10 octobre 2011

Drive (2011) de Nicolas Winding Refn

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Ah ben oui, tiens, me voilà encore un poil mitigé devant cette ultime œuvre de NWR. Faut même dire qu'au départ, je me suis mis à craindre le pire, croyant assister à un film de Sofia Coppola : un conducteur un peu autiste, en tout cas quasi muet, qui tombe en arrêt devant une jolie blondinette avec enfant trognon... Ils s'observent, lui ne cligne pas plus des yeux que des neurones, elle lui sourit doucement, vont-ils consommer cette indéniable romance : nan, c'est mal, son mari à elle est en prison et ce serait sûrement un peu lâche... Angelo Badalamenti signe des accords assez planants sur des plans qui se veulent hypnotiques - qui riment souvent avec euthanasiques... -, le truc serait presque terriblement envoûtant s'il n'était point aussi un poil superficiel (toujours le problème de ces films avec peu de mots où l'esthétisme finit par prendre le pas sur le fond - comme une façon de botter tranquillement en touche...). On se dit, tiens, notre ami NWR, depuis qu'il est allé faire un tour chez les valhalla, il s'est vachement zénifié et a décidé de pécho le créneau de la romance gentillette sur siège en cuir... Ma femme s'est mise à bâiller, ce qui m'a foutu un coup au moral, puis a méchamment sursauté quand le premier coup de feu a retenti : un casse à la Sailor et Lula qui foire sa mère et un film où, soudainement, la poudre se met à parler et l'hémoglobine à couler. NWR is back et il est temps d'attacher sa ceinture.

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Après une vision romantique un poil idyllique et une première demi-heure pleine de douceur, le cinéaste enclenche directos la quatrième vitesse et nous projette dans un monde où l'esprit de la revanche sanglante règne. Notre driver n'a pas seulement mis les pieds sur l'accélérateur, il s'est mouillé jusqu'au cou dans la seule affaire qu'il devait à tout prix éviter ; comme il n'est plus possible de faire machine arrière et qu'il lui faut également protéger ses proches - la blondinette plus une sorte de père adoptif (le gars de Breaking Bad, Bryan Cranston, excellent, qui a laissé tomber la came pour un temps), il n'a d'autres choix que de foncer dans le tas avant que ses adversaires le laminent... C'est toujours finalement aussi peu causant, mais il ne fait pas de doute que le récit prend un sacré virage. On ne peut pas dire non plus qu'au niveau des neurones, on n'ait vraiment à faire plus d'effort, mais ces petites séquences d'action pure font indéniablement monter l'adrénaline... De là à crier au génie ou à filer un prix de la mise en scène à Cannes (faudrait un jour que quelqu'un me définisse ce que signifie réellement ce prix : est-il question de la direction d'acteur, de l'esthétisme, de la "chorégraphie" cinématographique... je finis par m'y perdre un poil...), faudrait peut-être po exagérer : j'avoue que je suis d'ailleurs un peu surpris par la quasi unanimité des critiques devant ce film qui constitue un-bon-polar-émaillé-d'une-touchette-de-romance-avec-une-pointe-d'ambiance-musicale-transcendante, mais même si NWR n'est pas un manche pour planter une ambiance, faire doucement monter la sauce (la scène dans l'ascenseur - bien que le gars semble oublier qu'il n'y ait que 4 étages et non quatre-vingts dans l'immeuble... ah ouais, c'est le ralenti, c'est ça, prenez-moi pour un jambon aussi...) ou couler un petit travelling de derrière les fagots (dans le garage notamment), je ne me suis point laissé submerger par l'ivresse absolue de cette oeuvre... Après ça, boire ou conduire il faut choisir, c'est vrai.   (Shang - 10/10/11)

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Pour une fois qu'on est d'accord sur un film de NWR... Ok, j'exagère, il n'y a que Valhalla Rising qui nous avait séparés, mon compère n'avait rien compris à ce film (eheh, pure agressivité, mon gars, je plaisante). Bon en tout cas, oui, bien déçu par cet opus américain (l'ultime, semble dire le Shang ? ce n'est pas ce que j'ai entendu dire, le gars ayant eu du succès aux States) qui a vu le grand talent de ce réalisateur se perdre quelque part au milieu de l'Atlantique. C'est un polar banal, quoi, même pas très bon si on veut vraiment être franc. Comme mon copain, j'ai été assez terrifié par cette première demi-heure sentimentale qui ressemble à un clip des années 80 quand il s'agit de décrire un coup de foudre : la description du petit jeu de séduction entre les deux héros est une horreur de mièvrerie. On voit que Refn tente de renouveler ses recettes habituelles, surtout au niveau des rythmes très ralentis et d'une certaine emphase de style ; mais ce qui fonctionnait à travers des sujets forts comme la recherche de Dieu ou la soif de rédemption ne fonctionne pas ici, où il n'est question que d'un petit braquage qui tourne mal et d'une bluette en bord de rivière. N'est pas Melville quiconque fait taire son personnage, mon petit Winding.

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Quand il passe en mode vengeance et coups de fourchettes dans les yeux, il devient, c'est vrai, un peu plus intéressant, parce qu'au moins ça devient fun. La mise en scène est intéressante quand il s'agit de suspendre l'action juste avant le moment fatidique : le regard anxieux du héros quand sa chambre de môtel est attaquée par des tueurs, cette façon de faire d'un seul regard l'objet de 5 secondes de métrage avant que les meurtres éclatent, c'est vraiment bien ; ça rappelle, toutes proportions gardées, les étirements d'action des grand de Palma, notamment cette fameuse scène de l'ascenseur : les quatre étages en paraissent 80, certes, mais c'est excellent : c'est juste que la mise en scène tente d'enregistrer toutes les actions simultanées les unes à la suite des autres : le coup d'oeil sur la main du tueur qui se glisse sous sa veste, le baiser fougueux à la copine, la préparation du geste fatal, tout a son importance dans ce moment, et la caméra filme tout patiemment plutôt que de précipiter l'ensemble à la John Woo. Ce genre de petites choses sauvent le film du transparent complet, d'autant que la direction d'acteurs est vraiment impeccable : très emballé, comme Shang, par le jeu inattendu de Bryan Cranston, complètement en porte-à-faux par rapport à ce qu'il fait dans Breaking Bad. Et ce Ryan Gosling, qui fait visiblement frémir les ovaires de nos lectrices, est d'une belle présence. A part ça, franchement, pas beaucoup de bruit pour rien...   (Gols - 10/10/11)

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14 mars 2011

Bleeder de Nicolas Winding Refn - 1999

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On ne peut pas toujours être au top, surtout quand on flirte avec le style fashion : Bleeder est un fim raté, le seul de Winding Refn à ce jour, et on le lui pardonne. Voulant certainement retrouver un peu de la fulgurance de Pusher, il s'aventure sur les mêmes chemins : portraits de losers dans une ville crasseuse, violence qui s'empare du quotidien d'un petit mecton jusqu'à le dépasser complètement, style trash et mouvements de caméra zarbi, amours romantiques mais barrées, et pulsions gore. Il y a effectivement, par-ci par-là, des traces de vraie inspiration, dans la direction des acteurs par exemple ou dans cet humour intrigant qu'on perçoit dans les premières minutes. Excellente, cette scène ou Mads Mikkelsen, qui joue un gérant de vidéo-club complètement obsédé par les films, récite par coeur les 800 réalisateurs que son client peut trouver dans les rayons ; l'autre écoute patiemment, avant de demander "Et du porno ?" (la liste des spécialités de porno, d'ailleurs, est tout aussi marrante). Ambiance étrange, complètement froide mais en même temps drôle, qui nous donne par exemple de belles séquences entre "potes", ou un ou deux portraits intrigants (dont le héros, dont on ne sait si on doit l'aimer avec tendresse ou en redouter les éclats de violence dérangeants).

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Mais pour cette fois, Refn a du mal à faire tenir ensemble toutes ses différentes trames : on a une histoire d'amour difficile entre le gérant de vidéo-club et une serveuse, la narration d'un couple qui bat de l'aile suite à l'annonce que madame est enceinte, cette cellule de copains qui explose, sans compter les mille et une petites séquences qu'on tient absolument à faire rentrer dans le scénario... trop d'idées, trop de personnages, si bien qu'on ne sait plus trop ce que Refn a voulu raconter, la violence urbaine ou la cinéphilie maladive, la difficulté d'aimer ou la mort qui guette chacun ; à moins qu'il n'ait simplement voulu faire son Tarantino, et dans ce cas-là, il aurait fallu un peu plus de monde à la réalisation. Curieux, ce choix d'une focale très courte qui tord les visages dans les gros plans, ou de cette image crasseuse quelle que soit l'ambiance recherchée : Refn se cherche un style, et fait un peu n'importe quoi avec sa caméra. Le film mériterait d'être plus simple, peut-être même de n'être qu'un court-métrage qui se concentrerait sur cette histoire de famille et de violence conjugale. C'est dans cette trame-là qu'il y a le plus de pistes intrigantes. Heureusement, Refn reviendra vite à plus d'inspiration.

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25 février 2011

Inside Job (Fear X) de Nicolas Winding Refn - 2002

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Ce Winding Refn est décidément bien intéressant, et renouvelle ici avec brio le "genre" du thriller psychologique. Il faut dire, avant toutes choses, qu'il en cela aidé par un acteur prodigieux, ce bon vieux John Turturro qu'on pensait définitivement tombé dans la construction grimaçante et cabotine : il est extraordinaire dans ce personnage d'homme torturé par la mort de sa femme, complètement obsédé par la recherche de l'assassin et la compréhension de cet acte, et qui du coup s'est enfermé dans un mutisme qui confine à l'autisme. Il y avait de la place pour multiplier les effets de jeu à la Tom Hanks, Turturro est d'une justesse incroyable, travaillant sur la grande lenteur, l'hébétude, en même temps que la précision des gestes. Ca tombe bien : le film en entier est précis et lent, construisant patiemment une très belle atmosphère entre Kubrick et Lynch (références tarte à la crème mais ici très bien senties), sans jamais en atteindre le génie bien sûr, mais en ne déméritant pas non plus.

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Tout commence presque classiquement : Turturro est agent de sécurité, et sa femme s'est faite flinguer dans le parking du centre commercial où il oeuvre sans pitié (belle scène inaugurale où il met la main sur un pauvre pickpocket de 80 berges) ; depuis, il passe ses soirées à regarder les cassettes des vidéos de surveillance, à l'affût de l'assassin, du moment-clé où sa femme est tombée et où lui "a cessé de vivre". Les indices arrivent doucement, enregistrés avec froideur par un héros de plus en plus hors de tout, hébété et happé par le mystère. Mais peu à peu (tout comme pour Valhalla Rising qui cultivait la même rupture de ton virtuose, nous emmenant à l'opposé de ce qu'on attendait), l'enquête policière vire à la plongée dans les eaux troubles du subconscient ; il aura fallu une seule scène, une curieuse investigation dans l'appartement d'à côté, pour que la traque policière se "décale" et qu'on plonge dans un monde étrange, abstrait, pas si loin de la chambre rouge de Twin Peaks. On s'attend à tout après cette séquence, et effectivement, Winding Refn s'amuse beaucoup à nous donner de l'abstrait et de l'onirique en lieu et place de la vraisemblance et de la résolution de l'enquête : un ascenseur symbolique qui donne sur le vide, un restaurant où tout semble se nouer sans qu'on comprenne quoi que ce soit à ce qui est en train de se dire entre les personnages, et surtout ce bluffant virage à 180° qui arrive brutalement : on quitte Turturro pour recommencer une autre histoire, avec d'autres personnages (tout aussi parfait Stephen McIntire) et un sombre complot dont on ne saura rien. Aux trames multiples, Winding Refn préfère les atmosphères, qu'il réussit brillamment, et les descriptions intimes, que ses acteurs contribuent grandement à mettre en valeur, mais que son sens de l'écriture et du plan large soutient aussi. Dommage que, pour enfoncer le clou, il use d'effets numériques bien inutiles ; ils ne servent à rien, et même nous font parfois sortir d'un film hypnotique qui fait son effet. Flippant, schyzophrène, émouvant : réussite.

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22 décembre 2010

Le Guerrier silencieux (Valhalla Rising) de Nicolas Winding Refn - 2010

Grand bonheur de voir Winding Refn revenir au sommet après un Bronson un peu en-dessous. Pour cette fois, les références, pourtant écrasantes (Kubrick, Tarkovski, Coppola, les premiers Barbet Schroeder), sont parfaitement justifiées et assumées, et Valhalla Rising est d'une troublante originalité, d'une énorme ambition.

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Ca commence comme un film de vikings moyen : hyper-violence, emphase des décors et des ambiances, vague contexte historique pour justifier le bidule. Déjà, dans ces premières séquences impressionnantes, on perçoit l'étrangeté du regard, "l'allanguissement" du rythme, qui surprend pour ce type de production. On fait donc connaissance avec One-Eye, guerrier muet et sans pitié, sorte d'anti-héros à la Eastwood, en 2000 fois plus violent. Âpreté des scènes, frontalité de la violence, le scénario déroule son fil rapidement et sans discours, comme pour se débarrasser vite fait de sa trame pour mieux en venir au coeur de son projet. Car au bout de 20 minutes, le film s'arrête presque, abandonne sa piste narrative pour devenir une sorte d'objet contemplatif halluciné et hallucinant. One-Eye suit les pas d'un groupe de cathos bien décidé à trouver la Terre Promise, quitte à évangéliser par l'épée les païens croisés sur leur route. Le trip commence par une traversée de l'océan, prétexte à une sur-stylisation complète de l'esthétique : on pense à Stalker dans cette espèce de road-movie immobile, pris dans les brumes, où tout (trame, personnages, dialogues, décors) semble se dissoudre dans un univers uni, abstrait. Une demi-heure de temps suspendu, où on perçoit enfin le projet du film : transformer un genre (ou un sous-genre, le film de vikings donc) en quête métaphysique sous amphète, en voyage mystique mis concrètement en scène. Stalker, oui, mais surtout 2001 : pour cette fois, et après l'essai raté de Bronson, la référence kubrickienne est éclatante. Le rythme surtout, lentissime (une grande partie du film est au ralenti), contemplatif, délétère, rappelle le chef-d'oeuvre originel ; mais le scénario aussi : ce qu'on croyait être un film d'action de plus se change en longue hallucination, conclue comme chez Kubrick par une résolution onirico-baba-cool du meilleur effet. L'arrivée des personnages sur une île bien symbolique (eden ? enfer ? bout du monde ?) va faire complètement basculer le film dans l'abstraction, délaissant pratiquement le scénario pour ne se concentrer plus que sur l'intérieur, la théorie pour ainsi dire, le questionnement religieux et métaphysique.

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Refn déjoue toutes nos attentes : si son film reste spectaculaire de bout en bout, si on ne s'ennuie jamais grâce à la science du timing incroyablement maîtrisée, on n'aura pas pour autant droit à un film pour ado. Plutôt à un Objet Filmique Non Identifié d'une belle démesure, très personnel, d'une splendeur visuelle extraordinaire, qui prend son public pour des gens intelligents et adultes. On n'attendait pas cette émotion qui éclate dans les derniers plans, on n'attendait pas une telle rigueur dans le dessin du personnage principal (impeccable Mads Mikkelsen, sobre et intense), on n'attendait pas une telle absence de concessions. Refn se mesure avec culot aux plus grands, et n'a pas à rougir de la comparaison. Un grand film. (Gols 17/08/10)

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On aura décidément bien du mal à se mettre d'accord avec l'ami Gols sur notre petite liste de fin d'année 2010. Non point que cette dernière mouture de NWR m'ait particulièrement tapé sur le système, juste une furieuse réserve sur le fond de la chose : après un départ tonitruant qui montre que notre gars n'a pas perdu la main quand il s'agit de mettre en scène la violence, nous voilà donc embarqués dans une longue traversée dans un brouillard à couper au couteau jusqu'à l'Enfer - c'est po moi qui le dit, mais le gentil titre du chapitre dans le film ; le gros problème c'est que si cette brume se lève pour nos amis Vikings chrétiens, le spectateur a tendance, lui, à un peu y rester, dans le brouillard... Parvenu en ces terres sauvages - bien aimé le côté "Apocalypse Aguirre Now" avec ces flèches qui viennent de nulle part : NWR a de bonnes références -, notre ami One-Eye ne se résout toujours po à nous dire quoi que ce soit (pas facile à partir de là de connaître son monde intérieur, si je peux me permettre): il entasse des gros galets (se reconstruit pierre par pierre, est obsédé par le monolithe kubrickien, s'amuse, se fout de notre gueule ?), se baigne (on aura droit à cette "image manquante" en toute fin... un baptème, une renaissance, j'ose tenter (?)), devient une sorte de leader - nos trois gaziers encore vivants qui le suivent - et se sacrifie (merci encore une fois le découpage en chapitres, on aurait peut-être compris cette idée, ceci dit, à défaut du reste) pour sauver la petite tête blonde : genre nouveau prophète, quoi (les images en rouge qui parsèment le film semblant montrer que notre gars a un don de prémonition méchamment développé), un prophète des enfers (je sais pas, je me lance, on nous laisse dans le flou - toute autre spéculation demeure la bienvenue) dont le discours se limite à... ben à rien en fait, sauf que le gars est super fort et que, franchement, respect... Il y a là-dedans un petit côté métaphysico-poseur qui me laisse un peu baba, personnellement... Si, en effet, NWR a un certain courage à donner une inflexion subite à son récit (de l'ultra-violence au zen - c'est reposant ces jolis paysages, c'est vrai), ce virage soudain (genre, soyons sérieux maintenant les gars et jouons au film d'auteur) débouche sur un précipice pseudo-mystique terriblement creux - je sais pas, pourrait communiquer un peu, notre héros, au moins cligner de l'oeil, le bon. A tout prendre, je préfère autant la sauvagerie pleinement assumée d'un Van Diemen's Land (même combat pour la survie dans un paysage guère accueillant) où on ne cherche pas au final à nous bourrer le mou avec des "visions cosmiques qui nous dépassent", tu vois... La force visuelle de l'oeuvre de NWR est indéniable, pour le reste je reste beaucoup plus sceptique. (Shang 22/12/10)       

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22 juillet 2009

Bronson de Nicolas Winding Refn - 2009

19086706_w434_h_q80Après les géniaux Pusher, c'est avec des petits bonds de joie désordonnés et comiques que je me précipitai vers la nouvelle production du bon Winding Refn... mais c'est avec la tête un peu basse que j''en ressortis. C'est le danger principal de ces petits génies de la forme qui réussissent leurs premiers films : ils se prennent immédiatement pour Kubrick, et se mettent une fausse pression (il faut faire plus fort que le film précédent : pourquoi ?), et du coup cèdent à un pur formalisme. Bronson est certes très impressionnant visuellement, mais ça s'arrête là : adieu l'humanité précieuse des tueurs de Pusher, adieu cette maîtrise de chaque poste. Ici, on a droit à un film qui déborde de tous les côtés, anarchiste comme on l'est au lycée, c'est-à-dire sans vrai contrôle. A l'image de l'acteur principal, qui se prend pour Nicholson et De Niro réunis dans un numéro de cabotinage soûlant, le film semble en roue libre, ne parvenant pas à freiner ses élans ou à garder son sang-froid.

19120681_w434_h_q80Bien sûr, ce lâcher-prise donne aussi parfois des choses très bonnes : l'absence totale de morale ou de psychologie du personnage est vraiment poilante. En dressant le portrait du "prisonnier le plus dangereux du Royaume-Uni", Refn évite tous les pièges du biopic crétin, tout simplement parce que le personnage ne se définit que par sa violence sans but. Systématiquement, du début à la fin, il saute à la gorge de tout le monde, juste parce qu'il est comme ça, juste pour conserver sa réputation. Pas d'explication familiale, pas de biographie : juste un gars qui se bat. Refn a d'ailleurs parfaitement saisi la part de comique de cette situation, l'absurdité totale du personnage, et on se marre bien en assistant à ces interminables bastons qui ne mènent à rien. On a l'impression d'une expérimentation visuelle, dénuée de scénario, et le fait est que c'est réussi. D'autant que le bougre n'est pas manchot pour filmer ces scènes sanglantes, dans une atmosphère cradingue, dans une photo à gros grain qui en décuple la crasse (c'est le chef-op de Kubrick qui est l'auteur de cette image salace, respects). Le film va son chemin avec une belle idiotie, dirais-je, accompagnant son personnage (imbécile et clownesque) sans le juger, en vrai complice. C'était risqué, c'est gagné.

19120686_w434_h_q80Ceci dit, Refn se plante aussi très souvent dans les scènes qui ne sont pas violentes. L'idée de placer Bronson sur une scène de théâtre ambiance Lynch-Kurt Weill pour raconter son histoire n'est pas bonne, à cause encore une fois de l'acteur qui supporte mal les gros plans, et parce qu'elle amène une distance en porte-à-faux avec cette plongée totale dans le monde carcéral. De même que la volonté éffrénée de Refn de s'inscrire dans la lignée de Kubrick, avec cette musique classique sur les scènes les plus violentes (Orange mécanique), avec ces êtres bigger than life (Shining), avec ce goût pour l'absurde (Lolita) : c'est touchant, mais à force de formalisme à tout prix, à force d'essayer de retrouver des motifs purement visuels, il finit par surcharger la mule, et, comble de l'horreur, par ressembler plus à un Danny Boyle quà un Kubrick. Trop crâneur, trop "petit génie du montage épileptique", Refn livre une chose étrange et très vide, oubliant que son modèle savait instiller une humanité profonde dans ses personnages démesurés. On préférait quand il copiait Scorsese et savait gérer son goût pour le baroque. Bronson est drôle et fun, mais c'est un pur essai un peu vain.

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06 septembre 2007

Pusher III (2005) de Nicolas Winding Refn

9_tRésultat des courses après le visionnage des trois épisodes : la trilogie Pusher est impeccable. Certes, comme il a été dit, l'épisode 2 est d'assez loin le meilleur, mais Winding Refn arrive à conserver dans chaque film cette brutalité de filmage qui fait mouche, cette violence rentrée dans les trames, cette urgence dans la forme.

Dans ce troisième opus, on assiste encore une fois à la descente en galère d'un petit trafiquant ordinaire, compliquée ici par le fait : 1/qu'il tente d'arrêter la dope et 2/qu'il est censé organiser la réception en l'honneur de l'anniversaire de sa fifille. Tout ça en refourguant la tonne d'ecstasy qu'il a récupérée par erreur, et en gérant une sombre histoire de prostituée albanaise. Ca nous fait des grosses journées, et bien entendu celle-ci se terminera mal, comme dans les deux autres épisodes. Cet12_tte fois encore, le réalisateur utilise les règles du Dogme en maître, caméra à l'épaule qui se place toujours au coeur de l'action, montage serré comme un string, tempo incroyable. La simplicité de son scénario, qui se déroule de façon linéaire et implacable, contribue à cette tension, à cette sensation qu'on est placé juste à côté des personnages, et qu'on n'est pas vraiment à la bonne place.

La limite de cet épisode, le moins bon des trois, est peut-être dans le fait que, Winding Refn cherchant la surenchère, il tombe dans un excès qui ne convient pas à l'hyper-réalisme de la série. La fin de Pusher III est très gore, se complaît un peu dans le sordide, et on a l'impression que le style du film ne se trouve pas là, que ces scènes sanglantes sont ajoutées. Dommage : jusqu'à maintenant, les films étaient impeccables de justesse, toujours à la bonne distance entre humour noir, désespoir moite et pudeur d'enfant. En filmant de la tripaille 10_tqui file dans un évier, le gars sort de la rigueur qu'il avait mise en place, comme s'il voulait faire du spectacle là où seule la sobriété avait sa place. De plus, l'acteur est un poil moins convaincant que ses accolytes des I et II, surjouant les effets du speed avec trop de "construction de personnage".

N'empêche : ce film est encore une fois un vrai plaisir de cinéma. Quand il veut pour un Pusher IV.   (Gols - 26/07/07)


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Oui, comme le dit mon comparse, il s'agit d'une véritable journée à la Jack Bauer pour mon gars Milo - que je trouve quand même relativement convaincant même quand il s'en met plein le pif - dommage que la fin lorgne du côté du Père Noël est une ordure qui n'a jamais été la meilleure référence - dans le genre; comme si Refn pushait le bouton un peu trop loin. Il y a une montée en puissance un peu trop abrupte, toute l'action étant essentiellement concentrée en 10 minutes alors que le rythme est relativement à la cool le reste du temps; en fan de la série (dorénavant), on rit des petits private jokes - Milo qui cuisine des trucs imbouffables, Radovan toujours là en cas de secours, "The Cunt" avec des cheveux... - mais ce troisième tome n'a pas la précision du premier - l'enchaînement diabolique des journées - ni le fond de la seconde: les rapports entre le père et sa fille sont ici à peine esquissés (il est prêt à tout pour elle, alors qu'elle se révèle plutôt genre petite peste gâtée... mouais) et si Refn a toujours une grande maîtrise du montage et des prises de vue, on finit peut-être par être moins bluffé par ce style que dans les 2 premiers Pusher et à ces diverses possibilités. La toute fin, au petit matin, qui rappelle également la fin du précédent opus, comme un ultime moment de calme après la tempête, permet tout de même de souffler tranquille et d'évaluer l'ensemble de cette trilogie avec les meilleurs égards. Un réalisateur sur qui on peut parier sans problème dans l'avenir.   (Shang - 06/09/07)

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05 septembre 2007

Pusher II (2004) de Nicolas Winding Refn

18644961_w434_h289_q80Tonny sort de tôle, et vient retrouver son père, trafiquant respecté, pour se mettre à son service. On sent bien que c'est plus un modèle qu'il vient chercher, ou en tout cas un regard paternel, une fierté. Mais le vieux s'avère être une ordure dégoûtée par l'échec de ce fils irresponsable. La découverte de Tonny de l'existence d'un bébé dont il est le père va faire basculer son rapport au "milieu" et à sa propre famille.

Promesse on ne peut plus confirmée : après un premier opus qui tenait très bien la route, le second volet de cette série de portraits de loosers met la barre un peu plus haut, et réussit encore mieux son pari. La trame de Pusher II se densifie, devient plus intéressante et émouvante, on s'approche de plus en plus de Scorsese ou de Gray, en plus radical, en plus amer. Dédié à juste titre au grand Hubert18612428_w434_h578_q80 Selby Jr, le film a toute la violence et toute la sensibilité du romancier. Abandonnant un peu ses tendances "dogmesques", Winding Refn pose sa caméra pour capter des regards, de l'émotion qui passe, pour saisir l'ambiance d'un décor ou d'un instant. pourtant, le film reste très nerveux, haletant, presque à bout de souffle. Encore une fois, le gars nous happe dans son rythme, et dans le déroulement inéluctable de son histoire. Mais cette fois, il laisse entrer dans son cinéma quelque chose de plus lumineux, en tout cas de plus organique, à l'image de ce long plan-séquence dans le métro, où le visage du personnage passe de l'ombre à la lumière sur fond de musique rock puissante. Winding Refn fait par ailleurs une nouvelle fois la preuve de son talent pour ce qui est de la direction d'acteurs : son anti-héros est magnifiquement campé par Mads Mikkelsen (déjà entrevu dans le premier épisode), dont la beauté inquiétante n'a d'égale que la tension de 09son jeu. Bardé de tatouages, fragile en même temps que dangereux, il porte sur ses épaules ce très beau personnage désespéré, écorché vif, en quête d'un amour impossible. L'acteur ne dévoile ses facettes que petit à petit, tranquillement, de la première scène (une séquence assez hilarante au bordel) jusqu'au plan final, où toute sa puissance éclate enfin. Bref, voilà un grand film, osons le mot, toujours intelligent dans sa mise en scène, toujours subtil dans son scénario, et qui ne cède jamais aux facilités du genre (pas d'hystérie de violence ici).

Si mes calculs sont bons, le 3ème opus devrait être une splendeur.   (Gols - 21/07/07)


1158909984_DivXPlanetOn retrouve donc Tonny qu'on avait quitté avec le crâne fracassé dans le premier tome. On sent qu'il a bien morflé et cela nous vaut un des dialogues les plus puissants du film:

- Ca va tu t'en es remis?
- Certains m'ont dit que j'avais des trous de mémoire parfois...
- Ah oui qui ça?
- Je m'en souviens pas...

Bref, toujours un parfum de déconne dans l'air même si ici l'essentiel du film se concentre sur les rapports père/fils, et la responsabilité qui va avec. Oui le père de Tonny considère ce dernier comme le roi des branleurs et cela donne lieu à une séquence d'une énorme intensité lors du mariage de Ø (oui c'est bien son nom - pratique le stylo à bille parfois), un de ses employés: le père dans son speech, après avoir descendu en règle son con de fils, dit à son employé qu'il le considère, lui, comme son fils; il faut voir la mine complètement écoeurée du Tonny pour savoir qu'on ne pourra pas en rester là et qu'un drame va se jouer dans la nuit. A mesure que le père piétine le Tonny de son mépris, ce dernier prend conscience de sa responsabilité par rapport au bébé qu'il vient d'avoir et qu'il a traité jusque là comme une chose tout au plus décorative. Ce basculement psychologique qui se fait vers la fin du film est réellement imparable, d'une grande virtuosité dramatique. Refn montre qu'il ne sait pas seulement régler les scènes d'action et soigner le rythme mais qu'il est capable de nous faire plonger tout autant dans les affres et les doutes de ses personnages. Décidément remarquable et bien dommage que le troisième opus semble un peu en dedans... Mais là je reste tout de même curieux.   (Shang - 05/09/07)

pusherII

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04 septembre 2007

Pusher (1996) de Nicolas Winding Refn

18612436L'histoire est classique : un petit trafiquant de drogue se trouve embringué dans des dettes impossibles, et n'a pour s'en sortir d'autres solutions que celle de faire n'importe quoi. Entre amitiés douteuses, fausses marques de respect, junkies terrorisés et putes au grand coeur, ce n'est pas dans le scénario que Winding Refn trouve son originalité, même si celui-ci est somme toute assez bien écrit, comme un bon vieux Scorsese période Mean Streets, le lyrisme en moins.

Côté réalisation, par contre, le gars convainc parfaitement. On est dans l'esthétique Dogma (qui est beaucoup critiquée, mais que je trouve pour ma part tout à fait pertinente, et à l'origine de beaucoup de bons trucs), caméra saccadée à l'épaule, aridité de la forme, speed général, sécheresse de la narration. Malgré quelques entorses aux sacro-saintes règles de Lars (on a droit ici à de la musique, et le réalisateur est sur-crédité au générique), Pusher est totalement dans la continuité de Festen ou des Idiots, ne serait-ce que par la violence de ce qui est montré. Soutenu par un acteur formidable, toujours touchant même dans ses pics de connerie hystériques, le film vous tient par les noisettes et ne vous lâche pas, grâce à un rythme impeccable. Le destin de Frank se déroule chronologiquement, du lundi au dimanche, simplement, sans fioriture, et on est pris avec lui dans cette montée de désespoir sans issue. Pourtant, il y a quelques soupapes d'humour là-dedans, un humour clairement à la Tarantino (dialogues décalés entre les deux petites frappes, détails de personnages improbables...) Malgré ça, Pusher reste assez âpre, sans en rajouter dans le glauque, et assez prenant pour attendre avec impatience que mon vidéo-club me fournisse la suite de la trilogie.   (Gols - 18/07/07)

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Est-ce bien la peine d'en rajouter une couche après ce qu'en a dit mon comparse (si ce n'est que le gars je l'aurais appelé Refn, mais bon je sais que Gols aime les W). Mariage du Dogme et de Reservoir Dogs, le royaume de Danemark est foncièrement pourri et cela n'est pas nouveau (il y a même une scène entre Franck et son amie de trottoir où ils s'amusent avec des crânes, j'invente rien). Dealer, je l'ai toujours dit, quelque soit le pays, c'est un nid à embrouilles et pour qu'un gars comme le Franck soit obligé d'aller chez sa mère pour demander de la thune, il faut vraiment qu'il soit au bout du rouleau (il doit 240.000 couronnes ce qui en yuan doit faire environ le prix d'un immeuble, et sa pov'mère de lui donner tout ce qu'elle a sur elle, 6.000 couronnes, même pas de quoi se payer une galette avec une fève). Auparavant on aura eu droit quand même à un de ses (ex-)potes qui se tire une balle dans la bouche plutôt que de faire face à ses dettes (faut dire que le Franck est accompagné d'un Yougo... serbe (non?, je suis pas fort sur les accents) relativement costaud que j'aimerais pas croiser même dans une kermesse). L'image est certes un peu cradasse par moment, mais Refn trouve des angles de prises de vue particulièrement originaux (dans la voiture par exemple) et soigne malgré tout autant que faire se peut la lumière -il n'y a pas de complaisance dans un désir arty fauché, enfin à mon avis. Si le film trouve un peu de mal à démarrer (allez, la première journée), rapidement Refn met les bouchées doubles et sait user avec parcimonie d'une grosse musique guitareuse pour donner des petits coups d'accélération au bon moment. Il parvient à rendre parfaitement crédible cet enchaînement dans la violence, à donner une âme à ce récit urbain (difficile en effet de pas citer le Scorsese des débuts) et cela même si j'ai été troublé un temps de voir mon pote Armand en Milo (un beau travail d'acteur cela dit, il a même choppé la langue). Bref, la vision du II s'impose.   (Shang - 04/09/07)

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