06 octobre 2010

Delamu (Cha ma gu dao xi lie) (2004) de Tian Zhuangzhuang

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On connaît super bien la route de la soie, beaucoup moins la route du thé et c'est un tort : reliant la Chine à l'Inde en passant par le Népal et le Bhoutan (elle continue ensuite jusqu'en Europe), cette route mérite le détour, vu les paysages fracassants qu'elle fait traverser. Tian Zhuangzhuang s'intéresse plus particulièrement au tronçon qui relie Bingzhongluo à Chawalong au Tibet, soit quatre-vingt kilomètres d'une petite route ultra tortueuse qui longe la rivière Nujiang. Le cinéaste suit en particulier une caravane de mules qui transportent des denrées entre ces deux bleds ultra isolés. Dès les premières images, difficile de ne pas avoir le souffle coupé devant ce panorama grandiose. Chaque plan d'ensemble qui cadre ses mules allant leur petit bonhomme de chemin est aussi impressionnant que ceux montrant les soldats progressant à flan de colline dans Aguirre. C'est dire. Chaque fois qu'on découvre l'un de ces paysages de folaille, on respire bien fort pour prendre un grand bol d'air devant son écran - ben ouais, c'est ça d'habiter en ville... En plus de filmer ce long et fastidieux périple, Tian s'arrête en route pour interviewer quelques gens du coin. Des hommes de religion qui n'ont pas toujours été à la fête (mais qui ont gardé la foi au fond de leur cellule...), des gaziers qui racontent leurs déboires sentimentaux ou encore des personnes ultra vieilles qui évoquent leurs lointaines aventures.

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On fait ainsi la connaissance d'un jeune gars qui explique à quel point son grand frère est bien urbain de lui prêter sa femme de temps en temps... Un ménage à trois qui permet de mettre en commun les ressources, le Tibétain se révèlant ainsi diablement pratique. Il y a aussi cette femme de 104 ans (je lui en donnais bien 342) qui raconte comment elle est devenue aveugle pendant quatre ans après s'être pris un gros coup de vent dans la tronche en allant aux toilettes (tout est dangereux là-bas...), une femme qui prend soudainement des allures de créature magique et immortelle avec ce rai de lumière bleu tombant du ciel qui passe à travers sa main - un plan qu'affectionnerait à n'en point douter là encore le gars Werner Herzog. On est également témoin des mésaventures de cet ancien moine qui est tombé amoureux d'une (très) jeune fille en allant au "dancing"! Le pauvre gars s'est fait ensuite lourder et il semble, depuis, être devenu tout penaud, confiné chez lui... Une multitude d'ethnies, de langues, de religion cohabite dans ce petit coin de paradis (on s'entend...) et une route - par moment terriblement dangereuse (faut faire gaffe aux éboulements...) - qui donne malgré tout des fourmis dans les jambes. De quoi redonner le goût de l'aventure et de la découverte, dit-il le cul sur sa chaise devant son ordi...

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10 août 2007

The Go master (Wu Qingyuan) (2006) de Tian Zhuangzhuang

gomaster_iwGrosse déception que ce film minimaliste alors que les précédentes oeuvres de Zhuangzhuang Tian possédaient  un réel charme. Cette histoire d'un joueur de Go chinois exilé au Japon (et pendant les années 30 et 40 c'est po évident) est d'un ennui assez consternant d'autant que certaines ellipses rendent parfois le film difficile à suivre. Les parties de Go sont aussi passionnantes qu'une partie de Curling jouée sur de la terre battue, les problèmes de conscience et de foi du héros envers cette secte qu'il suit vaille que vaille demeurent souvent d'un flou total, bref on s'ennuie ferme et ce n'est pas ces micro-mouvements de caméra qui font changer les choses. J'en baille encore. Un conseil, donc, don't go (Arf, arf, arf...) [Et oui le Shang et le Gols sont remontés à bloc et gonflés comme des pendules après ces dix jours chinois ensemble d'une haute intensité technique - retour au blog, terrain de jeu à distance!]

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05 octobre 2006

Printemps dans une petite ville (Xiao cheng zhi chun) (2002) de Tian Zhuangzhuang

smalltown2_1_Remake d'un film de Mu Fei (1948) -po vu- cette version à 2 km/heure est assez envoûtante, portée par 3 acteurs d'une grande sobriété (mention spéciale à Jingfan Hu, pas une beauté exceptionnelle mais énormément de classe) et filmée avec des travellings d'une discrétion infime. L'histoire est assez banale, un homme, Liyan, d'une trentaine d'année, revient dans son petit village 10 ans plus tard, juste après la guerre (il est maintenant docteur à Shanghai) et retrouve son ami d'enfance, Zhichen dans une toute petite forme. Le truc c'est que Zhichen s'est marié il y a 8 ans avec l'amour de jeunesse de Liyan, Yuwen, et qu'ils font chambre à part depuis plusieurs années.

Les retrouvailles entre les deux anciens amants est pleine d'up_3_1_ne pudeur toute asiatique, ils se frôlent, se tournent autour, cherchent à comprendre pourquoi ils en sont arrivés là et l'on se demande bien comment tout ça va finir... Leur complicité éclate le jour de l'anniversaire de la petite soeur de Zhichen (petite donzelle de 16 ans toute pimpante qui n'a d'yeux que pour Liyan) lorsqu'ils décident de jouer aux 324 jeux à boire chinois - une anthologie, la grande scène du film... Forcément ils finissent dans un sale état, Liyan a beaucoup de mal à se contenir et le pauvre Zhichen, malheureux comme du lichen, décide le lendemain d'avaler 24 somnifères. Mais Liyan est pas docteur pour rien, il le sauvera et repartira sur la pointe des pieds. Rien ne semble être arrivé, Yuwen reprend sspringtime_in_a_small_town_4_1_a broderie - si ce n'est que maintenant elle a décidé sciemment de vivre avec son mari- et Zhichen coupe les branches mortes d'un arbrisseau, symbole de son nouveau départ.

Une mise en scène pleine de tact et de fluidité, quelque peu trop prudente parfois, avec de magnifiques scènes à la bougie en intérieur (celles en dehors de la maison, au début, manquent en revanche cruellement de lumière) qui font de Zhuangzhuang Tian un réalisateur chinois à suivre - même s'il a plus de 50 ans le bougre.

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22 février 2006

Le Cerf-Volant bleu (Lan feng zheng) (1993) de Tian Zhuangzhuang

cerf_bleu_1_Considéré comme l'un des films majeurs de ces 15 dernières années en Chine (et pis preuve de qualité pour tout européen qui se respecte, le film a été interdit en Chine... Enfin, je vous rassure à l'heure actuelle, il est aussi facile de trouver le DVD à Shanghai que du shit à Paris), Le Cerf-volant bleu s'attaque aux années coco 50 et 60 sur un ton critique sans concession... Il s'agit donc de l'histoire de toute une famille vue par les yeux d'un petit garçon: son père est mort sous un arbre, dans un camp de travail, après avoir été victime d'une délation, son second père meurt de malnutrition et le troisième, déja malade du coeur, meurt après avoir été tabassé par des gens (avec des brassards rouges, bouh!) étant accusé d'être un contre-révolutionnaire... Sans parler d'un oncle qui devient aveugle, d'une tante qui fait 10 ans de prison sans vraiment savoir pourquoi... Bref, soit le gamin porte la poisse, soit le régime fut plus draconien que celui de Carlos (Le chanteur)... En dehors du fait que cela m'a permis de réviser mes 20 mots de chinois, que le récit, bon an mal an, a l'air d'être très proche de la réalité, on est quand même un peu devant du cinéma de papa pendant 2h15... Alors oui il y a la belle idée de cerf-volant bleu (je vous donne une clé: c'est le symbole de la liberté... merci qui?) qui ne cesse de se prendre dans les arbres, qui se transmet de génération en génération et... qui finit complétement déchiqueté (ca doit être la pollution) toujours coincé entre des branches, à la fin du film... On attend quand même toujours un GRAND film critique sur ces années-là... Va falloir se dépêcher car ensuite il faudra  enchainer sur un GRAND film critique sur le libéralisme actuel.

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