Inglourious Basterds de Quentin Tarantino - 2009
Franchement ce serait faire la fine bouche que de ne pas reconnaître le pied monumental qu'il y a à assister à Inglourious Basterds. Tarantino renoue avec ce qu'il sait faire de mieux, le film premier degré, spectaculaire et jouissif à chaque instant, con comme un panier mais ébouriffant de virtuosité. Ce qui scie le plus, c'est l'espèce d'inconscience de Tarantino : il s'attaque sans scrupule à l'Histoire, cette fois-ci, totalement décomplexé face à cet énorme sujet (l'Occupation, la traque des Juifs, le nazisme). Qu'il greffe sur ce thème délicat sa patte habituelle, celle qui a donné Kill Bill ou Pulp Fiction, c'est énorme, tout simplement.
Le film met son point d'honneur à ne pas avoir de fond ; ça pourrait être une lourde erreur vu l'exigence du genre "historique" ; ça passe comme une lettre à la poste. Pour parler de la shoah, le gars va puiser dans le western spaghetti, c'est couillu quand même. Résultat : 2h30 de spectacle haletant, hilarant, tendu comme un string d'obèse, où Tarantino prouve, s'il en était encore besoin, sa maîtrise géniale de l'outil du cinéma. C'est peu de dire que sa mise en scène est virtuose : elle est sidérante. On a droit bien sûr à des pics de violence insensés dans lesquels on reconnaît notre Quantin habituel, celui qui s'est gavé de films de kung-fu et de westerns. Mais c'est surtout dans tout le reste, les scènes dialoguées qui font 80% du film qu'il est le plus bluffant : longues séquences où les mots, à double tranchant, sont utilisés pour leur musique autant que pour leur sens, et montées avec une maestria renversante. La plus longue scène de ce genre devrait être montrée dans toutes les écoles de ciné : des dialogues dans une cave remplie de nazis et d'espions déguisés en nazis, où Tarantino tente de repousser le plus longtemps possible le climax qu'on sent tout proche. On ressort de ces 20 minutes-là épuisé par le suspense, mais aussi sidéré par la précision du montage (comment la tension fuse d'une table à l'autre, comment le gars fait entrer de nouveaux personnages, comment il désamorce le suspense pour mieux le relancer, tout ça avec une caméra très mobile et des "cuts" percusifs) : c'est tout simplement de la musique visuelle, inspirée, on le sent, aussi bien par cette sous-culture que Tarantino revendique depuis toujours que par le grand cinéma américain, celui d'Hitchcock et de Lang.
A chaque chapitre, le film change de style, s'attaquant à un nouveau genre de cinéma : on passe par le western, par le film de gangsters, par le film français années 40, par le film de guerre à la Siegel, par l'absurde à la Miike... tout ça sans jamais perdre son unité, en restant au service du pur spectacle. Souvent, le genre n'est qu'évoqué pendant une ou deux secondes (le ralenti à la Leone qui dure juste sur un plan), mais il devient immédiatement lisible : cette fois, le fétichisme célèbre de Tarantino devient réellement une sorte de création "bis", qui doit tout à ses aînés, les recopie textuellement, mais devient quelque chose d'autre, un film tarantinesque, quoi. Impossible de relever toutes les références, c'est même un des plaisirs du film que de tenter de retrouver la marque des autres films. Très touchant d'ailleurs de voir cette fois Quentin s'intéresser aussi à des films plus "nobles", ceux de Clouzot, de Pabst, de Max Linder ou de Murnau (convoqué par Emil Jannings).
Ces 40000 idées de mise en scène suffiraient déjà à faire d'Inglourious Basterds le film le plus virtuose de l'année. Mais il y a aussi les acteurs, et alors là, les enfants, on a droit à du lourd : entre Brad Pitt surjouant une espèce d'accent à la Brando et qui m'a fait hurler de rire du début à la fin, Diane Kruger top glamour en espionne fatale, Christoph Waltz en nazi raffiné parfaitement terrorisant et Michael Fassbender en clône de Robert Stack, on ne sait lequel applaudir le plus. Même Mélanie Laurent s'en tire plutôt bien, c'est dire si Tarantino a su pour cette fois se concentrer sur cette partie-là de son travail qu'il avait du mal pour l'instant à vraiment prendre en charge (remember Deathproof). D'ailleurs tout est bon là-dedans, et on pourrait tout aussi bien parler de la photo magnifique, des choix musicaux toujours aussi audacieux, ou du scénario qui fourmille de gags imparables. C'est sûr que si vous voulez amener votre classe de CM2 voir un film sur l'Occupation, on vous conseillera d'aller voir un autre film. Mais si vous cherchez un exemple de grand cinéma populaire, n'hésitez pas une seconde. Tarantino fait montre en plus d'une naïveté vraiment touchante sur la fin, très sincère finalement dans sa colère contre les actions des nazis, une sorte de vengeance puérile et à sa manière du massacre des Juifs, qui marque des points. La banane qui n'a pas quitté mes lèvres depuis ma vision de ce film durera encore longtemps. Absolument immanquable. (Gols - 23/08/09)
Tarantino semble finalement presque revenir à ses premières amours, c'est à dire la longue séquence de discutailles qui va jusqu'à l'épuisement, à l'image de la séquence d'ouverture de Reservoir Dogs. C'est là, semble-t-il, qu'il est le plus à l'aise, reléguant finalement les scènes d'action et de violence gratuite au second plan : la tronche du nazi écrasée à la batte filmée en très lointaine plongée, le réglement de compte dans l'auberge quasiment illisible qui disparaît sous la fumée des flingues,... le film signé Goebbels constituant lui-même une sorte de parodie du genre virant à l'absurde. Il n'est point étonnant dès lors qu'il attache une attention aussi particulière aux acteurs, aux différentes langues utilisées, aux accents, aux intonations, aux petits gestes "significatifs" pleins de sens... Et à ce petit jeu, le polyglotte Christoph Waltz enfonce royalement tout le reste de la distribution, rendant notamment totalement ridiculo l'accent rital de Brad Pitt - ce dernier se rattrapant en effet avec son faciès à la Brando et avec son propre phrasé américain coupé à la serpe ("orchard" devient un truc genre "oaaar" - sans sous-titre, c'est mort).
Tarantino "se fait son cinéma" et on pourrait décliner l'expression à tous les niveaux : il fabrique de fabuleux décors de cinoche dont, justement, un cinéma - ce dernier, il va d'ailleurs se le faire en le faisant littéralement exploser; dès le générique, il s'amuse à changer la police des noms de la distribution comme pour afficher son amour "trans-genre" du cinéma, en dehors de toute dénomination figée; les dernières paroles de Brad Pitt ("Je pense que c'est mon chef-d'oeuvre") pourraient également résonner comme une confession diablement ironique du cinéaste lui-même; il multiplie les références au septième art ("En France, on prend toujours le soin de citer le réalisateur" - excellent, j'en ris encore; c'est vrai qu'en Chine, moins... Déjà qu'on oublie les titres...); il s'amuse constamment avec des mouvements de caméra ultra fluides ou alambiqués pour le plaisir - dans l'entrée du cinoche, on sent qu'il passe le plus près possible des ventilateurs juste pour le fun ou, lors de la discussion avec le prisonnier nazi qui doit indiquer l'emplacement des troupes sur la cartes : la caméra vole d'un acteur à l'autre avec une maestria presque too much; il prend plaisir à mettre tout son petit monde en scène créant à loisir les personnages qu'il veut : le jeu avec les cartes sur le front semblant être une façon jubilatoire de montrer qu'il est capable de donner à chacun l'identité qu'il désire; Tarantino pousse aussi le bouchon assez loin dans le côté "palimpseste cinématographique" en signant un (petit bout) de film dans le film (celui de Goebbels) dans le film (le sien)... etc, etc, mon camarade ayant également déjà parlé du mélange des styles...
Beaucoup aimé la séquence "d'amour à mort" dans la cabine de projection entre Shosanna et le gazier Fredrick. Il y a presque quelque chose de shakespearien dans cet amour impossible à vivre, vu l'époque, (Shosanna s'approche du corps blessé de Fredrick, trahissant ainsi finalement une certaine attraction pour le gazier) qui finit dans le sang. Bien vu aussi le plan sur le Fredrick jouant au héros dans le film de Goebbels alors que le vrai est, au même moment, mourant : un petit clin d'oeil en quelque sorte à l'immortalité du cinéma qui ne mange pas de pain. Bref, c'est assez jouissif, tant Tarantino ne se lasse jamais d'exposer son amour pour son art. C'est vrai, d'un autre côté, soyons franc, que c'est aussi un peu décousu au niveau narratif : on finirait presque par croire qu'il s'agit de plusieurs courts-métrages collés les uns avec les autres. Chaque acte a son dénouement et le fil conducteur est tout de même ultra mince (comme dans Kill Bill, le scénar tient en une ligne : comment faire péter un cinoche bourré de gradés allemands?). Mais bon, c'est du Tarantino, pas du Elie Wiesel, du pur concentré de plaisir superbement mis en scène - le maître du genre, des genres (...)? Sûrement. (Shang - 24/11/09)
Kill Bill 1 & 2 de Quentin Tarantino - 2004
Le film idéal pour un dimanche après-midi vasouillard au moral hésitant : Kill Bill vous remonte tout ça en moins de deux, et je me suis retrouvé très vite en train de faire des kicks-balayettes à ma plante verte dans une chorégraphie assez convaincante. Comme d'habitude, Tarantino fait montre de sa grande crétinerie assumée, qu'il habille sous un talent pour le spectacle absolument effarant. Le film est en effet complètement idiot, son scénario tient sur un post-it (une fille veut se venger des gens qui ont voulu la tuer), son déroulement passe d'invraisemblances en absurdités, chacune de ses scènes est sidérante de premier degré... mais c'est exactement ce qu'on lui demande. On en aurait même voulu à Quentin de tenter de jouer aux intellos, tant Kill Bill est une pure jouissance d'ado, un bidule qui vous fait bondir dans votre fauteuil : plus intello, on aurait boudé le film.
Tarantino recycle donc toutes ses vieilles VHS nippones pour nous servir un condensé du film de kung-fu(n), réalisant en fin de compte un film-somme du genre. Car il a cette façon incroyable de pousser chaque motif jusqu'à l'épuisement, jusqu'au maximum de ses possibilités : les combats de sabre sont menés jusqu'au bout du bout, dans des chorégraphies époustouflantes. Incroyable de voir comment l'espace est bien géré, utilisé dans tous ses détails : les escaliers, les valises, les chaises, les meubles, tout sert à se mettre sur la gueule, dans des feux d'artifice inlassablement répétés de bruits et de fureur. Un pur plaisir régressif : comment Black Mamba va-t-elle réussir à trancher la tête de 88 samouraïs armés jusqu'aux dents ? Ca ne va pas plus loin, et ça suffit largement à nous laisser bouche bée devant cet objet si virtuose qu'il en devient presque abstrait. Il y a quelque chose du pop-art dans cette façon de répéter à l'envi les mêmes scènes, dans cette manière de recycler du vieux pour en faire un objet contemporain, dans ce mélange des styles et des inspirations. Chez Tarantino, ça ne choque pas de voir une musique flamenco montée sur un combat de sabre japonais, ça ne choque pas de voir des incursions de dessins animés, d'être sans arrêt trimballés entre couleurs et noir et blanc, de voir subitement un personnage nous adresser un clin d'oeil, de passer du western au gore, puis du gore aux longues scènes dialoguées en deux secondes. Ca ne choque pas, parce que c'est fait avec une telle sincérité, avec un tel amour déclaré pour les films de genre, avec une telle conviction que toutes les idées, même les plus improbables, peuvent être fun, qu'on accepte avec bonheur ces pointes de goût plus que douteux. La maîtrise sera encore plus présente dans Inglourious Basterds, mais dès celui-ci Tarantino gère sa partition avec une virtuosité incroyable.
Et puis il y a comme toujours cette façon unique de raconter, qui mélange comme dans Pulp Fiction les flashs-back et les flashs-forward, délaissant une action à son sommet pour dériver lentement vers une autre séquence avant de revenir sans prévenir au sommet de la première. N'importe qui, sur le papier, déconseillerait à Tarantino ces idées improbables : lui les fait avec une santé qui force le respect, et fait tout passer comme si de rien n'était. Comme en plus les acteurs sont glamourissimes (Daryl Hanah en salope borgne, Michael Madsen en cow-boy cruel, Uma Thurman toute en immédiateté, et surtout David Carradine, l'élégance incarnée) et qu'on écoute de bonnes vieilles chansons, on quitte les 4 heures de Kill Bill ravi, comblé, et convaincu définitivement de la grandeur de Tarantino.
Reservoir Dogs de Quentin Tarantino - 1992
Pas la peine d'en faire des tonnes sur ce film (si vous ne l'avez pas vu vous êtes né en quelle année? en 1985? Ca existe ça?), tout a été dit sur le Tarantino; malgré tout, à cette énième revoyure (et pourtant je suis pas forcément un fana du type), on reste bluffé par ce sens de la multiplicité des cadres, cette maestria dans l'enchaînement du montage et cette direction d'acteur au millimètre.
D'entrée de jeu, lors de cette discussion ô combien philosophique autour de Like a Virgin de Madonna, il y a une variation de plans hallucinante (il a fait combien de prises, nom de Dieu ?) que ne dément jamais la suite; plongée, contre-plongée, travelling arrière, plan d'ensemble, plan américain, il récite toute la grammaire du petit (oui, bon, du grand) cinéphile; ma préférence va notamment à ces plans caméra à l'épaule lorsque les braqueurs sortent du hangar (on se sent encore plus fébrile qu'eux) et à ces mouvements de caméra tanguant pour suivre la danse improvisée sur Stuck in the Middle with you, avant que celle-ci se détourne pudiquement lors du découpage d'oreille (qui a dit que Tarantino se complaisait forcément dans la violence ?... oui bon, il y a de ça, mais il sait aussi en jouer). Steve Buscemi en Mr Pink super énervé trouve dans le très sobre Harvey Keitel le parfait sparring partner, Tim Roth en type qui jure sa race qu'il ne veut pas crever ici bêtement est d'un réalisme troublant, bref tout le monde est à donf dans son personnage et ça fait plaisir à voir. Docteur es musique, Tarentino sait toujours en user dans les moments forts ; quant à ce sens inné du montage qui fera sa marque de Pulp Fiction à Kill Bill en passant par Jackie Brown (le film tombe toujours sur ses pieds malgré un éclatement du récit), il permet d'illustrer le fait que l'on peut flash-backer sans jamais embrouiller (c'est un peu l'inverse de Lelouch quoi)
Reservoir Dogs reste mon plus grand émoi quentinesque, le film où l'on ressent le plus sa furieuse envie de passer à l'acte. (Shang - 20/11/06)
Je suis mon collègue pour l'essentiel de la critique : Reservoir Dogs, c'est mythique, toutes les bases du Quentin sont déjà posées, et c'est sûrement pas loin d'être son meilleur film. On est loin du chef-d'oeuvre total quand même, reconnaissons-le : Tarantino est déjà le grand réalisateur formel qu'on connaît, mais c'est déjà aussi le faiseur un peu roublard et privé d'encéphale qu'il n'a cessé d'être. Reservoir Dogs, c'est con, comme l'ensemble de la filmographie du gars. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas bon ; il faut simplement accepter le fait que Tarantino n'a pas grand-chose à dire. Ici, donc, pas d'explications particulières à fournir : on assiste simplement (et avec plaisir) à la décimation (...) d'un clan de voyous, avec force jets de sang et moults grimaces d'agonie, tout le délice venant de la forme et non du fond, totalement absent.
Ceci dit, au niveau de la forme, on est effectivement dans le grand de chez grand. Je ne reviendrai pas sur ces plans hallucinants déjà décrits avec brio par le Shang. Reservoir Dogs est un festival visuel, où la caméra impose délibérément sa présence : jamais on n'oublie Tarantino derrière le scénario, il est omniprésent, faisant de la mise en scène et du montage les vrais héros de cette histoire. Le petit rôle qu'il s'est octroyé est loin d'être modeste : c'est lui qui imprègne le film, en tant que réalisateur, sur-formalisant chaque geste, rendant mythique chaque expression de visage, chaque ligne de dialogue.
Euh, là où je ne suis pas trop mon collègue, c'est sur le jeu "sobre" de Keitel : s'il est sobre, Jim Carrey est un acteur straubien. Il faut le voir pousser un cri de grizzly en phase terminale, ou hurler de sa voix sur-aigüe pour se conforter dans l'idée que la direction d'acteurs de Quentin, impeccable effectivement, n'est pas du tout tournée vers le réalisme, mais vers le grand-guignol, l'excès, l'emphase. Il en va de même de Chris Penn, qui utilise son regard avec la finesse d'un bulldozer enrayé, ou de Tim Roth, que mon camarade juge "d'un réalisme troublant".... ça laisse rêveur quand on le voir ruer des quatre fers dans une voiture après s'être pris une balle dans le ventre (fuck, I don't fuckin' wanna die, fuck fuck), ou livrer une copie du jeu de Pacino dans Scarface. Tarantino ne fait tout de même pas dans le documentaire et a peu de rapports évidents avec Rossellini. Je reconnais que les acteurs sont excellents, hein, comprenez-moi bien, mais justement parce qu'ils sont totalement hors de la réalité, condamnés à être des personnages de cinéma "bigger than life", ce qui fera la marque des acteurs tarantinesques futurs (Travolta dans Pulp Fiction ou récemment Kurt Russell dans Deathproof). C'est l'exagération qui fait la qualité des films du gars, et Reservoir Dogs est un de ses films les plus excessifs. Définitivement immanquable, en tout cas. (Gols - 10/02/08)
Boulevard de la Mort (Grindhouse : Deathproof) (2007) de Quentin Tarantino
C'était le piège : à force de flirter avec la pure forme vide, Tarantino est tombé dedans en plein. Deathproof est totalement dépourvu du moindre intérêt, que ce soit du point de vue de la trame, inexistante, que du fond, légèrement con. D'accord, c'est un simple hommage aux films de série Z, et ça ne revendique guère autre chose qu'un amusement cinéphile. Mais après les grands divertissements que furent Kill Bill ou Pulp Fiction, on est en droit de demander autre chose à Quentin que ce bâclage de gamin qui s'amuse tout seul.
Pourtant, le gars retente bien les figures qui ont fait sa gloire. Mais on dirait que toutes ses inspirations passées se sont transformées en tics. Les dialogues absurdes, qui constituent ici les 3/4 du film, sont devenus insipides, mal écrits, beaucoup trop longs, sans intérêt ; l'originalité de son regard et sa maîtrise de l'espace ne se résument plus qu'à des exercices de montage, certes virtuoses, mais vains, comme dans cette répétition de la scène de restaurant de Reservoir Dogs, copiée m
al et sans rythme ; ses acteurs, qui semblaient s'amuser du second degré dans les autres films, sont ici intensément agaçants (toute la distribution féminine est à claquer), voire nuls (Zoe Bell ne sait pas quoi faire de son corps et minaude), au mieux gentiment charmeurs (Kurt Russell dans la première partie) ; son humour est enseveli sous des tonnes de clichés sur les femmes, réduites à des danseuses bourrées au regard ovin de mannequin, ou des garces vengeresses fans de grosses bagnoles (rendez-nous Uma Thurman !). Restent bien sûr une
bonne maîtrise des scènes d'action, avec une poursuite de voitures vraiment bien menée, une musique toujours au taquet et quelques idées visuelles bien amenées (un noir et blanc qui passe subitement à la couleur pour dévoiler un jaune éclatant, une scène d'accident énorme). Mais Deathproof se réduit en fin de compte à peu de choses : un hommage sûrement énamouré mais très scolaire au cinéma d'antan (les griffures de pellicule et les faux raccords sont des gadgets qui ne servent à rien), un décervelage un peu gavant, et un catalogue de bimbos. Beaucoup de bruit pour rien. (Gols - 12/08/07)
En parfait accord avec la chronique de mon collègue, la vacuité de ce film tarantinesque l'emportant sur les quelques prouesses du montage ou les clins d'oeil cinéphiliques. Si l'on ne cesse d'avoir des gros plans sur des pieds féminins - en connaissant tout le fétichisme de cette partie du corps chez notre auteur -, on a vraiment l'impression que Tarantino ne cherche qu'à se parodier sur la forme (ou pour la forme) tout en oubliant incroyablement la pulpe. La densité de ces personnages féminins - une ribambelle de jeunes femmes plus faites pour apparaître sur du papier glacé que pour imprimer la pellicule - est aussi mince que la portée philosophique d'une chanson de Barbelivien. Que l'on soit dans le divertissement "pure", why not, mais on est à même d'attendre plus d'un Tarantino que d'un Luc Besson. Il nous refait le coup d'une danse ultra-hot (devrait être chorégraphe ce type), d'un accident aux effets spéciaux prodigieux et bluffant mais c'est vraiment tout ce qu'on peut garder de ce film avec 3945 pages de dialogues, aussitôt dits aussitôt oubliés. Son film semble fait pour trôner en tête de gondole d'un magasin de location de dvd, mais pas mieux. On a droit d'ailleurs en dvd à la version longue (1h53: "uncut and unrated", qu'ils disent) mais on se dit qu'une version "ultracut" n'aurait pas forcément été plus mal. Reservoir Dogs c'était de qui déjà? (Shang - 17/09/07)















