18 avril 2011

Shock (1946) d'Alfred L. Werker

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Voilà un film noir du gars Werker bien loin de nous mettre... en état de choc - pour les jeux de mots foireux sur le titre, on a quasiment fait le tour. Une fois la séquence d'ouverture passée, vous pourrez comme moi passer le reste du temps à manger des fraises et caresser gentiment votre chat sans que cela gène un soupçon votre concentration ni pète en quoi que ce soit la tension de ce scénario bien faiblard. Alors oui, il y a bien au début ce rêve de la donzelle (voilà deux ans qu'elle attend son mari de retour de la guerre, la pauvrette est dans tous ses états, d'autant que pendant un temps elle le crut mort...) qui fait son ptit effet : elle court sur place alors que la porte s'éloigne, puis parvient enfin à s'approcher de la porte dont le loquet est énorme (les "effets spéciaux" peuvent faire marrer par leur simplicité, mais perso je marche)... Elle se réveille dans tous ses états, va sur le balcon et voit un homme qui écrase un chandelier en argent (longtemps que j'ai pas joué à Cluedo, ça me fait penser...) sur le crâne de sa femme. Notre pauvre Janet est effarée et quand son mari, super à la bourre, franchit enfin la porte, la Janet n'a pas encore fermé la bouche. Darling, c'est moi, coucou : rien de rien, autant souffler dans une contrebasse, l'autre cligne même po un oeil. Quel accueil. Janet joue de malchance car le spécialiste (Vincent Price, tout rigide et plein de morgue) qui vient à son chevet n'est autre que le tueur (la poisse). Il la conduit, le bougre, dans son sanatorium et voilà notre Janet entre les mains de cet assassin et d'une infirmière qui n'est autre que sa maîtresse (moi qui me méfiais déjà des hôpitaux comme de la peste, me voilà définitivement vacciné). Cette salope d'infirmière ne trouve rien de mieux à faire que de suggérer à Price de se débarrasser de ce témoin gênant : une chtite surdose d'insuline et hop le tour est joué, ni vu ni connu... Que fait la police, bon sang !

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L'intrigue est non seulement piteusement "rocambolesque" et difficilement crédible (et je vous passe l'épisode du malade mental qui, une nuit d'orage, s'infiltre dans la chambre de notre Janet décidément en plein Murphy) - bon, après tout, pourquoi pas... -, mais en plus, au niveau de la mise en scène et de l'interprétation, le film pèche sa mère ; rarement vu des acteurs si empruntés (mon pote Gols serait malade rien que de voir la façon dont pendouillent leurs mains) et si figés - c'est "au Théâtre ce soir" tout du long ; même quand il y a une tentative de mettre un poil de mouvement, nos gaziers se retrouvent à marcher comme des morts-vivants (faut d'ailleurs voir la scène (photogramme ci-dessous) où trois de nos hommes se retrouvent à la queue-leu-leu, se suivant comme de gentils petits pantins). Si la Janet donne tout ce qu'elle donne (hum) pour illustrer le titre du film, Vincent Price est bien souvent aussi expressif qu'un calamar mort - quand l'inspecteur notamment lui apprend que sa femme a été assassinée, c'est à peine s'il bouge un sourcil - ah ouais, le prix du porc a encore augmenté ? Euh pardon, non, vous disiez ?, genre). On s'attend au moins à un final trépidant : eh ben que dalle, et je ne parle même pas du grand n'importe quoi au niveau du comportement du docteur (allez, tiens je balance un méga spoiler pour la peine : renonçant finalement, malgré la pression de sa maîtresse, à assassiner la Janet (un mort sur la conscience, c'est déjà plus qu'il n'en faut, surtout quand on fait ce métier...), il décide... d'étrangler celle-là. Ben ouais, bien sûr, ça simplifie forcément le bazar..). Ni le poids des mots, ni le choc de la photo, brrrr.

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Noir c'est noir, c'est

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13 avril 2011

Il marchait la Nuit (He walked by Night) (1948) d'Alfred L. Werker (& Anthony Mann)

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L'amateur de film noirdevrait trouver son bonheur dans ce film noir de Werker auquel Mann a apparemment grandement contribué. La vraie réussite tient à cette volonté de suivre les démarches de la police dans ses moindres détails, dans son côté le plus laborieux, le plus fastidieux (interrogatoires de suspects (fallait po traîner ce soir-là en ville avec une fine moustache), analyses en laboratoire des moindres éléments, établissement d'un portrait-robot, tournée sans fin dans les commissariats (au cas où le criminel viendrait de la "maison" vue sa connaissance des modes opératoires), auprès des livreurs de lait...) tout en illustrant le lot de frustration des inspecteurs - le côté "aiguille dans une botte de foin" - et, en parallèle, de suivre pas à pas le fameux criminel sans que jamais pour autant ses véritables intentions soient claires, évidentes... Un travail "en souterrain" de certains pour tenter de comprendre "l'esprit impénétrable et tortueux" de cet autre, deux aspects qui se retrouvent intelligemment illustrés dans la toute dernière partie du film, avec cette traque du tueur dans les égouts de Los Angeles - des séquences magnifiquement mises en image et éclairées par l'une des pointures du genre (John Alton), avec d'un côté la marche inexorable des flics dont le filet se resserre inexorablement sur le meurtrier (la lumière de leurs torches projetant une sorte d'écran de lumière dans les divers couloirs qui aboutissent à la salle du tueur, comme des murs qui avanceraient progressivement avant d'écraser sa proie), et de l'autre le rayon affolé de la lampe de notre homme traqué et paniqué, incapable de trouver une quelconque échappatoire). Malicieux jeu du chat et de la souris, entre de f(él)ins limiers du crime qui se doivent d'exploiter chaque piste et un malf-rat d'une rare intelligence qui semble avoir toujours un temps d'avance sur ses poursuivants.

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Richard Baseheart incarne avec talent cet ennemi public solitaire, fin technicien, et malin comme un singe. Solitaire (à l’exception d’un chien, seul compagnon qui monte la garde quand des flics soupçonneux rôdent ; aucune petite amie, à tel point qu’on finirait presque par sentir la tension sous-jacente d’une liaison homosexuelle un tantinet sado-maso avec l’homme auquel il livre son travail (des appareils électroniques qu’il traficote) et qu’il n’hésite point à « taper » quand il a besoin de cash, fermons la longue parenthèse), touchant sa bille techniquement (ancien opérateur radio qui a bossé dans la Marine – l’éternelle ombre de la guerre – et dans un commissariat), rusé comme pas deux quand il s’agit de disparaître dans le réseau souterrain de la ville (faut dire qu’un crocodile pourrait facilement passer, sans avoir à faire gaffe à sa queue, dans ces immenses bouches d’égout), il ne compte sur personne pour monter ses plans (braquage de magasins de liquoreux) ou pour extraire une balle de son corps – terrible séquence que celle où notre homme se charcute en esquissant tout juste quelques grimaces  pour soigner ses plaies.

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Il faudra toute la pugnacité d’un jeune loup de la police (qui veut, en partie, régler ses comptes avec ce mystérieux criminel  responsable de la mort d'un flic et de la paralysie partielle de son partenaire) pour remonter la piste. Les flics sont loin d’apparaître comme des héros infaillibles – non seulement ils patinent grave pour mener l'enquête mais en plus ils ne font guère le poids, en face à face, avec ce sinistre individu  – même si certains, avec l’énergie du désespoir, sont prêts à tout pour mettre fin à ses agissements (celui qui, dans la séquence d’ouverture, mortellement blessé, parvient à écraser sa bagnole sur celle du fuyard). D’une très belle tenue plastique dans les nombreuses scènes nocturnes notamment, bénéficiant d’un scénar solide (sans être éblouissant) et de personnages parfaitement campés (notamment le tueur), We walked by Night mérite amplement qu’on lui emboîte le pas.

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Noir c'est noir, c'est

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