Mélodie en sous-sol (1963) de Henri Verneuil
Voilà ce qu'on est en droit d'appeler du vrai cinéma de grand-papa avec papy Gabin en cerveau auquel on peut po la faire, et jeune flambeur Delon en roi de la boulette. Les seuls moments que j'apprécie vraiment en fait (pour pas être méchant à outrance...) c'est le tout début et la fin. Entre-temps on a juste droit à la bonne vieille préparation du casse, des dialogues peu inspirés d'Audiard, et un braquage poussif et basique. Mais découvrir Gabin, la tronche dans le coltard après cinq ans de placard, en train d'écouter les banlieusards qui racontent leurs petites vacances en camping ou en Grèce, et savoir, rien qu'à son regard, qu'il préfèrerait se tirer une balle plutôt que d'avoir la vie du commun des mortels, c'est assez fendard. On le voit ensuite naviguer à Sarcelles entre les immeubles à la recherche de sa pauvre baraque, éberlué de voir une telle transformation bétonnée du quartier. Le film s'arrêterait là finalement qu'on ne se plaindrait pas vraiment. Bon, il y a donc aussi cette ultime panade au bord de la piscine où notre ami Delon, qui veut toujours jouer au plus malin, tente une ruse de sioux plus foireuse que jamais. Cacher les sacoches au fond de la piscine, voilà une grande idée, et Verneuil étire au maximum cette longue dernière séquence où la musique tonitruante allant s'amplifiant trahit tout le désarroi du pauvre Gabin qui reste coi, le cul sur sa chaise. Sinon, auparavant, on a droit tous les passages obligés du genre : la femme de Gabin, bonne mémère fidèle qui ne rêve que de se ranger honnêtement, le conducteur (Maurice Biraud) qui se liquéfie à mesure que le grand jour arrive, des petites pépées en bikini qui se dorent la pilule, des danseuses toutes en jambes qui nous infligent leur numéro de cabaret, un casino dans lequel erre le Gabin avec des lunettes fumées ultra incognito, des repérages tout en photos pour bien nous expliquer comment cela va se dérouler au cas où on voudrait essayer nous-mêmes et des bouches d'aération ou des cages d'ascenseurs qui font des kilomètres avant qu'il y ait un poil d'action. Audiard ressort tous les mots de son petit dictionnaire de l'argot facile et lâche certaines phrases pour mériter son salaire : "Une minute ça fait pas toujours soixante secondes, ça peut rapidement se transformer en des années de placard". C'est pépère en diable et l'on est content comme tout que la Nouvelle Vague soit arrivée pilepoil pour faire déborder la piscine. Bon, l'entrée Verneuil, c'est moi, et j'en suis po fier.


