12 avril 2010

Sandra (Vaghe stelle dell'Orsa...) (1965) de Luchino Visconti

Vaghe_stelle_dell_Orsa_3

Cette version moderne d'Electre permet à Visconti de nous transporter au sein d'une famille où pèsent de lourds secrets familiaux et dans des décors intérieurs comme extérieurs où l'on ne cesse de croiser des fantômes... du passé. C'est bizarre cette impression de "déjà vu", personnellement (peut-être un très lointain souvenir de la vision de ce film... ou non), tant l'on est immédiatement familier aussi bien avec ces lieux immenses qu'avec ces personnages (le frère et la soeur), comme englués malgré eux dans leur enfance. Peut-être parce que la vie de province est finalement partout la même, comme le dit l'un des personnages, un monde à la fois empreint d'ennui et de souvenirs d'enfances inoubliables.

a1n19vag1

Sandra, Claudia Cardinale (bellissima et au regard aussi sombre que ce personnage pris dans les ombres du souvenir) revient avec son mari, un Américain, dans cette grandiose demeure familiale. Le troublant personnage de son frère (Jean Sorel, delonnesque par sa beauté) ne tarde pas à faire une apparition - un "fantôme", justement, aperçu par l'Américain qui prend corps - et dès les retrouvailles, on ne peut plus tendres et caressantes avec sa soeur, on devine le terrible amour qui les lie. S'ajoutent au tableau l'image d'un père, d'origine juive, mort pendant la guerre - dénoncé...? - et la figure d'une mère devenue à moitié folle et recluse dans une villa. L'Américain, personnage bien innocent au sein de l'histoire familiale, tente tant bien que mal de démêler les lourds secrets qui semblent peser sur l'esprit de sa femme en interrogeant ce beau-père (sa mère s'est remariée) qu'elle hait. On sent venir inexorablement l'heure des "règlements de compte", voire le drame inévitable...

Vaghe_stelle_dell_Orsa_4

Sandra semble avoir voulu prendre un nouveau départ en se mariant avec cet Américain totalement extérieur au monde de son enfance mais, comme celui-ci d'ailleurs le redoutait, le retour en ces lieux risque de happer sa femme dans un univers dont elle cherchait à s'extraire : un ancien amant dévoué, une relation mère/fille explosive et surtout la passion de ce frère qui semble incapable de faire le deuil de leur "séparation"; elle ne tarde pas à retrouver les automatismes de leurs jeux d'enfance : un message caché par le frère au creux d'une statue de Psyche et d'Eros (image de leur amour "coupable") la mène à leur lieu de rendez-vous habituel : superbe image que celle du frère et de la soeur reflétés dans les eaux du lieu : Sandra s'échappe et seul le reflet du frère subsiste, prisonnier semble-t-il à jamais de leurs amours passées. Claudia Cardinale incarne à la perfection cette femme éprise de son mari qui s'enfonce peu à peu dans les eaux troublantes de son enfance, de son histoire familiale, avant de tenter d'en ressortir - la dernière tenue dont elle se pare, d'une blancheur maculée, alors que dans une lettre elle exprime le souhait de retrouver son mari (parti à New-York entre-temps) le plus tôt possible - comme purifiée. La seule a pouvoir peut-être, finalement, parvenir à s'en sortir... Troublante et envoûtante oeuvre viscontienne, à l'image de ce fabuleux titre original - les "pâles étoiles de la Grande Ourse" - tout un poème (de Leopardi, justement...) - qui ne peut difficilement laisser insensible - mais à chacun sa sensibilité, certes. 

vaghe4

Posté par Shangols à 07:52 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


19 mars 2010

L'Etranger (Lo Straniero) (1967) de Luchino Visconti

19183187

Reconnaissons en préambule, qu'un peu trop avide de découvrir enfin cette adaptation viscontienne, je me suis tapé une version à l'image terriblement dégueulasse et, qui plus est, doublée en anglais. Autant dire que, dans le massacre, il est sûrement difficile de faire pire, et j'aurais sans doute été mieux inspiré, ayant raté la ressortie du film l'an dernier au cinoche (j'ai des circonstances atténuantes), d'attendre une éventuelle sortie en DVD (...) - enfin bon ce qui est fait est fait. Du coup, difficile de dire quoi que ce soit sur les éventuelles qualités esthétiques de la chose, et c'est bien dommage, tant l'on sent dès le départ Visconti mettre un soin extrême dans le choix de ses décors, les grands murs blancs (traduisant en partie cette fameuse écriture "blanche" du gars Camus...) de la salle où repose le cercueil de sa mère ayant notamment, d'entrée de jeu, une force étonnante. De même les séquences sur la plage "baignée de soleil", avec une Anna Karina en Marie toute pimpante (le maillot de bain noir "une pièce" du Marcello est quant à lui un summum dans le genre... anti-sexy - affreux) , semblent bénéficier d'une luminosité exceptionnelle, mais là encore cela ne reste jamais qu'une "impression"... Je serais également un peu gêné pour parler du jeu des acteurs, la version monocorde anglaise étant d'un manque de nuance terrible.

19178973

Du coup, à défaut sûrement de pouvoir apprécier à sa juste valeur la qualité de l'image ou les acteurs, certains défauts n'en sont que plus agaçants. Visconti use et abuse des zooms - parti pris qui culmine lors du procès - comme s'il fallait constamment cadrer en gros plan la tête du Mastroianni pour accentuer son isolement ou sa stupeur vis-à-vis de son entourage. C'est un concept, certes, mais cela devient tellement systématique que l'on se croirait parfois dans un reportage ou une pauvre série télé sur M6. L'insistance constante sur les petits rires dans la première partie - ambiance frivole avec la Marie - finit aussi par devenir un poil pénible, à tel point qu'on se croirait presque dans OSS 117 avec ce con de Hubert. De même, la musique est proprement infâme (genre ambiance film de science-fiction vintage ultra zarbi) et bousille en partie la séquence sur la plage où Meursault se retrouve face à l'arabe (sans parler des effets sonores sur les coups de feu, faisant presque passer Meursault pour Charles Bronson): aucune tension, Visconti donnant presque l'impression de se débarrasser de la scène en deux coups de cuillère à pot. Impression également d'une certaine "lourdeur" dans la mise en scène de ce long procès : on comprend rapidement que Visconti veut donner un côté presque ubuesque à la chose - le procureur qui s'agite comme une marionnette, la mine constamment consternée de Bernard Blier en avocat de Meursault, le procès qui parle de tout sauf, finalement, de l'acte de Meursault pour lequel il est condamné, les ooohhh et les aaaaaahhhh du public... - mais on ne peut pas dire, encore une fois, que cela soit fait dans la dentelle, ces effets devenant rapidement systématiques... On a droit, malgré tout, à une très belle séquence, très épurée, sur la fin, dans ce face à face entre Meursault et le prêtre interprété par Crémer, même si on préfèrerait forcément la voir dans le noir d'une salle de cinoche... Bref, un sentiment plutôt mitigé, en rappelant à quel point ma version fut vraiment limite au niveau de la qualité... Promis, je me ferais une séance de rattrapage à l'occasion.

19178974

Posté par Shangols à 09:01 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
21 février 2010

La Terre tremble (La terra trema : Episodio del mare) (1948) de Luchino Visconti

_

J'avais un peu peur des 2h30 qui s'annonçaient à l'horizon, eh bien que nenni, on s'immerge totalement dans la vie maudite de cette famille, les Valestro, qui vont payer le prix fort de leur rébellion contre les grossistes, seuls contre tous. Un combat pour un miminum de décence pour contrer l'exploitation systématique de ces humbles pêcheurs de père en fils, mais définitivement "y'a personne là-haut, y'a personne bordel..." Difficile d'échapper à la mention de néo-réalisme en évoquant cette oeuvre, même s'il ne faudrait point, au passage, oublier la magnifique façon que Visconti a pour filmer chaque plan. Pour preuve ce magnifique plan séquence au début du film lors de la criée, où la caméra du cinéaste passe l'air de rien d'un groupe à un autre avant de s'élèver pour donner une vision d'ensemble absolument saisissante de la scène. Tout l'art de Visconti est dans le montage de ces séquences, où tout en variant subtilement les angles de prise de vue, la scène continue de couler d'un seul jet, comme si le récit était continuellement pris sur le vif. Le film en DVD bénéficiant d'une version restaurée absolument parfaite - superbe noir et blanc aussi bien dans les séquences nocturnes de pêche que lorsque les scènes se passent sous cette lumière blanche qui éclabousse de ses feux la misère (lyrisme...)-, on est happé de bout en bout par ce destin cruel qui s'abat sur notre famille pleine de dignité.

ntonio_girl2

Le jour où Antonio, l'aîné de cette famille de pêcheurs, décide de se mettre à son propre compte, en hypothéquant au passage la maison familiale, on pense que c'est un véritable pas en avant, socialement parlant; il vient tout juste d'être libéré de prison après avoir sonné l'heure de la révolte lors d'une vente à la criée - magnifique plan où il jette à la mer la balance "déséquilibrée" des grossistes : il est temps de mettre fin à tant d'injustice - et même si au final aucun pêcheur ne le suit dans son entreprise, il semble bien parti pour montrer que les pêcheurs sont capables de prendre leur destin de main. La première pêche est proprement miraculeuse - il tombe sur un ban d'anchois qui pourrait garnir des pizzas pendant douze ans - et toute la famille s'emploie à mettre la main à la pâte pour mettre en salaison le butin. Seulement l'Antonio, légèrement euphorique, décide un jour de partir en mer alors que le vent souffle comme un dingue, et il reviendra, plusieurs jours plus tard, totalement bredouille, ayant perdu en route, mât, voile, filets, rames, la barquasse toute fracassée. Y'a pas eu mort d'homme, mais le tocsin a bien sonné sa perte. La famille ira ensuite de Charybde en Scylla - maison saisie, un jeune frère qui se barre, le grand-père qui meurt, la famille Valestro rejeté de toute part par les pêcheurs et les grossistes qui leur font payer cet excès de fierté - jusqu'à revenir à la case départ, devant même s'avilir un peu plus pour survivre... On est dégouté, on jette un regard noir à l'écran après que le mot "fine" est tombé et que le bruit de rames continue à résonner : pêcheur en Sicile c'est une putain de vie de galérien, clair.

menofsea

Les dialogues sont truffés de bons vieux proverbes ancestraux et lorsqu'Antonio décide de rompre avec le passé, on est tout de même prêt à parier avec lui qu'une nouvelle heure a sonné. Seulement, tu parles, ces chiens de proverbes ont la vie dure et finiront par triompher... On suit également, en parallèle, toutes sortes d'amourettes - entre Antonio et Nedda, entre l'une de ses soeurs avec un pauvre maçon et une autre avec un sergent de ville - et à chaque fois le constat sera brutal : tout espoir d'union dépend uniquement de sa position sociale, et Antonio sera le premier à en payer les frais. Même l'amour n'est en rien salvateur et les Valestro d'apparaître de plus en plus comme des anchois prises au piège de cette société sclérosée. La fin est absolument terrible, et même si les grossistes sont directement associés à la politique mussolinienne qui vient de mener le pays à la ruine, on perçoit à quel point la loi du plus fort a encore de beaux jours devant elle. Le triomphe ricanant des grossistes qui emploient Antonio et ses frères est littéralement odieux, et on en arrive à souhaiter que la Terre tremble un peu plus pour engloutir ces "éclats de rires énormes", véritables "gouffres de l'esprit" disait l'autre... Un film qui, j'ose, n'a po pris une ride et aurait encore sa place en intro à tout bon meeting rougeoyant qui se respecte. Respect total, Comte Luchino.      

La_terra_trema12

Posté par Shangols à 15:36 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
11 février 2010

Les Amants diaboliques (Ossessione) (1943) de Luchino Visconti

last

Premier film de Visconti avec cette belle adaptation du bouquin de McCain, Le Facteur sonne toujours deux fois, oeuvre au noir néo-réaliste (si l'on veut tenter de jouer un tantinet sur les mots) et sur laquelle on ressent immanquablement l'influence de Renoir dont il fut l'assistant : Visconti fait preuve d'une incontestable maîtrise formelle - les plans, s'enchaînent, "glissent" des uns aux autres sans que le montage soit apparent -, d'une direction d'acteurs au cordeau (tous impeccables), et parvient surtout à traduire dès le départ, par le jeu des regards notamment, l'envie de la femme auprès de son amant de voir disparaître son mari (l'influence de La Bête humaine... sans aucun doute). Un individu qui vient de nulle part (Gino Costa), pris dans les rets d'une jeune femme maline (Giovanna) malheureuse en amour (le mari, le bedonnant père Bragana, bon bougre bien naïf), un Gino libre comme l'air qui va se voir commettre l'irréparable pour les beaux yeux de cette femme... C'est certes classique, mais Visconti sait insuffler à son récit un naturel absolument fascinant.

pic2

Gino débarque dans cette station-service-café, mine de rien, vagabond sans but et sans souci. Dès le premier coup d'oeil que lui jette Giovanna derrière sa fenêtre, on sent le gars appâté. Il se rend directement dans la cuisine, comptant sur son charme et un certain culot pour se faire recevoir, mais la Giovanna est loin d'être aussi naïve qu'elle en a l'air - facile, ça, oui. Il repart sans demander son reste mais ne tarde pas à se faire alpaguer par le père Bragana à la suite d'un subtil mensonge de sa femme - elle fait croire à son homme que l'autre est reparti sans payer, rah perfide ! Gino fait machine arrière pensant profiter de cette femme qui s'offre à lui : il ne se doute point encore qu'à ce petit jeu-là, il risque plus de se faire manipuler que d'être "manipulateur"... Dès que l'adultère est consommé, on sent que les jours du père Bragana sont comptés : Giovanna manipule son couteau de cuisine avec vigueur, Gino lance un drôle de regard au rasoir que lui tend Bragana qui l'a invité à demeurer chez eux, et les plaintes de Giovanna, en étreignant son nouvel homme "bâti comme un cheval" (hummm), sur son triste sort renforcent cette impression qu'il y a anguille sous roche... Gino saura se faire la malle une fois, mais le destin (dring dring) va le remettre en face de cette femme qui sait parfaitement ce qu'elle veut...

ossessione_4

Il y a un personnage secondaire particulièrement intéressant, "l'Espagnol", qui peut être perçu comme un véritable ange-gardien auprès de Gino : ils se rencontrent dans un train où L'Espagnol sauve la mise de Gino en lui réglant son billet; par deux fois, ensuite, il tentera de convaincre son ami d'oublier cette femme et de repartir sur les routes, à l'aventure. Par deux fois, Gino restera sourd à cette mise en garde du "destin", totalement enferré dans ses choix. On pense au départ, d'ailleurs, que "l'obsession" du titre renvoie à l'image de cette femme dont il ne peut se défaire, mais c'est surtout la mauvaise conscience obsédante d'avoir commis un crime pour elle qui va le ruiner. Le personnage de Giovanna est, qui plus est, parfaitement dessiné, plein d'ambiguïté - intelligente manipulatrice de bout en bout ne pensant qu'à elle ou femme pleinement amoureuse de son amant, hum hum... - et parvient ainsi à semer le trouble dans l'esprit de Gino - et du spectateur... Mais bien mal acquis ne profite jamais, ben nan, po là en tout cas, et notre Gino de retrouver la poussière des routes un peu trop tard...

ossessione

Visconti étonne dès sa première oeuvre cinématographique en sachant se faire si proche de ses personnages - chaque gros plan, au passage, est magnifiquement amené et fait sens - tout en faisant preuve d'une maîtrise technique absolue (sachant toujours parfaitement placer les individus en décor naturel - cette magnifique scène où Gino et Giovanna se retrouvent esseulés sur la route (la première fois qu'ils décident de quitter ensemble la casa) - ou en huis-clos (on oublie totalement la caméra tant celle-ci semble toujours parfaitement placée). Bref, ce petit Luchino semble déjà faire preuve d'un potentiel évident...

Posté par Shangols à 08:30 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
14 avril 2009

L'Innocent (L'Innocente) (1976) de Luchino Visconti

49_06

On aura beau dire ce qu'on veut mais rares sont les cinéastes qui arrivent à la cheville de Visconti lorsqu'il s'agit de filmer des personnages dans un appartement luxueux ou une allée ombragée, le profil, le visage d'une femme fragile derrière un voile ou le regard noir d'une femme conquérante ou encore les ébats enfiévrés d'un couple. Dans le domaine des images, rares sont les cadres aussi fournis dans lesquels on puisse apprécier un tel soin dans le mariage des couleurs et des tons. Pour ce qui est de la peinture sentimentale de ses personnages, Visconti, dans cette ultime oeuvre, dessine à l'aide de petites touches leurs emballements soudains comme leurs tragiques désillusions et bien que l'histoire qu'il nous conte soit terriblement classique, ces liaisons dangereuses à la sauce italienne laissent une impression d'une très grande force.

32_47

Giancarlo Giannini (dit le mâle hâbleur) a l'habitude de tromper sa femme, la sublime Laura Antonelli. Cette dernière le laisse vaquer à ses petites infidélités sachant qu'il finit toujours par lui revenir. Seulement lorsqu'il rencontre Jennifer O'Neill (des yeux de charbon à se damner), il tombe cette fois-ci sur une sérieuse cliente. Il ne tarde point d'ailleurs à avouer à sa femme les sentiments qu'il a pour sa maîtresse. Pendant qu'il se brûle au contact de la Jenny, sa femme, de son côté, fait la connaissance d'un jeune écrivain en vogue et la jalousie ne va point tarder à titiller le Giancarlo qui s'empresse de vouloir reconquérir sa femme. Alors qu'il pense avoir fait le plus dur, sûr de son fait après une petite galipette sexuelle, le Giancarlo tombe des nues lorsqu'il apprend que sa femme est enceinte... de cet autre homme. Entre déclaration d'amour infini et faux-semblants, on se demande si le couple parviendra à se relever de ce coup de sort. Suspense sur un rythme à trois à l'heure... Mais à trop vouloir jouer avec les sentiments, il risque d'y avoir plus d'un perdant...

innocent

Si certaines séquences sont d'une belle sensualité (Giancarlo et son amante au coin du feu, Giancarlo se saisissant du corps nu de sa femme comme une proie qu'il semble pouvoir facilement posséder - elle s'abandonne à lui, physiquement, alors qu'elle a déjà "abandonné", sentimentalement), d'autres traduisent la rage qui bout dans le for intérieur des personnages : il faut voir notamment la fougue du Giancarlo lors de ces combats à l'escrime qui sont comme des exutoires à sa frustration, sa jalousie et son désir de vengeance, ou encore la façon dont il remue la braise avec ses longues pinces alors que sa femme est en train d'accoucher de cet enfant illégitime... Il a beau se plaire à jouer les beaux-parleurs devant les deux femmes, il est véritablement celui qui se voile la face (alors que les deux femmes, souvent voilées, font finalement preuve de beaucoup plus de constance...); lorsque cet homme, qui cherchait à tout contrôler, se rend compte que tout lui échappe, il ne lui restera qu'un dernier choix à faire... Bon, il me faut briser là, mais faut reconnaître que le cinéma de Visconti demeure terriblement somptueux et qu'il donne une âme et un relief à chacun de ses personnages d'une façon qui sidère, littéralement. Un maître dans son genre.

51_50

Posté par Shangols à 11:57 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


11 décembre 2008

Ludwig (1972) de Luchino Visconti

a_ludwig_ii_viscontiDVDVolume_9

Moins fauché que Dark Star de John Carpenter, Ludwig est un vrai voyage long de quatre heures plein de splendeurs. Difficile, sur le fond, de ne point penser au Salon de Musique de Ray, tant on assiste à la même fascination pour la beauté, pour l'art, la musique, au mépris de toutes les contingences bassement matérielles - un peu embêtant tout de même pour un gars censé être au pouvoir...  "J'ai lu beaucoup de choses sur le matérialisme, dit notre Ludwig, mais cela ne pourra jamais satisfaire un homme, pour la simple raison qu'il ne veut pas être ramené au même niveau que les animaux". L'animal humain a dû rester sourd à ces paroles prophétiques. A mesure que le film avance, Ludwig s'enferre de plus en plus dans son univers (pauvre général qui vient lui rendre compte de la guerre : "Dites-leur simplement que je ne suis pas au courant..."), un monde décadent et crépusculaire où plus rien ne semble le satisfaire. Déclaré fou par des experts, il se déclare lui-même une "énigme" avant de s'enliser dans les terres environnantes...

Schneider_LudwigII1972

Au cours de la première partie - juste après son sacre où il montre déjà quelques signes de fébrilité et d'agacement devant le côté cérémonieux du bazar -, Ludwig ne trouve de réconfort qu'auprès de sa cousine Elizabeth d'Autriche, la viscontienne Romy Schneider : fasciné par sa beauté, il l'est tout autant par son ludwigcaractère émancipé (elle s'échappe dès qu'elle le peut et sous n'importe quel prétexte de tout repas familial et autres fonctions dues à son rang) et partage avec elle quelques longues balades à cheval pendant la nuit. C'est peut-être la seule véritable période de sérénité pour le jeune Ludwig, bien que cet amour (elle ne lui cèdera qu'un baiser) soit condamné d'avance. Beaucoup plus réaliste que le jeune roi, l'Elizabeth lui confiera sa soeur auprès de laquelle il ne trouvera jamais satisfaction (il finit même, après les fiançailles, par avorter purement et simplement cette idée de mariage). Son seul autre souci, dès la prise en charge de ses fonctions, est de s'assurer de la venue du compositeur Wagner; si ce dernier profite quelque peu de la situation, pour Ludwig, l'argent n'a de toute façon aucune valeur en comparaison avec le génie du maestro. Pressé par son gouvernement de s'en défaire -au vue des sommes astronomiques qu'il engloutit-, Ludwig finit par céder avant de se lancer dans la construction ou la rénovation de somptueux châteaux. Sa vie suivra dès lors une pente irrémédiable : vivant de plus en plus isolé du reste du monde, entouré simplement de ses jeunes serviteurs (magnifiques séquences de bacchanales qui font écho à celle des nazillons dans Les Damnés (le short bavarois est quand même pas ce qu'on peut trouver de plus sexy, non?)) qu'il quitte après un ultime regard en s'enfonçant dans la nuit sous la neige... Il semble dès lors ne plus guère se faire d'illusion sur sa fin et, lorsqu'il est finalement éjecté du trône, il sait parfaitement quelle est la seule échappatoire qui lui reste...

a_ludwig_ii_viscontiDVDVolume_6_1_

Difficile de trouver les mots pour décrire la mise en scène somptueusement triste de Visconti (ce véritable lac des cygnes dans une grotte éclairée de manière surréaliste d'une étrange et morbide beauté, ce long couloir de glaces où résonnent les pas et le rire de la Romy devant tant de grandeur désertée, ces séquences de nuit où la blancheur lunaire des visages semble presque fantômatique...), ou pour évoquer ce sublime thème musical qui laisse planer constamment un évident malaise. La performance des acteurs est également pour beaucoup dans l'aspect hypnotique de certaines scènes : bien sûr Helmut Berger dont le visage se transforme à chaque scène - sa pâleur mais surtout ce collier de barbe qui progresse comme une lèpre à mesure qu'il sombre -; Romy Schneider (Ok, Gols n'est point fan, il a tort), tour à tour envoûtante, pleine de grâce ou pleine d'allant, bousculant tout son lourd entourage familial à chacune de ses apparitions; l'incroyable John Moulder-Brown (le prince Otto) dont la chute dans la folie fait froid dans le dos; Trevor Howard (Wagner) et sa maîtresse, Sylvana Mangano, qui campent parfaitement toute l'ambiguïté de cette alliance... Bref, même si le rythme du film est parfois un peu lancinant, il permet de plonger graduellement dans l'état d'âme dépressif du Ludwig, de plus en plus démuni devant ce monde en pleine mutation (la fin de l'aristocratie, la montée de la bourgeoisie, cela ne vous rappelle rien ?). Crépusculaire, c'est le mot.      

a_ludwig_ii_viscontiDVDVolume_8      

Posté par Shangols à 08:47 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
06 août 2008

Rocco et ses Frères (Rocco e i suoi Fratelli) de Luchino Visconti - 1960

rocco18my8Je passe sûrement à côté de quelque chose, mais je confirme ma première impression : je ne suis pas du tout fan de Rocco e i suoi Fratelli. J'ai essayé au moins 5 fois, mais c'est toujours le même constat. Tout y est pour faire un film admirable, sentiments, mise en scène, ampleur du sujet, etc. Mais quelque chose ne prend pas, quelque chose reste dans le domaine du pur académisme, quelque chose empêche le film de décoller vraiment.

C'est peut-être pas mon style. J'avoue que la fibre régionaliste est sûrement ce que j'ai de moins développé, et du coup cette histoire de famille déracinée qui rêve de retour au pays me laisse un peu froid. Visconti a beau appuyer sur la noblesse de coeur du clan Rocco, je n'y vois qu'un piteux exemple d'un état d'esprit passéiste avec lequel j'ai du mal à sympathiser. La mère de famille, jouée avec une outrance toute italienne, reste pour moi un personnage agaçant, tout comme me sont opaques ces nobles sentiments entre frères qui sont le sujet même du film. A vrai dire, le comportement de Rocco (Delon), prêt à sacrifier sa vie, sa dignité et son argent pour son damné de frère Sans_titreSimone (Salvatori), me reste particulièrement incompréhensible. Je note l'aspect tragique du personnage, je note la noblesse que Visconti octroie à ce nouveau Christ, mais je suis enclin à m'ennuyer aussi pas mal devant ces sentiments tout en puissance et en exagération. D'autant que Visconti n'est pas avare en démonstrations grand-guignolesques, notamment lors d'une scène de réunion familiale qui vaut son pesant de cris d'orfraie et de larmes en geysers. Fellini, lui, sait se moquer de cet esprit italien excessif ; Visconti le filme comme un summum de drame, sans distance, jouant sur les cordes du mélodrame avec trop d'insistance pour déclencher quoi que ce soit.

Et puis les acteurs (et là, je vais toucher un point sensible) me semblent un poil too much quand même. A l'exception d'Annie Girardot, assez géniale dans sa gouaille, les autres sont dirigés en archétypes, faisant rocco_visconti_lrgapparaître un Visconti plus préoccupé de photogénie que de véracité. Delon surtout est troublant : sa beauté, sa présence immense à l'écran, semblent contenter le cinéaste : il en oublie de construire un personnage crédible, et surtout de diriger l'acteur, très fade, chargé de répliques impossibles, tête-à-claques pénible. Pareil pour le reste de la distribution, souvent résumée à une ligne de scénario : le bon père de famille, le fils dévoyé, le garçon gentil, etc. Du coup, le scénario peine à décoller, porté par des acteurs qui suent visiblement à la tâche. Sur-écrit, il ne fait souvent qu'expliquer tout au lieu de suggérer, et la symbolique s'alourdit de plus en plus au cours de ces trois heures vraiment très classiques et scolaires. On se désintéresse petit à petit de ces pantins peu concernés. Le film semble écrit pour les manuels des étudiants en cinéma, appuyant chaque effet (l'ouverture du film, l'assassinat final, les combats de boxe, le dialogue central entre Girardot et Delon) en montrant trop ostensiblement son génie.

rocco3Je sais, j'exagère : Rocco e i suoi Fratelli est un classique, et mérite son statut. Il y a de magnifiques choses là-dedans, un noir et blanc très beau, quelques mouvements de caméra et effets de montage, une musique parfaitement utilisée, une façon d'utiliser le corps des acteurs, qui montrent quel grand bonhomme était Visconti. Mais je préfère définitivement les films plus tardifs du maître, ceux où il mettait son académisme au service d'un scénario digne de sa mégalomanie et de son caractère visionnaire. J'ai tort ? 

Posté par Shangols à 21:03 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
27 octobre 2007

Bellissima (1951) de Luchino Visconti

bellissima_PDVD_005

Bellissima est un festival de la Magnanissima, qu'elle soit hystérique, hystérique ou hystérique (avec son mari, ses voisins ou l'équipe de tournage d'un film), en larmes ou attendrie ou les deux à la fois, qu'elle couve du regard son enfant ou qu'elle rêve d'en faire une star, qu'elle  donne une piqûre d'une main lourde ou qu'elle fustige les 3 milliards de personnes autour d'elle, bref c'est un feu follet, un tsunami, une bombe atomique.

bellissima_PDVD_002

Visconti s'attache à montrer l'envers du décor du cinéma avec cette mère qui met tous ses espoirs pour que sa gamine de 6 ans soit prise pour tourner un film à Cinecitta. La Magnani semble prête à tout pour que son enfant ait cov_bellissimaune chance: sacrifiant les économies du foyer pour les dilapider en robe, cours de danse, cours de comédie, voire même en payant un petit mecton qui a ses entrées dans les studios. Cela crée une séquence  de dispute d'anthologie avec son mari (grâce à Dieu je n'ai pas épousé une Italienne, je plaisante à peine) avec tout l'immeuble (une brochette de rombières incroyables mais vraies), voire toute la rue qui rentre dans le petit appartement pour tenter de calmer les ardeurs de l'une et de l'autre. Cela donne lieu à de multiples scènes de pleurs de la gamine crédible à mourir qui se retrouve embarquée dans quelque chose qui la dépasse totalement. Cela débouche sur un règlement de compte fracassant entre une partie de l'équipe du tournage qui se moque des screen test de la petite et une Magnani qui débarque prête à mordre pour balancer sa fierté et celle du monde voire du cosmos aux yeux de ces gens sans vergogne. Un véritable parcours d'une combattante qui lorsqu'elle parvient à obtenir ce qu'elle veut dépose les armes, envoie paître tout le monde et se réfugie dans la dignité de son foyer.

bellissima_PDVD_004

Si le petit monde du cinéma n'en sort pas grandi, Visconti signe un film époustouflant et l'immense Magnani, en mettant K.O tout le monde, spectateurs compris, ferait passer un Mifune en colère pour un lama vexé. Grand grand numéro d'actrice à bout de souffle pour un film qui à sa place auprès des tous meilleurs films sur le cinoche - son envers et ses travers, ses paillettes et ses illusions. Meo Dio. CIIIIIINNEMMMMMMMMA!

Posté par Shangols à 16:55 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
19 septembre 2007

Senso (1954) de Luchino Visconti

De l'amour, des violons, de la romance, du romantisme, du sacrifice et un bel enfoiré quand même que ce soldat autrichien. Visconti est un grand conteur d'amour mais d'amour souvent cruel - c'est un peu comme faire sauvagement la bagatelle avec un guépard avant qu'il vous déchire de ses belles dents, voyez.

senso1


senso3On reconnaît l'esprit des Nuits Blanches dans cette première balade jusqu'au petit matin dans les rues vénitiennes  qui semble sceller un amour aussi profond que les canaux (?) entre la belle Alida Valli (des yeux plus jaunes, je vois pas) et ce Mahler de malheur (vous auriez hésité vous peut-être?). Tout ça après une scène d'ouverture viscontienne avec théâtre sur 30 étages, air d'opéra et tout le tralala. Rapidement, on va se recentrer sur un huis-clos dans des appartements délabrés qui préfigurent l'évolution de leur amour: c'est bien beau les embrassades, les roucoulades sous des plafond de 5 mètres de haut mais la peinture est depuis longtemps écaillée. Malheureusement l'Alida va oublier que l'amour est aveugle et se jettera dans les bras de cet Autrichien dragueur et joueur, éternel opportuniste égoïste (méfie-toi des hommes, petite, disait la voisine de ma grand-mère quand j'avais les cheveux longs dans mes années folles - la vieillesse est aveugle aussi).senso4 Bref alors que l'Alida va jusqu'à sacrifier l'argent de la Résistance italienne pour sauver sa saloperie d'amant, Visconti ouvre les portes du studio et nous donne à voir des combats gigantesques dans la belle campagne italienne; on est un peu perdu au début de voir qu'il y avait autant de figurants en attente. Alida, exposée à tous les dangers, traverse l'Italie pour rejoindre le Malher et cette fois-ci le malheur frappera vraiment à sa porte (à elle, vous me suivez?). L'Autrichien se vautre dans la débauche et a même l'audace de lui présenter son amie prostituée (franchement?, pas mal) en lui disant qu'elle, elle est jeune, belle et qu'on la paie pour passer la nuit avec elle alors que... rah le rat. C'est sûrement le truc le plus vachard que j'ai écouté depuis longtemps et Visconti n'y va décidément pas avec des pincettes. Mais l'autre(ichien), à force de faire le malin, tombera sous les balles avant de tomber dans le ravin. La douleur de l'Alida est noyée sous des nappes de violon, dantesque.


Senso

Une histoire d'amour un peu surannée, presque d'un autre temps, comme les couleurs un peu délavés (quoique luxuriantes par endroit...) de mon dvd. Visconti sous ses/des grands airs met en scène tout le lyrisme de l'amour qui se rétame comme un lampadaire shanghaïen un jour de grand vent. Beau définitivement d'une belle cruauté.

Posté par Shangols à 19:16 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
27 novembre 2006

Les Damnés (La Caduta degli dei) (1969) de Luchino Visconti

2Machiavelisme sur fond de nazisme: trahison, perversité, volonté de survivre ou soif de pouvoir ainsi va la vie au temps des S.S., un récit puissament conté par Visconti.

En suivant le trajet de Martin Von Essenbeck, on peut avoir une légère idée des bouleversements qui ont lieu au cours de cette période: s'il se travestit en ange bleu au début du film et passe pour un amusant personnage efféminé, on devine rapidement une ombre de perversité dans son goût pour les petites filles - il en conduira une d'ailleurs au suicide; manipulé à la suite de cette affaire - il est victime d'un chantage- il apprend assez vite et devient à son tour, à la mort du maître-chanteur, manipulateur: personnage outrageusement dominé par sa mère, il décide de lui faire payer chèrement cet abus de pouvoir puisqu'après avoir couché avec elle (ah oui ça y va pas avec le dos de la cuillère), il forcera celle-ci, après avoir revêtu sa superbe nouvelle tenue de Waffen S.S. noire, à se suicider avec son nouveau mari. Il s'agit plus d'un concentré d'apprentissage qu'un véritable parcours initiatique. D'ailleurs les deux jeunes gens, qui au début du film font figure de marionnettes auprès des adultes, vont très vite s'apercevoir qu'au jeu des alliances avec les plus forts on peut rapidement retourner une situation à son avantage. C'est d'ailleurs ce qui fait froid dans le dos tout lethulin_3_1_ long de l'histoire: ce sens de l'opportunisme dont chacun fait preuve avec la montée du National-Socialisme dont l'idéal (la prise de pouvoir absolu) est, comme le dit Martin, quelque chose de "facile à comprendre". Seulement plus d'un s'y cassera les doigts, à l'image de Frederik Brukman, arriviste de première, qui ne cherchera dans son association avec les S.S. que l'enrichissement personnel. Il comprendra qu'il a mis "le doigt dans l'engrenage": après s'être fait le meurtrier de deux des patrons des acieries Essenbeck pour prendre leur place, il finira par se rendre compte qu'il a fait le mauvais calcul (rien n'arrête les nazis, et personne ne peut leur tenir tête quelle que soit sa position) et qu'il s'est condamné lui-même; il devra à son tour se sacrifier pour le IIIème Reich. Aucun échapatoire possible dans ce monde si ce n'est celui de disparaître corps et âme derrière l'uniforme des Waffen S.S.

Dans le fond, un récit presque claustrophobique, et dans la forme, des séquences qui sont de pures merveilles de mise en scène (le suicide de la petite fille, la fête "virile" des S.A - genre de mega-partouze travesto-hétéro-homosexuelle qui se finit dans un bain de sang sous le feu des S.S. -, le mariage final de Sophie Von Essenbeck (immense Ingrid Thulin) peinte en blanc, avec déjà ce visage de mort, peu de temps avant son suicide au cyanure - où elle restera droite comme un i dans son canapé, gardant sur le visage un sourire effrayant -...), des cadres d'ensemble qui très souvent à l'aide d'un zoom d'une précision diabolique finissent en gros plan sur l'un des personnages comme si la caméra en montrant leur action finissait par révéler leur âme, une utilisation des éclai1rages dont Visconti semble être le maître absolu (scène finale à la bougie avant de retomber dans une pénombre mortifère, scène où éclate la folie de Martin avec cet éclairage vert hallucinant sur le visage de Frederik qui semble avoir déjà dans la bouche le goût de la mort)...

Bref, un voyage au bout de l'enfer de l'âme humaine, une noirceur "étincelante" tout comme le feu de ces cuves dans l'acierie, au générique du film, qui semblent fondre ensemble toutes les bonnes volontés. Ne demeure au final qu'un magma infernal qui représentent toutes les actions diaboliques de ces Machiavel en puissance, ou plus simplement de ces êtres humains - c'est selon. I will survive. [Charlotte Rampling, en passant, à 23 ans (toujours toujours), est d'une beauté à se damner]

Posté par Shangols à 17:02 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1  2