W. d'Oliver Stone (2008)
A l'heure où George W est déjà retourné dans les mauvais souvenirs et où l'Amérique se réjouit de son nouveau président, c'est le bon moment pour regarder cette piqure de rappel douloureuse. On connaît toutes les conneries de Bush, mais la qualité du film est de nous les compiler en deux heures de temps, ce qui donne un état des lieux assez effrayant mais salutaire. Tout y passe de la biographie de W, depuis son adolescence alcoolisée jusqu'à ses derniers jours de mandat, depuis le bretzel jusqu'à ses conférences de presse improbables, en faisant également un tour vers les rapports avec le père. La charge est certes très lourde, mais on se dit que finalement il ne mérite que ça, et Stone finit par faire oeuvre de nécessité avec cette fiction documentaire très joliment menée.
Il aurait été presque trop simple de faire dans le documentaire. Stone préfère recréer l'histoire avec des acteurs, s'insinuant sans vergogne dans les scènes fantasmées que tout le monde aurait aimé voir (la réaction du staff quand ils apprennent qu'il n'y a pas d'armes de destruction massive en Irak, les dialogues
génés avec Bush père qui vient chercher son fils en tôle, les revirements moraux de Colin Powell...) Que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère publique, le film ne lâche rien, fustigeant chaque acte de Bush, pointant avec frontalité sa crétinerie, son inculture, son manque de discernement, sa mégalomanie remontant bein loin dans les arcanes de sa psychologie (en gros, le gars serait devenu président par déception vis-à-vis de la frilosité de son père, ça se tient). Le film navigue trop entre deux tons, celui de la satire et celui de la reconstitution, mais ce flou artistique devient au final précieux : Bush Jr lui-même est un clown incontrôlable, un personnage de comedia, et Stone charge finalement assez peu le trait pour le rendre pathétique. Josh Brolin sert une interprétation parfaite, toujours sur le fil entre la caricature à la Guignol et la vérité de caractère, et met très bien en valeur la vanité des choses. W. est effrayant, parce qu'il dit que le monde est dirigé par des frustrés minables et clownesques. Aux côtés du président, personne n'est épargné, avec une préférence pour le très subtil personnage de Condoleeza Rice, totalement transparent et happée par sa soif de pouvoir.
C'est vraiment le rire jaune qui prédomine tout au long du film. On rit, mais en même temps on est terrorisé par cette reconstitution cynique de ce qui fait la politique. La mise en scène n'est peut-être pas toujours très subtile, mais elle est guidée par une saine colère, ce qui fait pardonner les excès. Stone reste toujours dans l'élégance et la froideur des cabinets ouatés, et du coup l'apparition des images réelles (la guerre en Irak, et surtout les discours lénifiants des journalistes pro-Bush, atterrants) sont d'autant plus brutales. En plus, Stone n'hésite pas à se laisser aller à une certaine empathie vis-à-vis de son personnage sur la fin du film, quand l'opinion publique le lâche et qu'il se rend compte que son mandat est une succession d'erreurs. W. n'est certes pas le film le plus objectif qui soit sur les années noires de l'Amérique récente, mais c'est une virulente et nécessaire charge contre les cons, ce qui mérite le respect.
