02 septembre 2007

Le Détroit de la Faim (Kiga Kaikyo) (1965) de Tomu Uchida

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Immense enquête policière qui nous emmène pendant presque trois heures sur dix années d'histoire japonaise, de l'après guerre au milieu des années 50. Des effets spéciaux d'une tornade qui dévaste hokkaido, au procédé en "négatif" chaque fois que le furtif a des visions de mort, de la banlieue de Tokyo misérable (on repense à Oshima et Kurosawa)  à la précision de l'enquête policière (beaucoup plus détaillée que dans Zero Focus, aussi passionnant que dans La Vengeance est à moi d'Imamura), du jeu impeccable du quatuor d'acteurs (l'assassin présumé (Rintaro Mikuni, inquiétant en homme à la dérive et énigmatique une fois rangé des voitures - petite moustache à la Saddam période "au pouvoir" qui fait froid dans le dos); la prostituée (Sachiko Hidari)  et les deux inspecteurs  (Takakura et Ban)) au noir et blanc somptueux à l'image de ces vagues déchaînées qui entameront et cloront le film, tout est monté avec une précision d'horloger soucieux de passer au crible chaque réaction de ses personnages. 

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Après avoir suivi de près la cavale de cet homme (suite à un vol, il possède un gros paquet de thune) qui trouve refuge chez une prostituée - ils connaîtront une liaison foudroyante et cette dernière, qui hérite d'un petit pactole d'argent, n'aura de cesse de retrouver sa trace - on colle à l'enquête d'un inspecteur dévoué qui ira jusqu'à y perdre son taff et sa chemise (très belle scène 10 ans plus tard chez lui, avec les deux enfants habillés en blanc et en noir qui n'ont pas bougé de place (rappelant étrangement Ozu - à la fois l'idée du double et la précision de la mise en place/scène) et qui après avoir conspué leur père lui donnent de l'argent pour qu'il achève son enquête). Une piste le mène de sa petite ville jusqu'à Tokyo où il ne sera jamais loin de retrouver la trace de cette étrange prostituée qu'il soupçonne d'avoir menti lors d'un témoignage. On suit finalement celle-ci dans les bouges de la ville où pullulent les soldats américains (comme je suis en vaine de références, on va dire comme chez Suzuki...) guère plus reluisants que la vie misérable de la banlieue... Et puis toute trace s'efface pour notre malheureux inspecteur et on retrouve notre prostipute 5 ans puis 10 ans plus tard; il faudra un hasard du destin pour qu'elle retrouve l'adresse de ce donateur du passé qui a su se faire oublier et se reconvertir. Soucieuse de le remercier enfin, elle ouvrira la boîte de Pandore et relancera l'enquête malgré elle; le meurtrier qui était parvenu à sortir de sa misère sur "un coup de destin" connaîtra également une fin tragique dans les abysses.

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Grande maîtrise tout du long une fois encore du Tomu Uchida, dans cette "fresque intime" dans laquelle chaque personnage s'investit totalement (l'enquêteur obsédé par la résolution du crime, le fuyard désireux d'effacer toute trace du passé, la prostituée vouant un culte à ce mystérieux bienfaiteur). Quelques scènes sont superbes d'originalité comme cette séquence très osée où la prostituée se masturbe littéralement avec un ongle laissé par cet amant d'une nuit; ou encore la séquence finale à l'image de la détresse infernale de cet homme qui s'est fait rattraper par son passé - et qui semble payer soit dit en passant pour sa seule bonne action... Uchida marque définitivement des points dans la course aux grands réalisateurs nippons.

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28 août 2007

Meurtre à Yoshiwara (Hana no Yoshiwara hyaku-nin giri) (1960) de Tomu Uchida

Décidément Uchida n'a rien à envier à Mizoguchi tant ce film, en couleur et en scope, dans les milieux des geishas est un modèle de dramatisation qui porte en lui tout le désespoir d'un homme, d'une trajectoire "sacrifiée" d'avance, comme sous l'emprise d'un mystèrieux sortilège.

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Abandonné dès sa naissance, Sano est recueilli par un couple de tisserands: en prime, il y a un sabre dans son couffin et une tâche noire qui recouvre la joue droite du nourrisson. On retrouve Sano moult années plus tard, à la tête d'une entreprise fleurissante de tissage - seule ombre au tableau, et toujours sur la face, aucune femme ne veut de lui. Il faut que l'un de ses meilleurs clients insiste àMeurtreYoshiwara_Aff donf pour l'emmener dans les bordels de geishas de Yoshiwara pour qu'il trouve enfin sandale à son pied: il va faire la connaissance d'un ex-taularde ultra vénal et connaîtra enfin l'amour (unilatéralement...)... car cela sonnera aussi le glas de sa tranquillité - Ah fusil, les femmes!!!. Si les patrons de la maison close voient venir de loin ce gros niais provincial thuné à ras bord et qu'ils n'hésitent pas à appeler entre eux "le monstre", cette prostituée de bas-étage va mener parfaitement sa barque pour accéder au rêve de sa vie, devenir première courtisane - pour pouvoir pavoiser dans la rue aux yeux de tous comme une revanche perso sur sa vie jusque là misérable. Pendant tout le film, on serre des fesses à voir comment ce bon bougre de Sano, plein de gentillesse et de largesse, se fait entuber comme un rat mort par ces pro du ryu - la monnaie locale, ouida. Il y a un réel fond de tristesse dans le destin de cet homme crédule et dupe alors que tout le monde autour de lui ne cesse de le mettre en garde - tout en reconnaissant qu'il a bien le droit d'en profiter un peu. Chaque personnage est cadré au plus près, chaque plan d'ensemble est mis en scène avec une précision d'horloger (la confrontation finale entre les propriétaires des geishas et Sano avec sa pouf est magistrale), une mécanique est déclenchée depuis le début qui ne va pas tarder à exploser. Aussi bien dans le rythme du montage, dans le mariage des couleurs, que dans cette atmosphère morose, il y a un génie mizoguchien. Le feu d'artifice final est à la hauteur.

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Lorsque Sano se rend finalement compte de sa balourdise et de la fausseté des gens qui l'ont manipulé, on va assister, comme d'ailleurs dans La Lance Ensanglantée, à un déferlement de violence, à une vengeance totale: alors que les cerisiers sont en fleurs et que les pétales tombent du ciel avec une précision diabolique (6 pétales par seconde, faisant passer la fin des Parapluies de Cherbourg avec cette neige chimique qui tombe en paquet juste devant la caméra pour un travail de sagouin - je plaisante, j'adore notre french touch), la pouf (ah oui, elle est relativement laide et grosse soit dit en passant, ce qui n'arrange rien) défile en lançant des regards aussi vicieux que Sarkozy le soir de la victoire présidentielle. Heureusement Sano (Fi!) veille.  On assiste à un déferlement de couleur qui n'a d'égal que l'aspect systématique du carnage (64 morts, à vue de nez): Sano décide enfin de régler ses comptes, à sa manière, et les coups de sabre tombent aussi dru que les coups de peigne de mon coiffeur : du très très grand cinéma après 1h30 d'une maîtrise parfaite. Uchida est vraiment un oubli qu'il va falloir se dépêcher de combler. 

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21 août 2007

Le Mont Fuji et la Lance ensanglantée (Chiyari Fuji) (1955) de Tomu Uchida

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Produit par Ozu et Mizoguchi, moins connu que ces deux derniers ou que Kurosawa ou Naruse, Uchida semble pourtant compter parmi les grands chez nos amis nippons. Ce premier film d'Uchida que je découvre -avec plaisir, parfaitement monsieur- semble sonner le glas du Japon traditionnel, en nous contant une histoire par le petit bout de la lorgnette, à savoir par l'intermédiaire des gens de peu, les second couteaux - ou sabres - si vous préférez; bien qu'il s'agisse de suivre les pas d'un samouraï qui va livrer un quelconque pot en terre cuite dans la grand-ville, l'on se focalise surtout sur les aventures de son porte-lance (m'aurait bien plus ça comme métier, avec vendeur de dvd à la sauvette), un lancier donc, qui va devenir -souvent malgré lui - le héros principal de l'histoire. L'on suit également les pas d'un jeune gamin abandonné qui colle aux basques du lancier, d'une femme musicienne accompagnée de sa chtite qui danse, d'un vieux qui va en ville pour vendre sa fille, d'un mineur qui lui y va pour racheter la sienne, ou encore d'un voleur au corps tatoué.

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Il va surtout s'agir pour Uchida, avec une ironie souvent mordante, de tourner en dérision cet esprit de "caste", ces gens de pouvoir qui tombent rapidement de leur piédestal: que ce soient ces nobles seigneurs qui bloquent le passage pour pratiquer une cérémonie du thé devant le mont Fuji - et qui finiront dans un désordre sans nom par prendre la poudre d'escampette sous quelques gouttes de pluie -; ou encore ce samouraï qui ne cache pas son petit penchant pour l'alcool qui le met dans des états seconds (il est prêt à couper en 12 un marchand parce qu'il a le nez qui rit...); voire également, ce même samouraï qui se voit pris à parti (et réduit en sushi) par 5 autres de son espèce particulièrement avinés (ou plutôt sakénés) parce qu'il ose partager sa table avec son serviteur, ces cinq finissant à leur tour en sashimi  après s'être fait ridiculiser par le lancier, en grosse colère. Si ce dernier combat tragique paraît souvent grand-guignolesque, il en va de même pour l'arrestation du voleur dans des conditions burlesques:  le lancier rentre dans l'auberge la lance la première alors que le bandit s'apprêter à fuir, ce dernier se rendant alors sur le coup -  la récompense qui s'en suit, un pauvre bout de papier remis de façon ultra-guindée par les autorités est tout autant ridicule.

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Uchida sait se faire aussi beaucoup plus touchant lorsqu'il s'attache à ce gamin haut comme trois pommes pour lequel le lancier se prend d'amitié - belle entraide entre les deux, le gamin étant toujours prêt à rendre service et le lancier prenant en charge le gamin lorsque celui-ci a la courante - quelques moments de comédie pure qui nous rapproche du monde d'Ozu. Moment plus intime aussi lorsque le gamin joue sur la plage avec une chtite rencontrée en route et qu'ils discutent ensemble des parents qui leur restent... Solidarité également entre ces "gens de peu" lorsque le mineur, apprenant la mort prématurée de sa fille, propose ses services -et sa thune - pour sauver des griffes de la prostitution une jeune fille qui se sacrifie pour aider ses parents. Ce "road-movie" sur les petits chemins de traverse nippons se révèle peu à peu une formidable satire des travers de la société japonaise et donne envie de se plonger plus avant dans l'oeuvre d'Uchida; ça tombe bien j'ai le coffret des éditions Wild Side.   

Posté par Shangols à 09:04 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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