Traquée (Framed) (1947) de Richard Wallace
Un peignoir, une clef à mollette, une fiole de poison... Que faut-il de plus pour construire un polar ? C'est un peu léger diront les plus sceptiques d'entre vous. Certes, il est bien également d'avoir au moins deux personnages principaux qui tiennent la route. Eh bien justement, c'est le cas. Ce qui fait tout l'intérêt de ce Framed, c'est de jouer sur des archétypes (la femme blonde forcément à croquer et forcément... vénale ; le type égaré forcément sans le sous et forcément... alcoolo) mais de les doter d'une "seconde couche" qui donne de la profondeur à leur personnage : cette femme fatale serait-elle incapable de tomber amoureuse ? Cet homme au fond du trou serait-il prêt à tout pour réussir, prêt à fermer les yeux sur une certaine moralité ? Oui, non... C'est peut-être là en fait que réside le vrai suspense du bazar et ce qui rend au bout du compte le film relativement attachant.
Glenn Ford déboule dans cette petite ville comme un chien dans un jeu de quille : au volant d'une camionnette sans frein, il sème la panique en ville avant que sa caisse s'écrase contre une bagnole en limitant la casse. Il a à peine le temps de boire un whisky dans le bar du coin pour se remettre de ses émotions que les flics l'embarquent et après un jugement rondement mené, il se voit offrir quelques jours en prison... à moins de pouvoir payer la caution. A po la thune. Seulement, il a eu la chance, en si peu de temps, de croiser la route d'une serveuse
plantureuse (Janis Carter) qui lui a fait d'entrée de jeu les yeux doux... Les femmes, notre homme semble en avoir eu pour son grade (même si son passé reste totalement flou), et cela lui fait tomber les deux bras lorsque la donzelle paye sa caution. Mais le Glenn est méfiant et se doute immédiatement qu'il doit y avoir anguille sous roche... (Rahhhh, ces machistes !... Si l'inverse avait eu lieu, on aurait pensé que le gars était super gentleman - sauf s'il s'appelait Dominique, ok). Une femme ne peut venir en aide à un homme que si elle a besoin de lui ?... (huée des lecteurs et lectrices). Et si Glenn Ford, sur l'action, avait raison, mes bonnes gens ? Mais s'il avait tort, hein... Mais nan, il a raison... ah quoique... ouh là... Tout le reste de l'intrigue s'articule ensuite autour d'un peignoir (gasp, trahison ?!), d'une clef à mollette (coup fourré ?!), et d'une fiole de poison (le coup de grâce !?) - oui, cela fait beaucoup de points d'interrogation et d'exclamation. On se dit que Richard Wallace va jouer la carte du film noir jusqu'au bout et qu'il y a forcément un des personnages principaux qui va finir par morfler. C'est fort possible... Mais ce n'est po forcément les personnages les plus purs et durs, les plus "moraux", qui finissent par être les plus touchants... Nan. Richard Wallace trousse un bon petit polar qui, sous des allures, au niveau du scénar, un peu convenues, livre un final qui laisse tout chose... Enfin, au moins votre humble chroniqueur...
Nid d’Espions (The Fallen Sparrow) (1943) de Richard Wallace
Point d'OSS 117 dans cette version de Wallace, mais un John Garfield encore sous le choc après avoir macéré dans les geôles espagnoles. De retour aux Etats-Unis, après une petite cure pour calmer ses nerfs (il a connu la torture, le bougre, et le moindre bruit un poil lancinant a le même effet sur lui que la voix de Céline Dion sur moi : des sueurs, des fièvres, comme si la boîte crânienne allait exploser en un sens), il est bien décidé à enquêter sur le "suicide" de son vieux pote Louie Lepetino. Cet ancien camarade de guerre, auquel il doit tout, a d'après lui bel et bien été assassiné... Alors qu'il s'aventure aux côtés d'anciens amis dans le grande monde new-yorkais où pullulent les réfugiés, il semblerait bien que notre gars John soit lui-même étroitement surveillé. Ça commence même à sentir franchement le roussi pour lui, quand il retrouve son pote Ab une balle dans la tête un pistolet à la main - l'autre avait horreur des armes à feu, un peu comme si un végétarien était retrouvé mort avec un os de poulet au travers de la gorge (c'est la seule métaphore qui me vient, là, maintenant...). Sujet encore à des crises (il semble obsédé par le bruit d'un type qui boîte, réalité ou fiction ?...), John s'accroche pour tenter de mettre la main sur les tueurs de ses potes. Ça sent le nazi à plein nez, normal on est en 1943.
John Garfield tient ce petit film d'espionnage sur ses épaules et se démène comme un beau diable pour remonter la piste. Le MacGuffin peut paraître un tantinet "alambiqué" - une sombre histoire de drapeau (si, si) à la suite de la mort d'un général attaché à Hitler -, la vraie bonne nouvelle venant du casting féminin. Garfield se retrouve en effet cerné par une brochette de bien jolies gorettes qui lui font les yeux doux : Barby (Patricia Morrison) un ancien amour, Whitney (Martha O'Driscoll), la cousine d'Ab devenue chanteuse de charme, et surtout la magnifique Toni, Maureen O'Hara, sublime brune soi-disant de sang royal qui semble malheureusement être à la solde de l'ennemi - parfaite comédienne, espionne double, jeune femme manipulée, rah bien difficile à dire. L’alchimie entre elle et Garfield est évidente et celui-ci de prier pour qu'elle ne lui joue point un tour de cochon. Le film oscille entre leurs petits numéros de charme avec les déclarations enamourées d'usage - il en vole des baisers, ce chanceux de John -, les dangereuses silhouettes dans l'ombre et les bruits alentours qui ne cessent encore et toujours de hanter notre héros. A malin, malin et demi et l'on sent que dans la dernière ligne droite, chacun y va de sa petite ruse de derrière les fagots pour tromper son adversaire. John va-t-il s'en sortir indemne, sera-il capable de retrouver la sérénité et le bonheur, rien est moins sûr en ces temps troublés où chaque donzelle, femme de chambre ou non, est une menace... Un ptit film noir vintage joliment féminisé, voilà tout.
Black is black, it's here










