16 octobre 2011

L'Impitoyable (Ruthless) (1948) d'Edgar G. Ulmer

"He wasn't a man, he was a way of life."

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Edgar G. Ulmer est capable du pire comme du meilleur mais le moins qu'on puisse dire, c'est que le gars sait toujours comment ficeler un film avec deux francs six sous. Ruthless pourrait faire figure de Citizen Kane du pauvre puisque l'on suit la trajectoire d'un gazier qui, parti de rien, va se retrouver au sommet ; on est loin de la débauche de moyens d'un Welles et surtout de la recherche perpétuelle de l'effet technique ; Ulmer dispose également d'un casting qui n'a rien d'exceptionnel (Diana Lynn obligée d'enquiller deux rôles différents, ça grève moins le budget, Sydney Greenstreet, toujours capable d'imposer sa masse) mais qui demeure solide, les deux personnages principaux livrant une très honnête prestation (Zachary Scott is Horace Vendig, un type au regard pénétrant qui fait mouche, Louis Hayward is Vic Lambdin, en bon vieux pote pas aussi placide qu'il en a l'air). Le cinéaste organise son œuvre autour de deux gros flashs-back - de l'enfance misérable d'Horace aux premiers succès (et trahison) amoureux,  puis des premiers pas dans la finance à sa réussite totale - qui bouffent la majorité du métrage : une narration classique d'un homme qui a mis du temps pour se construire et dont on va nous narrer - en étirant cette longue soirée (une réception qu'il donne dans son palace) sur presque deux heures - l'ultime coup de bluff... ou la chute...

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Une première partie toujours touchante (ouais ben, y'a des exceptions sûrement) où Ulmer met en scène l'enfance des trois personnages principaux : Horace est sans le sou, vit chez une mère guère affective et voit de temps en temps un père joueur (Raymond Burr) qui se fait lui-même bouffer par sa maîtresse ; il a tout de même la chance d'avoir pour ami la chtite Martha et le gars Vic issus de famille beaucoup plus aisée. Le jour où il va sauver de la noyade la chtite Martha, sa vie va changer puisque dans la foulée, les parents de cette dernière vont décider de prendre toute son éducation en charge. On pense que cet Horace est moins antipathique qu'il en avait l'air en intro du film puisqu'il donnait sacrément l'impression de se la péter tout en se la jouant généreux : on se fourre le doigt dans l’œil, le type est le plus gros bâtard de sa génération au niveau de l'opportunisme (il a souffert d'un manque d'affection et de thune tout jeunot : it will be revenge's time...). Le petit Horace auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession va se montrer le pire des chacals avec les femmes - séducteur, il n'a ruthlesspas trop de peine à les attirer, mais il sait surtout quand le temps est venu de casser : il suffit qu'un meilleur parti passe dans les parages - et la pire des rascasses avec les gros bonnets de la finance - tous les coups sont permis lorsqu'il s'agit de faire le moindre profit et ses associés en feront les frais... Ulmer réussit à donner au personnage à la fois une dimension terriblement sombre - ces longues discussions nocturnes avec les femmes qu'il ballarde dès lors qu'elles deviennent superflues dans ses plans - et un côté affreusement manipulateur - la façon dont il gère son premier gros coup en parvenant à se mettre dans la poche de multiples personnages qui sont utiles à sa carrière (même si son coup d'essai est foiré - po facile de baiser Sydney Greenstreet en vrai roublard de la finance, la vengeance sera sans pitié - le Sydney deviendra l'ombre de lui-même, même si l'ombre reste grosse en l'occurrence...). On en revient pas de voir à quel point le gars est devenu un animal à sang froid rongé par son ego. Son dernier caprice est d'ailleurs sacrément culotté et on se dit que ce coup-là, il ne pourra définitivement pas l'emporter au paradis... Il aura en effet po le temps de murmurer "rosebud"... Sans être non plus ultra trépidant, le film nous fait joliment naviguer d'un milieu social à un autre - petites gens, petite bourgeoisie, grosse bourgeoisie, financiers blindés - et livre au passage divers portraits féminins qui ont tous une véritable épaisseur - la naïve et émouvante Martha (Diana Lynn), la plus finaude Susan (Martha Vickers), la farouche opportuniste Christa (Lucille Bremer) puis l'étincelante et chafouine Mallory (Re-Diana Lynn). Du coup sans prétendre qu'il s'agit du "chef-d'oeuvre" d'Ulmer, cela demeure une œuvre plaisante à voir d'un relativement bon calibre formellement parlant.

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12 février 2011

Strange Illusion d'Edgar G. Ulmer - 1945

vlcsnap_2011_02_11_21h48m32s107Pas que du bon dans la pléthore des films noirs de l'époque : Strange Illusion, malgré cette présentation enflammée de Tavernier dans les bonus du DVD, m'a fait l'effet d'un énorme navet, si vous me demandez mon avis. Ulmer, avec ce film, confirme sa réputation de petit cinéaste, mais infirme celle de "bon ouvrier" : tout est naze dans cette histoire. D'abord le montage, qui saute aux yeux par sa maladresse. On ne sait pas pourquoi, mais Ulmer semble ne pas arriver à concevoir qu'on puisse laisser hors-champ un seul mouvement de la part de ses acteurs ; si un personnage se déplace d'un demi-centimètre, le gars monte le plan, même s'il n'a aucun intérêt ou s'il casse complètement le mouvement d'ensemble de la scène. Il en résulte une sorte de puzzle très maladroit, où les faux raccords, les cadres inutiles et les hiatus sont légion. Ulmer n'était pourtant pas un débutant à l'époque, c'est d'autant plus étonnant de le voir faire des erreurs aussi "amateur"...

vlcsnap_2011_02_11_22h54m51s206Ensuite, les acteurs : ils sont strictement en-dessous de tout. Où a-t-il été pêché ce James Lydon, on ne sait pas, maisj'ai en tout cas rarement vu un acteur aussi empêtré dans ses mouvements, aussi inexpressif, manquant autant de charisme... Comme il est censé porter un personnage hanté par des rêves obscurs, un homme torturé en même temps qu'un habile détective, il aurait fallu du lourd en matière de finesse : l'acteur, paraissant environ 12 ans et demi, serait plus fait pour jouer les figurants dans un téléfilm que ce personnage complexe et casse-gueule. Heureusement, son manque de talent est un peu estompé par celui des autres acteurs, au diapason : pas un seul pour sauver l'autre, depuis cet ami médecin qui plisse les yeux à chaque fois qu'une idée lui traverse l'esprit (en général 42 minutes après que le spectateur ait déjà eu cette idée) jusqu'au "vilain", fade gentleman qui voudrait se la jouer George Sanders et qui s'enfonce dans le n'importe quoi.

vlcsnap_2011_02_11_22h08m13s138Enfin, le scénario, qui comporte sa part d'audace : un jeune homme, qui a perdu son père, voit sa mère tomber amoureuse d'un type louche qui vient hanter ses rêves, comme annonciateur d'un danger. Il mène l'enquête sur le passé d'icelui, enquête consistant surtout à faire coller ensemble ces bouts d'hallucinaltions nocturnes, à les rendre concrètes, à prouver que ses rêves sont prémonitoires. Un mélange, donc, d'inspiration freudienne en vogue à l'époque, de vagues réminiscences shakespeariennes (Hamlet) et de polar psychologique. C'est franchement n'importe quoi, les rebondissements virant sans arrêt à la mascarade (tiens, un dossier sur un tueur mystérieux qui traîne dans les affaires de mon papa... tiens, mais cet assassin ressemble à l'amant de maman... tiens tiens tiens, j'ai une idée : je vais me faire enfermer dans la maison de ce type pour une fausse analyse psychiatrique pour pouvoir enquêter à mon aise... ah ben zut, je suis pris au piège... etc.) On est affligé devant le manque de tenue à tous les postes, et bien étonné que ce scénar ait pu obtenir l'aval des producteurs (ceci dit, ça semble être un tout petit budget, vu les décors (les portes en carton qui menacent de s'effondrer dès qu'un personnage entre dans une pièce, les transparences affreuses)). Vous voulez que je vous dise ? Strange Illusion est pratiquement nul.

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27 décembre 2010

Détour (Detour) (1945) d'Edgar G. Ulmer

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Tourné avec un poignée de raisins secs dans un décor ridicule (ta caisse et mon appart) et en un temps record (la légende des six jours semble tout de même avoir été revue à la hausse : vingt-huit c'est déjà fort), Detour est l'histoire d'un mec qui a la poisse, une belle illustration de la Loi de Murphy en soixante minutes et des bananes. Tom Neal a des airs de chien battu et ça tombe plutôt bien vu ce qu'il va devoir se coltiner comme embrouilles. Dès cette magnifique séquence dans le brouillard (la moitié du budget a dû passer dans les fumigènes) où Tom apprend de sa blonde qu'elle va quitter New-York pour tenter sa chance à Hollywood, on sent que le gars est destiné à s'enfoncer dans la mouise. Traverser les States en stop, c'est ambitieux, mais n'est pas Antoine de Maximy qui veut. Tom Neal a comme un don pour attirer les emmerdes - il ouvre une porte de bagnole, oups un cadavre se fracasse la tronche sur une pierre, s'amuse avec les fils du téléphone, oups quelqu'un est pendu à l'autre bout... - et cette petite virée en enfer racontée en flash-back vous persuadera que parfois, il est bon - et plus sain - de rester chez soi...

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Tom aurait pu croire que la chance était de son côté quand ce type, dans sa grosse bagnole, se décide à l'emmener jusqu'au terme de son voyage. Il est certes un peu chelou avec ses marques de griffes sur le poignet - il a viré une femme de sa caisse ("C'était la femme de Tarzan ?" demande, joueur, le Tom - la meilleure réplique, oui) - et l'explication du conducteur pourrait le faire passer pour un terrible phallocrate. Quand on fera la connaissance de la dite fille un peu plus tard, on se rendra compte que notre homme était simplement bougrement lucide. Franchement, si ce n'est pas ne pas être né sous une mauvaise étoile que 1) se faire prendre en stop par un type qui vous claque dans les doigts, 2) faire un geste malheureux qui a tout pour vous accuser du crime de ce dernier, 3) prendre en stop, dans la même bagnole, une femme que l'ancien propriétaire du véhicule a déjà transportée, 4) se retrouver avec quelqu'un qui exerce un chantage ignoble pour profiter de vos misères... Parce que cette femme que Tom, bêtement, décide d'aider, si, de profil, elle a tout de la jeune donzelle mimi, de face, elle a tout de la pire des harpies : Ann Savage s'empare du rôle de cette fourbe auto-stoppeuse avec une énergie terrible et entraîne Tom dans un cauchemar sans fin ; la parfaite femme fatale ou une simple femme chacal ? Leur petit duo, genre petit arrangement entre ennemis, va quoiqu'il en soit déménager sa mère. Si l'Ann exerce une pression affreuse sur ce pauvre Tom, totalement piégé, la donzelle en profite au passage pour lui faire, en plus, du rentre-dedans : notre Tom, tout penaud et décontenancé au départ - on le comprend aisément -, finira par péter un câble ; on ne peut de toute façon point lutter quand le destin s'amuse à s'acharner sur vous, notre Tom en fera les frais, boira la coupe jusqu'à la lie.

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Décor réduit a minima mais tension maximum entre ce couple d'auto-stoppeurs (l'ironie de l'histoire) qui se retrouvent, juste tous les deux, dans la même caisse (le véhicule du destin, po mieux). Ulmer nous fait oublier les ignobles fonds d'écran ou les quatre murs de son décor dénudé en se concentrant sur cette prise de gueule infernale entre deux personnages maudits. Ann Savage est sauvage, Tom réduit à néant... C'est certes osé mais d'une efficacité indéniable. Dire à partir de là que le film vaut le détour semble aller de soi...

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Noir c'est noir, remuez ici

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14 décembre 2010

Le Chat noir (The Black Cat) d'Edgar G.Ulmer - 1934

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Rencontre au sommet entre Bela Lugosi et Boris Karloff, et comme on pouvait s'y attendre Boris écrabouille sans conteste Bela. S'appuyant soit-disant sur la nouvelle d'Edgar Poe qui porte le même titre, The Black Cat n'est en fait qu'un prétexte au duel que tout amateur de films d'épouvante attend. Du texte de Poe, on ne retient que l'apparition fugace (et complètement déplacée dans cette histoire) d'un chat noir sans importance. Ulmer préfère filmer une sombre histoire assez complexe et mal fagottée de vengeance ancestrale, agrémentée de cultes sataniques, d'embaumement de cadavres, d'amour perdu et de phobie des chats, donc. C'est à peu près n'importe quoi au niveau de la trame, ça part dans tous les sens, on ne comprend strictement rien à cette soif de meurtre qui semble habiter Lugosi à l'égard de Karloff, on ne sait plus si les deux sont les meilleurs potes du monde ou des ennemis jurés, on a du mal à voir pourquoi Lugosi attend si longtemps pour se venger (il joue aux échecs avec le Boris, assiste à ses cérémonies de magie noire, discute paisiblement avec le gars, va visiter la momie de sa femme, avec un flegme incompréhensible), on reste pantois devant le personnage du majordome qui se met au service de Boris alors qu'il est censé servir Bela... Bref, c'est strictement naze au niveau de la trame.

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Mais pour tout le reste, reconnaissons que Ulmer se montre diablement compétent : les décors, surtout, sont superbes, et l'esthétique gothico-modernisto-expressionniste du film leur doit beaucoup. La demeure de Karloff, nid d'aigle entre le château moyen-âgeux à la Kurosawa et la villa sophistiquée des années 60, renouvelle l'imagerie du film d'épouvante avec brio, tout comme les intérieurs, austères, vides, filmés comme des labyrinthes de recoins et de salles opaques reliées entre elles par de mystérieuses cloisons coulissantes. Ulmer éclaire tout ça avec des lumières très inquiétantes, qui privilégient les ombres (la première apparition de Karloff, en ombre chinoise, est superbe). Et puis, il y a bien sûr les acteurs : si Lugosi cabotine sa mère avec sa diction lentissime et ses yeux qui s'allument à l'envi, et n'est du coup jamais vraiment crédible, Karloff est magnifique : Ulmer a compris la part de féminité qu'il y a dans ce corps longiligne et étrange, et habille l'acteur d'une sorte d'aura fragile et gracieuse qui approfondit magnifiquement le personnage ; dans ce rôle de traitre amoureux, enfermé dans son domaine autant par honte de lui-même que par douleur sentimentale, Karloff excelle, effrayant, touchant, éminemment subtil et gracile dans chacune de ses scènes. Voilà un acteur physique comme on les aime, qui sait parfaitement utiliser chaque parcelle de son corps pour les rendre signifiantes (ses grandes mains de Frankenstein, ses yeux doux, ses épaules trois fois plus larges que ses hanches). Dommage que le film soit si mal écrit, dommage que Ulmer sacrifie tout au profit de ses deux seules stars (les petits rôles sont nullards, la musique est soûlante d'inconsistance) : elles sont convaincantes, mais au service d'un scénario bâclé.

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20 octobre 2010

Le Démon de la Chair (The Strange Woman) (1946) D’Edgard G. Ulmer

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L'ami Douglas Sirk n'a filmé que l'ouverture de ce film où l'on découvre l'héroïne gamine. Il n'a donc point eu la chance de diriger la gazelle Hedy Lamarr, véritable centre de gravité de cette oeuvre. Si l'on a un peu peur au début qu'elle se contente de ses petits airs de Sainte-Nitouche pour séduire son monde, on découvre au fil de ce film une personnalité beaucoup plus complexe et torturée.

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Elevée par un père alcoolo qui ne va pas faire long feu, la belle Hedy ne rêve que de réussir sa vie. Elle ne va point tarder à mettre le grappin sur le plus riche commerçant de la ville (torride séquence où elle montre son dos dénudé et blessé à ce vieil homme hypnotisé). Seulement la belle ne va pas s'arrêter en si bon chemin : si elle se complaît à jouer les bienfaitrices auprès des personnes les plus défavorisées - ce qui est tout à son honneur -, elle va jouer un rôle beaucoup plus dévastateur auprès de son mari et du fils de ce dernier : véritable diablesse, elle charmera celui-ci (dès la première rencontre, elle lui glisse deux baisers aux coins des lèvres qui le torpillent - sous les yeux du père encore plus hagard...) pour qu'il supprime son propre pater (véritable mante religieuse qui domine sa proie), avant de l'envoyer paître (s'en remetra po, le gars) et finira par trouver refuge dans les bras du fiancé (l'excellent George Sanders) de sa meilleure amie... Seulement sous ses airs de femme fatale qui sait minauder à la perfection pour conquérir les hommes, la jalousie et l'envie continuent de la dévorer : autant de maux qui pourraient se révéler fatals... pour elle-même. 

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Après une première partie où Hedy fait un peu la potiche, le côté obscur de sa force ne tarde point à monter peu à peu en surface : son visage se transforme à l'aide d'un maquillage de plus en plus marqué et Ulmer de nous gratifier de quelques scènes nocturnes du plus bel effet : la séquence où elle ensorcelle littéralement ce pauvre George Sanders alors que la foudre a mis le feu aux arbres parle d'elle-même ; rien ne semble pouvoir lui résister (même la caméra est sous le charme, Ulmer distillant quelques gros plans de la plus belle eau), elle mène son petit monde à la baguette et n'a finalement qu'un seul véritable ennemi : elle-même. Même si dans l'ultime séquence "dramatique" la pauvre Hedy montre un peu les limites de son jeu (c'est une opinion toute perso), cette oeuvre lui donne à n'en point douter l'un de ses plus beaux rôles. Pas de quoi s'emballer déraisonnablement, mais un film joliment éclairé qui met subtilement en lumière ce personnage rongé par ses propres ombres intérieures.    

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17 septembre 2010

L'Atlantide (1961) d'Edgar G. Ulmer (Giuseppe Masini et Frank Borzage, réalisateurs non crédités)

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Coup de bol pour Frank Borzage d'être tombé malade après une poignée de jours de tournage - les scènes dans les déserts ? ; son nom n'apparaît point au générique et cela lui permet de ne point achever sa filmo par une terrible fausse note. L'Atlantide est une grosse série B - genre film d'aventures pour dimanche aprèm quand on était tout ptit - qui vaut particulièrement le détour pour ses dialogues fendards malgré eux - un film qui commence par "Y'a pas, faut qu'on réponde" annonce la couleur au niveau des dialogues à deux balles. Je ne suis cela dit pas peu fier d'avoir enfin pu voir cette oeuvre collector - l'odyssée borzagienne a belle allure dorénavant -, d'autant que je ris encore de certaines phrases absolument hallucinantes ainsi que de l'interprétation de ce pauvre Jean-Louis Trintignant qui joue comme un cochon - heureusement, tous ses partenaires sont au diapason : ses deux compagnons John (Georges Rivière...) et Robert (James Westmoreland - mon Dieu !) sont affreux, le grand Tamal (Amedeo Nazzari, eheh) voit son charisme foutu en l'air par sa moumoute gris-bleu ; quant à l'héroïne, Antinea (Haya Harareet, youplaboum, genre de mix raté entre Michèle Mercier et Brigitte Bardot), il n'y a que lorsqu'elle met en avant ses deux gros seins joliment désignés qu'on peut supporter la regarder "jouer" - si le mot a encore un sens.

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Pauvre Pierre Benoît qui a dû se retourner dans sa tombe ensablée à la vision de cette adaptation ultra kitschouille. L'histoire est censée se passer dans le désert, mais je soupçonne Ulmer d'avoir tourné les extérieurs dans les gorges du Pouchelon... Quant aux décors en studio, on sent le carton pâte même à travers l'écran de la téloche, la meilleure séquence demeurant celle où les esclaves feignent de donner des coups de pioche dans cette roche en papier mâché - trop fort. L'Atlantide, c'est donc avant tout un festival de mots, le film bénéficiant des dialogues les plus savoureux de toute l'histoire du cinéma d'aventures. Il faut imaginer un Trintignant sérieux comme un Pape, qui, dans l'idée de repêcher un homme qui se noie dans une rivière située dix mètres en contrebas, lance à son compagnon : "Tiens-moi par les chevilles!" - les deux minutes qui suivent (le plan sur ses deux mains qui se rejoignent ferait pleurer Michel-Ange) sont sûrement l'un des sommets de la carrière du Jean-Louis. Notre homme se retrouve donc paumé dans le désert - l'hélico ayant été bêtement pris dans une tornade - avec ses deux intrépides compagnons, John et Robert (!). Ils ne tardent point à se faire kidnapper par une bande d'individus sauvages qui va les conduire tout droit en Atlantide - gasp ! Quand Robert aperçoit pour la première fois Antinea, il fait au grand chef Tamal cette réflexion ultra spirituelle : "Alors là je vous comprends. Vous avez su choisir une jolie fille !"... On n'en croit pas nos oreilles, même si le meilleur reste à venir : Trintignant a eu beau mettre en garde Robert ("Antinea, c'est pas une fille pour un gars dans ton genre!" - lol), le Bob va se taper cette reine très avenante et peu farouche. Cela va rendre totalement vénère notre gars Tamal et la discussion qu'il aura ensuite avec Antinea sera d'anthologie :

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Antinea, qui a du répondant : - Je veux vivre, je suis jeune, beaucoup plus jeune que toi. Je n'ai vu Robert que quelques jours mais il compte pour moi beaucoup plus que toi après toutes ces années.
Tamal, tout dépité : - Ainsi tu l'aimes. Combien de fois j'ai pensé que l'amour apparaîtrait dans ta vie. C'est une loi naturelle pour toute femme...

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Une loi naturelle pour toute femme... Il faut absolument que j'apprenne ces dialogues par coeur... Trintignant aura aussi son grand moment de gloire quand, entre deux petits sourires qui l'ont rendu célèbre, il aura cette magnifique discussion avec la servante Zina - cette dernière veut s'enfuir avec le Jean-Louis, prisonnier qui n'a d'yeux que pour elle, car un essai atomique est prévu dans le coin et risque "d'engloutir" l'Atlantide, définitivement cette fois - pas plus mal, mouais.

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Zina, aux abois : - Je ne veux pas mourir!
Trintignant, confiant et consolateur : Zina, ce serait une injustice. Tu es trop jolie [gros lol là quand même]... Nous fuirons. Il faut que nous vivions tous les deux [ehehe, ben tiens].

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Heureusement, entre deux grands moments littéraires, il y a les scènes d'action - aime bien la mitraillette, Ulmer - et notre lot d'hommes qui ne peuvent s'empêcher de lâcher un gros arrrgggggggggggggh avant de mourir et exécutent une dernière pirouette. Le summum de ces grands moments de tension, c'est à n'en point douter lorsque la mitraillette de Robert s'enraye : la tronche qu'il tire quand il regarde son arme traîtresse devrait lui valoir un bon pour des cours à vie à l'Actor's Studio... Je ne m'en lasse pas, je me passe la scène en boucle. Et que dire ensuite, mes amis, du plan sublime où, alors que Robert est face à Tamal, ce dernier est cadré entre les jambes de notre Bob - le plan le plus chic et poilu jamais vu par votre commentateur. Bref, cette Atlantide n'est vraiment que du pur bonheur et je vous engage à vous mettre à sa recherche dans les plus brefs délais. De grands moments de poilade en perspective, vous avez de la chance. 

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22 octobre 2009

Le Bandit (The naked Dawn) (1955) d'Edgar G. Ulmer

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"Ce film, Naked Dawn, prouve que le cinéma peut tout exprimer et que l'on pourrait même tirer un film d'un des plus beaux romans français modernes, Jules et Jim d'Henri-Pierre Roché, dans lequel une femme aime également deux hommes pendant presque toute une vie, grâce à une morale esthétique et neuve sans cesse reconsidérée." Ces lignes que je connaissais presque par coeur à une époque pour avoir bossé durant deux ans sur l'oeuvre de Roché me sont revenues en tête alors que je cherchais des infos sur L'Atlantide coréalisé par Borzage et Ulmer. Me disant qu'il était vraiment béta d'avoir jamais eu l'occasion, finalement, de voir ce film, je mettais ma bonne vieille mule sur le coup. So, The Naked Dawn, un piètre western de série B ? Eh ben non, beaucoup de bonnes choses, dont une véritable liberté de ton, en effet, qui a dû laisser quelques marques à ce bon François encore tout jeune. Les personnages du trio d'Ulmer font en effet preuve d'une évidente sincérité dans leur confession, qu'ils expriment leur philosophie teintée d'amertume ou leur désillusion sentimentale. En bonus, un petit numéro virevoltant dans un cabaret où une chanteuse et danseuse mexicaine sanguine ferait passer Jeanne Moreau pour un bonnet de nuit : une séquence pleine de fraîcheur qui participe à la vitalité de ce petit scénar efficace.

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L'arrivée de Santiago - qui vient de dévaliser un convoi et perdre en route son pote blessé dans une fusillade - chez ce jeune couple de paysans, Msieur et Mdame Lopez, fait penser à l'arrivée d'un loup dans la bergerie. Santiago, le sourire enjôleur et carnassier - comme un Jean Reno encore jeune avant de devenir sarkoziste -, naked_dawn_postera tôt fait de zyeuter cette jeune donzelle avenante et de réaliser que son mari est bien tendre... On craint le pire (genre meurtre et viol, voyez, surtout après avoir vu Macbeth...) Ce que l'on sait moins - même s'il a tenu quelques belles paroles à son pote mourant -, c'est que le Santiago est loin d'être un type totalement dénué d'humanité sous ses allures de cow-boy féroce. Il embringue tout de même le chtit Lopez dans un micmac pour se faire de la thune puis, une fois renfloué, dans ce fameux cabaret pour faire la fiesta... Santiago, qui dépense sans compter, finirait presque par faire penser à un genre de Bob (Depardieu) dans Tenue de Soirée : l'argent, y'a qu'à se baisser pour en trouver et après ça, ben c'est fait pour être flambé. La chtite Lopez, quand ils sont enfin de retour, nous fait sa Monique, plein d'éclat dans les yeux devant ce Santiago tombé des cieux, plein de mépris pour son propre mari qui, en plus, il faut bien le reconnaître, la traite comme un tapis de bain. Michel Blanc - Mr Lopez -, vexé, voudrait décaniller Bob, troquant son canif contre un flingue, mais n'y parviendra guère : po assez aguerri le pépère. Et notre trio de faire la paix...

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On aura droit, le petit matin suivant, à une discussion d'anthologie entre Santiago/Bob, grand chantre de sa liberté mais qui perçoit lui-même le creux de ses paroles, et la divine Maria/Monique qui avoue à quel point elle s'emmerde entre ces quatre murs, féministe avant de le savoir; ses propos sur sa petite vie de ménagère sont cinglants : "Je casse parfois un objet pour qu'il se passe quelque chose. Alors je me fais battre. J'en arrive même à le souhaiter. Ca permet de crier sa douleur et de s'en soulager (...) Je veux vivre, voir, vibrer..." et de prier le Santiago de l'emballer avec lui dans son trip à Vera Cruz. Notre homme est bien emmerdé, mais saura faire preuve jusqu'au bout d'une certaine grandeur d'âme, comme si son bon fond prenait le dessus sur ses grands airs d'animal blessé. On n'est peut-être pas dans le grand film lyrique avec une petite émotion qui vous étreint juste là, à deux millimètres de la carotide, mais on apprécie particulièrement (po le choix, on est fan de Truffaut - rooh, ça va) ces petites discussions à coeur ouvert, entre ces petits jeunes inexpérimentés et ce baroudeur de Santiago (qui hisse) haut en couleur. Malgré un final un peu attendu (mais qui fait un bel écho à la scène d'ouverture), on se félicite d'avoir enfin découvert cette oeuvre pétillante qui n'est pas dénuée de sensualité. Certaines séries B ont parfois des petites facettes qui brillent.

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