27 mai 2008

Gilda (1946) de Charles Vidor

Classique parmi les classiques, Gilda est THE femme fatale, plus troublante presque par les rapports de haine qu'elle semble tisser avec les hommes que par l'amour qu'elle provoque chez eux ; comme si on ne pouvait que haïr ce qu'on ne peut vraiment contrôler... Charles Vidor joue magnifiquement avec ces deux personnages de mâles qui pensent pouvoir tout tenir dans leur main - le jeu, l'argent, comme leur destinée - et qui se révèlent de pauvres pantins qui refusent de voir celle qui tire vraiment les ficelles. Gilda est peut-être parfois désespérément naïve dans la foi qu'elle place en ses compagnons d'un soir, mais apparaît au final comme la seule personne qui place sa liberté au-dessus du reste.

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Aucun ingrédient ne manque dans ce casino, éternel symbole cinématographique de destin qui se joue sur un coup de dés, avec les grands vainqueurs d'une nuit et les grands perdants d'une vie... : petit homme d'affaires véreux, policiers à la moustache aussi fine que leur flair, serveurs philosophes (do it again Sam), séducteurs jeunes et beaux comme des camions, méchants forcément allemands (on est en 46, cela laisse des traces) qui tombent de leur piédestal... Les amitiés sont faites pour être trahies, le poids du passé est toujours lourd à porter, les amours ne se résolvent jamais qu'en dernier ressort et les pistes d'aéroport ne sont jamais de réelles échappatoires... Il ne manque presque qu'un petit air de piano lancinant pour que Buenos Aires devienne Casablanca, mais on est point perdant au change avec les numéros musicaux de la grande Rita absolument mythiques : petites paroles qui percent le coeur, longues brassières qui finissent forcément dans les bras d'un adorateur, légers pas de deux ensorcelants, mains dans les cheveux plus glamour tu meurs... et un sourire ultrabrite qui fait passer celui de la Joconde pour une vieille dame constipée.

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Le film manque peut-être parfois un peu de rythme, mais gagne en laissant son intrigue se dérouler avec une grande nonchalance qui colle parfaitement au climat de cette terre d'âmes américaines, en perdition, qui espèrent une impossible rédemption. Vidor a le don pour jouer avec les ombres (ombre chinoise magnifique au passage sur George Macready), les personnages qui cachent leurs griffes se révélant toujours les plus dangereux. Quelques dialogues vachards d'anthologie ("Les femmes sont sur cette terre ce qu'il y a de plus facile à trouver... après les insectes"- c'est ça, rêve petit, tu t'en mordras les doigts) et une Rita Hayworth, enfin -mais comment ne pas conclure sur elle -plus irradiante que deux bombes atomiques. Délicieusement noir, put the blame on Rita, mame...   

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Posté par Shangols à 15:23 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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