Frankenstein de James Whale - 1931
Je n'avais pas revu Frankenstein depuis 3 ou 4 ans, et je tiens ici à m'en excuser publiquement. J'ai beau le connaître à peu près par coeur, c'est toujours la même marrade à chacune de mes visions. C'est l'archétype du film d'épouvante des années 30, qui se prend au sérieux comme c'est pas permis, qui traite les acteurs par-dessus la jambe et se consacre uniquement au plaisir du spectateur : on imagine la jeune fille de 1931 se serrer à la vue de l'horrible Boris Karloff contre le garçon qui a lâché 3 cents pour l'emmener au cinéma, but évident et honorable de ce film de genre comme on n'en fait plus. Toute une époque.
Le film est une succession de scènes cultes, depuis le "It's aliiive" brâmé par le docteur Frankenstein jusqu'à la confrontation finale dans le moulin, depuis les premiers pas du monstre (je suis le spécialiste : il faut faire partir la tête avant le corps, et garder les bras le long du buste) jusqu'à l'inénarrable rencontre avec la petite fille (la bougresse jette gentiment une fleur dans le lac, l'autre la balance à la baille). Boris Karloff, impérial dans sa composition, invente un mix entre David Douillet et Mathilde Seigner, le clou bien fiché en travers du cou, les faux cils ajoutant une touche érotique bienvenue à son personnage : il est énorme, alors même que le film lui donne peu de chances d'exister. Il a une scène inoubliable de rencontre avec la fiancée du docteur, qui donne au niveau des dialogues : "Iiiiiiiiiih" / "Groueeeeuuuu", ce qui résume bien la situation avec peu de mots. Visiblement, pour Whale, autant d'épaiss
eur psychologique chez les femmes que chez le monstre (elles sont réduites à rire bêtement ou à hurler de terreur). A noter quand même que le docteur trouve pour sa créature un cerveau valide (enfin, limite valide, c'est le même que mon voisin du dessous, en gros), mais est infoutu de lui dénicher un costume à sa taille. Il a l'air franchement tarte avec sa veste boutonnée à l'arrache et ses bras au niveau des chevilles. Mais faut dire que le gars affiche une pointure de chaussures de 67, pas simple à dénicher au fin fond du Tyrol. En tout cas, Karloff montre une belle santé, notamment dans la scène où il s'enfuit de la demeure de Frankenstein (toute en angles et en escaliers sordides) : une façon de bouger incroyable, une grâce presque féminine, une tendresse inattendue.
Si on oublie le huitième degré, le film tient quand même pas mal de promesses, surtout sur la fin, où la traque du monstre par les villageois est très enlevée : plongées audacieuses, sens visuel imparable avec ces torches qui trouent l'obscurité, beaux mouvements de foule... Les cyclos sont pleins de plis, mais le fait est que ces à-plats 100% studio font leur effet. Whale a encore un pied dans le muet, et économise les dialogues pour favoriser la lumière, l'effet visuel, la force de l'image. Le bourgmestre, copie conforme des films de Murnau, vaut son pesant d'emphase et de jeu théâtral. Un grand plaisir à tous niveaux, qu'on choisisse de se taper sur les cuisses ou de voir du cinéma.
La fiancée de Frankestein (Bride of Frankenstein) (1935) de James Whale
C'est vrai que cela fait pas très sérieux de s'assoupir devant ce que certains tiennent pour LE chef-doeuvre du film d'horreur - c'est là je crois toutes mes limites dans la distanciation du genre, me passionnant moins pour l'atmosphère angoissante du truc (rahh Frankenstein n'est point mort, et la pauvre femme du village de crier tout son saoul) que pour les à-côté fendards: ce docteur Pretorius ressemble vachement à Jean Cocteau, nan?, la fiancée du Monstre est coiffée comme Grace Jones période électrocution années 80, ou encore tous ces marmonnements du Karloff qui ressemblent au bruit d'une R5 qui a un problème de démarreur (je préfère d'autant l'imitation du Bibice, beaucoup plus crédible dans le fond). Bon je vieux bien que l'ensemble soit bonnard avec ce docteur Pretorius, encore lui, qui a inventé des homoncules qu'il a mis en bocal ou, plus fort, qui a été le premier à avoir l'idée du téléphone...; quant au dernier quart d'heure, il multiplie les trouvailles techniques et les angles de caméra pour donner vie à cette femme-momie qui, sur un coup de tonnerre, va se relever les cheveux en pétard. Po de bol pour Karloff, sa promise le trouve affreux, il ne lui reste désormais aucune chance de sursis - si ce n'est chez les aveugles (son seul pote dans le film qui ne le juge pas sur l'apparence (forcément) ou sur ses sons gutturaux inquiétants): après tout il est même pas borgne.
Je sais que j'ai la main un peu leste avec ce monument, d'autant que le film part plutôt bien avec les
Shelley et Lord Byron qui tapent la discute, ce résumé de l'épisode précédent bien géré en trois plans, ce monstre caché dans les entrailles de la terre qui revoit le jour en tendant la main au ciel (pas à dire, c'est de la belle ouvrage) mais ensuite, je sais pas, la lourdeur de cette fin d'après-midi et mes 8 km en courant ont dû peser beaucoup dans mon état d'esprit filmique. Au temps pour moi Karloff, mais si tu veux te taper une bière à l'occase ("Boirrre... hum.... bon..." dit-il - il a tout compris le bougre) tu seras toujours bien reçu à la maison. Je vote pas Sarko - ni Bayroux - ni...
La Valse de l'Ombre (Waterloo Bridge) (1931) de James Whale
James Whale (le gars de Frankenstein) est au commande avant un remake réalisé en 1940 par Melvyn LeRoy avec Vivian Leigh en héroïne. Myra (Mae Clarke, chtit bout de femme énergique), une fille de "mauvaise vie" et petite choriste à ses heures, racole les soldats dans les rues de Londres. Elle croise inopinément lors d'une alerte le très jeune Roy, soldat canadien en mission. Celui-ci se méprend sur le genre de fille qu'elle est et tombe immédiatement amoureux d'elle - en temps de guerre, tout se fait dans la précipitation et c'est parfois pas plus mal. Comme elle n'est point mauvaise mais refuse malgré tout (eh oui la dignité parfois) de lui avouer de quoi elle vit, elle refuse l'argent qu'il lui donne. Néanmoins lorsque le soldat l'invite dans le cottage de sa famille richissime, elle avoue à la mère d'où elle vient... La mère compatit et la petite Mae honteuse prend la fuite. Mais le Roy s'accroche. Elle tentera désespérement d'échapper au gars qui la demande en mariage; celui-ci finit par apprendre qu'elle est une fille à soldats, mais il part dans les rues à sa recherche et la retrouve sur le pont de Waterloo: re-demande en mariage, alors qu'il est pressé de repartir sur le front, et celle-ci finit enfin par accepter en larmes... Il part, et là boum une bombe tombe juste sur notre pauvre Myra... En gros elle a dû y passer, et son renard blanc et son sac gisent tragiquement sur le trottoir alors qu'une foule de badauds entoure la chtite.
Une histoire assez gonflée, peu de scènes vraiment polissonnes (bon le vestiaire des girls qui se déshabillent pourrait valoir une interdiction au moins de huit ans peut-être), et une Mae Clarke, prise dans un dilemme irrésolvable (entre l'intérêt et sa honte), qui pétille, tour à tour exaltée ou carrément capricieuse lorsqu'elle envoie paître le soldat lorsqu'il lui propose de l'argent pour l'aider... Le soldat est tout de même un peu benêt, et l'acteur n'est pas vraiment au top. L'alchimie entre les deux n'est d'ailleurs pas le point fort du film, il faut bien le reconnaître. Une bien jolie romance tout de même... A noter dans le rôle de sa soeur, Bette Davis, toute tendrette, dont c'est l'un des tout premiers rôles.
L'Homme invisible (The invisible Man) (1933) de James Whale
L'homme invisible est super vénère, il est incapable de redevenir comme avant. En plus comme il a bu une saloperie de médicament indien qui délave les couleurs (sûrement le secret de la lessive chinoise), il a tendance à devenir irrascible - en gros, ben puisque j'ai plus d'enveloppe charnelle vous allez en baver niarkkkkkk.
C'est assez court mais il y a quand même quelques bons moments comme la panique qu'il crée à l'auberge dans laquelle il est descendu pour jouer au petit chimiste, les cris hystériques de la tenancière, la première clope paisible qu'il se fume à visage découvert (...) ou encore la tronche de cake qu'il a avec tous ses bandages et ses lunettes noires ridicules. Dommage qu'il soit devenu si immatériel et méchant comme une teigne car la fille du docteur, la très
tchoupidapidou Gloria Stuart, valait un peu mieux que cela: il tue quand même 120 personnes en quelques jours (superbe déraillement de train à l'échelle Playmobil) et rien ne semble pouvoir l'arrêter (il envoie même le chapeau d'un vieux dans la rivière ce qui est vraiment ridicule et gâché). Heureusement, les flics sont malins comme des fouines et lorsqu'il se mettra à neiger (d'autant qu'il est nu le bougre, faut pas l'oublier ça, il se les gèle méchamment pendant tout le film), il sera trahi par ses pas. Pan, pan, voilà ce qui arrive à vouloir faire le mariole, science sans conscience ben tant pis. 1933, on savait déjà faire du bon cinéma de ce côté-là du Pacifique.


