affilée à Shanghai, ce film est parfait pour l'ambiance morose générale.

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30 mars 2006

La Malédiction des Hommes Chats (The Curse of the Black People) (1944) de Robert Wise et Gunther von Fritsch

b00001w0g3.01.lzzzzzzz_1_Il y a deux choses tout d'abord auxquelles il ne faut pas se fier: 1) à ce titre ridicule et 2) au fait qu'il s'agisse d'une suite. Simone Simon étant morte à la fin de La Féline, il fallait trouver une solution: elle est d'une troublante simplicité, celle de faire passer tout simplement l'héroïne, la petite Amy Reed, 6 ans de l'autre côté du miroir.

Plus de méchantes panthères, juste un petit chat noir tout mignon au début. De malédiction, il n'y en pas à proprement parler si ce n'est que tout comme Helena dans le film de Tourneur, Amy a un peu trop tendance à rester cloîtrée dans son propre monde. Seulement si Helena tournait en bourrique – pardon en panthère – à cause des contes de son enfance dont elle avait du mal à s’extraire, ici les ennuis de la petite Amy viennent des adultes, de son père en particulier qui refuse de croire ce qu’elle raconte. Et ça franchement c’est une grande idée.

Amy subit l’influence à la fois d’une vieille dame qui lui confie une bague qui exaucera tous ses voeux et celle de la photo d’Helena retrouvée par hasard dans un tiroir (On voit bien que son père, Oliver Reed n'a pas oubliée son ancienne femme, c’est bien les hommes ça, fi). La vieille lui raconte l’histoire du chevalier sans tête (ben ouais “Sleepy Hollow”) et même si sa représentation à deux balles n’arrive pas à la cheville du film de Tim Burton, les bruits de galop qui hantent la petite fille pendant la nuit restent impressionnants; quant à la première apparition d’Helena (ah Simone Simon!!!), en amie imaginaire d’Amy, telle une fée dans les variations de lumière du jardin en studio, quel bonheur! Je veux la même pour Noël pour jouer avec (quoi?). Le drame viendra donc du père qui, super énervé de croire qu’Amy lui ment lorsqu’elle dit s’amuser avec Helena, finira par l’emmener dans le jardin pour lui demander si Helena est bien là: of course celle-ci apparaît, Amy dit qu’elle la voit même si elle sait que cela équivaut à  une fessée, et le père  la ramène en colère à la maison, sans même se retourner vers le jardin pour vérifier. Bien avisé mon vieux Wise.

De dépit la petite fille s’enfuira, on aura peur un moment que la fille de la vieille [parencursecatpeople1_1_thèse: celle-la même qui jouait la “chatte humaine” dans la Féline. Complètement ignorée par sa propre mère qui refuse de reconnaître son existence - pour elle, son enfant est morte à six ans (quand elle cessa de croire sa mère? ça sent la mise en abyme, les cocos) - et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Patricia Kaas -mais c’est du bol, elle ne chante pas], par pure jalousie, étrangle Amy lorsque celle-ci cherche refuge dans leur demeure. Mais non faut pas abuser… Déjà que la mère meurt en montant les escaliers, ça faisait un peu trop.

Du bien joli cinéma sur le fond et dans la forme, même si certains passages sont un peu cucul la praline (les choristes des chansons de Noël qui viennent à la maison, on s’en serait bien passé) et que la petite fille ne vaut pas Brigitte Fossey dans Jeux Interdits, son seul bon rôle et bon film de mémoire.

Je vous avais dit que le titre est aussi ridicule que l’affiche et c’est bien dommage que le gars du marketing de l’époque ait fait un tel travail de saloupiaud.

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20 mars 2006

Le récupérateur de cadavre (1945) (The body Snatcher) de Robert Wise

body_snatcher_1_Boris Karloff est Truman Capote. Ah non ça, c'était avant.

Bon je vous préviens d'ores et déjà, ayant fait l'acquisition d'un petit coffret Val Lewton, je vais dans ces colonnes réviser mes Jacques Tourneur, Robert Wise et autre Mark Robson période 1942-46.

Autant le dire tout de suite j'attendais beaucoup de cette confrokarloff_1_ntation entre Frankenstein et Dracula (Karloff en cocher et Lugosi en servant sournois), je pensais entrer dans une atmosphère super trouble avec des brouillards - et des cadavres - à couper aux couteaux et pis... j'ai eu l'impression de voir un petit épisode qu'on passait dans mon enfance un mercredi aprèm.

Je sais, je ne suis pas bon public des films d'horreur. Mais en dehors de la scène finale où le docteur, le cadavre de Lugolugosi42_1_si éclairé par le tonnerre à ses côtés, fend la tempête dans le fiacre, tout cela reste assez mignon... A l'image de cet aspirant docteur qui s'offusque à peine que l'on déterre les cadavres et qui trouvent un peu limite mais pas longtemps qu'on tue une chanteuse des rues pour pouvoir disséquer sa colonne vertébrale: après un "c'est pas bien ça!", rapidement étouffé, il enchaîne avec un "oui, bon, ça va que c'est pour la science et pour opérer la petite fille handicapée"... Une mendiante c'est pas grave alors qu'une petite nenfant... je sais pas pourquoi j'ai pensé à Sarkozi.

De toutes façons un film qui commence avec un coup de pelle sur la tête d'un chien avait peu de chance de me transporter.

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