Le Jour où Dieu est parti en Voyage (2009) de Philippe Van Leeuw
Van Leeuw parvient à nous montrer toute l'horreur de ce massacre au Rwanda, en évitant le piège de la reconstitution voyeuriste. Son héroïne, une bonne qu'un couple de Français cache dans son grenier avant d'être évacué, parvient à échapper au massacre. En fixant sa caméra sur son visage horrifié - seule, elle n'a pu rejoindre ses enfants - alors que les cris des massacres résonnent alentour, le cinéaste parvient à nous faire ressentir toute la violence du carnage qui se joue au dehors. Cette femme, Jacqueline, sitôt qu'elle parvient à sortir de sa cachette, se rend dans son village pour y découvrir ses enfants morts, abandonnés à même le sol. Ayant perdu tout goût à la vie, notre femme Tutsi se met à errer dans la forêt à proximité de ce village, avant d'établir un camp de fortune avec un autre rescapé au bord d'un fleuve qui a irrémédiablement les allures du Styx. Si l'homme blessé que Jacqueline a secouru tente encore de s'accrocher à la vie, on sent dans le regard de celle-ci toute la béance de son existence que plus rien ne saurait remplir. Jacqueline survit tant bien que mal, sachant que son coeur et son âme sont d'ores et déjà passés outre tombe. Van Leeuw épure au maximum son récit - c'est un petit peu longuet parfois, mais comment faire ressentir autrement tout le désarroi et la détresse de cette femme aux abonnés absents... pas mieux - se contentant de quelques épisodes pour illustrer à quel point cette femme ne croit plus en rien : elle sauvera cet homme Tutsi et acceptera d'être sauvée par lui comme simple geste de solidarité, mais pour le reste plus aucune envie ne l'habite : plus aucune soif d'affection (elle reste comme un pantin lorsque l'homme lui fait l'amour), pas même une envie de revanche (fi de la violence), il s'agit pour elle d'une simple fuite en avant dans la nature dans laquelle elle se fonde, personnage dorénavant plus "végétal" (elle végète, littéralement) que de chair et de sang. Sa silhouette viendra hanter une première fois les habitants de ce village qui repartiront à sa chasse (une soif de destruction résolument inextinguible) avant que dans un ultime geste, montrant qu'elle abandonne définitivement la partie sans état d'âme, elle se rende elle-même à ses bourreaux : un final glaçant et poignant au niveau d'une oeuvre sans concession toute à l'honneur du gars Van Leeuw (on pourrait éventuellement lui reprocher parfois une "trop belle image" mais ne soyons pas chien vue la rigueur de sa trame).


