Young and restless in China (2008) de Sue Williams
Ce portrait de 9 jeunes Chinois entre Pékin, Shenzhen et Shanghai est beaucoup moins intéressant qu'il en avait l'air au premier abord. Belle idée pourtant que celle de suivre sur 3-4 ans ces différentes personnes issues de parcours différents (le docteur, le businessman, le rappeur (!), l'ouvrière qui vient de la campagne...) mais l'on ne peut s'empêcher de faire souvent la grimace comme si d'une part Sue Williams avait déjà en tête, au départ du projet, ce qu'elle voulait démontrer et tant ces portraits, d'autre part, sont un peu "au couteau" (un "suivi" bien superficiel vu qu'elle les rencontre apparemment à peine un jour chaque année). Les bras nous en tombent même parfois carrément à écouter ce rappeur (qui représente on ne sait quel courant de la jeunesse chinoise...) qui se sent proche des rappeurs black américains ("ouais, pour eux aussi c'est dur"... ah ouais, bravo!...) - pour situer le gars, il a quand même filé de la thune à une gonzesse qu'il a rencontrée sur internet pour qu'elle vienne vivre chez lui, déjà, hein,... franchement, faut être mûr - bizarrement elle est po venue... Bref. Il y a aussi ce type qui se fait de la thune mais qui a trouvé son équilibre grâce à "sa nouvelle foi catholique" (!!!!!!!!!!!! Sue Williams, elle serait po un peu américaine... ouais) sans parler de ces pauvres discussions où chacun semble regretter que la société, eh ben elle est devenue vachement matérialiste - c'est po le cas aux USA, un peuple qui vit cul-nu sans une carte de crédit... Sans vouloir descendre en bloc la valeur du docu et la véracité des paroles énoncées par les personnes interrogées, on frôle souvent l'anecdotique qui va étonnamment dans le sens des bons gros stéréotypes ("Je travaille trop, j'ai sacrifié ma vie familiale, snifff") ou le sensationnel à deux balles (la jeune fille retrouve sa mère 18 ans plus tard : celle-ci avait été kidnappée (on se demande vraiment comment la réalisatrice a sélectionné les 9 personnes...) et vendue à un homme -méchant Chinois- et nos caméras sont là pour immortaliser le truc - pouark). Sue Williams semble vouloir également nous apprendre que le système de santé chinois est pas top - allez vous faire soigner aux USA, c'est tout gratos...- et que les événements de Tienanmen (toujours les mêmes images commentées comme sur TF1 et traitées de façon très très superficielles - beaucoup plus complexe qu'une manif étudiante genre Mai 68, si je peux me permettre) ont marqué les gens (cela a sûrement marqué Sue Williams, pour la nouvelle génération cela reste à prouver, po l'impression, moi ici, après 4 ans à Shanghai, que les gens soient vraiment au courant... m'enfin). Voilou, en conclusion, un peu léger ma foi tout ça et beaucoup moins représentatif d'une "génération" que cela se voudrait être... Plutôt que de vraiment ouvrir les yeux sur cette Chine nouvelle, Sue Williams semble même souvent enfoncer le clou de certains préjugés. Bien discutable.
The Mao Years: 1949-1976 (1994) de Sue Williams
Ah oui on peut pas dire qu'on rentre dans la période de la grande déconne, même si le père Mao en a roulé plus d'un dans la farine. Des coopératives au collectivisme, puis au concours à la con entre les Communes pour savoir à qui aura la plus grosse (récolte), ces dernières en arrivent à dire tout et n'importe quoi pour faire le malin (et forcément tout cela finira dans le ravin....) et l'Etat de ramasser jusqu'au plus petit grain de blé: bilan 30 millions de morts, c'est beau la solidarité. Comment "le grand bond en avant" s'est transformé en grosse gamelle dans l'herbe sèche. On passe en vitesse sur l'épuration des droitistes qui vire une bonne partie des cadres du parti des débuts jusqu'à la fin des années 60, le début de Révolution Culturelle et la grande ruine intellectuelle. Ils ont l'air malin, tous, avec leurs petits livres rouges et là ça va encore charcler grave: 400 000, au bas mot, vont morfler et je parle pas de mes vases dans le salon ni de mon bouddah au fond du jardin. Les contre-révolutionnaires mangent le pissenlit par la racine et cette jeunesse, partagée entre "garde rouge" et "rebelles", se jette la tête en avant dans une violence résolument horrifique. Bon le Mao dira d'arrêter les conneries et cela marchera pour un temps. Grande valse à la tête de l'Etat où l'on suit les avancées et les déclassements des grandes figures de l'époque: le petit Deng Xiaoping fait des allers-retours entre la tête du parti et sa campagne... On suit également les premiers grands rassemblements sur la place Tiananmen (et les premiers massacres) et les retournements de situation dans les relations diplomatiques avec les Etats-Unis qui du jour au lendemain ne sont plus le grand ennemi impérialiste (on évoque la guerre de Corée, on passe très brièvement sur le Vietnam (tout comme malheureusement sur le Tibet en 59) et on s'attarde sur la visite de Nixon en terre chinoise). Le Mao tout pimpant, entouré de jeunes gonzesses qu'il faisait valser ou à qui il racontait des histoires super drôles (se marre tout le temps, la fan de Mao) laisse la place à un type aveugle qui serre des mains au hasard lors d'une réception de dignitaire; son coeur finira par lâcher, nous dit son docteur, on doutait justement qu'il en avait un.
Toujours énormément d'images d'archives et des intervenants de tout bord, du docteur perso de Mao donc à cet ex-jeune garde rouge qui revient sans vraiment trop d'émotion sur sa propre débauche de violence (...) en passant par des paysans du cru ou d'anciens membres du parti qui se sont retrouvés du jour au lendemain du mauvais côté de la barrière sur un simple mot du Mao - brrrr.
China in Revolution : 1911-1949 (1989) de Sue Williams
Allez, un peu d’histoire, d’autant que mes lacunes à ce sujet seraient parfois aussi effrayantes que mon niveau de chinois – qui reste un must dans le genre. Une période donc dominée par les rivalités entre les Nationalistes menés par Chiang Kai-Shek et les Communistes dirigés par le futur chairman Mao. Associés contre les étrangers et surtout les Japs dans les années 30-40 (et encore… avec de multiples pactes brisés), divisés le reste du temps, les deux factions ne se sont pas vraiment fait de cadeaux. Le docu évoque entre autres la Longue Marche pendant laquelle Mao a su asseoir son leadership – fallait être mûr pour faire 10 000 km, franchir des montagnes enneigées et traverser des marais, la marche à pied a ses limites… – et le cantonnement de ses troupes dans le Yenan : c’est à cette époque que Mao a composé un grand nombre de ses écrits. Il reçut même, à partir de 41, la visite de généraux américains pour entraîner ses troupes à la guérilla contre l’envahisseur japonais. Sitôt la guerre finie, les Américains concentrèrent tous leurs efforts sur Chiang Kai-Shek même si (on les reconnaît bien là, les bougres) la plupart des armes qu’ils lui livrèrent finirent par tomber entre les mains des partisans communistes. On suit bien sûr également en parallèle la prise de pouvoir et l’assise de Chiang Kai-Shek, jusqu’à sa retraite à Taiwan.
Le grand intérêt du docu est d’être sans aucun parti pris, de se limiter uniquement aux faits et surtout d’illustrer les commentaires avec moult images d’archives ; on voit ainsi relativement souvent Shanghai qui a bien morflé pendant toutes ces années. Ces images sont entrecoupées d’interviews de personnes ayant directement participé aux actions dans un camp ou un autre et cela permet de comprendre en profondeur les motivations de chacun ; pas de polémiques pour le plaisir, juste le destin d’individus qui ont cru profondément à l’une ou l’autre des ces deux grandes
figures historiques à un moment de leur vie. C’est clair, parfaitement documenté et il est hallucinant au final de voir les transformations et les bouleversements de cet immense pays pendant une période finalement relativement courte – du coupage de la natte qui symbolisait les temps féodaux aux cheveux mi-longs des jeunes femmes partisanes de Mao, une histoire de la coiffure... La deuxième partie sur les Années Mao s’annonce tout aussi passionnante.

