Hard Candy (2005) de David Slade
Après The Woodsman, Hollywood revient sur les pédophiles dans ce huis-clos qui rappelle paradoxalement La Jeune Fille et la Mort de Roman Polanski, je dis paradoxalement car dans le film celui-ci est cité comme exemple de pédophile qui "vient de recevoir un Oscar" (...ouais, je ne sais que dire).
Bon je sens encore que l'ami Bas***en va m'en vouloir à mort si je dis que cette histoire de jeune fille de 14 ans qui séquestre un pédophile, lui fait croire qu'elle lui coupe les couilles (Ah ça, ça me rappelle les débats des journaux en Malaisie...(...)) avant de le pousser à se pendre est tout de même un peu tirée par les cheveux. Le film, on est d'accord, a l'"audace", si on veut, de traiter frontalement du sujet mais tranche également en faveur de la peine de mort de façon, euh, comment dire, lourde. Pour ce qui est de la forme, il faut reconnaître à Blade un certain esthétisme visuel, qui frôle
tout de même l'imagerie publicitaire sans parler des lumières assez flatteuses et douces sur sa Lolita (je vous rassure Ellen Page avait 18 ans au moment du tournage, ouf) qui sont parfois limite tendencieuses. Le film, construit comme un thriller avec des dialogues qui fusent, peut également laisser pantois pour parler d'un sujet si délicat et traumatisant. Pas facile à avaler ce Hard Candy au final.
PS: Ami *astien, que cette fille représente sa conscience (ou non), conscience qui le pousserait au suicide (ça me fait penser à "I am a dead girl" de Shyamalan et Dustin Hoffman dans le pauvre Jeanne D'arc de Besson, pardon pour les références...) cela n'en demeure pas moins que Slade s'en sert au maximum pour dramatiser son sujet au maximum, alors que le thème est, malheureusement, déjà suffisament dramatique en soi (tout comme les 15 000 mouvements de caméras dans United 93). De plus, si elle est sa "mauvaise conscience" (2-3 preuves très très légères parsemées ici ou là), celle-ci ressemble étrangement à la conscience d'une "certaine société américaine" prête à vouloir pendre par les couilles ce genre de déviant (Ah si tous les serial-killers et les pédophiles pouvaient avoir le courage de se suicider...!). Le meilleur des Mondes quoi, en quelque sorte... (Shang - 18/10/06)
J'espère que je ne vais pas mettre notre ami Ba***en en colère (j'attends ses SMS), mais je trouve mon camarade bien délicat avec ce film somme toute dégueulasse. Slade pille allègrement dans un sujet ardu (la
pédophilie), l'habille d'un costume de film de genre pour faire passer la pilule, revoit en surface Audition de Miike, et nous sert un film spectaculaire qui ne s'embarasse strictement d'aucune éthique. Je suis d'accord avec lui, la pédophilie, c'est pas bien ; là où je le suis moins, c'est sur la sorte de jubilation fascinée qu'il met à torturer cet homme. Dans un premier temps, quand le caractère déviant du personnage masculin est encore flou (est-il vraiment pédophile ou non ?), Slade nous range délibérément de son côté : on est scandalisé par la violence de la jeune fille, et on n'attend qu'une chose, c'est que le type arrive à s'en sortir. Dès qu'on aprend qu'il est vraiment trouble, la mise en scène fait tout pour qu'on applaudisse à deux mains devant sa lente torture. Ah bon, il est malade ? Alors coupons-lui les couilles ! Merci, David, mais on est peut-être assez grand pour se construire tout seuls une morale concernant la pédophilie.
En plus de plaider pour la castration, l'humiliation, et la peine de mort pour les déviants sexuels, Slade voudrait bien aussi plaire au plus grand nombre (qu'il se rassure, il est sur la bonne voie). Il surcharge donc son film de clichés publicitaires du meilleur goût (musique de Blonde Redhead, couleurs polissées, montage zapping), et n'oublie pas, au passage, de
poser un regard franchement bovin sur le corps de sa comédienne (peu importe qu'elle ait 18 ans en réalité, le film nous dit qu'elle en a 14). Ellen Page est filmée comme une personne sexy, plus vieille que son âge, ce qui renvoie toute tentative de discours digne dans les cordes : Slade est tout aussi voyeur que le personnage qu'il prétend condamner. C'est bien ça, le problème : faire du spectacle sexy avec un sujet qui ne devrait pas l'être, et venir titiller nos plus bas instincts de vengeance en les habillant de jolies images clipesques. Ajoutons qu'Ellen Page est nulle (j'ai mis du temps à la remettre, mais c'est l'actrice de Juno (racolage hollywoodien, sors de ce corps)), et que le scénario, en plus d'être infâme, est invraissemblable du début à la fin. La comparaison que fait mon collègue avec La Jeune fille et la Mort de Polanski est pertinent : on est bien dans le bas du panier en matière d'entertainment : on prend un sujet que tout le monde s'accorde à condamner, et on donne à manger aux chiens. On aurait bien vu Charles Bronson dans le rôle de la jeune fille. (Gols - 29/03/09)
30 Jours de Nuit (30 Days of Night) de David Slade - 2008
30 Days of Night a l'air d'un film écrit et réalisé par un gosse de 15 ans, mais qui aurait su s'entourer d'une solide équipe technique. Dans le genre, c'est du coup un film relativement agréable, qui a le mérite de savoir planter une ambiance à défaut d'autre chose.
Le film est en effet assez beau et assez inspiré quand il s'agit de l'originalité de sa situation de base. Ce n'est pas tant ce concept de nuit qui dure un mois qui fonctionne : c'est original, certes, et le fait de planter son action au Pôle Nord est plutôt mignone ; ça rappelle The Thing, d'une part, et d'autre part ça sonne comme une volonté de réaliser un "film d'horreur ++", avec une nuit éternelle et donc 10 fois plus inquiétante. Idée sympathique donc que de créer un film de vampires dans une obscurité qui n'en finit pas. Mais après tout, c'est le lot de tous les films d'horreur que de se jouer dans la nuit plutôt que dans le jour, et 30 Days of Night ne parvient jamais à rendre compte de ce temps qui passe, de cette traque perpétuelle des monstres dans la nuit ; il ressemble aux autres, sans plus. Non, ce qui est bien plus probant, c'est justement ce décor de minuscule ville coupée de tout au sein des glaces et du blizzard. Slade, ou plutôt son directeur de la photo, sait utiliser en plein cette ambiance, et sert quelques plans magnifiques de fin de règne grâce à ce décor : un long travelling en plongée qui suit le massacre des habitants dans les rues, où le sang se répand sur la neige, ou encore un groupe de survivants fantômatique pris dans une tempête. La micro-société représentée par ce village rend encore plus fort le danger qui s'abat sur eux : ils sont loin de tout, et en plus leur unicité est pulvérisée par les vampires. Jolie atmosphère, donc, magnifiée par une musique assez barrée et des couleurs métalliques vraiment belles.
Mais pour tout le reste, Slade est un amateur à la limite de l'idiotie. Le scénario surtout laisse rêveur, en ce qu'il ne contient strictement aucun enjeu. Slade s'inscrit dès le départ dans la grande tradition des films de vampires (un bateau pris dans les glaces qui véhicule la mort), puis laisse tomber le thème pour filmr un simple divertissement. Il y aurait eu pourtant la place pour un film politique (la communauté menacée par l'Etranger, le danger qui vient de l'intérieur) ou "fantasmatique" (les vampires rappellent la force de crédulité des humains, et tiennent à rester dans le domaine du rêve pour les laisser dans l'ignorance) ; mais non, Slade n'en a rien à faire, et préfère aligner des idées ridicules pour résoudre son scénario laborieux. Exemple : pour tuer les vampires, on utilise une lampe à ultra-violet censée imiter la lumière du soleil... Même soûl, on se demande quel producteur a signé pour voir cette idée mise à l'écran.
D'autre part, après une première demi-heure convaincante, le film devient confus comme c'est pas permis :
le montage maladroit fait qu'on ne se repère plus du tout dans l'espace, et qu'on perd très vite de vue les personnages, qui se séparent puis se retrouvent puis se font hâcher menu sans qu'on sache ce qui les a amenés là. Quant aux scènes de pure terreur, elles sont totalement illisibles, filmées dans une sorte d'énergie hâchée qui empêche de voir quoi que ce soit. A l'exception d'une scène de décapitation filmée frontalement, on a l'impression que Slade a peur de faire trop gore, ou dissimule son manque de moyens en brouillant la vue. Le film se résume vite à une succession de poursuites suivies de massacres sans réellement déclencher la peur. Trop gentil, le Slade, alors qu'on le sent envieux de jouer avec le feu (une petite fille vampire qui se fait découper en deux par le héros, ça aurait pu être très drôle si ça avait été assumé). Ca vire assez vite au film de potache mal dégrossi et peu
au fait de la technique cinématographique. Les dialogues, hilarants sans le vouloir ("Je t'ai vu trancher la tête de cette petite fille à coups de hâche, mais bon sang, Bruce, tu n'as que 15 ans" (de mémoire)) finissent de nous achever.
Reste donc un beau regard sur la communauté et une grande inspiration dans les ambiances ; on voudrait que Slade réalise autre chose qu'un film d'horreur, pourquoi pas un "Out of Africa" nordique, par exemple. Mouaif...
