03 mai 2010

Tout est à Vendre (Wszystko na sprzedaz) (1969) d'Andrzej Wajda

Je suis passé complètement à travers ce film... Réalisé en l'hommage de la disparition de l'acteur Zbigniew Cybulski, lors d'un accident de train assez béta (en retard, il a glissé sur le marchepied d'un wagon), Wajda ne cesse de multiplier les allers-retours entre réalité et fiction, la réalité dépassant la fiction ou la fiction rejoignant celle-ci. La séquence d'ouverture - lors du tournage d'un film sans l'acteur principal - met en scène cet accident, puis ensuite on apprend la mort de cet acteur dans un accident de train, et enfin le metteur en scène tourne cette séquence-même pour réaliser un film en hommage à son acteur disparu. C'est assez vertigineux dans la mise en abyme, d'autant qu'entre ces trois scènes clés, le metteur en scène enquête sur cet acteur pour tenter de voir plus clair entre la part de légende et la part de réalité... La démarche semble vouée à l'échec, ce qu'illustre en fin de compte ce film lui-même... Un concept finaud qui tourne en rond, malheureusement je n'ai pas réussi une seconde à me passionner aussi bien pour les différents personnages que pour une quelconque séquence de ce film. D'où cette impression d'impuissance, d'une certaine façon, à commenter plus en avant cette oeuvre... Un sujet très personnel - peut-être trop - qui ne m'a en tout cas pas touché une seconde. Maigre constat, je vous l'accorde.

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22 décembre 2009

Tatarak (2009) d'Andrzej Wajda

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Wajda entremêle réalité et fiction dans son dernier film ("Tatarak" : genre de jonc odorant (attention symbole! : délivre une délicate odeur pleine de vie alors que ses racines respirent la mort, hm hm)) dédié au directeur de photo Edward Klosinski, compagnon de l'actrice Krystyna Janda que l'on retrouve dans le rôle titre... Cette dernière dans une chambre faiblement mais joliment éclairée témoigne des dernières semaines passées auprès de son mari victime d'une tumeur aux poumons. Le film que Wajda lui a proposé a donc été repoussé avant que l'on plonge dans la fiction dans laquelle elle a finalement participé, fiction sur laquelle plane également l'ombre de la maladie et de la mort (eh bé...): le dernier été de la femme d'un docteur atteinte également d'une tumeur (mais son mari n'ose lui dire); ayant perdu ses deux jeunes fils lors de la guerre, elle se prend d'affection pour un jeune homme qu'elle croise incidemment lors d'un bal et lors de promenades. On voit bien que ce dernier incarne parfaitement ce que seraient ses fils devenus même si peu à peu une réelle sensualité se crée entre eux... Mais un autre drame se prépare et les émotions de la fiction risquent de "déborder" sur la réalité.

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Dit comme cela, la trame sonne comme diablement téléphonée et... il est vrai que les passerelles entre le tournage et la confession de Janda sont grosses comme la Tour Eiffel. On n'est pas vraiment dans une grande subtilité au niveau de la construction narrative, même si on peut, ainsi, aisément concevoir toute la difficulté de l'actrice à faire son deuil... Il faut reconnaître un merveilleux sens de l'image, de l'utilisation de la lumière, du cadre, utilisé superbement dans toute sa largeur, dans les séquences, notamment en extérieur, de la fiction : toutes les scènes au bord de la rivière bénéficient en effet d'une cinégénie rare. Les séquences d'intérieur sont elles un peu plus froides, un peu trop propres et lisses, et on a vraiment du mal à se plonger corps et âmes dans le monde émotif de cette histoire - il y a, du coup, comme un petit côté artificiel dans l'ensemble du projet qui dessert fatalement son impact. On veut bien croire que pour Janda le film a des résonnances très personnelles mais on reste pour notre part un peu "en surface" de cette troublante expérience. Esthétiquement impressionnant mais la plongée dans cette rivière du deuil demeure malgré tout un peu glaçante, émotionnellement parlant.      

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01 avril 2009

Danton (1983) d'Andrzej Wajda

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Je ne sais pas trop ce qui m'a pris de vouloir revoir Danton, si ce n'est que le film vient de ressortir dans la collection Criterion. Je pensais me rafraîchir sûrement un peu la mémoire à propos de la Révolution et de la Terreur alors que finalement la trame est simplissime : il s'agit de l'opposition entre un Robespierre qui s'octroie les pleins pouvoirs et un Danton qui veut mettre fin au régime sanglant de la terreur et revenir aux temps de paix. Une confrontation qui tourne au vinaigre pour notre Gégé national qui va perdre la tête. Je ne saurais dire ce qui m'a le plus gêné : le fait que les acteurs polonais soient doublés en français, la musique pompière qui arrache les tympans ou le jeu relativement outrancier de l'ensemble du casting. Certes Wojciech Pszoniak donne l'impression de risquer de clamser au premier coup de vent, notre Gégé gueule de façon tonitruante jusqu'à se péter la voix, on sent que les deux hommes prennent à bras le corps leur personnage comme s'ils jouaient leurs vies à chaque phrase mais, désolé, j'ai eu toutes les peines du monde à vraiment rentrer dedans. Chéreau en Camille Desmoulins est en comparaison presque sobre, et je parle pas de Jacques Villeret - pas si mal, au final - qui a réussi à se glisser dans ce casting franco-polonais. Cela discutaille dans tous les sens, certains lâchent le Danton dès que leur propre tête est en jeu et même s'il y a un certain courage à vouloir rester fidèle à ces quelques journées historiques, on s'ennuie quand même ferme - je me soupçonne même d'avoir somnolé mais je n'oserais franchement l'avouer. Sans vouloir faire le malin, je préfère cent fois les toutes premières réalisations de l'Andrzej, beaucoup plus vivantes dans la reconstitution...

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06 mars 2008

Katyn (2007) d'Andrzej Wajda

A 81 ans, Wajda n'a pas perdu l'envie d'évoquer l'histoire de son pays et d'exhumer l'un des massacres les plus sanglants de la Pologne, l'une des pages les plus horrifiques du XXème siècle. Katyn est ce charnier où furent retrouvées des centaines de milliers d'officiers et d'intellectuels polonais, assassinés par les soviétiques en 1940 mais qu'ils mirent, dès la fin de la guerre, sur le dos des Nazis. Wajda ouvre d'ailleurs son film sur cette population, l'une fuyant l'arrivée des Allemands, l'autre celle des Russes qui se croisent symboliquement sur un pont... Entre la peste et le choléra, faut reconnaître qu'il y avait de quoi paniquer. En suivant le destin d'hommes et de femmes faits prisonniers ou devant vivre sous cette occupation, il tente de retracer l'un des événements les plus dramatiques de la seconde guerre mondiale.

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Au niveau narratif, Wajda prend le parti d'éclater quelque peu son récit entre, principalement, huit personnages principaux : une jeune femme dont le mari officier est prisonnier par les Russes en 39, sa mère dont le mari universitaire est fait prisonnier par les Allemands, un lieutenant et un général également regroupés dans un camp russe et dont les femmes après la guerre vont se battre pour leur mémoire - en d'autres mots pour que les occupants russes reconnaissent qu'ils sont les investigateurs du massacre de Katyn alors qu'ils tentent de masquer la vérité. Ce n'est pas toujours facile de savoir qui est qui, d'autant que certains personnages font soudainement leur apparition dans la deuxième heure du film, comme la femme du lieutenant ou encore le neveu de la première jeune femme dont on suit brièvement le destin (si vous êtes perdus, c'est un peu normal). Bref, Wajda tente de rétablir toute la vérité sur ce massacre perpétré froidement par les Soviétiques avec force reconstitution et images d'archives. Toute la fin, qui revient sur les exécutions en tant que telles, est forcément horrifique et le long écran noir qui conclue ces deux heures finit non seulement de sonner le spectateur mais symbolise aussi ce long trou noir mensonger des autorités de l'ex-URSS. On retrouve bien la marque de Wajda dans certaines scènes symboliques qui font écho à ses tout premiers films : le drapeau polonais coupé en deux par les communistes qui laissent flotter la partie rouge pendant que la partie blanche est littéralement "foulée au pied" (on se rappelle les tâches sanglantes sur un drap blanc dans Cendres et Diamants); de même ce Christ dont il ne reste qu'un bras pendu à la croix alors que Soviétiques et Allemands occupent le pays (comme un écho de l'image impressionnante du Christ tête en bas dans le même film). Il y aussi cette très belle scène après guerre du neveu qui défie les Russes et qui s'échappe en montant un escalier (Dans Génération, il s'en jetait) avant de trouver ici une échappatoire par le toit - s'il s'en sort son répit sera de courte durée. Alors que les hommes sont souvent incapables d'échapper à leur condition de prisonniers "en attente" (scène "christique" (un poil forcée) de ces hommes se réunissant le soir de Noël dans le camp - photo ci-contre), les femmes, elles, vont tout faire après guerre pour se démener et tenter de faire éclater la vérité, quitte à y perdre leur liberté. Un fil narratif pas toujours évident mais qui se démêle tout de même avec une certaine rigueur.

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On pourrait certes être un peu moins emballé par ce côté "reconstitution historique en couleur avec costumes et tout" filmé parfois de façon un peu plate - surtout en repensant au style beaucoup plus brut de décoffrage des premières oeuvres de Wajda filmées dans les ruines même de l'Après-guerre - mais sachons reconnaître à Wajda le courage d'affronter ce thème quelque 70 ans après les faits. Un beau "devoir de mémoire".

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11 septembre 2007

Paysage après la bataille (Krajobraz po bitwie) (1970) d'Andrzej Wajda

wajda_krajobrazAprès une scène d'un lyrisme exacerbé - des prisonniers de camps gambadent joyeusement sur de grands airs de violons -, retour rapide à la réalité avec ses hommes qui vont se retrouver baladés par les sauveurs américains "d'un camp à l'autre", jusqu'à atterrir dans un ancien quartier SS. On suit en particulier le parcours d'un ancien poète qui ne cesse de remettre sa propre vie, sa propre pensée en question: toujours attiré par les livres, par l'écriture de poèmes, il ne cesse de ressasser le problème de leur inutilité, lui qui n'a même pas été capable de tuer un ennemi... L'atmosphère du camp est relativement anarchique, la caméra elle-même ayant tendance à virevolter ici ou là, brouillant un peu les pistes narratives (on se retrouve presque dans le même état mental que ces anciens prisonniers, libérés, mais toujours enfermés: vers où se dirige-t-on, quelle direction suivre, quel est le but de cette mascarade...?).

Puis, le film souffle un peu avec la rencontre entre le poète et une jeune femme juive qui a fui d'elle-même la Pologne: après des champs dévastés, ravagés, les quelques moments qu'ils partagent dans cefilm15s bois automnaux sont de véritables bouffées d'air - cependant, si physiquement il est encore dur pour eux d'être capables d'affection, psychologiquement les dissensions sont pires: elle veut à tout prix s'échapper définitivement, en France par exemple, tenter de re-vivre en oubliant même ses origines, apprendre une nouvelle langue, étudier à la Sorbonne, répétant qu'il faut "oublier pour vivre" alors qu'aux yeux de notre pauvre poète l'avenir ne peut se trouver qu'en Pologne... Comme s'il s'agissait de la seule valeur à laquelle il puisse encore se raccrocher... Aurait mieux fait d'écouter la femme, le bougre, et de se barrer en laissant ces champs de ruines derrière lui: de retour au camp, la femme se fait abattre par un Américain zélé et notre poète de se rendre compte que les Polonais n'ont peut-être que juste changé d'occupants (pas de panique, les Ruskov suivront). Bref, la fin n'est qu'une débandade grotesque, entre chants patriotiques et bordel sans nom, on se croirait presque dans un Kusturica.

landscapebattle Le constat est donc plus qu'amer mais il faut aussi reconnaître que le spectateur se perd un peu parfois dans les méandres narratifs de l'ensemble - si ce n'est au final que l'espoir est bien mince; et si espoir il y a, il n'est que dans l'amour, encore faut-il qu'il puisse exister... S'il ne s'agit pas de l'oeuvre la plus facile à suivre du Polonais (avec également de grandes baisses d'intensité dans le rythme), elle renferme malgré tout, visuellement, de moments assez puissants pour rester éveillé - notamment lors de cette histoire d'amour subitement avortée entre ces deux grands acteurs: Daniel Olbrychski et Stanislawa Celinska.

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23 juin 2007

Cendres et Diamants (Popiól i diament) (1958) d'Andrzej Wajda

wajda_boxRèglement de compte, le soir du 8 Mai 1945 - fin officielle de la guerre -, entre jeunes résistants et membres anciens du Parti Communiste alors au pouvoir. Le James Dean polonais (si, ça existe en la personne de Zbigniew Cybulski), lunettes fumées et dégaine à la cool, a pour mission de descendre un des leaders locaux du parti. Après une première boulette -il s'est trompé de voiture et a tué deux jeunes ouvriers- il est prêt à se rattrapper lors de cette longue nuit de fête dans cet hôtel. Seulement le hasard veut que le soir même, il fasse la connaissance d'une charmante serveuse qui pourrait changer le cours de son destin - lui que plus personne n'attend.

Wajda en adaptant ce livre très populaire à l'époque de Jerzi Andrzejewski déjoue la censure en se focalisant non pas sur le membre du parti mais sur ce jeune rebelle qui deviendra une sorte d'emblème en son pays. Il280px_Ashes_And_Diamonds_screenshot faut surtout reconnaître un don chez Wajda (qui a fait des études de peintre) dans la composition des plans: ce Christ, la tête en bas, alors que les deux jeunes héros font leur entrée au fond de l'église, comme si le monde était à jamais bouleversé, comme si la rédemption était en quelque sorte impossible pour cette jeune génération sacrifiée, est une image d'une force extrême. Magnifique idée également que ce drap blanc tâché de sang (Tarkovski, toujours plus malin que tout le monde alors que le film est en noir est blanc, y voyait le symbole du drapeau de la Pologne) qui recouvre le jeune héros avant que ce dernier n'achève sa course sur un tas d'immondices, ashes_1_comme si son combat -passé et présent- était une cause perdue... On retrouve également un cheval blanc qui fait étrangement son apparition dans le cadre alors que nos deux amoureux se disent adieu... Comme je veux pas dire trop de conneries (sinon Karamzin va encore me tomber dessus), d'après la commentatrice érudite, ce cheval blanc symboliserait la Pologne, pays sans guide... Moi j'y vois plutôt un symbole d'espoir (Cybulski peut refaire sa vie), un ange de la mort  (mais en fait...), un... nan je déconne, je vais po recommencer: c'est un symbole et chacun pourra y mettre ce qu'il veut, voilà, je suis vexé maintenant, na. Influencés par Citizen Kane et les films noirs de l'époque tels qu'Asphalt Jungle, Wajda et son chef op jouent des contrastes et de la profondeur de champ avec un certain plaisir (magnifique scène du téléphone avec le héros au second plan) et signe une scène exemplaire lorsque le leader coco finit par s'écrouler dans les bras du tueur, comme si les frères ennemis était indéfiniment liés par le sang.

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Bref suffisament de profondeur (dans le fond et dans la forme) pour faire de cette troisième partie de la trilogie, un film des plus intéressant, même si je dois reconnaître un petit penchant pour Kanal : oeuvre peut-être moins trouble, moins symbolique dans son traitement, mais beaucoup plus angoissante.

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15 juin 2007

Lotna (1959) d'Andrzej Wajda

ZAMWlotnaLLes Polonais pilonnés par les Boches avec en fil conducteur un très jouli cheval blanc porteur à la fois de tous les espoirs et semant la mort. Il y a quelques scènes de cavalerie - on suit une troupe de Uhlans entre deux contre-offensives - assez impressionnantes malgré des couleurs passablement avachies (ou c'est mon dvd ?) sans parler de ces scènes orangeasses de nuit un peu arty sur le retour... Belle idée néanmoins que celle de cet homme qui décide de se marier du jour au lendemain avec cette blondissime institutrice en devenir, pris entre son amour naissant pour la belle et sa passion pour ce fameux cheval blanc, Lotna; toujours l'éternel dilemme entre une vie vouée au calme (belle séquence que cette scène de dinette où le jeune homme a un peu la honte devant ses camarades de troupe: siLotna02 sa douce prend plaisir à recréer ses jeux d'enfant, ce dernier a honte pour son autorité) et une vie consacrée à sa passion et à l'aventure (l'homme n'a souvent d'yeux que pour son cheval, négligeant sa femme même au soir du mariage); d'autant que dans ce contexte de panique, le jeune homme va rapidement devenir le jeune marié le plus court de l'Histoire. Il n'aura pu profiter que de quelques instants de calme, un chafouinage dans le foin, une danse improvisée avec la mariée avant de céder à l'appel de ce cheval véritable ange de la mort. On est loin tout de même de l'intensité de Kanal.

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09 juin 2007

Ils aimaient la Vie (Kanal) (1957) d'Andrzej Wajda

Derrière ce titre français couillon, se cache un petit joyau noir de film de guerre sur le soulèvement de Varsovie. Film tragique s'il en est puisque dès le début, alors qu'on nous présente une poignée de résistants polonais, on nous annonce qu'il faut bien les regarder une dernière fois car aucun ne va survivre... Du coup, on ouvre bien les yeux.

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On est en 1944, dans un décor de ruines, et ces jeunes résistants sont constamment pilonnés par les Allemands. Ils tentent au maximum de camper sur leur position mais avec un lance-missile, trois mitraillettes et des poings fourbus, ils ne peuvent pas grand chose face aux tanks et aux obus des Boches. Ca explose à tout va, on se demande où Wajda a pu trouver un tel décor de maisons détruites et on se dit que la Pologne en 1957 était loin d'être reconstruite. On prend le temps de nous présenter en détail certains de ces hommes dont un compositeur qui s'installe au premier piano venu -et ça tombe bien, il y en a un intact-, un supérieur qui s'est amouraché d'une petite brune collée à ses basques, ou encore un jeune homme fougueux, rapidement blessé lors d'une attaque, qu'aime une grande beauté blonde, agent de liaison. Rapidement devant l'avancée inexorable des Allemands, il leur faut prendre une décision et le seul échappatoire sont les égoûts qui traversent la ville de part en part. Cette soi-disante sortie de secours s'avère vite un véritable cauchemar où les hommes sont pris comme des rats.

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Wajda, après nous avoir montré la situation explosive et désespérée en surface, nous plonge dans les méandres boueuses et infinies de ce labyrinthe infernal. Ce n'est pas un hasard si le compositeur finit par citer Dante, juste cover_wajda_kanal_criterion_dvd_review_PDVD_000avant de péter un cable et de partir en solo, les yeux vides, jouer de l'ocarina dans ces couloirs de la mort. Au début, c'est la panique - les Allemands auraient laissé des gaz - puis peu à peu, à mesure que l'énergie, tout comme l'oxygène, se font plus rares, on se rend compte que ces égoûts seront pour la plupart leur tombeau. Ils se perdent, se cognent, s'engluent, toutes les sorties éventuelles constituant autant de pièges: si la blonde et son ami blessé échoue devant une grille qui donne sur le fleuve, le supérieur finit par exploser de colère - "il faut que je sorte pour ma femme et mon enfant" - devant les yeux enamourés de la petite brune qui se tire une balle; ceux qui parviennent enfin à retrouver la lumière du jour tombent dans une caserne occupée par les Allemands, où les résistants, noirs comme des mineurs, préfèrent souvent la mort au sursis; d'autres enfin tentent de dégoupiller des grenades qui leur barrent le passage et qui leur explosent à la tête.

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Noir, c'est noir, c'est le moins qu'on puisse dire, et Wajda fait preuve d'une grande maîtrise pour nous faire ressentir le délire claustrophobique de ces hommes qui perdent peu à peu prise avec la réalité. 250.000 hommes trouvèrent la mort lors de ce soulèvement, résistants et population civile, et ce film constitue un hommage effrayant sur leur sens du sacrifice et leur volonté d'aller jusqu'au bout... de l'impasse. Impressionnant et à voir absolument.

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18 mai 2007

Génération (Pokolenie) (1955) d'Andrzej Wajda

s1429599Située pendant l'occupation allemande de la Pologne, l'histoire nous donne à suivre le parcours d'un jeune apprenti qui se rallie à la résistance en embrassant plus précisément la cause de la jeunesse communiste armée. Attiré au départ par le visage adorable de la jeune Dorota qui fait un speech à la sortie de l'école, il se donne ensuite corps et âme, avec toute une partie de ses jeunes camarades, (dont Polanski, 22 ans qui en fait 15) pour flif_pokolenienguer du Boche ou aider les prisonniers juifs du ghetto de Varsovie. Malgré l'arrestation sur la fin de Dorota, il décide de continuer le combat coûte que coûte jusqu'à la liberation, le combat d'une nouvelle génération.

L'histoire est dans l'ensemble relativement bien menée avec en summum de l'action dramatique le suicide du haut des escaliers d'un des jeunes résistants: fait comme un rat, il préfère se jeter du dixième étage plutôt que de risquer une arrestation et la torture. Il y a également quelques belles idées comme ce long plan séquence en ouverture du film, filmant cette banlieue misérable de Varsovie ou encore cette cigarette qui tourne avec la caméra (séquence presque identique que l'on retrouve dans l'Armée des Ombres de Melville) et qui fait le lien parmi l'assemblée de résistants. Si le film est relativement âpre (en parallèle avec le combat contre l'occupant, il y a une prise de conscience des travailleurs exploités par leur boss, generationSolidarnosc bon sang!), il y a heureusement quelques moments suspendus dès que Dorota apparaît - la photogénie ça s'invente pas décidément. Vers la fin du film, alors qu'elle échange son premier baiser avec l'apprenti, celui-ci finit d'ailleurs par lancer "Ca vaut la peine de se battre et ça vaut la peine de vivre" (clair mon gars) qui sonne comme une petite bouffée d'air dans ce climat proprement étouffant. Relativement bien joué, monté avec efficacité et touchant.

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