15 avril 2012

Oslo, 31 août (Oslo, 31. august) (2012) de Joachim Trier

Drieu la Rochelle va de Malle en Trier (oui, faut se faire plaisir parfois...) puisqu'il s'agit d'une nouvelle adaptation (assez libre) du Feu Follet. Disons le d'entrée de jeu, au départ on craint un peu le pire : un type suicidaire en désintox, c'est vrai que c'est déjà pas le sujet le plus fun en soi, mais quand en plus on a droit, après juste quelques minutes de jeu, à une très longue discussion relativement statique (on change d'endroit mais les deux personnages centraux ne se meuvent guère) entre notre héros dépressif et son ex-meilleur pote (mariée, deux gosses, une vie très plan-plan), on commence à méchamment serrer des fesses sur notre canap... Et puis, et puis, on est quand même progressivement pris par le jeu terriblement juste d'Anders Danielsen Lie - dans le rôle d'Anders (se sont po foulés pour le prénom) -, par son regard hagard, perdu, par sa façon de gérer les silences (c'est un art en soi), par sa capacité à exprimer sans trop en faire son pesant mal-être ; son pote tente tant bien que mal de lui redonner la foi, de l'encourager mais on sent à quel point notre Anders, tout en essayant de donner le change, n'est déjà plus là ; la discussion tourne un peu à vide, est un peu longuette, certes, mais n'est en rien inutile pour nous faire toucher du doigt l'état d'âme de notre "héros".

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S'en suit un entretien d'embauche qui part en quenouille (décidément l'Anders a bien du mal à se convaincre que cette vie vaut la peine d'être vécue) puis une séquence dans un café qui m'a instantanément fait penser à Cléo de 5 à 7 : Cléo, obsédée par son éventuelle maladie, quitte son appart pour se rendre dans un troquet et se met à capter toutes les discussions alentour sans qu'aucune ne parviennent vraiment à la "distraire" ; c'est un peu la même chose qui arrive à notre ami Anders : tendant l'oreille, il semble s'imprégner de toutes les conversations du lieu (les problèmes des uns, les envies des autres...), parvient même en suivant du regard un individu à "s'imaginer sa vie" (des individus dont il semble percevoir toute la terrible solitude), mais tous ces mots, toutes ces histoires semblent plus "glisser sur lui" que véritablement l'atteindre : plus il se connecte sur le monde qui l'entoure, plus il semble "déconnecté" (la surprise d'Anders quand l'un de ses amis, plus tard dans la soirée, le présentera comme l'une des personnes les plus "connectées d'Oslo"... Tu parles, Charles...). On va continuer de suivre le périple d'Anders au cours de cette longue journée où il semble s'être donné pour irrémédiable but de parler une dernière fois avec ses anciens "proches" ; la plupart sont apparemment aux abonnés absents et notre Anders de plonger de plus en plus profond dans la nuit pour pouvoir mieux s'y perdre : une première cigarette, de l'alcool qui se remet à couler dans ses veines, un ancien dealer chez lequel il va se fournir, encore de l'alcool, une boîte assourdissante, des gorettes, une virée en vélo avec une bien belle étudiante (joli moment suspendu que cette séquence dans la nuit avec la fumée de l'extincteur)... et le petit matin qui se lève dans un calme des plus sereins... Seulement il n'y a rien dans tout cela qui semble vraiment pouvoir apporter "la paix" à notre Anders bien décidé d'aller jusqu'au bout... de ses idées noires.

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Le film de Trier pénètre peu à peu dans nos veines (ben ouais) et ce n'est pas la moindre qualité de ce film porté par cet excellent acteur. Le sujet est en soi plutôt casse-gueule et pourrait vite virer à la chienlit ; grâce à ce personnage qui n'en fait jamais trop pour jouer les déprimés, qui ne cherche jamais à en rajouter pour casser l'ambiance et montrer son désarroi absolu, on finit par s'attacher à sa trajectoire... alors même que ce dernier semble bien décidé à ne plus s'attacher à rien. Deuxième œuvre de Trier joliment calibrée et plutôt réussie après l'essai Nouvelle Donne (il a dû écouter mes conseils, ohohoh). Shanghai, 14 avril.

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08 juin 2008

Nouvelle Donne (Reprise) (2006) de Joachim Trier

Ayant reçu une sympathique invitation (via le blog, via le mail, on arrête plus le progrès...) à découvrir ce premier film norvégien qui sort en salle en France mercredi prochain, je n'ai pu résister à la curiosité de le regarder, le trouvant par hasard dans un bac de dvd shanghaien (on arrête plus le progrès, déjà dit).

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Ca commence sur les chapeaux de roue : deux potes confient leur premier manuscrit à la boîte aux lettres - forcément c'est cool, on a tous vécu cela, ou on "aurait" voulu vivre cela - et justement Trier s'emballe à imaginer en cinq minutes les deux trajectoires possibles de nos deux comparses : le succès, les premiers doutes, les voyages, forcément à Paris (LA ville de La culture, dans l'imaginaire collectif européen ou américain semble-t-il), les retrouvailles... C'est digne du générique d'Amicalement Vôtre, on a même droit à la musique envoûtante du Mépris, on est en terrain connu et Trier n'est pas un manchot techniquement pour monter la séquence (même si cela n'est pas sans rappeler un Roger Avary ou plus récemment Cashback -voix off, 3000 images secondes, cadre hyper styyyyle -with the english accent-... pas forcément des références, certes, mais c'est efficace dans un sens, assez drôle - et joliment "in" et creux aussi mais ne soyons pas mesquin c'est un premier film, norvégien, serait-on capable de faire mieux, hein ?). Retour à la réalité, après ce petit destin fictionnel, légèrement plus tristoune : seul l'un des deux a connu le succès, il a vécu une bien joulie histoire d'amour à Paris (La ville du Romantisme pour... tout le monde, exepté les Parisiens peut-être...) avec une très mimi donzelle (Viktoria Winge, tu as mon mail ?) avant de tomber dans une sorte de crise de folie; son pote, et leur bande d'amis, viennent le chercher à sa sortie de l'institut; les vannes fusent (l'humour norvégien est sarcastique) et nos deux amis de tenter de repartir du bon pied avec toujours en point de mire soit l'amuuur soit l'écrituuure.

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Le problème c'est que malgré les multiples détours du scénario, les nombreuses petits appartés (arrêt sur image, biographie du type ou de la donzelle en 2 minutes chrono... ah ouais un peu comme dans Trainspotting, hum), on a vraiment du mal à sortir des sentiers battus, comme une "Reprise" plus qu'une "Nouvelle Donne", du pré-générique; il est po facile de retrouver le charme des premiers temps de l'amour (eh ouais), il est po facile d'écrire parce que tout le monde est contre toi mais faut persévérer bonhomme, la figure emblématique et modèle en la personne de Sten Egil Dahl qui a inspiré toute la vie adolescente de nos deux héros et qui surgit pour donner un petit coup de pouce (arfff), les potes qui font vraiment des blagues à deux balles mais bon c'est les potes, les petites amies que l'on pelotte dans les toilettes un soir de mojo... Tout cela tourne finalement malheureusement en rond et Trier a bien du mal à faire autre chose que surfer sur sa trame : succès/insuccès, joie/tristesse, euphorie/doute, tout cela reste un poil superficiel et déjà vu (peut-être moins venant de Norvège certes). Les images sont délavées comme pour faire plus "réel", la caméra tressaute et le montage s'emballe comme pour faire plus "speed" et si on ne passe pas un moment désagréable, on a aussi une fâcheuse impression d'enlisement. En se détachant de cette esthétique arty et de ce montage publicitaire, en creusant peut-être un peu plus profond en lui et en évitant les références obligées (litté, musique, cinoche...) peut-être que Trier pourrait signer un second film beaucoup plus perso et novateur. Gentiment plaisant, mais justement un peu trop gentiment. Mais norvégien, ça marque des points en soirées (lesquelles?).

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