Sans Sarah rien ne va (Forgetting Sarah Marshall) de Nicholas Stoller - 2008
Comme toujours dans les productions Apatow (je joue au spécialiste, j'en ai vues deux ou trois), on ne s'embarrasse pas beaucoup de scénario. Forgetting Sarah Marshall, c'est l'histoire d'un type qui se fait larguer par sa copine, point final. On se dit au départ qu'il va bien falloir que Stoller trouve un peu autre chose à raconter s'il veut tenir sur 1h40. Nan. Ca semble largement suffire au bougre pour faire un film, et au vu du résultat, on se dit qu'effectivement, ça suffit. Oui, parce que, voyez-vous, je me suis laissé prendre au charme de ce film, voire même laissé toucher par cette histoire simple et sans ambition, très jolie au final justement par ce romantisme et cette croyance enracinée que l'amour et ses manquements suffisent à faire un sujet. Stoller parvient à méler avec subtilité la grosse farce sexuelle de potache et la douleur de la rupture, la teen-comédie la plus basique et une curieuse mélancolie.
Comment se remettre de la perte d'un amour ? N'importe quel Français en aurait fait un pensum concerné (ai-je déjà dit que je n'aime pas Sautet ?) ; de l'autre côté de l'Atlantique, nos gars se prennent moins la tête et abordent le sujet avec santé, sans scrupule. Peter (Jason Segel, très juste, qui ne cherche jamais l'adhésion du public, qui joue sérieusement les situations les plus grotesques) est un gosse, fan de céréales, de vautrages sur un canapé et de musique sirupeuse ; la découverte que l'amour est limité va le faire passer à l'âge adulte, et dès lors le film ne va tendre qu'à un but : le faire mûrir, le rendre heureux à nouveau. Mais là où Apatow assimile le bonheur aux conventions sociales (famille-argent-confort), Stoller se contente de peu : prendre une vague au surf, se soûler au rhum dès 9h du mat, sauter dans la flotte avec une fille sympa, monter un spectacle de marionnettes ridicule mais sincère, s'en taper 5 avec son pote, voilà ce qui suffit à son héros pour retrouver le goût de la vie. Une vie où se faire tailler une pipe par son ex repentante peut être moins fun que d'écrire une comédie musicale sur Dracula. Touchante approche de la chose, mélancolique et douce. Il y a ça et là quelques idées vraiment jolies, comme cet homme placé face à l'image de celle qu'il aime, projetée en écran géant (la belle est actrice), comme une réminiscence obsessionnelle du visage aimé.
Derrière ses postures de collégien (les vannes à base de bite, les caricatures de personnages, l'emploi de la musique hésitant (ici, "Get me away" de Belle & Sebastian qui arrive comme un poil (de couille) dans la soupe)), Stoller se montre sentimental, sans tomber dans la mièvrerie ou le romantisme bon marché. Du coup, les scènes les plus "concrètes" (un homme qui pleure comme une madeleine en écoutant une chanson pourrie qui lui rappelle son amour perdu) passent en douceur, et on aime vraiment ce personnage banal, légèrement loser, qui traverse une période qu'on a tous connue. De mise en scène, point, ne me faites pas dire que Stoller est Eisenstein ; mais tant pis : tel quel, Forgetting Sarah Marshall est un moment tendre et juste sur la difficulté de vivre et de grandir.
