Meurtre prémédité (A Blueprint for Murder) d'Andrew L. Stone
Un petit film pas désagréable en soi dans la mesure où le suspense, ou devrais-je dire les soupçons, planent jusqu'à la dernière séquence (Mais n'est pas Hitch... c'est bon, ça suffit maintenant...) et qui bénéficie de la présence d'un duo d'acteurs (Joseph Cotten et Jean Peters) qui a la classe, mais bon, pas de quoi non plus grimper au plafond pour être franc. Le pitch est assez simple : la jeune Polly meurt dans des convulsions qui demeurent pour le moins mystérieuses. Joseph Cotten vient soutenir sa belle-soeur qui semble jouer de malchance : elle a perdu son mari et a dû élever toute seule les deux enfants - Polly et le jeune Doug - que son mari avait eus d'un précédent mariage. Seulement, suite à une petite enquête, il s'avère que la chtite Polly a été empoisonnée à la strychnine - comme la belle Jean Peters ne peut toucher l'héritage de son mari qu'à la mort des deux enfants, les soupçons ne tardent point à se diriger sur elle... Cotten (qui, si elle venait à mourir avec le gosse, serait ayant droit, ce qui en fait également un coupable potentiel) doit faire face à un terrible dilemme, lui qui n'a jamais caché ses sentiments pour la Jean : soit la considérer comme innocente, soit tout tenter pour la confondre avant que le chtit Doug morfle. Il choisit la seconde option ce qui l'amène à jouer un terrible petit jeu de dupe...
Bien aimé cette petite partie de Monopoly au début du film où le Joseph tire une carte "chance" et finit en prison : apparemment prêt à tout pour sauver le gosse, cela va le conduire à jouer avec le feu - et le poison - pour que la Jean, qui fait montre d'un incroyable sang-froid tout du long, finisse par craquer - mais ne risque-t-il point de finir, lui-même en arroseur arrosé, en "empoisonneur accusé" ?... A moins que notre ami Cotten, le narrateur de notre histoire, soit d'un machiavélisme absolu et ait tout planifié depuis le départ ? C'est là que réside toute la tension du film, une œuvre malheureusement menée sur un petit train de sénateur sans véritable griffe - ce qui est assez décevant de la part de Stone après le nerveux Highway 301. Pas déplaisant, disais-je, mais un film qui reste, au final, dans le ventre mou des films du genre.
Noir c'est noir, c'est là
Témoin de la dernière Heure (Highway 301) (1950) d'Andrew L. Stone
Le message initial est clair, appuyé par le témoignage de trois gouverneurs : "Nan, le crime ne paie point, mettez-vous bien ça dans la tête, bande de ptits jeunes, et merci à la Warner Bros pour ce film à portée didactique qui pourrait sauver la vie de l'un d'entre vous, comme le petit à lunettes au fond dans la salle qui rêve de se faire des coucougnètes en or en achetant un flingue pour faire un casse". Nous voilà prévenus et le final en remettra une petite dose au rayon de la bonne vieille morale conservatrice : "Ces bandits étaient des récidivistes, de véritables criminels congénitaux, et voilà bien pourquoi la loi se doit d'être ferme". Gloups, on en frémirait presque, mais il serait dommage, malgré tout, de résumer ce film à ces petites sentences "conservatrices". Dès le premier plan sur ce quintet de malfrats à la gueule antipathique, on comprend que nos gars ne seront point glamourisés... à la sauce hollywoodienne. Le crime, c'est mal, surtout que ces gars-là sont capables de tuer de sang-froid aussi bien des flics que leurs gorettes - les fumiers de lapin, dirait mon pater. On se réjouit tout de même de retrouver en leader du groupe l'excellent Steve Cochran (vu récemment dans The Chase) qui a la gueule de l'emploi : paupières tombantes, visage fermé, on sent que le type n'a po dû beaucoup sourire depuis sa naissance. Les deux donzelles (la mimi Virginia Grey et la Frenchy Gaby André) qui vont malencontreusement croiser sa route en seront pour leurs frais : deux séquences rondement menées tendues comme un slip en peau d'alligator, à l'image de ce petit polar nerveux où il vaut tout de même mieux se trouver du côté des flics - menés par un excellent Michel Rocard, sûrement son meilleur rôle à ce jour.
Notre quintet n'a pas froid aux yeux quand il s'agit d'attaquer une banque, n'étant pas du genre à s'enquiquiner la vie avec des masques. Efficaces, les bougres, mais jamais à l'abri de la vigilance d'un honnête citoyen capable de te lire la moitié d'une plaque d'immatriculation au milieu d'un nuage de poussière (Monsieur Oeil de Lynx, le vieux) ni d'un plan foireux - c'est bêta de se retrouver avec plusieurs millions de dollars avec des billets... coupés en deux (rien que d'imaginer le budget en scotch, nos types sont vénères). Mais la véritable plaie, ce sont leurs propres gonzesses qui finissent toujours par péter un plomb - la donzelle idéale pour ces gens-là, c'est celle qui écoute du matin au soir la radio en prenant bien soin de la fermer, maudits phallocrates, va... La première qui va se rebeller et tenter de se faire la malle aurait dû se méfier comme de la peste des ascenseurs : elle échappe au Steve, son compagnon, pour se rendre chez eux et plier bagages en quatre vitesses mais... attend patiemment que l'ascenseur arrive au quatrième pour s'enfuir. Tu parles, le Steve, justement, s'y trouve, méga gros plan sur le faciès très mécontent d'icelui puis sur le visage d'icelle horrifié : il est trop tard, ma belle (fainéante) pour se résoudre à prendre les escaliers...
Même tension exacerbée quand la chtite Gaby André décidera d'échapper aux malotrus : gros cuivres qui foutent les boules et violons vicieux qui mettent la chair de poule lors de cette course-poursuite haletante dans les petites rues sombres de la ville. Chaque fois la Gaby pousse des "argh" d’affolement quand le Steve entre dans son champ de vision, notre coeur se déchire... Ouf la voilà enfin saine et sauve dans un taxi à moins que "arggghhhh", rah nan pas la Frenchy quand même... On est dans le bon vieux manichéisme primaire (même les gros flics de ville, ceux qui normalement se font toujours descendre sans même avoir le temps d'empocher leur salaire de figurants, prouvent qu'ils peuvent être de fines gâchettes) et on sait, dès le départ, que les gaziers de notre quintet infernal finiront avec trente ans de tôle ou par manger les pissenlits par la racine. Po de pitié pour les sauvageons. Démonstratif, certes, mais une poignées de séquences suffisamment bien rythmées pour nous tenir en haleine jusqu'à la petite leçon finale. Merci bon papa Warner.










