04 janvier 2008

L'Oeil au-dessus du Puits (Het Oog boven de put) (1988) de Johan van der Keuken

El_ojo_sobre_el_pozoContrairement à Chris Marker qui fait la part belle à la voix-off (et quelle voix-off), van der Keuken fait confiance dans ce documentaire filmé en Inde, à Kerala, à la toute puissance émotionnelle de ses images ; à l'image, justement, de cette ultime séquence sur un visage qui passe en un clin d'œil d'une expression à une autre, l'homme étant lancé dans une chanson envoûtante (genre de taratatatigada mais en indien), le documentaire présente un kaléidoscope de personnages, artistes et jeunes amateurs en répétition (danse, théâtre, arts indiaux (...)), collecteur d'argent qui se révèle finalement banquier improvisé en train de faire sa tournée (du gars qui te roule une clope en 12 secondes à des souleveurs de pierre, en passant par le projectionniste et le prof du coin - belle séquence où les enfants écrivent dans le sable - tous se fendent de deux ou trois roupies), mendiants, visages de sages hypnotisés ou de bombes indiennes qui se cachent dans l'embrasure d'une porte... Il semble un peu laisser vaquer sa caméra au gré de ses rencontres ou des petits instants qu'il capte (passages difficiles de petits ponts de bois qui ne tiennent plus guère ou pieds qui se croisent en espadrille sur un trottoir) mais sans artoff169jamais venir interrompre le flot de la vie qui passe ; c'est justement là sûrement que réside tout l'art d'observateur de van der Keuken qui laisse sagement les images parler à sa place ; on peut certes lui préférer des reportages avec des angles de vue plus personnels, ou disons plus "sélectifs", mais n'est-ce pas justement tout le don d'un reporter que de s'effacer complètement derrière son sujet pour lui laisser sa vivacité naturelle, son propre rythme ? (vous pouvez répondre, bien sûr) - loin d'être si évident quand on y songe, surtout avec une telle sensibilité.   

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28 août 2007

Le Masque (Het Masker) (1989) de Johan Van Der Keuken

Masque_iBelle idée que celle de Van Der Keuken de filmer un jeune SDF alors même que la France s'apprête à célébrer en grande pompe le bicentenaire de la Révolution. Entre publicités géantes et émissions télés, on suit donc les pas de notre gars Philippe, 23 ans, qui parle avec un léger accent Deschiens. Pas eu forcément une jeunesse pitoyable mais après la mort de sa mère et "quelques conneries" de jeunesse, le voilà errant dans les couloirs de métro et de la gare, à la recherche occasionnellement d'un ptit boulot de serveur. La confrontation de son chemin de croix avec les fastes de l'Etat est forcément grinçante (Liberté, Egalité, Fraternité sonnent aussi creux que dans un discours de Sarko) d'autant que son seul rêve réside dans l'envie d'avoir une garde-robe (vestes, chemises, chaussures anglaises) bien fournie. Perque? Parce qu'au final, c'est l'apparence, c'est le "masque" (donc rien à voir avec Spiderman, non) et c'est à ses yeux tout ce qui fait la différence (auprès d'un patron, d'un responsable...)- sa personnalité après, il semble presque moins à l'aise pour en parler. Si les paroles ici et là de ses compagnons de galère font un peu froid dans le dos ("On en est là à cause des émigrés" - avis qu'il partage -, "il faudrait une bonne guerre pour nettoyer tout ça!" (comment il a pu chopper une phrase de mon grand-père?)), on n'est pas forcément surpris de ce discours populiste, venant de ces pauvres oubliés de la "croissance" - c'est aussi ces gens-là que Sarko voulait aider (dans ses belles paroles d'après premier tour), on en rit d'avance... Jaune.

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