Story of G.I. Joe (1945) de William A. Wellman
La seconde guerre mondiale vue par Wellman ? En adaptant les carnets d'un correspondant de guerre (Ernie Pyle), le cinéaste tend à montrer une vision des plus réalistes de ces pauvres gars filmés à hauteur d'homme - ou plus précisément à hauteur de hobbit vu qu'il patauge à longueur de journée dans la boue. Si ces hommes sont "héroïques", ce n'est point en accomplissant des missions de fou-furieux lors desquelles ils se montrent plus malins que tout le monde ; ils sont héroïques, simplement du fait d'être là, à attendre patiemment dans leur trou à rat la prochaine sortie, sachant que le pote de droite ou de gauche risquent bien d'y passer... Quant à penser à sa propre mort, c'est peut-être encore après tout ce qui peut arriver de mieux, cela évitera la peine de la perte d'un proche, cela évitera d'avoir à écrire à la famille de ce proche, cela évitera encore de devenir totalement fou dans cet enfer d'obus et de gadoue. Tout au long des deux heures du film, Wellman ne cherche en rien à booster son action pour le plaisir, le film comme les soldats donnant l'impression de s'enliser irrémédiablement dans cette terre italienne qu'il leur faut reprendre. Pire, même lorsqu'on a été victorieux, lorsque les troupes peuvent avancer en direction de la capitale, on croise toujours en route le cadavre d'un homme qu'on respectait : pas le cœur à célébrer quoi que ce soit, juste trouver encore la force d'avancer. La fin est pour le coup, malgré la victoire qui s'annonce à portée de fusil, un véritable crève-cœur...
Le quotidien des soldats, donc, avec son lot de personnages particuliers : notons entre autres le gaziers avec son chtit chien - c'est d'ailleurs plus le chien le "héros" dans l'histoire, vu que ses maîtres ne vont pas toujours faire long feu... -, celui qui passe son temps à réparer un phonographe tout pourri pour pouvoir écouter le 45 tours que sa femme et son gamin lui ont envoyé (L'issue "de ce combat" va être des plus surprenants... Tant qu'on est à la guerre, il est finalement impossible de ressentir un quelconque effet de "délivrance", de joie), le G.I. qui, dans le feu de l'action, va tomber sur une Italienne qui n'a pas froid aux yeux et avec laquelle il va se marier (une petite respiration... qui ne va po durer longtemps (des obus qui pleuvent pendant la cérémonie à la pathétique et touchante nuit de noces... L'enfoiré de Wellman va également nous faire payer cette parenthèse heureuse...)... Deux individus attirent tout de même l'attention : le correspondant de guerre (Burgess Meredith) qui tente en toute occasion de garder la tête froide et de ne pas faire le mariole au milieu de ces hommes, futurs chairs à canon. Sobre et digne. Et puis, il y a ce Lieutenant Walker, j'ai nommé mon gars Mitchum dans l'un de ses rôles les plus muets et les plus marquants ; un regard de Mitchum sur ses hommes harassés ou sur un champ de bataille dévasté et t'as le "traczir" pendant trois jours... Impressionnant Bob, qui peut se contenter de laisser pousser sa barbe pour illustrer toute la tristesse insoutenable qui le tenaille ; il faut tenir, certes, mais il sait parfaitement dans quelle mesure la plupart de ces hommes sont voués à être sacrifiés. Son regard de cocker désabusé nous tord irrémédiablement les boyaux...
Les combats sont particulièrement violents dans cette petite ville italienne totalement en ruines mais Wellman prend le temps d'insérer une séquence des plus troublantes en plein milieu de la bataille : Mitchum et l'un des ses hommes pénètrent à un moment dans une église à ciel ouvert ; la musique se fait dissonante, les deux hommes ne savent plus trop quelle attitude prendre au milieu de ce capharnaüm de croix et d'anges (continuer de respecter les lieux quand Dieu semble lui-même l'avoir déserté, abandonné ?...) alors même que des soldats allemands continue de guetter - ce serait bêta de se faire sonner les cloches en ce lieu-même... et bien justement... Une église, disais-je, qui va retrouver sa véritable fonction juste après l'arrêt des combats - un mariage y sera célébré - mais la joie sera encore et toujours de courte durée (le visage terrible de ces hommes de troupe qui ont du mal à sourire comme s'ils avaient oublié la possibilité même de pouvoir le faire). Le final finit par vous abattre (le chien meurt ? Prenez-moi pour un con, c'est ça... Nan, mais c'est presque pire). Une œuvre toute à la gloire des G.I. qui passe son temps à nous montrer leurs misères... Encore un très très solide Wellman.
La Ville abandonnée (Yellow Sky) (1948) de William A. Wellman
Pas dégueu ce petit western avec un Gregory Peck sur le chemin de la rédemption, un Richard Widmark toujours aussi pourri jusqu'à la moelle et une chtite Anne Baxter qui doit défendre son bout de gras dans ce monde de cow-boys et d'apaches. Wellman signe une œuvre inspirée qui nous amène de la sécheresse des paysages de la Vallée de la Mort à la source régénérante de l'amour (Shang, mauvais poète) : oui, bon dis comme ça, c'est cucul comme pas possible et bien en deçà de la valeur de ce film tendu de bout en bout ; Wellman explore la thématique de la convoitise - celle de l'argent, celle de l'or et... celle de la femme -, montrant que parmi ces éléments, seul l'un d'entre eux en vaut vraiment la peine (je vous laisse deviner lequel)...
Le film s'ouvre sur un bar (je mettrais ma main à couper que Wellman a repomper son décor de The Ox-bow Incident) et - comme dans le film précité - sur un tableau situé au dessus du comptoir : il représente une jeune femme bizarrement alanguie sur un cheval et Gregory Peck de sortir une petite réflexion lourdingue qui fait se marrer ses acolytes. Le cheval, c'est bien gentil deux minutes, mais rien ne vaut le repos du guerrier, oh oh - rires gras... Il ne croit pas si bien dire. Pour l'heure, il entreprend avec ses petits camarades de jeu de braquer la banque de la ville ce qui s'avère un véritable jeu d'enfant. Seulement voilà la cavalerie survient - superbe déploiement - magnifique chorégraphie - des chevaux dans ce paysage aride - et nos hommes de se retrouver dans le désert : plus moyen de faire machine arrière... Le problème c'est forcément celui de l'eau, et le gros lourdaud qui avait rempli sa gourde de whisky fait beaucoup moins le malin - c'est la première fois de sa vie qu'il se retrouve à troquer de l'alcool contre de l'eau : sa boutade ne le fait par rire longtemps vu que les autres sont tout autant assoiffés... Ambiance erratique à la Gerry pour nos six desperados qui se retrouvent comme des petites crottes dans cette immensité infernale. Comme il est méchamment énervé - et un peu con, aussi -, l'un d'eux ne trouve rien de mieux que de tuer un lézard, jaloux de voir que le chtit pépère est à la fête dans son élément. Le gars - et la plupart de ses comparses - sont-ils des éternels inadaptés ? Il y a ptêtre bien de ça...
Ils pensent que leur délivrance survient en parvenant miraculeusement dans une ville... Cette ancienne ville-champignon à l'époque de la ruée vers l'or est malheureusement depuis toute décatie. Ils sont malgré tout sauvés par une donzelle tombée de nulle part (Anne Baxter, un ange au paradis ? Allons donc...) qui leur indique une source d'eau au bout de la ville. Dès que nos six hommes ont étanché leur soif, leur appétit (sexuel, hum, hum) revient...
Le Peck fait une fixette sur la Baxter mais elle envoie paître ce dernier : non seulement ses manières sont un tantinet brutales mais surtout il pue comme un cochon (ouah, la vanne, dur). Notre homme décide de se raser, de se laver et de changer de chemise (ce qu'il doit faire en moyenne tous les trois ans), effectuant une mue qui n'est peut-être point que physique... Alors que ses comparses le tannent pour taxer la prétendue réserve d'or cachée de l'Anne et de son grand-père, le Gregory a tendance à prendre ses distances : pécho l'Anne lui semblerait finalement une récompense suffisante... Nos hommes ont passé leur vie à vie à s'enfuir et à se faire tout petits - font po vraiment les malins, notamment, quand les apaches débarquent en ville - s'attaquant aux plus faibles... Pourvu que ça dure à l'air de se répéter ce fourbe de Widmark... Seulement voilà, il lui faudra désormais se battre contre son propre comparse... Il y aura forcément de la casse. Wellman gère aussi bien les séquences torrides sous ce soleil de plomb que les ambiances nocturnes tendues où chacun se croit protèger derrière son gun... L'amour est-il rédempeur, ? Well, man, of course...
L'étrange Incident (The Ox-Bow Incident) (1943) de William A. Wellman
John Ford n'est point le seul à parvenir à nous faire vibrer avec des westerns dont l'humanisme transpire par tous les trous de la cartouchière. William A Wellman nous concocte, en studio, un film tendu et joliment mise en scène - superbes tableaux d'ensemble - et ce avec une distribution qui fait bien plaisir à voir (Henry Fonda is Gil, un type à la tête un peu près du stetson mais qui n'est pas sans avoir un fond de lucidité quant à la notion de justice - encore faut-il être capable de la faire respecter... ; Dana Andrews is Donald un type qui se trouve là au mauvais moment ainsi que ses deux comparses - le polyglotte Anthony Quinn et l'hirsute Francis Ford - the brother of - ; Frank Conroy is the major Tetley en meneur de cette troupe d'abrutis plus à même de vouloir pendre haut et court à la moindre occase qu'à laisser passer la justice - sa relation dominatrice avec son fils, William Eythe, est éalement des plus intéressantes : Wellman évoque au passage et avec finesse une certaine homosexualité latente (totalement assumée chez le fils qui garde, lui, la tête sur les épaules, totalement combattue chez le père qui préfère, tel un gros bourrin, se mettre des œillères et fonce tête baissée... dans le mur) ; Jane Darwell en cow-boyette pure et dure qui montre que les femmes n'ont parfois rien à envier aux hommes en terme d'aveuglément...). Une histoire simple - un type est assassiné, une meute de gens en colère est constituée prête à lapider les premiers suspects venus et face à eux une poignée d'hommes qui tentent de les raisonner avant qu'ait lieu l’irréparable -, concentrée - 75 minutes au compteur - qui constitue un bien joli plaidoyer en faveur de la notion de la Justice, mes braves.
Bien jolie séquence d'ouverture avec ce tableau d'une femme alanguie allongée sur un lit avec, en arrière fond, un homme qui la zyeute. "Il en met du temps pour s'approcher d'elle, lance goguenard Fonda", "Always in reach, réplique philosophiquement le barman, but never able to do anything about it" - on ne sait trop encore de quoi les deux hommes parlent et pourtant ils viennent, mine de rien, de définir tout le fond du film : Fonda, qui n'a pourtant pas l'air de sortir d'un fac de Droit, s'escrimera à raisonner une meute pressée d'en finir, mais il n'est, malheureusement, po toujours évident de parvenir à ses fins... Magnifique plan, dans le final, lorsque le regard de Fonda lisant la lettre écrite par Dana Andrews aux piliers de comptoir, est caché derrière le stetson de son comparse : il est question de l'aveuglement de chacun dans cette histoire et de l'incapacité de Fonda à parvenir à les éclairer en temps et en heure - tout son drame personnel en un seul plan on ne peut plus significatif.
Entre ses deux scènes, on aura eu tout le loisir d'admirer le sens de la composition dont sait fait preuve W.A.W : aussi à l'aise dans les plans américains pour cadrer ses personnages - plus forts en gueule qu'aptes à réfléchir - que dans les plans d'ensemble - son plateau est réduit mais lorsque sa caméra recule pour nous offrir des plans sur son casting réuni, on est à chaque fois bluffé par le côté pictural de la chose. Toute la réussite du film consiste dans cette capacité à illustrer aussi bien ces "mouvements de groupes" - la horde vengeresse, les sept hommes qui s'oppose à cette pendaison sans autre forme de procès, les trois accusés au centre des "convoitises" - que dans la façon de faire vivre et de donner du poids à chacun des individus (des premiers rôles aux seconds) de ce drame. Well done William.
Le Rideau de Fer (The Iron Curtain) (1948) de William A. Wellman
Il faut vraiment être un grand fan de l'immortelle Gene Tierney pour se laisser séduire par ce petit film de Wellman. Le seul véritable intérêt dans l'adaptation de ce fait divers, c'est peut-être simplement qu'il montre qu'il n'a pas fallu longtemps pour qu'Hollywood s'attaque à la Guerre Froide et mette en scène des personnages d'espions. Malheureusement le film, bien que s'attachant gentiment à nous rendre tout cela réaliste - pas de coups de feu, pas d'éclats, un peu comme de la neige molle - paraît bien simpliste (à l'image de la secrétaire blonde qui teste Dana Andrews, nouvel arrivant, en charge du codage dans cette ambassade russe au Canada - avec mes sabots...) pour ne pas dire méchamment propagandiste (ce final si doucereux...): Dana Andrews est l'employé modèle ; seulement quand sa femme (Gene) le rejoint et met au monde un baby, elle le persuade rapidos que les gens, ici, ne sont pas leurs ennemis... Pour l'avenir du bambin, vivre dans un monde libre, un monde de paix... Dana a un cas de conscience pendant deux secondes, décide de piquer des documents secrets qui révèlent l'identité de personnalités canadiennes (politiques, scientifiques...) qui sont autant d'agents à la solde des communistes et tente le tout pour le tout en alertant les autorités...
C'est so beautiful, ces petites villes canadiennes (le couple se plaît à découvrir ces incroyables petits bourgs le temps d'un week-end, serein), les gens sont si aimables (la voisine qui te refourgue des tartes aux pommes et joue à la baby sitter avec le sourire), la vie est si confortable (Chéri, nous avons un trois pièces pour nous deux, c'est incroyable !)... Seul grand moment de tension, lorsque Dana, soupçonné d'avoir volé des docs, reçoit la visite chez lui de supérieurs menaçants et que la police canadienne, alertée par une Gene au taquet, se pointe sur ces entrefaits : oh, oh, ça va péter... en fait, ça fait pschiiitt comme une coupe de champagne tiède. Amis communistes qui nous écoutez, passer à l'Ouest : si vous le ne le faites pas pour vous ou pour le reste de votre famille (les soeurs, frères et parents qui restent en U.R.S.S. peuvent finalement être sacrifiés...), faites-le pour votre enfant qui incarne, lui, l'avenir d'un monde parfait... Je sais qu'on est le 25 décembre, mais faut po non plus pousser le Papy Noël dans le houx. Rideau.
L'Allée sanglante (Blood Alley) (1955) de William A. Wellman
Sur le papier, cela partait pourtant plutôt pas mal : un couple de stars comme on en fait plus (Wayne et Bacall), le gars Wellman, qui nous a gratifiés de quelques perles dans les années 30 notamment, aux commandes, un cinémascope au service d'une histoire haute en couleur dans la Chine des fifties... Bref on s'attendait à un film d'aventures rondement mené avec notre Wayne en capitaine de bateau héroïque qui sauve tout un village, excusez du peu, de l'enfer communiste et maoïste!... Alors certes, au niveau du message politique on est dans le gros gros basique (Chine coco=Chine rouge=Chine qui saigne) avec militaires cons comme des pâquerettes qui généralement torturent ou violent et un leader coco local super arrogant, gros comme un tank et affublé d'un chapeau melon bleu (!) ridicule. On ne fait pas dans la finesse. Heureusement Wayne est là pour sauver le monde : c'est pas nouveau non plus, ni vraiment étonnant. Passons. Plus décevant en revanche, c'est cette impression que le film tire terriblement en longueur - ils mettent des plombes pour embarquer tout ce petit monde sur cette arche de Noé chinoise -, distillant des scènes d'action jamais passionnantes (le bateau pris dans la tempête, le bateau canardé par un gros navire de guerre, mouais...) et négligeant totalement l'association de ce "couple glamour" : c'est l'amour vache, certes, avant que, forcément, au final, le baiser totalement inattendu survienne... bon, pourquoi pas; mais les scènes entre nos deux stars ont vraiment la partie congrue, comme si on ne savait pas vraiment quoi faire avec... C'est vrai qu'au niveau de la couleur locale (tous les Chinois de Californie ont dû être réquisitionnés, nan, je ne me rends po compte...) et des décors en général, on ressent un véritable effort de réalisme, d'authenticité qui marque quelques points; mais l'ensemble, tout de même, est bien poussif et sans guère de surprises, à l'image de cette figure quelque peu hiératique de Wayne, le regard fixe derrière la barre de son navire, qui se prend pour le véritable Messie des temps modernes. Un Wellman fin de carrière qui manque indéniablement de souffle et d'aspérités.
Les Ailes (Wings) (1927) de William A. Wellman
Nom de Dieu, voilà du film de guerre où chacun des douze mille figurants est un cascadeur en puissance - et pas un pixel animé -, où les prises de vue aériennes sont faites à la main, embarqué sur l'avion ou accroché à la ceinture d'un parachutiste au péril de sa vie. Vous voulez votre lot de combat aérien (on atteint à un esthétisme quasi abstrait avec ces petits points noirs enflammés qui tourbillonnent parmi ces gros nuages blancs menaçants), d'histoire d'amitié couillue (on ne m'enlèvera point de l'esprit, ceci dit, que la scène finale entre les deux hommes est terriblement gay - malgré la gravité de la situation - mais c'était une autre époque, vi), de romance "à la vie à la mort"...? Pas de doute c'est ce Wings qu'il vous faut, une épopée muette de deux heures vingt qui vous remplit votre après midi comme une bonne choucroute son alsacien. Bref, un truc qui plane haut.
Jack Powell (Charles Rogers, un look moderne (oui, bon...)) est un fou d'engin à moteur et la chtite Mary (Clara Bow et sa coupe à la garçonne) n'a d'yeux de biche que pour lui. Mais le Jack, lui, convoite Sylvia, bien que celle-ci ne rêve d'être que dans les bras du richissime beau gosse du coin David (Richard Arlen, le physique qu'il faut). Mais la guerre ne tarde point à sonner, mince alors, et les deux hommes se retrouvent fissa côte à côte lors des entraînements. Ils savent qu'il y a une Sylvia entre eux et ne tardent point à se retrouver face à face, à se faire des bourre-pif. Pas rancuniers, ce combat les rapproche et ils deviennent dorénavant les meilleurs amis du monde, s'épaulant dans les airs, face aux redoutables teutons. Ca tire dans tous les coins, ça fume, parfois ça casse, les combats aériens sont parfaitement montés et les atterrissages forcés avec écrasement de nez d'avion vous laissent pantois d'admiration. Nos deux hommes ne tardent point à devenir des héros et de se retrouver dans le gay Paris à traquer les gorettes. Wellman ne cesse pour autant de nous gratifier de plans "aériens" de toute beauté, avec notamment ce merveilleux travelling avant au dessus des tables qui nous mène tout droit sur un Jack festif. Celui-ci, bourré comme un coing polonais, ne peut s'empêcher de voir de petites bulles de champagne s'envoler dans les airs, avant de faire une véritable fixette sur les bulles... Il est tellement fait qu'il ne reconnaît même pas Mary, infirmière engagée, qui essaie de l'arracher des bras de sa poulette. Elle parvient à le traîner dans sa chambre mais l'autre s'écroule comme une masse - l'alcool, c'est mal... Nous, on aura droit tout de même au dos nu de Clara Bow et on s'en contentera. Mais ce repos du guerrier est de courte durée, c'est déjà l'heure de l'attaque finale et nos deux hommes de remonter dans leur avion après avoir eu un différend : David sait parfaitement qu'il a toutes les faveurs de Sylvia mais comme il sent son heure venir (et qu'il aime son pote), il ne veut point faire de la peine à Jack... Ce dernier se méprend sur son attitude et les deux hommes vont se retrouver lors d'un final haletant curieusement "face à face" - à terre, les combattants, eux, meurent par grappe, dans les airs Jack se sent pousser des ailes, invincible face à l'ennemi... Et si jamais il s'enivrait un peu trop, notre ami, hein...
C'est du grand spectacle vintage avec en plus sa dose d'amitié virile parfaitement menée. Wellman est loin de sacrifier les séquences terrestres au profit du délire des cieux et parvient à nous rendre attachants ces deux hommes taillés dans de l'airain, sans jamais filmer l'ensemble par dessus la jambe - montage rondement mené, prise de vue sous tous les angles (gros plan en caméra subjective, travelling à cent douze à l'heure, caméra embarqué sur ma balancelle...) en tentant toujours de faire sens. Bref, on ne voit pas filer les deux heures avec en plus, petite cerise sur le gâteau, une séquence avec un Gary Cooper tout jeunot, avé la mèche devant un oeil pour faire genre : il fait son papa avec les deux nouvelles recrues, prend son avion, fait un looping et s'écrase : rien à dire, le type parvient à marquer les esprits, sa carrière peut dignement commencer. De l'action grandeur nature, de l'émotion à hauteur d'homme, un état d'esprit qui vole haut (hommage est rendu au sens de la "chevalerie aérienne" de l'ennemi - bravo -), une Clara Bow toute pimpante, de l'esthétisme haut de gamme, faudrait vraiment être un con de passionné de tanks (mais y'en a, cela dit, aussi) pour s'en priver. He likes the wings... (roh, c'est noël, ça va)
Les Mendiants de la Vie (Beggars of Life) (1928) de William A. Wellman
Situé pendant la grande Dépression - "it's raining hoboes (clodos), allelluia...!" -, un film américain qui donne un vrai rôle (ils se comptent sur les doigts d'une main) à notre chtite Louise Brooks. Wellman n'est pas du genre à arrondir les angles et sa vision décharnée d'une Amérique peuplée de vagabonds errants ferait passer The Road de McCarthy pour une promenade de santé. Pas facile de trouver alors sa place, surtout quand, en plus, on se retrouve recherché par la police... (on penserait presque à Sin Nombre vu récemment, d'autant que l'essentiel du film se passe sur un train...) Louise Brooks s'associe avec un bon Samaritain et s'attache à lui comme un pot de glu pour qu'il l'aide à traverser indemne ce monde de brutes. L'avenir est sombre, à moins qu'un petit coup de pouce du destin montre le bout de son ongle.
La première séquence est happante. Un vagabond - on voit bien qu'il a pas dû bouffer dans un resto coté au Michelin depuis un baille - aperçoit derrière sa porte un homme qui s'apprête à prendre son petit dèj. Il frappe, rien, décide de rentrer. Il lui parle, que dalle, s'approche, non bien rien, l'homme ne bouge point. Ah ben oui, forcément, il a un trou dans la tempe. On pense qu'un autre vagabond est déjà passé par là, avant de découvrir Louise à l'étage : celle-ci se montre à découvert, s'approche de ce vagabond qui n'a pas l'air bien méchant, et lui raconte son histoire (le visage de Louise restant en surimpression, sur les images de ce flash-back qui, dorénavant, l'obsèdent); adoptée par ce fermier, elle devait subir ces derniers temps de plus en plus d'attouchements. La dernière tentative du gars lui a été fatale, Woody Allen a détruit le film (hum...). L'homme lui dit qu'elle doit se barrer en sautant dans un train mais chacun prendra une direction opposée. Cela ne sera po si simple... On assiste finalement à une superbe nuit de douceur lorsque nos deux jeunes gens sans le sous rêvent allongés sous une meule de foin, et ce... avant une nuit de terreur : après avoir rencontré une horde de clochards avec lesquels ils prennent un train d'assaut, nos deux jeunes gens se retrouvent au centre d'un "tribunal populaire" d'opérette organisé par le fort en gueule de la troupe; il veut, ni plus ni moins, se débarrasser du gars en le jetant du train et garder la fille sous sa coupe (la Justice a déserté ce monde jusque dans les tréfonds de l'humanité). Heureusement la chtite Louise, maline comme tout, déclenchera une bagarre générale - l'Enfer sur Terre - et nos jeunes gens de pouvoir prendre la fuite. Seulement les flics se font, eux aussi, de plus en plus pressants, et notre fort en gueule auquel il reste un soupçon de sensibilité (rallumée par l'amour qui perce chez les deux tourtereaux) décide de monter tout un plan pour que Louise soit libre, à jamais...
On est un peu surpris de voir que finalement, le fort en gueule, Oklahoma Red (Wallace Beery) devient tout d'un coup, dans le dernier tiers du film, le vrai héros de cette histoire ... Exit les deux jeunes qui peuvent vivre d'amour et d'eau fraîche, place au combattant hirsute qui, pour faire la nique à la police, échafaude toute une histoire macabre - comme si Wellman ne tenait point à rester sur une quelconque note d'optimisme, mais voulait montrer jusqu'au bout le drame de ces "sacrifiés" économiques. C'est noir de chez noir d'autant que la plupart des scènes se situe de nuit - ajoutez à cela une copie super sombre et vous avez une idée du tableau. Bel abattement de Louise et de son jeune compagnon (Richard Arlen), pleins de fougue et de rage pour tenter de s'ouvrir une voie dans ce monde super wild... Wellman réussit parfaitement, une nouvelle fois, à nous plonger dans les racines de cette époque où les instincts primaires faisaient fureur.
The Purchase Price (1932) de William A. Wellman
Dernier film de ce coffret Wellman (Forbidden Hollywood vol. 3) et sûrement le moins intéressant des six. Le type du casting qui a décidé de faire endosser un rôle de paysan à George Brent et à Barbara Stanwyck aurait été capable de filer un rôle de black à Michael Jackson (R.I.P.). Barbara Stanwyck en glaneuse! Ah la poilade, on se croirait presque parfois dans un film de Dovzhenkho tant celle-ci tente du mettre du coeur à l'ouvrage sous l'oeil attentif de la caméra... Hein ? Oui, j'exagère bien sûr. Notre pauvre Barbara, chanteuse de son état, décide donc de se faire la malle - elle veut couper les ponts avec son passé grosso modo - et de partir en pleine cambrousse pour se marier avec un gars solitaire rencontré sur photo. Vous imaginez Whitney Houston débarquer dans la bonne ville de Cosne d'Allier et vous avez le tableau. Le type est forcément tout excité, la nuit de noces arrive, il saute sur la gâte en déshabillé (oui, on voit cette jeune Barbara deux fois en tenue légère... Le seul intérêt du film ? Mouais... Sachant tout de même qu'à côté, la Redoute est un magazine porno) et se mange une claque énorme. Il est vexé. Pendant une heure Barbara va s'excuser - "T'es arrivé dans mon dos, ça m'a surpris, allez..." - et à la fin - ça dure une heure, heureusement - tout s'arrange aussi bien que dans un épisode de La petite Maison dans la Prairie - le faux paysan et la fausse paysanne peuvent enfin retourner dans leur maison respective et quitter ce plateau champêtre. Ah oui c'est pataud comme histoire et il ne se passe vraiment rien d'intéressant pour tenter de faire rebondir ce pauvre pitch. La petite chanson langoureuse de Stanwyck au tout début du film est peut-être encore le seul truc qui fonctionne vraiment...
Other Men's Women (1931) de William A. Wellman
Vous prenez deux films majeurs, Jules et Jim et la Bête Humaine, et vous obtenez ce petit film moyen (le cinéma n'est point mathématique, bienheureusement) signé du gars Wellman au début des années 30 - donc, au demeurant, en avance sur les autres... L'histoire donc du gars Bill qui a une fille dans chaque gare. Hâbleur, picoleur, on ne peut point dire que ce soit son sérieux qui le caractérise. Un de ses potes, son collègue cheminot Jack, le prend un jour sous son aile alors que le Bill, ivre mort, vient d'être éjecté de son appart. Le gars Jack est marié avec la chtite Mary Astor, la bien nommée Lily. Les trois s'entendent comme cul et chemise, le couple remettant Bill sur de bons rails. Et puis les mois passent, Bill et Lily battifolent, ils échangent un baiser pour le fun, mais voilà les deux complètement troublés : damn it, ils sont tombés amoureux l'un de l'autre sans s'en rendre compte. Bill s'en veut à mort et quitte ce foyer d'accueil; alors même que Bill est au taff et que le train file, il va s'embrouiller avec son pote Jack en lui avouant les raisons de son départ de chez lui : c'est le combat, inéluctable, ils se battent comme deux chiffonniers alors qu'ils sont cheminots. Jack se prend un pain et fait une mauvaise chute et leur train de se scratcher dans la foulée dans un wagon à l'arrêt - sans trop de gravité. Bill prend ses responsabilités et tous les torts, reprend sa vie de bambocheur puis, un jour, la mort dans l'âme, va rendre visite à son vieux pote Jack : ciel, il découvre que celui-ci est devenu aveugle suite à sa sale chute et il s'en veut à mort. Les deux auront l'occase de jouer au héros dans la dernière partie du film, mais lequel des deux osera se sacrifier ? Cela nous donnera au moins l'occase de découvrir une superbe maquette de pont et de train électrique... Que dire sinon qu'il s'agit d'un des premiers - petits - rôles du James Cagney plus petit que jamais mais déjà plein de nerfs, en compagnon cheminot de Jack et Bill, et que le visage de mignonnette de Mary Astor avec ses noires mirettes - l'amour est aveugle mais c'est son compagnon qui en fera les frais... - font penser à Betty Boop. A conseiller pour un festival de cinoche sponsorisé par la SNCF, c'est encore ce que je peux trouver de mieux comme conclusion.
Les Enfants de la Crise (Wild Boys on the Road) (1933) de William A. Wellman
Wellman nous montre les effets de la Grande Dépression par le biais de ces hordes enfants qui envahirent les routes à la recherche d'un taff : comme leurs parents se retrouvent au chomdu et, en partie, à la soupe populaire, non seulement trouver un travail semble la meilleure façon de survivre mais en plus cela fait toujours une bouche de moins à nourrir. Eddie, genre de petite frappe au grand coeur décide de se barrer en
direction de Chicago avec son pote d'enfance, Tommy. Eddie a vendu sa bagnole, ce qui lui a arraché le coeur - et a donné la thune à son pôpa pour qu'il paye ses dettes ("c'est bien fiston") -, quitte sa fiancée que j'aurais volontiers récupérée et saute dans le premier train avec son pote. On connaît ce genre de périple où les types des chemins de fer et les flics font tout pour chasser ces pauvres hères qui finissent par se retrouver dans un ghetto en lisière d'une grande ville. Entre moult bastons et cris de rage calimoresques - la société est trop injuste -, Wellman "pimente" tout de même son récit avec une allusion au viol d'une jeune fille - un cheminot rentre dans le wagon alors que la chtite est en soutif, faisant sécher son pull : le cheminot déraille - et avec l'accident affreux qui survient à Tommy - il se fait couper la jambe par un train, un truc super douloureux m'est avis... Les deux garçons - ou disons le garçon et les trois-quarts de l'autre pour être précis (mouais, je sais...) - ont rencontré en route une fille à l'allure de garçon qui se lie rapidement à leur bande de deux. Malheureusement entre les trois, il n'y a absolument rien de scabreux et on est un peu déçu pour eux d'autant qu'ils vont de ville et ville et surtout de déception en déception. On se dit que Wellman veut dresser un constat brutal et quasi désespéré de cette jeunesse sacrifiée, mais il nous livre un final en sorte d'American Dream ressuscité - dans le genre tout s'arrange aux States, demain est un jour meilleur, il faut croire en la Justice de notre pays... - qui laisse un peu comme deux ronds de flan. Après une heure de film sans échappatoire possible (j'aime bien les trucs glauques sans retour, j'ai tort?), ce happy end sent un peu le jus de chaussette réchauffé. Dommage, même si cette intrigue en perpétuel mouvement qui suit les premiers feux de cette jeunesse qui-n'en-veut vaut quand même le détour.





































