29 janvier 2012

Le Peuple accuse O’Hara (The People against O’Hara) (1951) de John Sturges

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A cinquante berges, l'ami Spencer Tracy décide de faire une petite incursion dans le film noir, comme s'il avait passé l'âge pour les rôles d'amoureux transi. Un film qu'il porte franchement sur les épaules et où il bénéficie d'un rôle originellement traité : le type est un ancien avocat qui a fait sa carrière dans le pénal ; il coule une paisible retraite après avoir eu quelques gros problèmes avec l'alcool, sa fille (Diana Lynn) se faisant un devoir d'être à son service - elle refuse de se marier tant que le pater n'est po complètement rétabli. Alors que le Spencer revient depuis peu pleine bourre, des proches sans le sou vont lui demander de s'occuper du cas de leur fils : un meurtre a été commis dans la nuit, la bagnole employé est celle du fiston et quand les flics sont venus l’arrêter, ce couillon s'est mis à courir... Spencer connaît bien la gamin, sait pertinemment qu'il n'est pas capable d'un tel acte et on se dit que le vieux lion va faire un méga come-back en salle d’audience pour ridiculiser le procureur et ses pseudo témoins... Po vraiment.

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Le problème du présumé coupable, le fameux Johnny O'Hara, c'est qu'il refuse de livrer son véritable alibi - il passait la soirée à conter fleurette à une donzelle (qu'il avait connu avant la guerre) mariée... On pense que le Spencer n'aura point besoin de cela pour faire tomber toutes les charges contre son client. Malheureusement le procureur est chafouin (l'excellent John Hodiak), sait tirer le meilleur parti des témoins et notre Spencer, en plein doute, de se remettre à sucer le goulot... Affaibli, il ne fait pas le poids dans la salle du tribunal et finit par tenter de soudoyer un témoin - Pas de bol, il est gaulé par le procureur... C'est la chute fi-nale, entend-on chanter dans les couloirs du Palais de Justice. Pauvre Spencer qui s'accroche du mieux qu'il peut mais qui va honteusement perdre ce procès... O'Hara est reconnu coupable. Heureusement, quelques temps après, un nouveau témoignage (la donzelle, qui se réveille enfin !) apporte un nouvel élément à l'enquête ; même si O'Hara refuse d'avouer qu'il était avec elle le soir du meurtre, la chtite va livrer des infos cruciales sur les circonstances du crime. Spencer Tracy, tout équipé de micro, va alors se faire un devoir de partir en mission : procéder à un échange de valise dans une maison désertée et tenter de faire parler les malfrats pour savoir qui avait opéré le soir du crime.

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La mission est dangereuse et, aux yeux d'un Spencer Tracy lucide, elle a même toutes les allures d'une mission suicide ; mais quitte à pousser un dernier rugissement, autant qu'il soit utile. Beau portrait de cet homme abattu par le poids des âges et tentant vaillamment de lutter contre la dive bouteille... En vain... Mais l'homme est fier : même si sa toison est de plus en plus chenue, il n'est pas du genre à renoncer. Les dix dernières minutes sont ultra palpitantes (l'ami Spencer, dont le micro a des problèmes, que l'on suit uniquement via les flics qui sont en planque - superbe emploi de la pénombre lors de toute la séquence) ce qui n'est pas le cas du reste du film (soyons franc) : on doit ainsi se taper de nombreuses scènes de procès... mais comme celles-ci sont loin d'être flamboyantes (on attendait une démonstration, on assiste à un Spencer intellectuellement et physiquement affaibli), on reste scotché à ce personnage, un poil pathétique, dont on attend constamment un véritable sursaut... Pas le film de l'année 1951, nan, mais un bel écrin pour le seigneur Tracy.

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09 avril 2011

La Plage déserte (Jeopardy) (1953) de John Sturges

- Is there anything else your husband's got I could use ?
- I can't think of anything.
- I can.
- What ?
- His wife. With his clothes, his papers and his wife...I could be snug as a bug in a rug.
- I'd do anything to save my husband. Anything.

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Une bien toute petite chose que ce Jeopardy qui nous donne tout de même l'occasion de voir Barbara Stanwyck participer - malgré elle - à un concours de tee-shirt mouillé - c'est la seule participante, hélas. Bon, ben voilà je crois que j'ai fait le tour de ce film... Oui, bon allez, je veux bien me fendre de deux trois commentaires mais c'est vraiment pour la forme. Barbara, son mari et leur gosse partent se fairer un ptit week-end tranquille au bord de la mer au Mexique. Cool. Seulement le papa, il a po vraiment de chance parce qu'il passe à travers une jetée et se retrouve le pied coincé sous un très très lourd pilier. Sa femme a deux mains gauches pour utiliser le cric, et la situation devient pas jolie jolie avec la marée qui monte. Faudrait une corde, donc... Dépêche toi, darling, d'aller chercher une "cuerda". Ok chéri, je vais tenter de trouver une "cuerdo" - sotte Barbara qui parle l'espagnol comme moi et n'arrivera point à se faire comprendre auprès d'autochtones : ils étaient pourtant en possession d'une corde (bigre) et cela aurait évité à la Barbara d'aller plus loin et de croiser... un méchant criminel - ah nan, ce n'est vraiment pas le moment, j'ai mon mari qui est en train de boire la tasse ! (le week-end pourri, un truc à te faire haïr à vie le Mexique).

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Comment va-t-elle faire pour persuader ce sale bonhomme de secourir son mari alors qu'il a toute la police du monde à ses trousses ? La réponse se trouve dans le petit dialogue introductif... Barbara se rend bien compte que le type est un vrai roublard (il arrive à changer un pneu sans cric et rien que pour ce petit truc bien utile que j'ai appris (ok j'ai pas le permis mais quand même), je ne regrette pas d'avoir vu ce film) et qu'il va falloir la jouer fine pour se le mettre dans sa poche ; beaucoup aimé le regard "laser" qu'elle lui jette - un mélange de haine, d'incompréhension, et d'un ptit que'que chose de mystérieux - juste après que le gars ait envoyé dans le décor une bagnole de police : elle réfléchit à une nouvelle stratégie pour s'en faire un allié et la Belle n'a décidément point froid aux yeux - c'est beau l'amour d'une femme et ce sens du sacrifice...On croise les doigts tout du long en espérant que le mari se noie avec le gamin sur les épaules pour que la Barbara puisse enfin mener une vie aventureuse... Vi, c'est plutôt mesquin, mais on s'occupe comme on peut voyant venir le happy end gros comme un chalutier... Nan, par pitié pas de happy end... Ne s'est pas vraiment foulé, le gars Sturges sur l'action, et cette plage serait restée totalement déserte qu'on ne s'en serait point vraiment plaint. Pour les gros gros fans de Stanwyck...

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Noir c'est noir, c'est

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08 mars 2011

Le Mystère de la Plage perdue (Mystery Street) (1950) de John Sturges

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"- You are parked in a no-parking.
- That's the story of my life. I'm always where I shouldn't be."

Sturges fait dans le polar "scientifique" avec un éminent professeur de Harvard qui vient prêter main forte à notre enquêteur - Ricardo Montalban, le sosie de Don Draper. Faut être sacrément tortin pour commencer un film par "il y a six mois", genre on te sort un petit flash-back alors qu'on est même pas encore dans le présent narratif... Il y a six mois donc, une donzelle blonde un poil vulgaire, Vivian Heldon (Jan Sterling) donne rendez-vous à son amant dans un troquet. Ce dernier n'a pas vraiment l'air ultra pressé de la voir et la pauvre Vivian finit par racoler un type ivre au comptoir (Henry Shanway (Marshall Thompson, ptit mecqueton), le type qui ne se trouve jamais au bon endroit au bon moment); elle l'embarque dans sa propre caisse (il est trop saoul pour conduire, c'est pas faux) pour aller rendre visite au gazier qui lui a pausé un lapin (une sacrée route). Henry reprend ses esprits peu à peu et quand il commence à élever la voix (genre : "Mais qu'est-ce que je fous là !") la Vivian le bazarde sur la route en plein milieu de nulle part - po son soir ; elle finit par garer sa voiture non loin de celle de son "supposé" amant (le type reste dans l'ombre, hummmm) et pour elle non plus ce n'est pas vraiment son soir puisqu'elle se prend une balle dans le bide. Le meurtrier fait disparaitre la bagnole du Henry dans un lac (j'ai toujours adoré ces séquences avec des voitures qui s'enfoncent avec un gros glou-glou dans les eaux profondes d'une mare (après les escaliers, je m'attaquerai à cette thématique)... Une idée tout de même guère eco-friendly pour dissimuler sa caisse, quand on y songe). Voilà donc ça c'était il y a six mois, d'accord ?  Et puis aujourd'hui, un type vient juste de tomber sur un bout de squelette sur la plage : une main qui émergeait bizarrement des dunes (le meilleur plan du film, pour sûr). Qui est la femme, qui l'a tuée, on se doute que cela va être coton et que le pauvre Henry, marié, n'a pas fini d'avoir des emmerdes...

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Le type de Harvard est un fou furieux de l'expertise. Il trouve part terre un os de poulet, il peut te retrouver le prénom de sa mère. Don Draper, enquêteur de fond qui ne rechigne point à la tâche, est tout éberlué de voir comme cet homme, docte et pointilleux, parvient à l'aiguiller sur la piste de l'éventuel meurtrier. Faut reconnaître que ce fameux docteur t'analyse le moindre orteil de façon plutôt perspicace ("c'était une danseuse, regardez-moi ce très gros doigt de pied", ben putain !), la moindre côte cassée avec finesse ("la balle a du traversé le corps ici, et doit se retrouver maintenant en bas de la portière" - ah ouais, trop fort !... parce qu'ils l'ont repêchée, finalement, la bagnole - j'aime bien aussi ces carcasses toutes rouillées qui sortent de l'eau en provoquant de mini cascade du Niagara, mais je m'égare). Bref, on sait qui a été tué, on sait comment, et Don Draper est tout content de coincer ce pauvre bougre d'Henry qu'une multitude d'éléments accuse (à part l'arme, bien sûr); ce dernier se retrouve tout couillon (alors ok, pendant que ma femme était à l'hôpital (la classe), je suis parti avec une trainée dans ma caisse, mais non seulement je ne l'ai pas embrassée (ah), non seulement elle m'a planté (pffft) mais forcément je ne l'ai point tuée - ouais bien sûr...) Draper s'est donné a donf dans le truc, il a un coupable taillé sur mesure mais rahhh, un chtit doute le titille (bien aimé cette séance de "squash à main nue" durant laquelle Draper se bat contre lui-même (c'est lui qui l'a fait, c'est po lui, c'est lui qui l'a..., l'entendrait-on presque penser à chaque fois qu'il frappe dans la balle comme un malade). Le plus bêta c'est que le numéro de téléphone du meurtrier se retrouve plusieurs fois juste sous son nez (Vivian l'avait écrit sur le mur de sa pension le soir du crime)... Mais nan, il était dit que cette affaire serait résolue aux forceps.

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C'est pas déplaisant ces petites séquences à Harvard où chaque micro-détail est pris en compte. L'enquête en elle-même demeure, malgré tout, un peu mollassonne et ce ne sont pas les agissements de la vieille tenancière de la pension qui tente de faire chanter, en parallèle, le supposé meurtrier qui pimentent vraiment le bazar. La femme d'Henry (Sally Forrest) essaie bien de nous tirer quelques larmes ("Mais pisque je vous dis que mon mari est innocent", sanglote-t-elle à la moindre occase - pas rancunière et fidèle, faut reconnaître), mais le Don met rapidement le holà à ses lamentations et on a guère le temps de s'épancher sur son sort et celui de son mari. Même le final est un petit peu convenu et guère haletant (basique course-poursuite au milieu de locomotives, ok) et avouons qu'on a que peu vibré tout du long - point de réelle excitation traversant soudainement l'échine dorsale même quand le meurtrier sort de son trou... Restent quand même la photo du sieur John Alton et la bonne performance de Don Draper, loin de ses bases (...). Et ce titre français incredibeeuuule, surement piqué à une aventure du Club des Cinq.

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02 décembre 2007

Règlement de Comptes à O.K. Corral (Gunfight at the O.K. Corral) de John Sturges - 1957

18826687_w434_h_q80On est là dans un clacissisme de la plus belle eau, et il est inutile de chercher dans la filmographie du précieux John Sturges un quelconque démarquage par rapport aux sacro-saintes lois du western. Le gars est un artisan, qui ne se place jamais devant ses acteurs, qui filme avec la plus grande honnêteté possible des divertissements, et c'est ce qui le rend attachant : son amour du spectacle, sa fascination pour le classicisme, la modestie de son travail. Gunfight at the O.K. Corral est de ce fait un enchantement de gamin ; on est tout ému de constater que les bonnes vieilles règles esthétiques et scénaristiques donnent toujours, quand elles sont comprises avec un tel respect, de bien jolis films.

Tout est présent de ce qui fait la panoplie du western à l'ancienne : soleil qui tape, petite ville tranquille envahie par de vilains bandits, femmes légères, trahisons, fraternité, vengeance, duel final, fusillade, etc. Et ça fait du bien d'être dans ses pantoufles. Incroyable de voir que malgré les chemins tout tracés empruntés par Sturges, on se passionne pour cette histoire, on s'attache aux héros, on frémit devant le destin de chacun. Il faut dire qu'avec Lancaster et Douglas, on a du beau monde sous les chapeaux, d'autant que le scénario ménage à ces personnages une épaisseur biographique parfaite : ils ne sont pas que des 18826684_w434_h_q80archétypes, l'un du justicier vertueux, l'autre du tricheur au grand coeur ; Sturges les dessine avec une grande intelligence, les chargeant chacun de petits détails qui les rendent profondément humains : Lancaster sera par exemple attiré par une "gambler" fatale, Douglas se verra précédé par une réputation de tueur nullement méritée (juste un manque de chance). Petits détails, mais qui font sortir Gunfight at the O.K. Corral de la légende pure (c'est  l'histoire des fameux Wyatt Earp et Doc Holliday) pour rendre le drame plus chaleureux. Le scénario est d'ailleurs très riche, prenant le temps de développer mille petites intrigues au sein de la grande : le destin fatal d'un jeunot entraîné vers le meurtre par ses frères (Dennis Hopper), les relations turbulentes entre Doc Holliday et une gourgandine au coeur pur, ou le portrait touchant de la famille de Earp... Le film est très riche, et ne se contente pas de dérouler les évènements jusqu'à la fusillade finale. Sturges emprunte des chemins de traverse, s'attache à ses personnages. Et c'est d'ailleurs dans la camaraderie sans nuage entre les deux héros que le film devient vraiment formidable, plus que dans sa trame de western classique.

Douglas et Lancaster, parfaits, nouent effectivement une relation d'admiration réciproque, de respect viril, 18826686_w434_h_q80d'attirance mignonette (ça frôle l'homosexualité parfois, notamment quand Lancaster, abandonnée par sa dulcinée, se voit rejoint par un Douglas tout en lumière, prêt à faire 1000 kilomètres pour rester avec lui), que ne vient entacher aucun nuage. Originale façon de montrer les cow-boys, d'ordinaire austères et mutiques : ici, ils sont bavards, "gentils", et fraternels.

Le tout est bien sûr filmé discrètement mais puissamment, dans une photo magnifique d'académisme (que ne rendent pas du tout les pauvres photos ci-contre), une musique au taquet ("Okaaaaaaaaayy Corroooooollll") de Tiomkin, et une élégance toute modeste qui réchauffe le coeur. Classique, sans aucun doute.

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