08 octobre 2010

Adelheid (1970) de Frantisek Vlácil

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Le cinéma de Vlácil est un cinéma ardu - autant dire, on ne se fend pas la poire à tous les étages - mais souvent esthétiquement assez bluffant. Pour cet Adelheid qui se concentre sur les rapports entre un Tchèque et une jeune Allemande qui bosse à son service dans l'après-guerre, aucun doute qu'on reste dans l'ardu, pour ne pas dire l'"âpre" et même si les cadres sont toujours aussi travaillés, l'aspect formel demeure moins éblouissant qu'un Marketa Lazaraová (Vous pensez bien que je ne suis pas un novice sur le travail du gars Frantisek). Pour faire rapide, le pitch est simple : un Tchèque, ancien lieutenant pour la RAF en Ecosse, revient dans son pays pour "prendre en main" un manoir non loin de la frontière allemande ; il se trouve d'ailleurs dans cette zone encore pas mal de teutons, dont la chtite Adelheid dont le père habitait justement le manoir. Celui-ci ne devrait pas tarder à être jugé et pendu et l'Adelheid, bientôt orpheline, entre au service de ce gazier tchèque qui a tout, de prime abord, de la bonne pâte. Seulement peu à peu, notre Tchèque va vouloir prendre l'ascendant sur cette créature et coucher avec elle (ah les hommes...). L'Adelheid semble se plier tant bien que mal à son bon vouloir, encore faudrait-il qu'elle ne cache pas son jeu...

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Vlácil parvient parfaitement à capter ce jeu incessant d'observation entre ce "gentil" prédateur (mais on a tôt fait de vouloir profiter de la situation quand on a le power) et cette charmante proie qui n'ose jamais laisser deviner ce qui se trame dans sa tronche : que le tchèque observe sa bonne avec des jumelles, entrouvre des portes pour la surprendre en plein travail ou s'amuse à suivre ses tribulations quand il y a des invités, on a souvent l'impression que ces deux-là passent leur temps à se chercher, à s'évaluer. Un jeu du regard d'autant qu'il y a entre les deux la barrière de la langue et qu'il leur est bien difficile de réellement communiquer. A force de lui tourner autour, le Tchèque va finir par craquer et lui donner l'ordre d'aller l'attendre dans son lit. Ce manque de respect et cette soudaine prise de confiance vont tout de même le conduire en "terrain miné", comme le laissait prévoir le début du film ; il se passe po grand-chose pendant quatre-vingt minutes, mais on a droit à un vrai carnage (mouais, si, tout de même) dans la dernière ligne droite. Le sujet est noble - aussi bien historiquement qu'humainement -, traité avec un oeil aiguisé - pas un manchot notre ami Frantisek aux manettes - mais, avouons-le malgré tout, un tantinet plombant ; je veux bien qu'on soit tout dans la nuance et le minimalisme, mais franchement ce huis-clos dans ce manoir est tellement anxiogène que le spectateur finit par chercher un peu l'air. Bref, à voir plutôt un grand jour d'euphorie - vous serez vite calmés, marche.   

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04 janvier 2008

Marketa Lazarová (1967) de Frantisek Vlácil

Elu meilleur film tchèque de tous les temps (je vous mets de côté le meilleur film burkinabé si vous êtes sages), Marketa Lazarova est une oeuvre des plus ambitieuses, située en plein 13ème siècle, mettant en scène des hordes pas super propres sur elles mais toujours prêtes à tomber amoureuses, avec en prime, en toile de fond, la montée et la toute puissance du christianisme. Pas forcément toujours évident à suivre au premier abord, la trame s'éclaircit peu à peu, malgré les flash-back et les visions poétiques. On entre véritablement dans le Moyen-Age, à l'image, vrai de vrai, d'un Andrei Roublev, film avec lequel il partage une maestria cinématographique qui coupe souvent le souffle. Bon ça fait quand même 2h35, je vais essayer de reprendre le mien.

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Pour faire simple, Mikolas est un voleur de grands chemins qui obéit aux ordres tyranniques de son père, surnommé "le bouc" (il en a le look et, on devine même, l'odeur); il prend en otage un jeune prêtre allemand lors de l'une de ses attaques, ce qui déclenche la colère du roi; il tente ensuite de s'allier avec son voisin Lazar, récalcitrant, et pour la peine kidnappe sa fille, promise alors au couvent, la blonde Marketa. Deux amours des plus antagonistes naissent d'une part entre Mikolas et Marketa, et d'autre part entre le jeune prêtre et Alexandria, soeur du Miko. Echappant dans un premier temps aux troupes qui sont sous les ordres du roi, le clan de Mikolas finira complètement laminé. Les deux amours connaîtront également une fin bien tragique ma foi.

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Pas évident de traiter en profondeur des multiples thèmes du film : combat entre paganisme et christianisme, actes violents et échappées poétiques, pêchés perpétrés et pureté violée... la caméra de Vlacil virevoltant 3sans cesse entre les marais putrides de la campagne et les colonnes stoïques d'une église; sur une musique inspirée et glaçante, on est surtout ébloui par la virtuosité technique des plans, le sens impressionnant du cadre et le jeu constant dans le chromatisme du noir et blanc; sens de la nature (multiples plans sur les animaux, de loups tour à tour déchaînés ou majestueusement immobiles à de jeunes cerfs paisibles), plongée dans la vie intime de cette horde (pas de machine à laver, indéniablement) et dans celle d'un Mikolas jusqu'au boutiste qui contraste avec la blancheur évangélique d'une Marketa servile, violence des combats lorsque les flèches pleuvent, laissant des monceaux de cadavres, et calme serein des amants dans leurs gestes amoureux  (oui, non pas le viol, certes)... le moins qu'on puisse dire c'est que, visuellement, le film est une vraie merveille qui nous emmène aux tréfonds de cette période et de ces âmes tourmentées : des séquences de prières dans l'église avec ce long travelling ou ces contre-plongées sur les Sœurs, à cette caméra échevelée qui bat la campagne, Vlacil n'est pas avare d'effets toujours en rapport avec les états d'âme de ces personnages, plus souvent fougueux et rageurs qu'apaisés. Au final un film qui demande une certaine patience, j'en conviens, mais demeure hallucinant dans sa mise en scène - il n'y avait po de caméra au Moyen-Age, pourtant ?

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