The Woman on Pier 13 / I married a Communist (1949) de Robert Stevenson
Rah, on n'est pas vraiment dans la fine fleur du noir avec cette œuvre de Stevenson que l'on peut gentiment soupçonner d'être de propagande... Robert Ryan (Bradley Collins) a pourtant au départ tout pour lui : il vient d'être nommé vice-président d'une compagnie de transport maritime à San Francisco et se retrouve au bras de la
toute nouvelle Mme Collins : la brunette Laraine Day. Seulement voilà, le passé va rattraper notre Robert : il y a d'abord une amourette de jeunesse, la blondinette Janis Carter, jalouse comme un pou qui semble bien décidée de lui faire payer son nouveau bonheur - mouais, po gagné d'avance ; l'autre caillou dans la chaussure du Robert risque d'être plus compromettant : dans sa jeunesse folle, il fut communiste (Robert Hue, aussi, hein, po grave)... Oui, mais le chef du parti (un gros forcément antipathique qui semble gérer un cartel de la mafia - ah nan, il y a un intellectuel, il a des lunettes (mais ce n'est pas le moins vicieux)) risque de tout dévoiler et... mouais, try again... eh ben, le gros possède surtout une ancienne lettre manuscrite du gars Robert où il reconnaît son implication dans un meurtre... Ah oui, là, certes, on rigole beaucoup moins. D'où grosse pression sur le Robert qui doit tout faire pour ruiner les discussions entre la direction et le syndicat de dockers... Rah, rageant. Sans parler de la Janis (toujours, elle, au parti) qui fait du rentre-dedans à son beau frère et tente de l'engluer sentimentalement et politiquement...
Le premier problème du film est sûrement de vouloir nous faire comprendre que la seule boulette de Robert fut d'être au P.C. (le meurtre finalement, on en parle po vraiment) ; la seconde chose peu glorieuse qui semble tenir à cœur à Stevenson (qui affectionne, par ailleurs, apparemment, les gros gros plans peu finauds) c'est de montrer que les cocos c'est comme les indiens, il n'y en a de bons que morts (le casting va se faire décimer, je te raconte même pas). Même si la chtite Janis Carter aura la possibilité de prouver, malgré son appartenance au parti, qu'elle a encore un cœur, son retour en grâce ne durera juste que quelques secondes avant une mort... euh... violente (cela s'appelle "tomber de haut" en base jumping sans parachute). Ryan va également devoir combattre jusqu'au bout "ses vieux démons" (dont l'ignoble tueur coco William Talman - toujours dans les sales coups celui-là) mais finira par payer lui aussi au prix fort son passé "insouciant". Po grand chose à retenir sinon, si ce n'est que la Laraine et la Janis, lors de leur ultime face à face, livre un gentillet morceau de bravoure dans le genre Blonde (énervée) vs Brune (étonnée). La petite pétarade finale (Robert, seul contre tous dans un dépôt : cela fait toujours son effet) ne suffit pas à sauver ce film un chouilla trop "démonstratif", dirai-je.
Jane Eyre (1944) de Robert Stevenson
N'ayant jamais lu ce gros pavé d'une des gâtes Brontë (la Charlotte), je ne suis po vraiment bien placé pour discuter de la fidélité de l'adaptation. Nonobstant - j'ai quand même le droit d'utiliser des mots de plus trois syllabes, quand même - on peut noter l'effort (Aldous Huxley au scénar tout de même) de ne pas se lancer dans une oeuvre fleuve de 4 heures, barbantes en diable, ce qui est déjà appréciable. Le générique mérite en lui même le détour, Orson Welles dans le rôle du ténébreux et colérique Rochester, la frêle et diaphane Joan Fontaine dans celui de Jane, la toute jeune Elizabeth Taylor, 12 ans (et qui lui ressemble déjà terriblement, bizarre - avant les 12 mariages, on s'entend) et sans Lassie son chien fidèle, et le terrible et effrayant Henry Daniell qui joue la teigne de directeur de l'école, Brocklehurst. Des décors gothiques qui font leur effet avec d'immenses nappes de brouillard qui vont vhouvhou, une musique originale signé Bernard Herrman qui emballe l'ensemble, tout de même du beau monde, sans oublier Stevenson qui a quand même commis Mary Poppins...
Jane Eyre a eu une enfance terrible, ne comptez pas sur moi pour vous la décrire par le menu, d'abord chez sa chienne de tante puis dans cette véritable école-prison. Partie assez courte, et c'est un peu dommage, car certaines scènes valent le détour (la pauvre chtite perdue sur son tabouret dans cette immense salle vide : au niveau de la profondeur de champ, il est point impossible de reconnaître la papatte du Welles). Ensuite notre Jane se retrouve dans un immense château tout glauque, erre dans le brouillard, jusqu'à l'arrivée tonitruante du Welles : il est encore jeune, tout pimpant et il fronce des sourcils comme un ogre tout du long. Il est clair que son jeu contraste avec celui de la pauvre Jane, toute fébrile et tremblante de peur... Mais elle va savoir dompter l'animal malgré d'immenses périodes de doute...
Le film nous abreuve de longues tirades de dialogues et c'est parfois un peu dommage de ne pas faire plus confiance aux silences, pour laisser planer l'atmosphère trouble des lieux. Une séquence un peu grand guignolesque - la foudre qui frappe l'arbre mort, ouhlà - lorsque la Jane se réfugie dans les bras de l'Orson, une seconde partie définitivement un peu plus lâche, ça sent parfois le cahier des charges et l'adaptation un peu scolaire, sans parler des 12 dernières séquences qui s'enchaînent rapidos pour toucher au but. Non, c'est loin d'être un chef d'oeuvre du genre, disons-le, mais l'ensemble est d'une tenue honnête; on est loin de Rebecca, bien loin, pour faire un clin d'oeil à la Joan et au Bouddha, par l'intermédiaire de son compositeur attitré (oui je sais, ami Gols, la musique de Rebecca est signé Waxman, j'ai bien fait de vérifier, tiens...) - mais le jeu de certains acteurs ne manque tout de même pas de panache - Welles en fait des caisses, certes (affreuse scène finale), mais ne nions point son charisme et son énergie pour l'un de ses premiers rôles dans le film d'un autre - même si, apparemment, il ne pouvait s'empêcher de coller son oeil à la caméra. Sacré Orson, hein.









