05 avril 2011

La Nuit américaine de François Truffaut - 1973

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Un de mes Truffaut préférés, aucun doute là-dessus, même si je vois tout à fait en quoi le gars s'embourgeoise méchamment là-dedans, même si je comprends la colère de Godard à sa vision de ce film, même si on est très très loin du Truffaut en liberté des débuts. Il y a dans La Nuit américaine un charme inouï, une aura magique qui ramène au cinéma d'autrefois, un cinéma disparu et passionné. C'est le récit d'un tournage (tournage d'un film qui, d'ailleurs, n'a pas l'air fameux), avec tout ce que ça comporte d'aventures, de renoncements, de joies, de petits drames, condensé en deux petites heures. Truffaut montre tous ces gens qui font un film, de la vedette américaine forcément border-line à l'accessoiriste futé, de la scripte concentrée au cascadeur don-juan, du producteur sur les nerfs à la stagiaire allumeuse. Tout un petit monde qui s'agite pour rendre concrète la vision du réalisateur, Ferrant, joué par la truffe himself. Avec cette tranche de vie douce-amère, Truffaut pointe la somme de renoncement et de trivialité qu'il faut affronter pour parvenir au bout d'un projet ; mais il montre surtout, presque par la bande, la magie éternelle d'un acteur qui trouve le bon geste, d'une lumière juste, d'une ligne de dialogue qui exprime ce qu'on cherchait depuis longtemps.

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Il y a même un petit côté documentaire dans cette façon de nous montrer les 1001 astuces du cinéma en train de se faire : comment faire boire un chaton au moment où on le souhaite ? Comment cadrer une conversation à travers une fenêtre ? Comment faire son choix entre deux accessoires possibles ? Comment jongler avec le calendrier de production, le budget, etc ? Quelques bons plans que Truffaut nous file en loucedé, on en prend note pour quand on fera son premier film. Pour le reste, on est à la fois dans la romance bon-enfant (surtout grâce au personnage d'Alphonse (Léaud, tiens, même prénom que le fils de Doinel, mm mmm...) qui va de femme en femme en y croyant dur comme fer) et la comédie pure (Menez est très drôle, et les petits gags fonctionnent vraiment bien). Avec toujours ce ton insaisissable de mélancolie, de gravité cachée, qui illumine les grands films de la truffe : il suffit d'une ligne de violons, d'un petit regard, d'une tirade particulièrement bien écrite (le monologue sur les films et les trains, c'est là-dedans) pour que l'émotion vous étreigne sans qu'on l'aie vue venir. Toujours profondément cinéphile, le cinéaste nous gratifie d'une somme d'anecdotes qu'on devine tirées de ses lectures de livres de cinéma, et accumule les clins d'oeil à Hitchcock, à Griffith ou à Welles. Derrière le grand chambardement du tournage, il y a l'enfant cinéphile qui bouge encore, représenté par un rêve lancinant et sans cesse retardé qui montre le Truffaut enfant voler des photos de Citizen Kane dans un cinéma. Très joli autoportrait qui montre un être entièrement façonné par le cinoche, qui a fini par trouver celui-ci plus intéressant que la vie elle-même, et qui s'est enfermé dans cette existence fictive (le petit détail de la surdité de Ferrant est particulièrement bien trouvé pour exprimer sa coupure avec le vrai monde) : au vu de la beauté sidérante de ce qu'on voit à l'écran, on le comprend ; La Nuit américaine, c'est la preuve que le cinéma est plus beau que la vie, même si celle-ci finit par le rattraper ; c'est la preuve de la séparation entre lui et elle, en tout cas, le film mettant très souvent en opposition la "vulgarité" du tournage et la magie de ce qui est filmé.

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Quant à la mise en scène, elle est parfaite : découpage impeccable des séquences, nerveux, dynamique, rendant parfaitement compte de l'effervescence concentrée d'un tournage ; grandioses travellings classiques à la grue, rendus d'autant plus beaux qu'on a droit aux commentaires de Ferrant sur ceux-ci, en direct (la première séquence, avec tous ces figurants qui recréent un quartier parisien, pour finir sur une gifle en gros plan, est hitchcockienne à mort et truffaldienne à mort) ; savants arrêts de la trame, qui se concentrent soudain sur un détail pour mieux ensuite pratiquer l'ellipse en virtuose ; et très belles scènes académiques pour montrer la poésie du cinéma et du film en train de se faire. Il y a ces plans presque volés qui montrent là un sourire illuminé de Léaud, ici un geste de la main de Jacqueline Bisset (belle femme, diable), ici une petite tension entre deux acteurs, pour couronner le tout : c'est splendide, et on est souvent très ému moins à cause de ce qui est raconté que par la façon de montrer les choses, discrète, modeste, amoureuse.

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Avec un peu de provocation, et au bout de cette odyssée truffaldienne, je serais tenté de classer ainsi mes films préférés du maître : 1/ La Chambre verte ; 2/ La Nuit américaine ; 3/ L'Amour en Fuite ; 4/ L'Argent de Poche ; 5/ La Sirène du Mississippi. Je sais, c'est discutable. Je vous écoute.

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16 février 2011

L'Amour en Fuite de François Truffaut - 1979

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Je vais me faire écharper par les truffaldiens purs et durs, mais L'Amour en fuite est indéniablement un de mes Truffaut préférés, qui rentre complètement dans le cadre de ma thèse comme quoi les Truffaut mineurs sont les meilleurs. Je sais tout ce que vous allez me dire : c'est un film malade, douloureux, bancal, facile, dont la moitié est constituée d'extraits de la saga Doinel passée, avec un Léaud légèrement bouffi et pas mal de lourdeurs d'écriture. Je sais ça, et même après mes 12 visions, même derrière le rideau de larmes, je vois bien ce que vous voulez dire. Mais justement : ce sont ces défauts, ces faiblesses qui font que j'aime passionnément ce tout petit machin, parce qu'ils montrent la vraie personnalité de Truffaut ; pas celui qui réussit de grandes fresques en costumes ou de subtils portraits psychologiques, mais l'enfant qui demeure en lui, le fan de cinéma timide et renfermé, le sentimental fièvreux, l'orphelin inconsolable, le jeune homme des débuts (Les Quatre cents Coups) qui n'arrive pas à se débarasser de cette magie des commencements, de ce personnage si proche et si loin de lui, qui se sépare peu à peu de son créateur.

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Doinel n'a plus cette légèreté qui fit la marque des 4 premiers volets. Il est, dans L'Amour en Fuite, tourmenté, légèrement dépressif, regardant la vie toujours comme un jeu, mais comme un jeu décevant. La nostalgie est le maître-mot du film, et Doinel va passer tout le métrage à courir "après des choses qui se sauvent" (comme le dit la sublime chanson de Souchon qui ouvre et clôt le film). Sa posture d'homme-enfant a fini par agacer tout le monde autour de lui, les femmes sont devenues grandes, le divorce par consentement mutuel a été inventé, ses premières amours sont avocates, fortes, rebelles et indépendantes. Du coup Doinel est plus "hors la vie" que jamais, et Truffaut, sur ses traces, regarde celle-ci en cinéaste légèrement hébété, comme un lendemain de fête qui ne chanterait plus (oui, ce film est peut-être Un Monde sans pitié réussi). C'est ça qui bouleverse surtout : avoir su aussi bien capter le mouvement mélancolique de la vie, mélange de regrets de l'enfance, d'amours déçues, de remises en question, d'espoirs encore vivaces. Même si c'est un peu systématique, l'usage des flashs-back fait son effet : en revisitant tout l'univers doinelien depuis ses débuts, Truffaut nous donne à voir tout le déroulé d'une vie, et ce personnage qui nous a suivi sur 20 ans devient alors une image de l'existence elle-même : souvent joyeuse et enlevée, pleine de joies et de comédie, mais aussi amère quand elle se heurte aux difficultés d'aimer, de rester indépendant, d'être fidèle à son enfance.

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Quelques séquences suffisent pour ancrer ce film dans une profonde tristesse : l'amant de la mère qui revient hanter notre Antoine et le confronter à son passé, Colette (Marie-France Pisier est excellente) et ses postures post-soixantehuitardes, la scène du divorce désespérante de bien-pensance, cette rencontre finale entre le premier amour (Colette) et l'épouse (Christine), résumé dérisoire de la vie sentimentale de Doinel, point d'orgue de toute la série. Et puis cette soif d'y croire encore un peu, d'espérer que l'amour est possible, qui éclate dans un final ravageur : deux couples qui s'embrassent en parallèle au son d'une chanson sentimentale, et le tourbillon de la vie qui reprend sa course... Les filles peuvent être encore passionnantes (Dorothée, impeccable), et jamais le film ne se morfond dans ses tourments de gamin mal grandi. Toute la vie est dans ce film, c'est bien simple, la petite vie des petites gens du jour le jour, faite de micro-détails (aimer lire tout Léautaud, ne jamais se moucher dans du papier, ne pas amener son rasoir chez son amoureuse pour garder son indépendance, n'aimer une fille que si on aime ses parents, ne jamais grandir) et de sentiments à hauteur d'homme. Mon gars Truffaut, je t'aime bien plus là-dedans que dans tes films ambitieux. Grand respect.

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06 février 2011

La Peau douce (1964) de François Truffaut

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Voilà un film de Truffaut relativement "mal aimé" qu'il est tout de même bien agréable de revoir : pour la sublime musique de Delerue (un somptueux thème "romantique" que viennent troubler parfois des accords porteurs d'un certain "malaise" ou soulignant une légère tension), pour la présence de la pétillante et troublante Françoise Dorléac, la maîtresse blonde - qui tranche avec le caractère plus sanguin et affirmé de la brune Nelly Benedetti -, ou encore par les tentatives de Truffaut de varier son montage (l'ami Gols soulignait récemment l'influence d'Hitch sur Truffaut:  l'efficacité, entre autres, dans le montage des premières séquences (des plans courts, des inserts sur des objets filmés en gros plans... - s'agit-il d'un film policier ou d'une histoire d'amour ?, se demande-t-on naïvement en connaissant la réponse), semble assez révélatrice du visionnage en boucle des films du maître). Même s'il est vrai que, sur la longueur, le film a tendance de manquer un peu de peps (malgré le montage en "cut" de certaines séquences, petit tic qui n'apporte ici, finalement, pas grand chose au rythme ; faut dire aussi que notre ami Jean Desailly n'est pas non plus particulièrement glamour et donne un petit côté pépère à l'ensemble du film), on prend plaisir à s'attendrir ici ou là à tout ce qui fait la marque de fabrique de la Truffe.

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Pierre Lachenay, la quarantaine, marié à une brune avenante avec laquelle il a eu un enfant (Sabine Haudepin toujours au taquet), jouit d'une certaine estime en tant qu'écrivain et conférencier. Une petite vie, en un mot, bien remplie, d'autant que notre homme est souvent amené à voyager en province ou en Europe. Mais voilà, il croise le regard de cette belle hôtesse dont il va avoir bien du mal à ne pas tomber amoureux... On retrouve avec plaisir de nombreuses petites scènes pleinement dédiées à la toute puissance de la sensualité féminine : que Jean Desailly capte, sous un rideau, dans l'avion, les pieds nus de cette belle hôtesse, qu'il fasse une petite remarque, mine de rien, dans la voiture, sur le fait qu'elle porte des jeans (la Françoise, à l'écoute, profitera de l'arrêt à la station service pour enfiler une jupe - c'est à la fois deux fois rien et presque tout...)), qu'il profite de l'assoupissement de sa maîtresse pour glisser ses mains sous sa jupe et lui défaire ses bas... Au delà de l'attirance la_peau_douce_02sexuelle, Pierre Lachenay, en vrai gentleman sait aussi faire preuve de petites attentions touchantes (il a certes plus de patience avec sa maîtresse qu'avec sa femme, que voulez-vous ma bonne dame...) comme lorsqu'il se contente de regarder Françoise Dorléac danser ("ce sera mon plaisir" dit-il en substance) ou lorsqu'il se rend compte qu'un hôtel de passe, même en dernier recours, ne peut convenir à leur relation secrète. Pierre Lachenay (au delà du clin d'oeil à l'ami d'enfance de Truffaut, dans "Lachenay", il y a aussi "lâche"...) a tout de même beaucoup de mal à assumer pleinement cet adultère : il préfère multiplier les mensonges, avec sa femme, même une fois que celle-ci aura évoqué l'idée d'un divorce ("Je te jure que je ne vois pas une autre femme" - ben oui, mon coco), et fait également preuve d'une terrible nervosité, lors de son voyage en province, pour que personne ne soupçonne sa liaison (quitte à complètement abandonner, pour un temps, la douce Françoise à son sort...). Les deux femmes, elles, font preuve de beaucoup plus de force de caractère, et notre Pierre de payer, finalement, son manque de courage, ses hésitations, ses petites et grandes trahisons, au prix fort...

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La Peau douce est aussi l'occasion pour Truffaut de dresser un petit tableau de la vie de province assez pathétique et qui n'aurait sans doute point déplu à Flaubert (du chanoine de Reims à ces vieilles peaux responsables culturelles, le portrait est assez gratiné - même le trublion Ceccaldi, fort en gueule, ex-parigo qui passe son temps à  justifier son installation à Reims, est piteusement ridiculisé au passage). On retrouve également le goût de Truffaut pour les bons mots (Desailly citant l'incontournable Guitry : "Elle bâillait devant lui et il lui a dit bye bye..." ou Ceccaldi, pleine bourre, se saoûlant de ses propres paroles : "Excellent ton discours, du Mozart, du pur porc !" (...)) ou pour les petites scènes du quotidien qui prennent une tournure "poétique" (le chaton qui vient grappiller sur le plateau du petit-déj "après l'amour" - petit clin d'oeil à l'une de nos fidèles lectrices) ou "comico-dramatique" (l'inconnu qui aborde Nelly dans la rue après s'être rincé l'oeil sur la couture de ses bas et qui en prend, le bougre, pour son grade)... Un film qui manque peut-être un peu d'aspérités, voire, dans sa dernière partie un peu longuette, de réelle originalité (on suit le sentier très balisé d'un adultère bourgeois vécu "en douce" avant que le pot-aux-roses "explose") mais qui reste suffisamment plaisant pour tout bon fan de Truffaut qui se respecte. 

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05 février 2011

Domicile Conjugal de François Truffaut - 1970

domicile_conjugal_1970_12_gEn réalisant ces petites comédies sentimentales autour de Doinel, Truffaut se permet des tas de tentatives de style qui lui seraient sans doute interdites dans des productions plus ambitieuses. Après les clins d'oeil à Hitchcock de Baisers Volés (qui se prolongent ici dans le premier plan du film, délicieuse copie de Marnie), le voilà sur les traces de Jacques Tati avec ce volet volontairement léger, proche du vaudeville et rempli de mini-gags. Non seulement Monsieur Hulot apparaît concrètement le temps d'un plan, mais l'ensemble de Domicile Conjugal semble jouer sur ce "presque rien" qui donne toute la saveur et la drôlerie à un plan : les dialogues très orchestrés qui se croisent dans la cour de l'immeuble, faits surtout d'onomatopées (Jacques Jouanneau, dix éructations par syllabe) rappellent les partitions hâchées de Tati, tout comme cette légèreté indéfinissablement grave qui émane de ces situations à deux sous. Il y a plein de détails tatiesques là-dedans, de la présence de Billy Kearns en Américain friqué (le même que dans Playtime) au jeu très visuel de Jean-Pierre Léaud (ses mines impayables quand passe "l'étrangleur" dans sa cour).

Domicile_20Conjugal_201_0En atteignant la maturité, le couple Antoine/Christine n'a rien pedu de sa candeur et de sa fraîcheur, malgré les coups de butoir de cette chienne de vie. Pour tout dire, ce sont encore deux gamins qui s'amusent à se faire des blagues à deux balles et regardent la vie come une fantaisie légèrement grinçante. Doinel est toujours au centre, mais la bonne idée du film est d'avoir fait grandir le personnage de Christine : Claude Jade joue à égalité avec Léaud, et elle est bien meilleure que dans l'opus précédent. Ce duo est parfait, et Truffaut lui tresse un petit collier d'anecdotes fraîches comme tout pour leur permettre d'exprimer ce bonheur idéal : un tube de dentifrice, une coquille dans le journal, un petit pot de bébé, un air de violon suffisent à faire une scène mignonne en diable, suffisent à laisser s'exprimer une insouciance qui fait chaud au coeur. Les questions les plus futiles (en japonais, "allô" se dit "moshi moshi"... alors comment dit-on "allô allô" ?) deviennent des terrains de jeu pour Truffaut, qui manie un sens de la drôlerie infime en orfèvre. C'est mineur, oui, comme peut l'être une fugue de Mozart ; mais je crois que les films mineurs de la Truffe sont définitivement les plus beaux. Car, en plus d'être un pur moment de légèreté, Domicile conjugal continue à cultiver cette douce amertume assez domicile_conjugal_claude_jadeinsaisissable, qui fait qu'on ressort de la chose avec une sorte de malaise vague. Peut-être parce que derrière ce couple enfantin se cachent d'autres thématiques plus sombres : l'infidélité, l'ennui de devenir un adulte, la lassitude du couple (le couple alter-ego que constituent les voisins est un très joli contre-point, qui donnera d'ailleurs un final assez glaçant au film), l'impossibilité de faire une croix sur une enfance difficile (Les Quatre cents Coups sont toujours présents en filigranne). Truffaut, avant le dernier volet de la saga, réalise une sorte de bilan de Doinel, en enchaînant les allusions à son passé (tous les épisodes sont cités, que ce soit dans les mots ou même formellement, avec quelques plans carrément copiés aux volets précédents), et en nous montrant un enfant devenu homme peut-être pas si heureux que ça, peut-être pas si équilibré et lunaire qu'il en a l'air. Léaud, et l'acteur est idéal pour ça, semble porter un poids de mélancolie assez lourd ; cette amertume éclatera dans le splendide (dans mon souvenir ! mais je vous tiens au courant) L'Amour en Fuite. Pour l'instant on est encore plus dans le rire insouciant que dans le vrai drame de la vie quotidienne.

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31 janvier 2011

Baisers volés de François Truffaut - 1968

Antoine_DoinelAh c'est sûr que, vue l'époque, on pouvait attendre du sanguin Truffaut autre chose que Baisers volés. La seule allusion aux temps troublés de 68 réside dans le premier plan, qui cadre la Cinémathèque de Langlois fermée. A part ça, on aura droit à une petite fantaisie sentimentale sans réelle conséquence. Mais c'est aussi tout ce qui en fait son charme : c'est désuet comme pas permis, ça devait d'ailleurs déjà l'être au moment de sa sortie, c'est fleur bleue et émotif, c'est résolument contre son temps tout en en étant une sorte d'archétype, mais c'est aussi complètement moderne et engagé ; bref, c'est furieusement fashion tant ça n'obéit à aucune règle établie.

On retrouve notre Antoine Doinel à la sortie de l'armée, où il s'est engagé pour fuir une histoire d'amour ratée. Viré des rangs, il est contraint de trouver des petits boulots, et on va simplement suivre les mille et une aventures plus ou moins importantes de notre éternel enfant : en veilleur de nuit, en marchand de chaussures, en réparateur de télés, en détective privé, Doinel est toujours en porte-à-faux, toujours entre le burlesque, la poésie pure et le je-m'en-foutisme total. Encore une fois, Léaud est magistral, d'une originalité fascinante, jamais là où on l'attend dans ses expressions, dans sa légèreté, dans sa façon de dire les baisers_voles_1968_04_gphrases de Truffaut, même les plus anodines : c'est ça qui donne la sève du film, d'ailleurs, l'anodin, cette façon minutieuse et jolie comme tout d'utiliser le langage courant, les petites phrases de tous les jours, pour en réhausser la simple beauté, la douce mélancolie. Que Doinel se beurre une tartine (ça sert aussi à ça, le cinéma, apprendre à beurrer une tartine) ou qu'il se cache sous ses draps par timidité devant une belle femme (Delphine Seyrig, sublime beauté tout en naturel, l'anti-Romy Schneider), qu'il se livre à une filature à la con ou s'exalte dans sa description de la femme qu'il aime, on s'extasie devant cette façon d'utiliser le "presque rien" pour en faire du cinéma. Les plus beaux moments sont ceux où Truffaut regarde simplement ses acteurs s'amuser de ces dialogues à quat'sous, de ces petites situations drolatiques (Lonsdale qui veut qu'on enquête pour savoir pourquoi on le déteste, l'ancien amour qu'on croise dans la rue avec un enfant dans les bras), de ces simples situations de comédie sans conséquences.

Mais il est excellent aussi quand il tente le "grand cinéma", dans toutes ses dévotions à Hitchcock baisers_voles_1968_07_gnotamment, qui sont touchantes en diable : la filature d'une femme sur des notes et dans des cadres à la Vertigo, des clins d'oeil appuyés à Marnie, ou cette série d'accélérations de rythme, faites d'insert de gros plans sur des objets, ou de montage de plans d'une fraction de seconde quand un évènement se poduit : c'est là la grammaire hitchcockienne au premier degré, que Truffaut ne se gène surtout pas pour exposer avec une belle naïveté. Ces hommages n'enlèvent rien au style du gars, qu'on retrouve très souvent, dans ces plans d'ensemble montrant Doinel courir dans les rues de Paris par exemple, ou dans ces jolis travellings qui courent d'une pièce d'appartement à l'autre avec une grâce infinie. La légèreté faite cinéma, la futilité faite art, mais avec cette gravité cachée sous un masque de pudeur qui fait merveille : du Truffaut made in Truffaut, doux et poignant comme la vie.

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19 janvier 2011

Antoine et Colette de François Truffaut - 1962

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Prolongation un peu en-dessous des Quatre Cents Coups. Truffaut a beau s'efforcer de bien nous rappeler qu'il s'agit du même Antoine Doinel (allusions à ses parents, retrouvailles avec le pote René, et même un flash-back qui reprend une scène du film de 1959), on a du mal à retrouver dans ce jeune homme poli et timide le Doinel qu'on a aimé 3 ans plus tôt. Ce n'est pas la faute de Jean-Pierre Léaud, qui donne ici quelques signes de l'immense fantaisie qui le définira plus tard ; non, plutôt la faute à un scénario pas très bien tenu, pas passionnant, qui tient en gros sur sa seule résolution finale, assez caustique (le parcours amoureux d'Antoine se termine chez les parents de l'insaisissable Colette, devant la télé). A part ça, il faut bien reconnaître que c'est un peu léger. Tant pis : contentons-nous de cette bulle de fraîcheur qui contient assez de détails rigolos pour meubler les 25 minutes de métrage. Bien aimé, par exemple, cet échange de regards par en-dessous entre les deux jeunes gens, lors d'un concert où la musique épouse parfaitement les petits bonds de leurs coeurs ; ou ces cris de joie échangés entre voisins, de fenêtre à fenêtre, et qu'on retrouvera dans La Nuit Américaine ; ou la délicate utilisation des chansons de variété pour décrire l'univers intime d'Antoine (parfois, c'est juste une bribe de refrain, on dirait du Godard, dis donc) ; ou ce plan balzacien sur Antoine qui ouvre sa fenêtre sur Paris dans un éclat de cuivres triomphal ; ou les micro-anecdotes si justes et si fines que Truffaut sait si bien égréner dans ses films (les lettres d'amour adolescentes avec des traces de lèvres de la bien-aimée ("Wouaou terrible !", sussurre Léaud)). Bref, Truffaut cherche encore un peu dans quelle direction il va pouvoir emmener son héros (et son acteur), c'est hésitant et plein de fausses pistes qu'il ne suivra pas plus longtemps ; mais c'est intéressant à ce titre, et c'est aussi d'une fantaisie très attachante, avec toujours cette gravité et cette mélancolie en arrière-plan qui font toute la saveur des comédies truffaldiennes. L'Acte III sera le bon.

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17 janvier 2011

Les Quatre Cents Coups de François Truffaut - 1959

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C'est toujours le problème avec les grands classiques : on est bien conscient qu'on ne pourra pas dire plus que les 18577 articles pertinents qui existent sur le net et ailleurs. Alors voilà : je me contenterai de dire que, même après une dizaine de visions, ce film est toujours aussi lumineux, bouleversant et juste. Truffaut touche à quelque chose d'essentiel concernant l'enfance. Alors même que les bambins qui nous sont présentés ne sont plus du tout les mêmes qu'aujourd'hui, que leurs "400 coups" apparaissent comme de gentilles friponneries 50 ans après, il ressort de ce film une aura éternelle, un sentiment indéfinissable qui vous replonge de toute façon dans votre propre passé, que vous ayiez été un enfant sage ou un frippon, que vous ayiez habité à Paris ou ailleurs, que vous regrettiez ce temps ou non. Une façon de mettre le doigt sur ce qu'est réellement ce monde mystérieux de l'enfance : une alternance, à un tempo effréné, d'excitations, de découvertes, de frustrations, d'injustices, de douleurs et d'émois.

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On garde surtout en tête les brimades que subit Antoine Doinel ; c'est oublier que le film est aussi plein de moments absolument lumineux, légers, drôles. La découverte de Balzac, et le culte que ce môme lui voue instantanément jusqu'à lui faire brûler un cierge, la séquence de fête foraine où Antoine quitte les lois de la pesanteur pour un moment de grâce, les minuscules détails pris sur le vif dans la classe (le môme qui salit toutes ses feuilles pendant la dictée, et qui arrache une à une les pages de son cahier), la joie des enfants filmée frontalement lors du spectacle de Guignol... Et enfin ce plan sublimissime qui clôt le film : un regard opaque, aussi innocent que déjà blessé, qui juge autant qu'il questionne, directement adressé à la caméra par un enfant qui découvre la mer et l'infini après être passé par mille souffrances. Ce plan simplissime, qui arrive après l'audacieux travelling très long qui suit la course d'Antoine dans la campagne, vous rentre dans l'oeil, et fait immédiatement des Quatre Cents Coups un classique. C'est que Truffaut, dans ce plan comme dans l'ensemble du film, y est d'une sincérité totale, ne cédant rien à la maîtrise de la mise en scène tout en mettant au premier plan, avant tout, l'émotion. On est loin du catalogue de savoir faire un peu forcé de Godard (A bout de Souffle), de l'intellectualisme sophistiqué de Rohmer (Le Signe du Lion) ou du dandysme de Chabrol (Le beau Serge), pour comparer avec les premiers films de ses camarades de la Nouvelle Vague. Ici, pas de postures : juste une énorme personnalité qui s'exprime, et qui parle d'un sujet qui le touche visiblement profondément. On peut tiquer devant quelques plans démonstratifs sur la torture qu'on inflige à nos enfants (ces mômes de 4-5 ans enfermés derrière des barreaux, cet ado qui boit du lait sous une porte cochère) ; mais on excuse bien vite ces excès sentimentaux, tant on sent derrière tout ça une saine et vraie colère, une urgence de montrer.

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Les 18577 articles cités doivent tous parler de Jean-Pierre Léaud, éblouissant, qui dès ce premier film prouve qu'il est le plus grand acteur français (il l'est encore aujourd'hui) ; ils doivent parler de la musique magnifique, de la ville de Paris regardée avec un amour total, de la séquence improvisée qui a défini la Nouvelle Vague à elle seule, du naturel des acteurs, de cette sensation de "prise sur le vif", des mille et unes allusions cinématographiques (Paris nous appartient, The Gold Rush, Monika, Rome ville ouverte). Ils ont bien raison. Je n'ai rien d'autre à dire que ça : Les Quatre Cents Coups vous forgent une cinéphilie en moins de deux, c'est primordial, éternel et sublime.

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02 février 2010

Vivement Dimanche ! (1983) de François Truffaut

"Je ne fais pas partie de la société des hommes. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour les femmes. Parce que j'aime les regarder, les toucher, les respirer, jouir d'elles et les faire jouir. Les femmes sont magiques, Monsieur Lablache. Alors je suis devenu magicien"...

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Eh oui, tout est dit, semble-t-il, et ces ultimes paroles résonnent forcément comme une ultime confession du maître non point chanteur mais metteur en scène la Truffe. Sans doute l'oeuvre la plus hitchcockienne du cinéaste, avec l'histoire de ce faux coupable devant se cacher, sa secrétaire assumant l'essentiel de l'enquête n'ayant, malgré leur antagonisme, d'yeux que pour lui. Une histoire forcément d'amour qui prend le pas sur l'enquête policière, même si cette dernière met en scène une belle galerie de portraits : un chasseur qui se fait tirer dessus à bout portant (seconde séquence, après celle en ouverture de la Dame au petit chien, Fanny, qui marque les esprits), des coups de fil anonyme forcément menaçants, un second cadavre frappé de plein fouet au front, un quidam (Jean-Pierre Kalfon) pas très catholique, en apparence, une caissière de cinéma qui semble détenir de troublants secrets, des prostituées qui battent le trottoir et défendent leur territoire, un mac qui se fait mater... Mais on reste surtout subjugué par la silhouette ardantesque plus féline que jamais et comme Trintignant, enfermé malgré lui mais pas malheureux pour autant, on passerait bien sa vie à regarder ses jambes passer et repasser devant le soupirail (véritable petite lucarne où sont "projetés" tous les fantasmes féminins truffaldiens). Un film aussi tendu en érotisme que peut l'être un bas sur une jambe galbée, avec notamment cette scène, au début, où la femme de Trintignant, pour retenir son mari dans les rets conjugaux, se contente simplement de croiser et décroiser les jambes sur son fauteuil... (Bon, c'est suivi d'un terrible faux raccord (un bas filé?) mais passons).

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Trintignant et Ardant bénéficient tous les deux d'un timbre de voix extraordinaire qui semble les destiner à être au diapason (on est d'ailleurs servi en terme de tessiture avec les participations à cette "chorale" (petit clin d'oeil à la séquence finale) policière de Jean-Pierre Kalfon et Philippe Laudenbach... C'est également grâce à la reconnaissance d'une voix au téléphone que nos deux associés font progresser leur enquête, sans parler du fond sonore des courses hippiques qui les mettent sur une piste). Un magnifique couple de cinéma (ce premier baiser échangé sous prétexte de se cacher des policiers - un truc piqué "au cinéma" dixit Fanny) qu'on ne se lasse jamais de voir et de revoir. Beaucoup aimé comme toujours cette façon de placer de petites expressions populaires à tout bout de champ : on sent la patte de Truffaut au niveau des dialogues qui se plaît à multiplier ces formules toutes faites ("il faudrait accorder vos violons"... des trucs qu'on entend plus) ou a servir de micros dialogues à la fois terriblement banales et amusants (Jean-Louis et Fanny prenant leur café "bien chaud")...

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Quelques personnages au passage qui n'ont absolument aucun rapport avec le fil de l'histoire, mais dont la présence apporte toujours une petite touche réaliste ou rigolote (cet Albanais qui demande l'asile politique dans un commissariat à onze heures du soir à une époque (lointaine) pré-ericbessonienne, ce type dans l'ascenseur qui fait tomber de sa poche un soutien-gorge, cette toiletteuse pour chiens en face de l'agence...) et cette impression absolument incroyable de légèreté qui plane sur tout le film malgré un fond très noir... C'est le gars Almendros qui est responsable de ce noir et blanc absolument somptueux (et Dieu sait qu'en 83, Truffaut était bien l'un des seuls à oser l'absence de couleur), et comme Delerue est loin d'être un manche pour composer une partition musicale aux accents herrmanniens, on se régale de bout en bout à tous les niveaux du jeu... Vivement le prochain Truffaut, puisqu'on est capable de revoir ses films en boucle (si ce n'est peut-être La Peau douce mais ma dernière vision commence à dater... Dont acte)

opwsdhpote_kuriakh

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16 septembre 2009

L'Argent de Poche de François Truffaut - 1975

uk_00_58_12J'ai toujours eu beaucoup de tendresse pour ce minuscule film je le reconnais très oubliable dans la riche carrière de Truffaut. Je ne sais pas, un charme indéfinissable, qui n'a rien à voir avec la réalité, qui tient presque plus au rêve qu'à la chronique naturaliste. Quitte à être pédant, j'ai bien l'impression que je l'aime justement plus pour ses ratages que pour ses réussites.

Truffaut, pour cette fois, échoue totalement à percer le mystère de l'enfance. Il peut se le permettre, cela dit, après avoir réalisé quelques-uns des plus beaux films sur le sujet, des 400 coups à L'Enfant sauvage. Si bien que ce ratage-là ressemble bien à une volonté de sa part : peu lui importe la véracité des faits, peu lui importe que ses mômes soient crédibles comme acteurs ou qu'on puisse les croiser dans la rue. Le monde de l'enfance décrit dans L'Argent de Poche est un monde fantasmé, la vision d'un homme vieillissant qui se retourne sur son passé et en sert une vision angélique. C'est un film sur le fantasme, et de là une présentation, vibrante d'émotion, de l'enfance que Truffaut "voudrait voir" réelle. Difficile en effet de croire en ces petits galopins mignons comme tout, qui s'amusent à des tours pendables uk_00_14_17(sauter du 6ème étage, entrer au cinéma par effraction, jouer aux coiffeur sur son camarade de classe, ou raconter des histoires cochonnes dans la cour de récréation) mais restent toujours bien polis, bien propres sur eux. Truffaut réalise avec eux un mix entre Les Pieds Nickelés et Le Petit Nicolas, autrement dit une historiette qui évite soigneusement les sujets qui fâchent. Au son d'une chanson mignonne de Trénet, les petits garçons et les petites filles vivent dans un monde coloré et innocent, certes ça et là teinté de gravité (ça parle aussi de parents divorcés et absents, de la difficulté de la vie, du temps qui passe trop vite), mais toujours tourné vers la lumière et le bonheur. Truffaut se met à la hauteur de ses petits héros, tentant de transcrire leur vision des choses (la séquence de cinéma avec l'acteur siffleur est très réussie dans son innocence), mais échoue franchement dans cette tentative : il regarde l'enfance comme un monde perdu à jamais pour lui, et du coup L'Argent de Poche est un film très triste, très mélancolique, plein de regrets.

uk_01_13_37Seul contrepoint à cette candeur générale : le "cas social", môme sacrifié battu par ses parents, véritable retour à la case Doinel qui apparaît comme une tache cauchemardesque dans le film. Le monde des petits est pur et beau, mais il est aussi plein d'embûches, voire d'horreur, et Truffaut le souligne délicatement avec ce personnage très joliment dessiné : son errance finale dans la fête foraine est une sorte de trou dans le film, une parenthèse grave bienvenue dans la joie ambiante. A la suite de ce môme, les adultes sont les vrais enfants du film. Stévenin l'a bien compris, qui joue avec une grâce naïve un adulte qui a encore un pied dans l'enfance, encore empli de convictions pures et grandes, encore émerveillé devant les choses de la vie (il a droit à un plan sublime lors de l'accouchement de sa femme : son regard sur son bébé est à tomber de candeur). Les autres sont à cette hauteur : dans le pire des cas irresponsables et violents (la mère indigne), dans le meilleur tourmentés par la vie, inconscients de leur autorité, ou juste légèrement déconnectés du réel. Tout ça, enfants et adultes, fait de L'Argent de Poche un moment hors du temps et de la réalité, et pourtant vibrant de vie et de sincérité. Un peu comme ces comédies musicales américaines de uk_00_01_10la grande époque, artificielles mais touchant pourtant à quelque chose d'oublié, d'enfoui, de perdu. La grâce. La maladresse de Truffaut, son échec à retrouver l'essence de son enfance, son désespoir d'être passé à côté de ce monde idyllique (lisez sa bio par de Baecque et Toubiana, superbe) font de ce film un trésor précieux, douloureux et intime. J'adore.

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11 mai 2009

Une belle Fille comme moi de François Truffaut - 1972

vlcsnap_873912Film plutôt rare de Truffaut, et on comprend qu'il ait tenu à le laisser plus ou moins caché. Une belle Fille comme moi n'est vraiment pas à la hauteur du reste de la filmo truffaldienne, et reste au niveau de la plaisante fantaisie satirique sans jamais qu'on n'y trouve le charme habituel du gars. Pourtant on retrouve la thématique de La Mariée était en noir par exemple : le combat féministe pour la survie dans ce monde de machos profiteurs. Mais ici, Truffaut joue sur les ressorts comiques de sa situation, et finalement renvoie aussi les femmes dans les cordes : personne pour sauver l'autre dans cette amère galerie de portraits caricaturale et ricanante.

Bernadette Laffont, véritable bombe sexuelle toute en gouaille parisienne et en décolleté aguicheur, est une serial-killeuse croqueuse d'hommes, qui utilise ses appâts pour se débrouiller dans la vie. Elle épouse un pov'type alcoolo (Léotard) pour soutirer le fric de sa maman, se maque avec un chanteur ringard (Guy Marchand) pour vlcsnap_899467atteindre la célébrité, couche avec un avocat verreux (Claude Brasseur) pour spolier son mari, et séduit un dératiseur (Charles Denner) pour tuer tout ce petit monde. Dussolier, en intello coincé, sera la dernière victime de cette vamp moderne. Bref, toute la distribution masculine passe entre les griffes de la demoiselle, et Truffaut enregistre tout ça avec un grand rire. Malheureusement, le brave François n'est pas un grand pro du burlesque : à chaque idée de gag, sa mise en scène devient poussive, laborieuse et même souvent très maladroite dans le montage. On dirait que, fasciné lui aussi par so héroïne, il a rangé sa grammaire de cinéaste au placard pour se laisser aller au pur amateurisme, au simple plaisir de filmer la situation.

Bien sûr, il y a encore de très belles choses là-dedans, à commencer par les acteurs, tous très marrants dans la grossièreté de leur psychologie. Encore une fois, révérences au grand Charles Denner, qui teinte vlcsnap_897127d'une poésie magnifique son macabre personnage de dératiseur catho : diction unique, jeu de visage millimétré, il est le doux rêveur idéal et rappelle très souvent Jean-Louis Barrault dans Drôle de Drame. Laffont aussi est très rigolote en parigote pur jus, salope comme tout mais craquante en même temps, vraie photogénie dans la lignée de La Fiancée du Pirate, dont son personnage serait une sorte de prolongement pervers. Dussolier, pour son premier rôle, est vraiment traité en caricature, mais réussit une composition de benêt parfaite (son sourire niais quand il vient attendre Laffont un bouquet à la main...). Il y a aussi parfois de jolies constructions dans les enchaînements de scènes, les actions étant montées d'une manière très cohérente les unes dans les autres, dans un beau mouvement d'ensemble. Ca et là, on reconnaît aussi quelques cadrages très truffaldiens (le plan fugitif, hitchcockien, sur la tour de la cathédrale, les plans coupés par des grilles ou des vitres).

vlcsnap_930273Mais l'ensemble apparaît vraiment laborieux. Ca peine à décoller vraiment, et on reste toujours dans le gentil, dans le bon enfant, alors qu'on souhaite sans arrêt que Truffaut se lâche et aie vraiment le courage de livrer un brûlot social saignant. Un peu coincé pour le coup, le François, qui ne va jamais au bout de ses idées, bien trop gentil pour avoir l'audace de cette cruauté qui sous-tend le film sans jamais exploser. Une belle Fille comme moi apparaît finalement comme un marivaudage sans conséquence, ou plutôt comme un Labiche sans l'insolence, ce que confirment d'ailleurs ces moches décors de papier peint très théâtraux (manque de moyens ou vraie volonté ? on a l'impression que les acteurs jouent devant des palissades). Un théâtre de guignol un peu bourgeois et qui manque de nerfs.

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Posté par Shangols à 23:42 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]


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