05 mars 2012

Life without Principle (Dyut meng gam) (2011) de Johnnie To

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Dernier opus de Johnnie To qui a fait chou blanc à Venise avec ce surprenant polar urbain diurne qui tente de montrer savamment l'impact de la crise mondiale sur différents personnages hong-kongais : une employée de banque sous la pression d'avoir des résultats, un flic qui va avoir une grosse journée (qui dit To dit meurtres crapuleux, forcément) et sa femme, qui aimerait qu'il prenne enfin des décisions, ou encore un gangster dévoué aux siens... Surprenant, disais-je, par le rythme très posé de la première partie du film qui nous fait nous balader d'un appart à louer (le flic et sa femme qui le presse d'acheter) à un bureau de banque (la pauvre Teresa, à la bourre dans ses objectifs, qui tente de persuader une bonne dame de mettre ses économies dans un placement à haut risque) en passant par la salle de banquet d'un patron de la pègre (le gars Panther, bourré de tics, qui se plie en quatre pour satisfaire son chef). On suit tout cela d'un œil un poil alangui tout en admirant la fluidité de la mise en scène. Et puis un meurtre a lieu dans le sous-sol d'un parking, To se lance dans un long flash-back pour nous expliquer comment on en est arrivé là et l'histoire, à l'image des marchés mondiaux qui paniquent avec la crise en Europe, de commencer à s'emballer...

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On va suivre en particulier l'agité Panther dans sa course à la démerde pour récupérer de l'argent (un de ses "frères" a été embarqué par la police et il doit trouver la thune pour payer la libération sous caution) avec son lot d'assassinats (le marteau est à la mode ainsi que la pointe effilée) et de situations tragi-comiques (un type qui fait des kilomètres en bagnole avec le cœur transpercé de là à là... po banal, non). On retrouve en parallèle notre galerie de personnages principaux dont les chemins ne cessent de se croiser et qui se retrouvent tous empêtrés dans des urlhistoires d'argent (qu'il s'agisse d'un magot tombé du ciel ou de la bourse qui s'effondre...). Il faut reconnaître la maestria de To à agencer son récit sans jamais tomber dans la surenchère au niveau des effets : pas vraiment de scènes gore (ohhh, lâchent les fans...) ni d'explosions démentielles comme s'il s'attachait surtout à filmer ces individus à hauteur d'homme face au divers aléas de cette situation financière mondiale qui part grave en live... Après la panique générale, certains vont voir leur situation changer en un clin d’œil sans qu'ils y soient forcément pour quelque chose : ce monde est devenu proprement incontrôlable, on l'a bien compris. To livre une œuvre parfaitement maîtrisée qui sait jouer avec l'air du temps. En s'intéressant avant tout aux destins de différents personnages pris malgré eux dans ce tourbillon planétaire, il livre un film dont le ton est sans doute moins "saignant" et explosif que dans ses polars pur jus. Life without Principle n'en demeure pas moins une oeuvre solide dans laquelle To montre une indéniable et finaude capacité à jongler avec la structure narrative. Méritait bien, au moins, une moustache de lion.        

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15 juin 2009

Vengeance (Fu chou) de Johnnie To - 2009

19072009_w434_h_q80Les films de Johnnie To sont en général soit ridicules, soit énormes. Vengeance réunit ces deux tendances en un seul film. On ne sait jamais trop si on doit ricaner en se prenant la tête dans les mains ou applaudir à tout rompre devant les idées pour le moins personnelles de ce film improbable. D'une scène à l'autre, on admire, puis on s'afflige. Mais l'impression qui reste le plus à la sortie, c'est quand même l'affliction.

Pour deux bonnes scènes de gunfights (l'une dans une forêt, où les tueurs sont obligés de faire avec la lune pour pouvoir continuer à se canarder ; l'autre à la toute fin, où To réussit à placer un minuscule détail au sein du grand barnum pour résoudre l'intrigue), on doit se taper des scènes inregardables. Dès que les guns sont posés, c'est infâme : des dialogues ridicules, des situations d'un sérieux papal alors qu'elles sont hilarantes, des acteurs en roue libre, 20 clichés par seconde. Il faut dire qu'avec Halliday en tête d'affiche, To s'est tiré une balle dans le pied : il est littéralement à chier, y a pas d'autre mot. Le 19072008_w434_h_q80personnage, qui se veut une sorte de prolongation de celui du Samouraï de Melville, est absolument inintéressant, mais en plus Johnny n'a pas le moindre charisme. On sent bien que To voudrait lui conférer une sorte d'aura de légende, dans ces ralentis sur lui, dans ce mutisme léonien (de Sergio, pas du lion), dans ces postures tranquilles qu'il lui fait adopter. Le résultat est un acteur aussi expressif qu'un bulot, qui parveint quand même à être impayable dès qu'il prononce une phrase, ce qui est toujours ça de pris. Ma scène préférée : Johnny qui tombe à genoux sur la plage pour prier, et qui y reste jusqu'à la montée de la marée ; le gars est enseveli sous la flotte, mais continue à prier, quel mec ce Johnny.

On ne compte plus les fausses bonnes idées (le vengeur amnésique, ça ne mène à rien d'intéressant), To sacrifiant allègrement son scénario au profit du seul spectacle. ca ne serait pas grave si de ce côté-là aussi, VENGEANCE_2008_diaporama_portraitil ne semblait en légère panne d'inspiration. Il y a une scène dantesque avec des centaines de tueurs qui fait saliver à l'avance, et qui s'avère bien morne au final ; il y a des courses poursuite dans Macao qui sentent le déjà-vu à plein nez ; il y a toujours cet humour froid qui, cette fois, devient trop abstrait et gratuit pour qu'on adhère. Heureusement il reste quelques "bonnes bonnes idées", jolies et discrètes, comme cette relation entre l'étranger et les trois tueurs qui donne parfois de bonnes scènes (toujours impeccable Suet Lam) ou ce petit décrochage sur une plage où Johnny redevient un enfant pendant quelques minutes. A part ça, franchement, c'est vraiment pas grand-chose.

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14 septembre 2008

Sparrow (Man Jeunk) (2008) de Johnny To

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Vraiment déçu par cette dernière mouture du surproductif Johnny To. L'intrigue, pas crédible une seconde, tient en une phrase - une joulie chinoise, aux griffes d'un vieux sugar daddy qui détient son passeport, tente de convaincre une bande de pickpockets de voler à son secours - et l'on se dit que l'intérêt est forcément ailleurs. Comme son héros, qui troque le scooter de Nanni Moretti pour une bicyclette, voleur d'images dans la bonne ville de Hong-Kong, Johnny prend encore et toujours un immense plaisir à prendre sous tous les angles les rues de sa cité. Sa caméra se fait aussi légère que ce gentillet moineau pour survoler les impasses et les avenues en pente de sa ville fétiche. Avare en dialogue -pourquoi pas-, le film tente de capter l'art du pickpocket, artiste kleptomane... Seulement, avouons-le tout de go, on est loin de Robert Bresson - Robert, incontournable dans le genre - et le morceau de bravoure final avec moult ralentis et parapluies est bien terne - pas toujours lisible d'ailleurs -, surtout après une heure où il ne se passe po grand-chose. En comparaison avec d'autres oeuvres stylisées de ce maître du polar, la légèreté de l'ensemble laisse un peu froid - les personnages, typés, étant loin d'être attachants, qui plus est - et la grâce à capter une jeune fille fuyant dans les rues est loin de faire oublier tous les instants creux du film. Il y a bien quelques pointes d'humour - la bande des quatre qui font figure de véritables "bras cassés" après un règlement de compte musclé ou qui tentent désespérément de tenir sur le même vélo - mais cela ne suffit guère pour arriver à la cheville des grandes oeuvres du gazier. Léger, léger... mais un (en)vol qui s'oublie vite.

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10 avril 2008

Election 2 (Hak se wui yi wo wai kwai) (2006) de Johnny To

election25ai_1_Johnny To (l'homme qui filme plus vite que son ombre, 3 ou 4 films par an...) fut avec Lou Ye  l'un des seuls à représenter le cinéma chinois à Cannes cette année, hors compet', avec ce film noir comme une chanson de Johnny, sanglante comme la trilogie du Parrain de Coppola auquel on ne peut que penser, et mâtiné d'un soupçon de réflexion politique.

Si dans Election, on assistait à de multiples réglements de comptes pour accéder au trône (devenir le parrain "élu" de la maffia), dans Election 2, cette accession se fait, tout comme la musique, plus insidieuse, sans beaucoup de bruit (peu de coups de feu) mais beaucoup de fureur, une véritable tragédie on ne peut plus fataliste : le jeune Jimmy doit conquérir la position de parrain s'il veut continuer à faire du business sur le continent - il a face à lui le bon vieux Mok qui voudrait bien continuer de mener la danse encore un peu et souhaite se faire réélire. Un des "Oncles" (les parrains du parrain...) prévient ce dernier : "S'il veut s'accrocher, il signe son arrêt de mort". C'est clair et net, son destin, tout comme celui d'Hong-Kong est déjà cellé et inéluctable. Traffic d'influences, discussions délicatement soulignées par de brefs travellings, champs contre-champs ultra classiques, et surtout violence urbaine ponctuent ce film aussi sombre que PTU : seul changement, le "coupe-jarret" remplace le gun - comme si, en revenant dans le giron de la Chine, il fallait reprendre les mêmes armes traditionnelles. Le nombre de gens qui se fait cisailler le talon d'Achille est impressionnant, s'écroulant comme des marionnettes ou plutôt sciés à la base. Les méthodes de corruption classique (argent, coup de massue sur la main...) ne font plus recette comme si elles ne faisaient pas le poids: pour persuader les hommes de Mok de tuer leur propre chef, Jimmy découpe en morceaux l'un d'eux (sûrement un clin d'oeil au Père Noël est une ordure) avant de le passer au broyeur et de le donner à manger "haché menu" à des bergers allemands; cela emporte leur décision pour ne pas dire le morceau, ok ils acceptent de battre leur ancien protecteur : rien ne peut arrêter le bulldozer chinois, toute résistance est vaine.

Jimmy finit par prendre le bâton de commandeur et peut continuer son business en Chine continentale;harmony1_1_ seulement le deal n'est pas fini avec les représentants "politiques et économiques" chinois; ils lui proposent, au bout de son mandat de deux ans, de rester en place pour pouvoir pérenniser les affaires. Jimmy qui se considère plus comme un businessman que comme un gangster refuse de briguer un second mandat, envoie une rafale de coups de poing au Chinois qui reste aussi stoïque que Marc Aurèle... et finit par tomber lui-même sur les fesses. Il sait qu'il est baisé, qu'il ne sert à rien de résister, que son homologue le tient par les coucougnettes. Plus il veut se battre, et plus cela entraînera sa chute : si la Chine a besoin en partie des investisseurs d'Hong-Kong, ces derniers doivent maintenant suivre les règles dictées par leur nouveau "tuteur". Rien de vraiment nouveau ici, mais le ton relativement dépressif de l'ensemble du film nous fait ressentir à quel point cette nouvelle puissance économique chinoise réussit à plonger qui elle veut dans un tourbillon diabolique. Noir c'est noir, rouge c'est rouge.   (Shang - 25/07/06)


Beau dyptique, en effet, que ce Election aussi classique qu'élégant, si beau qu'on finit par se demander pourquoi les critiques s'extasient sur l'académisme de James Gray, alors qu'ils ont sous la main ces bien plus intéressants films de To : celui-ci arrive à livrer une magnifique réflexion sur le genre, lui ôtant tout affect pour en faire une forme très abstraite, très contemporaine, là où Gray peine à sortir du simple hommage.

18844257_w434_h_q80A force d'être vu et revu par le cinéma, à force de remettre sans cesse ses grandes figures à l'écran le genre "film-de-mafia" devient un pur concept, dont To ne conserve que les codes. Plus de guerre larvée et cachée dans Election 2 : tout se fait au grand jour, "proprement", sans hystérie, au vu et au su de la police. Le héros, qui fait fortune dans la vente de dvd pirates, est presque un honnête homme d'affaires, qui refuse d'ailleurs de devenir un gangster ; les flics lui font ouvertement et honnêtement des propositions, monnayant la tranquillité de la ville à grands coups d'arrangements que le film arrive à nous faire passer pour normaux. Les gangs ne sont plus dans l'illégalité, et leur obsession pour organiser des élections démocratiques et tranquilles sont là pour prouver qu'effectivement le pouvoir s'est décalé : des politiques officielles, on a glissé doucement vers l'acceptation du banditisme. Dès lors, les vrais "hommes de main" sont oubliés (l'un d'eux se plaint que personne ne connaisse son nom après 20 ans de boutique), la violence se déréalise, devient pur concept, une sorte de taf qu'il faut bien faire, déchargé de toute émotion.

election_050507Immense cynisme, mais qui donne à l'écran un style mélancolique, allangui, privé de vrais "pics" émotionnels. To déploie une petite musique sans esclandre, une sorte de tristesse feutrée qui rompt résolument avec le genre. Même s'il respecte à la règle la plupart des codes sémantiques (règlements de compte, trahisons, etc.) ou formels (photo crépusculaire, personnages hiératiques), il s'amuse à détourner les figures des Parrains et des voyous. Ils ne font presque plus peur, malgré l'extrêmisme de leurs actes. Une scène est dans ce sens particulièrement géniale : une lutte de quelques secondes entre des mafieux de la grande époque et des petits voyous adolescents, ceux-ci plantant sans vergogne un couteau dans la cuisse de leur aîné ; les bandits à la Scorsese, aux codes d'honneur et aux règles du jeu bien plantées, c'est fini : place à la violence sans réflexion.

C'est la grande réussite de Election 2 (et du 1 aussi, d'ailleurs) : enregistrer un passage de témoins, montrer la fin d'une époque cinématographique et morale. Nul doute qu'on aura du mal, après ça, à refaire un film hong-kongais à l'ancienne. Les personnages sont devenus des robots à la recherche d'une certaine moralité, Tsui-Hark doit se réveiller la nuit. Faisant glisser dans les dernières minutes son gang de la démocratie à la dictature, puis à la monarchie, To signe l'arrêt de mort d'un genre : le film de mafieux ne sera sûrement plus jamais le même.   (Gols - 10/04/08)

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30 mars 2008

Election 1 (Hak Se Wui) de Johnnie To - 2006

18702721_w434_h_q80Même si Johnnie To réalise 42 films par an environ, il arrive de temps en temps à nous surprendre, ce qui est tout à sa gloire. Ce Election 1 est magnifique, et prend une distance étonnante par rapport aux sacro-saintes règles immuables du film de yakusas : ici, pas de surenchère, pas de montage hystérique, pas de violence chorégraphiée ; To prend une hauteur tranquille par rapport à son sujet (et au genre dans son entier) pour livrer une oeuvre rigoureuse, mathématique, et en même temps jamais dénuée d'une troublante sensibilité.

On pense au beau film de Im Sang-Soo, The President's last bang, dans cette sorte d'évidage (?) de l'intérieur ; on pense aussi bien sûr à Melville, dans cette façon discrète d'amener la 18702717_w434_h_q80tragédie antique dans la modernité du polar. Car il s'agit bien plus d'un polar que d'un film d'action. Les scènes de pure action (meurtres, bagarres) sont dirigées avec un calme impressionnant, dans de splendides cadrages qui font perdre tout espoir de projection du spectateur sur les personnages. C'est une course-poursuite en voiture, où les véhicules se cachent tranquillement dans les buissons, où les seules tactiques consistent à se suivre, sans jamais se heurter ; c'est une scène de bataille de rue sans aucun mouvement ou presque, où les machettes s'enfoncent très lentement dans les bides, sans cris féroces de combattants ; c'est une scène de meurtre final implacable, filmée dans la longueur et dans la lenteur (oui, c'est long de tuer un homme), en un mélange étonnant de violence répulsive et de tranquillité formelle.

18702718_w434_h_q80Côté polar, ou plutôt film de mafia, Election 1 est aussi d'un classicisme parfait. Guerre de gangs constituée de tactiques, de discussions, de dessous-de-table, beaucoup plus que de règlements de compte, le sujet devient vite politique. Il n'en est pas moins exempt d'humour, dans l'obsession de cette bande de tueurs pour instaurer la démocratie et le code de l'honneur au sein d'une lutte de gangs bien peu démocratique. Le film met à jour une nouvelle façon d'être un samouraï dans le Hong-Kong d'aujourd'hui : professionnels, institutionnalisés jusqu'à l'absurde, les actes de ces tueurs du XXIème siècle ressemblent finalement à une quête assez métaphysique du "beau geste", de la respectabilité, alors même que la base de leur action est la violence sans sens. To donne un aspect à la fois froid et mélancolique à ce film quasi-abstrait, par un montage d'une rigueur et d'une complexité renversantes, par un jeu en à-plat des acteurs, par une musique lancinante et simple qui revient sans cesse, par une écriture de scénario qui va droit au but. C'est remarquable.

pour Election 2 : cliquez

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28 avril 2007

PTU de Johnnie To - 2003

Excellente surprise que ce film de l'inégal Johnnie To. Excellente, et assez inattendue, puisque PTU ne18443161 ressemble pas vraiment aux gunfights habituels du gars, et que sa coutumière virtuosité se fait ici beaucoup plus intelligente qu'à l'ordinaire.

Le film est miraculeusement tenu, alors que tout ça ne tient qu'à un fil que n'importe quel autre bon faiseur aurait rompu sans vergogne. A travers l'histoire d'un flingue perdu par son propriétaire de flic (comme dans Chien enragé de AK), To filme les errances croisées d'une foultitude de mini-groupes, d'une patrouille de police soudée à une inspectrice aux dents longues, d'un gang de punks loosers au flic roublard. La nuit est parfaitement filmée, et j'ai rarement vu une aussi grande 18443163inspiration formelle dans le choix des couleurs, des ambiances, des décors urbains glauques. On sent dans chaque cadre une attention énorme aux détails visuels, et la plus petite peau de banane posée sur le sol participe à l'ambiance étrange de ces rues, qui semblent dénuées de tout autre protagoniste que ceux qui servent à l'action. Epurant au maximum sa trame, To ne fait rentrer dans son champ que des éléments destinés à faire évoluer son histoire, même si a priori le lien ne se fait pas immédiatement. Voilà qui éloigne To de toute cette veine nippone qui surenchérit dans l'esbrouffe, faisant sauter des figurants dans tous les sens. Bien que PTU soit visuellement très gonflé, il reste modeste et très tenu, et ne cherche pas à18443162 en foutre systématiquement plein la vue.

Et puis, il y a cette extraordinaire façon de raconter, unique à ma connaissance. To fait démarrer une scène dans une rue, puis la coupe au milieu pour monter une autre action dans une autre rue, pour faire rejoindre ces deux scènes en une seule. Le film prend alors des allures de toile d'araignée dense, où le geste d'un personnage à un bout de la ville déclenche une action chez un autre 2 kilomètres plus loin. Une sorte d'effet papillon à l'échelle urbaine, quoi. Ces innombrables téléphones portables qui sonnent toutes les 5 minutes symbolisent bien cet écheveau serré qui lie tous les personnages et toutes les 18443160actions ensemble. Le rythme général, très lent, est pourtant tendu comme un slip grâce à ces correspondances. Le gunfight final centré sur une seule rue arrive ainsi de façon très logique, tous les protagonistes enfin réunis pour se faire exploser, comme un final de Sergio Leone. To se permet même de parsemer son film de détails quotidiens étranges (un petit sur un vélo en pleine nuit, des voitures dont l'alarme se déclenche subitement, un personnage qui semble être un figurant et qui poignarde brusquement un des héros), tout à fait subtils et intelligents. Ajoutons que les acteurs sont à la hauteur, notamment ce chef de patrouille aux dents serrées mais aux méthodes radicales.

Pas beaucoup de fond donc dans ce film, mais une impressionnante panoplie formelle qui emporte complètement l'adhésion. Un grand Johnnie.

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20 février 2007

Running out of Time (Aau chin) de Johnnie To - 1999

running_out_of_time3Mis à part le fait qu'Andy Lau est un fort joli garçon, et que sa brune copine n'est pas mal non plus, pas grand-chose à dire de ce Running out of Time qui ne sort pas des chemins sur-parcourus du film hong-kongais de base : éternel combat/fascination entre flic et truand, éternels pieds de nez, éternelles fusillades improbables (le premier acteur qui a inventé de tenir son flingue en biais devait être ridicule, mais son cas a fait école, maintenant c'est hyper-branchouille). C'est pas désagréable, d'autant que les acteurs sont plutôt pas mal, mais ça ne parvient jamais à inventer quoi que ce soit de nouveau là-dedans. Le film manque de nerfs, de chair, de souplesse, et les scènes d'action sont trop illisibles pour être captivantes (des gars sortent des coffres des bagnoles en même temps qu'une bagnole prend feu en même temps qu'un dialogue s'installe en même temps qu'on renverse un soda en même temps que...). On s'ennuie pas plus qu'un dimanche soir, quoi...

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02 février 2007

Exilé (Fong Juk) (2006) de Johnny To

03_1_Avec une quarantaine de films en 25 ans, Johnny To tourne définitivement plus vite que son ombre mais reste l'un des réalisateurs hongkongais les plus existants du moment (voire l'un des seuls comme le notait Maggie Cheung dans une récente interview). Alors qu'Election vient juste de sortir en France, on attend toujours (enfin je parle pour vous...) Election 2 et Exiled qui ont participé aux festivals de Cannes et de Berlin. Transposé à Macao, cet excellent polar d'une facture de la bonne vieille école continue de traiter en filigrane des problèmes entre les territoires "rattachés" et la Chine continentale, une transition qui s'effectue selon To en douceur pour les continentaux tant les règlements de compte en interne donnent lieu à de véritables massacres.

Deux hommes frappent à la porte d'une femme à la recherche de Wo. Po là mais ils attendent tranquillement dehors dans ce style de petits squares qui font encore tout le charme de Macao. Deux autres hommes ne tardent pas à surgir avec la même demande, la femme, qui continue de garder un oeil bienveillant sur son bébé, les envoie paître de la même façon. Wo ne tardera pas à surgir et cela donnera lieu à la première fusillade dans son appart avec porte qui vole et miroir qui explose en morceaux - si 2 de ses anciens comparses cherchent à le protéger, les 2 autres ont pour mission de le tuer (il a envoyé une bastos dans le coffre du Boss Fay, l'un des grand manitou de Hong-Kong). Rapidement les 5 hommes décident de faire un01_1_ break, en profitent dans une scène de comédie à la To pour procéder au déménagement du Wo qui vient de ramener des meubles et pour bouffer ensemble dans l'esprit du bon vieux temps. Mais rapidement, il faut repasser aux choses sérieuses, on donne à Wo une ultime chance pour se refaire et assurer l'avenir de sa femme et son bébé, mais ensuite plus question de tergiverser... Les cinq hommes devront faire face rapidement à l'Alliance d'intérêt entre le boss Fai venu s'installer à Macao et le Boss Keung, grand patron local, sous les yeux d'un vieux chef de Police très compatissant - il ne lui reste que quelques heures avant la retraite, il les laissera s'entretuer pour "assurer une transition en douceur". Si To s'en donne à coeur joie au niveau des éclairages, couleur orange-rouge dominante, et de légères pointes de vert et de bleu notamment dans cet immense dôme-restaurant, il reste un maître dans toutes les multiples scènes de fusillade, des nuages de sang vaporisé curieusement poétiques s'échappant à chaque blessure, loin des jets de sangs tarantinesques. Règlements de compte, détour incontournable chez un docteur "underground" où les multiples blessés rivaux finissent par se retouver, prostituée à la plastique parfaite à l'affut du moindre argent, carrière de pierre isolée qui baignent dans une lumière jaune surnaturelle, attaque de fourgon blindé rempli d'or (une tonne, soit le petit pactole des autorités locales un tantinet corrompues), ... une histoire finalement relativement bien fléchée, To s'attachant surtout aux 5 potes qui continuent de déconner entre deux coups de pétard.

02_1_Une tuerie finale est annoncée, dont ne sortiront vivants que les femmes -celle à l'enfant et une prostituée- et les flics qui laissent ce petit monde de la pègre s'annihiler. To semble prendre un certain plaisir à reprendre des scènes incontournables du polar: les 5 - puis 4 - potes se retrouvant toujours dans une caisse, choisissant à pile-ou-face leur destination. Il émaille également son récit de petits dérapages incontrôlés: les caisses finissent toujours par tomber en panne (pas de poursuites...) et les 4 potes de se saouler allègrement avant d'aller au combat...  un esprit potache et une certaine nostalgie baignant le tout. Des acteurs au passage tous irréprochables - avec chacun leur gueule et leur physique (loin des productions chinoises avec ces acteurs à deux yuans qui sortent du landau et d'un concours Gillette) et une musique à grands renforts de solos de guitare électrique du meilleur effet. Sans proposer une révolution dans le genre, To est au taquet pour répondre au cahier des charges dans un style particulier qu'il finit par affiner au fil de ses dernières réalisations.

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05 juillet 2006

Fulltime Killer (Chuen jik sat sau) de Johnnie To et Wai Ka-Fai - 2001

fulltime_killer_01L'ennui avec les chinois, c'est qu'ils copient vraiment tout, y compris eux-même. Fulltime Killer a peut-être fait son effet en 2001, au moment de sa sortie. Mais depuis, on a tellement vu et revu de ces duels chorégraphiés au millimètre, de ces corps qui bondissent dans tous les sens en tirant 400 coups de feu/seconde, de ces ralentis sur des épaules qui explosent... que ce film devient juste un film de plus. C'est le tout-venant de la production des films d'action chinois. Johnnie To est pourtant l'auteur de films que j'aime bien (The Mission, Breaking News...). Là, il s'avère être un simple copiste des Woo, des Miike, des Tsui Hark et autres de ses consorts tarantiniens.

fulltimekiller2Fulltime Killer est même assez nettement inférieur à la moyenne : son scénario est loin d'être aussi intéressant que celui de Infernal Affairs par exemple. C'est l'éternel duel entre deux tueurs à gages qui se cherchent et jouent à qui-pisse-le-plus-loin, pas plus. Certes, To essaye bien d'y ajouter quelques traits de caractère, assez bien trouvés je l'avoue : l'un des tueurs est un épileptique qui a raté sa carrière de sportif, qui porte des masques de Clinton en louant des vidéos d'Alain Delon ou de Luc Besson (malheureusement l'une des références visuelles du film, aaaargh). Le personnage féminin aussi est assez sympa, une femme de ménage qui finit par troquer son aspirateur pour un Uzi 4800, ou un truc comme ça. Le flic bourré de tics, le tueur mystérieux, ok, sympa.ftk2 Mais To perd ses personnages dans des essais de mise en scène qu'il voudrait baroques, on le voit bien, et qui n'atteignent jamais la grandeur formelle de Woo. Le feu d'artifice final est juste plat, là où on sent que To était très content de ce moment de bravoure. Une Balle dans la Tête de Woo, ou même le très moyen Tigre et Dragon étaient autrement plus inspirés dans leurs moments de pur délire visuel. On regrette que le gars n'ait pas plutôt maté les films de Melville, il me semble qu'il aurait été plus brillant dans ce style-là : les quelques plans sur le héros mutique (Mr O., très joli nom) rappellent le style aride de l'auteur du Samouraï, et sont réussis.

Alors on ne s'ennuie pas, on regarde ça disons en bouffant des chips, et on oublie. Rien de grave.

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