13 février 2011

Le Chevalier à la Rose (Der Rosenkavalier) de Robert Wiene - 1925

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Grosse entreprise pour le gars Robert Wiene que cet "hénaurme" film en costumes qui brasse plein de trames en même temps, alterne comédie et mélodrame, et se doit en plus d'épouser la musique de Richard Strauss spécialement adaptée à lui. Le tout dans des décors gigantesques et avec 200000 figurants. Le fait est que Wiene n'est pas franchement à la hauteur du projet au niveau de l'invention : le film est désespérément plat du point de vue de la mise en scène, avec ces cadres frontaux fonctionnels, cette artificialité des placements des acteurs (qui jouent tous corps face à la caméra mais visage et jambes de profil, on se croirait en Egypte), cet aspect poussif des scènes d'intérieur. Il y a bien ça et là quelques débuts d'idées, comme ce comité de censeurs qu'on voit d'abord comme une masse de perruques poudrées avant que leurs visages grimaçants envahissent l'écran ; comme aussi ces élans de montage un peu mieux rythmés quand il s'agit de resituer tous les personnages dans l'action (l'invitation au bal masqué, à la fin, donne lieu à une succession de portraits tout à fait judicieuse pour replacer chacun par rapport aux autres) ; ou comme ces scènes de foule, guère originales mais qui ont une réelle puissance : la bataille, le bal, les jeux bucoliques de nos amis aristocrates, la demande en mariage en grandes pompes, autant de passages attendus où Wiene, s'il n'est guère novateur, est quand même présent au niveau du souffle. Mais pour le reste, on soupire devant ce gâchis : il y avait de la place pour plein de fantaisie et de tentatives de mise en scène, on imagine ce qu'en auraient fait Griffith ou von Stroheim ; Wiene, lui, se contente de raconter, en faisant attention d'être le plus transparent possible.

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Et il raconte bien, le bougre. L'histoire est riche en rebondissements et en personnages, et Wiene choisit pour le coup une voie assez ardue pour mener son récit. Dans la première demi-heure, on est même complètement perdu dans cette galerie de princes, marquis, roturiers parvenus et princesses pucelles ; on ne comprend pas grand-chose à tous ces protocoles, et le scénario ne fait rien pour nous aider, bondissant d'un décor à un autre, d'un personnage à un autre, et même, plus acrobatique, d'une ambiance à une autre : ça commence sur du pur mélo à l'eau de rose, et en une seconde nous voilà dans la comédie à la Molière, puis dans le récit de guerre, etc. Peu à peu les pièces s'assemblent en un ballet sentimental croquignolet qui finit par intéresser. Quand tout se résout dans les dernières minutes (la fin est perdue, mais il reste les photogrammes, des bouts de bande-annonce et la musique !), on se rend compte de l'ambition de la narration. Dommage que les acteurs soient si empruntés, sur-expressifs, et leur jeu complètement démodé : le prince, héros du film curieusement affreux (dentition immonde, 18 cm de poudre sur la tronche, rachitique comme un poulet déplumé) remporte la palme avec ses pâmoisons de fillette et ses jeux de jambe ridicules. Heureusement les acteurs comiques sont mieux, surtout ce Mr Jourdain emplumé et vaniteux capable d'entamer une petite danse aux moments les plus inattendus et malgré ses 150 kilos. Néanmoins reconnaissons que pour cette fois, l'abondance de moyens financiers va dans le bon sens : costumes somptueux, décors grandioses, scènes de foule impressionnantes, variété des lieux (le jardin enchanté de la fin est vraiment beau), on en prend plein les mirettes, et faute de réelle fascination pour le film, on en ressort au moins la rétine satisfaite.

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23 mai 2008

Les Mains d'Orlac (Orlacs Hände) (1924) de Robert Wiene

_orlacs_h_ndeClassique de l'Expressionnisme allemand, Les Mains d'Orlac fait la part belle au personnage qui s'évanouit dans un souffle (la femme d'Orlac qui tombe au moindre courant d'air et passe sa vie sinon avec un regard éberlué) et à celui qui est horrifié par lui-même : Orlac, pianiste virtuose, est victime d'un accident de train; ses mains sont comme perdues. Mais l'ingénieux docteur décide de lui greffer les mains d'un assassin qui vient tout juste d'être condamné à mort (un peu comme si on greffait le foie de Gainsbourg à un buveur d'eau, voyez - non ?). Lorsqu'Orlac l'apprend, sacrebleu, il a beau essayer de jeter ses mains au loin, elles reviennent automatiquement le long de son corps - c'est un peu comme son ombre, en pire. Alors bien sûr, il se met à avoir des visions, se prend lui-même, la main dans le sac, en train de jouer avec un couteau ("rah noooon mon Dieu je suis MAUUDDDDIT" s'écrie-t-il muettement), avec sa femme qui plus est c'est la panade, et les dettes s'accumulent, c'est Murphy... Seule porte de sortie, le père d'Orlac qui a tout l'air d'être un beau fumier... Enfin, cerise sur le gâteau, un étrange homme en noir avec un joli chapeau semble monter tout une machination pour faire tomber l'Orlac... Quel suspens... Franchement, c'est vraiment lent, Eisenstein l'aurait remonté, le film durerait une heure de moins... La plupart des acteurs semble toujours tétanisée, et ça prend toujours des plombes avant qu'un mot finisse par sortorlacs_haendeir (le plus souvent en plus c'est "Gasp !"), sans parler des intertitres qu'on a le temps de lire 34 fois. Les séquences où Orlac est totalement obsédé par le démon de ses mains sont assez convaincantes, sauf la douzième fois. Bien aimé aussi, au début, la voiture dans la nuit avec un projecteur en hauteur qui se balade souvent n'importe comment pour faire un halo de lumière  autour, ainsi que les lieux de l'accident de chemin de fer; pour le reste, c'est quand même vachement austère (les décors ne sont pas de Trauner) et le dénouement, super alambiqué, est un peu tiré par les cheveux. Loin d'être super emballé, et un poil (dans la main) déçu par la réputation de ce film "mythique".

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