01 avril 2012

Faust (2012) d'Alexandre Sokurov

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Toujours une étrange expérience esthétique que celle de découvrir une œuvre de Sokurov. On est littéralement plongé dès les premières images (un cadavre éventré que l'on vide de ses tripes... Où peut bien se cacher son âme, si jamais âme il y a...) dans un univers glauque et morbide avant de découvrir, dans des tons ocre-verdâtre, un petit village allemand peu ragoutant : le Docteur Faust, affamé, se promène dans ces petits ruelles se faisant alpaguer par d'autres individus crevant la dalle, se faisant presser par une foule indisciplinée (tout au long du film, on ressent ce sentiment d'étouffement, de promiscuité, avec ces nombreuses séquences où les personnages se retrouvent coller l'une contre l'autre, à l'étroit dans une ruelle, un passage, un réduit). Faust va faire la connaissance d'un "inquiétant" (c'est le moins qu'on puisse dire) prêteur sur gages, un individu au physique difforme et abominable (on le découvrira tout nu dans une séquence suivante avec son sexe... au bas du dos - ça sent le soufre, oui). Cette créature diabolique n'aura de cesse de lui coller aux basques, l'emmenant parmi des lavandières (l'une des séquences les plus éblouissantes par sa luminosité et ses tons délavés (hum)) où il fera la connaissance de Margarete (Isolda Dychauk, un visage d'ange dans ce monde de brutes), l'entraînant dans une auberge où il provoquera accidentellement la mort d'un homme (le frère de Margarete)... Faust, obsédé par le personnage de Margarete, signera alors ce pacte avec le diable pour passer une nuit avec elle... mais n'aura de cesse de se montrer insatisfait, d'en vouloir plus ; cette véritable fuite en avant les conduira dans des paysages désertiques (l'Islande et ses geysers...) où Faust après avoir voulu régler son compte au diable lui-même continuera sa course insensée...

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On ne peut qu'être frappé par ce tourbillon d'images, ces personnages quasiment toujours en mouvement comme si tout repos (de l'âme) était impossible, ce soin extrême apporté aux décors, aux costumes (troublante Hannah Schygulla dans un costume de "reine de pique" mortifère), aux couleurs ; une étrange inquiétude se dégage de ses séquences peuplés de morts, de pestiférés, de monstres (de l'homoncule lynchien aux créatures du diable qui errent dans la chambre de Margarete), un univers malsain dans lequel le Docteur Faust, reniant tout intérêt pour les sciences, ne s'intéresse plus qu'à l'assouvissement d'envies primaires (la faim, la luxure, la cupidité...). Une froideur constante plane sur cet univers (même l'acte amoureux entre Faust et Margarete filmé de façon relativement "crue" ne dégage guère de sensualité, c'est clair... magnifique plan, sinon, en passant, où les deux amants avant de consommer l'acte se retrouvent au bord d'un lac dans lequel ils plongent ensemble comme deux "poids morts") et si l'esthétisme prime, on pourrait tout de même regretter que peu "d'émotion" surgissent finalement de ses images - ce n'est pas vraiment le but du jeu, me ferez-vous remarquer, mais cette univers glaçant, rempli de symboles (la présence d'animaux tarkovskiens notamment) laisse peut-être parfois le spectateur un peu sur la touche... Reste à savoir quelles images, après cette petite impression à chaud, continueront de nous hanter, malgré nous.

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19 juillet 2008

Alexandra (Aleksandra) (2007) d'Alexandre Sokurov

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Une grand-mère russe vient rendre visite à son petit fils dans un camp militaire en Tchétchénie. Bon ben pour le résumé, c'est emballé. Bien que le film soit tourné sur place, la dimension humaine du film semble plus préoccuper Sokurov que toute dimension politique. Interprétée par l'immense Galina Vishnevskaya, cette grand-mère erre dans le camp et en dehors comme pour tenter de prendre le pouls de la situation...  Elle a sel4certes quelques problèmes pour se mouvoir de ce wagon de train militaire à ce char blindé, comme un symbole d'une vieille Russie, mais elle garde toute sa fierté et son autonomie pour se faire une idée par elle-même : dans le camp, elle ne ressent qu'un immense désoeuvrement de la part des soldats comme si ceux-ci ne savaient pas vraiment eux-mêmes ce qu'ils sont censés faire ici; au dehors, elle sympathise immédiatement avec une femme tchétchène de son âge qui tente, malgré la misère de cette ville déchiquetée, de lui expliquer que son peuple porte en lui la joie de vivre et le rire... Cette proximité, cet échange, cette volonté d'empathie -les deux femmes ont perdu leur mari- sont plus forts que tout discours politique. Galina n'est pas avare, malgré tout, de remarques subreptices qui font souvent mouche : "Les militaires savent détruire mais rarement reconstruire"; "Le pouvoir ne réside pas dans la force mais dans l'intelligence". Elle doit faire face cependant aux commentaires de son petit-fils qui lui reproche avoir ressenti dans son enfance une constante autorité dans son ménage : ce manque de tendresse qu'elle eut peut-être envers ses enfants - la génération qui mène cette guerre - il semble, lui, la payer aujourd'hui. La grand-mère et le petit-fils font finalement preuve d'une grande complicité et d'une belle tendresse comme s'ils étaient, au final, tous les deux, les victimes de leur temps.

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L'image sépia, délavé ou jaunâtre de Sokurov touche comme toujours au sublime d'autant que les petites pointes musicales ici ou là sont d'une immense justesse : entre mélancolie et tristesse, elles soulignent parfaitement tout le désarroi des personnages, leur immense fatigue ou leur élan de générosité. Galina Vishnevskaya habite littéralement ce film, emplit chaque cadre de sa démarche maladroite ou de son regard compatissant : elle est l'âme russe de ce film en proie aux doutes mais jamais à court d'espoir... L'humanisme et l'esthétisme de Sokurov sont, une fois de plus, d'une profondeur qui transcende les frontières.

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13 mai 2008

Mère et Fils (Mat i syn) d'Aleksandr Sokurov - 1997

mere_fils_25Comme dirait Groucho Marx, j'ai vu un excellent film, mais ce n'était pas celui-là. Mère et Fils est un authentique faux chef-d'oeuvre, qui fait tout ce qu'il faut pour qu'on crie au génie, mais qui finalement n'a rien à dire (c'est pas très grave), et pas grand-chose à montrer (ça l'est plus). En fait, ça ressemble à ces dvd vendus dans le commerce, et qui diffusent en boucle des images d'aquarium, ou un feu de cheminée, pour se donner l'impression d'avoir assez de temps pour nourrir des poissons, ou assez d'argent pour avoir une cheminée : c'est vide, mais ça fait trop class de l'avoir chez soi.

Sokurov nous donne à voir, pendant 1h06, des tableaux amples et sensibles de la nature, dans laquelle s'inscrivent deux personnages : une vieille femme mourante et son fils. Dialogues histoire3a_02réduits à trois lignes, action inexistante, beauté des cadres, tout y est pour réussir un film comme je les aime, un mix entre Kiarostami, Kawase et Weerasetakul, disons. Mais là où les trois cinéastes pré-cités parviennent à trouver dans ce retour aux sources une contemporanéité indéniable, Sokurov s'enfonce lui dans une esthétique ringarde et maniérée qui le renvoie complètement à ses études académiques de Beaux-Arts. En matière de tableau, il nous offre le pire de la gravure fin XIXème, une sorte de naturalisme figuratif complètement dépassé. Son maître a l'air d'être Doré, ses références les tableaux de chasse qu'on a tous vus chez pépé et mémé. Pour masquer le manque d'ambition de ses cadres et la pauvreté de son regard sur la nature, il tente d'étirer l'image, de travailler sur le temps, sur l'arrêt de la trame, mais ne réussit qu'à plomber un peu plus son sujet. On finit par avoir un rictus qui se dessine au coin des lèvres devant cette volonté hystérique de faire arty, comme l'avorton d'une bande de loubards qui voudrait bien, lui aussi, être un méchant. Mère et Fils est juste maniéré, ampoulé, radical comme peut l'être un ado qui découvre Pialat (référence inconsciente du film, La Gueule Ouverte est une gifle monstrueuse à la face de ce film).

histoire3a_01Alors bien sûr c'est techniquement irréprochable, ça dégage des arrière-plans superbes (ce film est idéal pour un fond d'écran d'ordinateur, je dis ça je dis rien), c'est splendidement chiant comme tout film d'auteur qui se respecte, ça a sûrement des répercussions que je n'ai pas su voir (je sais pas, un discours sur la Shoah ou sur Nietszche). Mais c'est aussi un film de crâneur, pas assez radical, peu courageux, et définitivement tourné vers le passé. Je remercie pourtant ici officiellement mon fournisseur de dvd chinois, co-auteur de ce blog, qui aime je crois particulièrement ce film ; pas pour moi, c'est tout.

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08 novembre 2007

Elégie de Moscou: Andrei Tarkovski (Moscow Elegy) (1988) d'Alexandre Sokurov

MEL_VI_bUn docu d'1h30 de Sokurov sur Tarkovski, je m'en frottais les mains d'avance. Et ben boum, catastrophe, énorme déception, c'est plat de bout en bout. Sokurov, contrairement à Chris Marker qui avait su trouver un angle personnel pour parler de ce maître, reste totalement aphone, ne tente aucun commentaire, aucune pensée, aucune réflexion: il semble comme aveuglé par la seule présence de Tarovski à l'écran ou par les extraits de ses films; on a droit, avec une image qui n'est pas d'une grande qualité, à de longs morceaux de Nostalghia (bon autant se faire le film en entier), aux mêmes extraits pris par Marker de Tarkovski en tournage sur Le Sacrifice - mais en noir et blanc et sans aucune analyse et comparaison avec la séquence du film - et cerise sur le gâteau, on visite les différents apparts du maître... Certes le gars a fait des films sur la mémoire, mais franchement nous montrer son deux-pièces en Russie, personnellement je m'en contrebalance... "Tarkovski avait peu de meubles..." - c'est bon mon appart est comme le sien, moi aussi je peux être un génie, je commence demain, tiens... Franchement, de qui se fout-on dans ce montage d'images d'archives: la mort et l'enterrement de Brejnev sont intercalés tout d'un coup... on nous dit pas le rapport avec l'œuvre de Tarkovski... Nan mais on avait des bouts là qui traînaient...  Sur les thèmes, la mise en scène, le montage, l'image de Tarko, Sokurov ne lâche pas un poil d'idée et on se demande au final ce qu'il a voulu montrer ou dire en faisant ce docu... Tarkovski, lors d'un court extrait, dit brièvement qu'un artiste est quelqu'un qui se sacrifie pour les autres, idée qu'il développe dans son livre, bien... Sinon on apprend vraiment que dalle - si ce n'est sur sa vie privée: il a changé d'appart 4 fois, putain c'est passionnant. Mouais raté ce truc et plus que décevant connaissant le bonhomme. Aucune étincelle.

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03 novembre 2007

Elégie de la Traversée (Elegiya dorogi) (2002) et H. Robert, une Vie Heureuse (H.Robert. A Fortunate Life) (1996) d'A. Sokurov

EOV_VI_bPetite merveille sokurovienne que cette Elégie de la Traversée qui ne peut que faire penser au "montage poétique" de Tarkovski: même si l'histoire de Sokurov se veut plus linéaire, ce voyage dans le temps et dans l'espace nous amène d'un petit village de Russie, lieu de son baptême, à un magnifique musée désert (celui de Rotterdam) après avoir traversé, dans les tempêtes de neige, des eaux noires et des routes illuminées par la lumière aveuglante deutrecht_sint_maria phares de voiture. Sokurov a décidément un don pour nous proposer un grain d'image d'une troublante opacité. Si les flocons de neige sont superposés sur son image, cette dernière est également constamment "flottante" (ben ouais, ses lignes horizontales sont mouvantes) ce qui donne un réalisme étonnant notamment aux tableaux présentés. On se laisse embarquer par cette voix off (qui rappelle celle du guide dans l'Arche Russe) et sur ces images à la fois nostalgiques et irréelles: Sokurov mêle le ton du rêve à celui des souvenirs personnels et on se laisse hypnotiser avec plaisir par ce flux d'images toujours en mouvement, somptueusement enchaînées; cette poésie cinématographique nous amène donc jusque dans ces salles "oubliées" de ce musée où l'on découvre des œuvres de Van Gogh, de Brueghel mais surtout des tableaux saisissants de Pieter Saenredam (on oublie la beauté artistique simple quand on vit à Shanghai, si, si je vous jure); on pénètre au plus près de ces toiles qui possèdent une sérénité, un calme d'un autre temps. En 45 minutes, Sokurov réussit le miracle de nous faire décoller de la réalité et c'est dans un état second, entre léthargie et apesanteur (et j'avais rien fumé, j'ai fait 15 bon dieu de kilomètres en vélo pour mettre la main sur cette œuvre, pas volé) qu'on remet sa conscience entre ces images. Sokurov, aime bien moi quand même.

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300606_hubertL'autre court métrage du DVD est une visite de l'œuvre du peintre français (enfin il me semble) Hubert Robert dont l'on retrouve nombre des toiles au musée de l'Ermitage: apparemment les tsars en raffolaient et notre Hubert n'était pas bégueule dans le rendement; paysage de ruines, structures architecturales démesurées et imaginées par le Robert, Sokurov joue là encore en superposant les images: des nuages semblent traverser les toiles et cela donne des variations de lumières et de couleurs du plus bel effet. La caméra louvoie autour des peintures et certains détails, comme celui du peintre devant les ruines, sont longuement exposés. Po mal le Robert non plus, ah si.

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10 septembre 2007

Elégie paysanne: Maria (Mariya) (1978/1988), Le dernier Jour d'un Eté pluvieux (1978) d'Alexandre Sokurov

924749Il est bon de retomber dans le vrai pointu - et là encore pas forcément dans le nécessaire, remarquez.

Maria se présente donc en deux parties: Maria, en été 78 et Maria, 9 ans plus tard; la deuxième partie est en fait la présentation du premier film tourné donc neuf ans auparavant aux habitants de cette bourgade, la pauvre Maria étant morte en 82... Que dire sinon que notre Maria est morte à 45 ans alors qu'elle en paraissait 75, qu'elle a perdu son fils de 12 ans et qu'on la voit encore cette année-là inconsolable au cimetière, qu'elle a l'air dur au mal quand il s'agit de faucher et qu'on a fini par l'enterrer un jour pluvieux. Sokurov nous présente cette héroïne rurale, fauchée comme les blés, mais vaillante comme une faucille. Elle parle entourée de sa babouchka, Petruschka, sa fille, et Grishka, son mari, (prénoms non contractuels) d'une voix émue, toujours au bord du gouffre, semble-t-il. Quand elle parle de vacances, elle ne se rappelle que le fait de dormir 24h sur 24. Bon, on a bien droit à nos couchers de soleil sur les champs, ça donne pas non plus envie d'y partir en vacances, d'autant que la deuxième partie est d'une tristesse abominable (en noir et noir).

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Heureusement (...?), Le dernier jour d'un été pluvieux est encore pire, entièrement en noir et blanc, nous faisant l'honneur de nous parler de ce monde malheureusement définitivement englouti, celui des kolkhoz (pense pas avoir réutilisé ce mot depuis la classe de troisième... qu'est-ce qu'on a pu nous gaver d'ailleurs avec l'économie soviétique quand même!!!! Que du flan en plus...). Notre ami -appelons-le Igor-, le chef kolkhozien, nous parle avec émotion de tous les quotas qu'il a réussi à remplir ces vingt dernières années avec un petit pincement au coeur, et si son visage n'était pas buriné, on aurait envie de l'exécuter sur place. Là encore, malgré tout, flotte dans l'air, à défaut d'un parfum de nostalgie, le sentiment que cela est sur le point de disparaître: on sent presque dans le regard des vieilles personnes qui l'entourent (elles ont sûrement dû avoir envie de le tuer 43 fois) qu'elles le considèrent comme un Messie...

Sokurovien dans l'esprit (à la recherche d'un temps perdu... - dans les deux sens des termes...), pas dans la qualité des images...

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16 juin 2006

Le deuxième Cercle (1990) (Krug vtoroy) d'Alexandre Sokurov

second_circle_1_Si vous recherchez un bon film pour vous remettre la patate, passez votre chemin. Le deuxième cercle c'est un peu un épisode de Six feet under avec absolument aucune histoire. Minimaliste et trivial, c'est encore du grand art, parce que tout simplement Sokurov est aussi attentif et précis qu'un étymologiste.

Pour mieux filmer la mort, il nous montre les aspects les plus banals de la vie lorsqu'il s'agit d'enterrer son père dans la Russie profonde: le laver dans la neige (brrr), l'habiller (quel slip il préférait?), commander un cercueil quand on a deux balles et qu'on tombe sur une grosse qui n'a pas le même tact que les frère Fisher, mettre des chaussettes parce que c'est la loi (scène terriblement absurde et violente que celle où le fils, un peu balot, dispute à la grosse dame le droit d'enfiler les chaussettes à son père) puis sortir le cercueil avec bien sûr le truc qui reste coincé dans les portes et enfin se débarasser (scène assez attendrissante où le fils replie les choses avec douceur et soin) des quelques effets (le matelas pour enlever les mauvaises ondes comme dirait Betty) de pauvre papa trépassé. Avec une image constamment jaune ou vert pisseux (c'est pas la fête à Neuneu), Sokurov nous fait ressentir toute la maladresse du fils qui dans les gestes ou en esprit semble complètement dépassé. Très pudique, toujours avec un sens des cadrages et des lumières poisseuses qui le caractérise, Sokurov signe encore une oeuvre ciselée au rythme profondément humain et juste.

Faut po non plus en abuser.

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04 mars 2006

The Sun (Solntse) (2005) d'Aleksandr Sokurov

                                           Sokurov est-20050913_thesun_1_il actuellement le plus grand réalisateur? Eh eh.

Esthétiquement parlant sûrement. Mais disons 2-3 mots du film, qui retrace la journée où HiroHito accepte du Général MacArthur une défaite diplomatique.

Sokurov a tenu à préciser que ce qui l'intéressait n'était point de faire le portrait de dictateurs mais d'hommes qui étaient sortis des rangs de l'Histoire et d'en révéler la part d'humanité quelle qu'elle soit. Au cours de cette journée où HiroHito se déchoit de lui-même du rang de Dieu à celui d'homme, on assiste à des scènes toujours sur le fil du rasoir.

De la première séquence - où  l'on sent la sueur du majordome qui s'offusque des déclarations de l'Empereur qui commence à se comparer à un être humain "normal", à la seconde -un conseil des Ministres qui fait passer celui d'Hitler pour une réunion Tupperware-, en passant par la troisième où il étudie un crabe et qui rendrait sympathiques tous les Profs de Sciences Nat du monde, ou la quatrième où HiroHito feuillete un album-photo de famille puis... celles de grandes stars américaines avec un petit rictus qui ferait passer Jack Nicholson dans the Shining pour l'un des Trois petits cochons... enfin, bref, toutes sont d'une finesse, d'une justesse, d'un calibrage, d'un équilibre frêle... sans parler d'une bande son ultra travaillée (mélangeant effets sourds de bombardement, parasites radio... on dirait du Lynch). Il y a plus de magie dans chacune des scènes que dans les films américains des 6 derniers mois... Les scènes où HiroHito se fait prendre en photo par les Américains en personna30_1_ge Chaplinesque malgré-lui, où il se retrouve comme un nain dans la voiture des Américains, où il retrouve sa femme avec une gaucherie énorme (l'acteur japonais dans le rôle de l'Empereur est stupéfiant si l'on accepte le fait qu'il ne ferme jamais la bouche)...

Bon ce serait aussi simple si vous veniez à la maison pour qu'on en discute, surtout qu'il est tard là quand même. Je mets des bières au frais. (Oui, de la Suntori pourquoi pas, tiens, ça changera).

Sokurov est grand.

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