Insomnia (1997) d'Erik Skjoldbjærg
Film dont a été tiré le très pâle remake de Christopher Nolan (dont je me rappelais qu'une vague course poursuite sur des rondins avec Robin Williams en méchant peu crédible). Sans faire dans le poncif, on retrouve dans le film de Skjoldbjærg (bien prononcer le "b" sinon c'est idiot) à la fois la glace et le feu. Je m'explique.
Un peu comme chez son voisin danois Per Fly (The Inheritance -solide quoiqu'un peu plat), il y a chez le Norvégien un univers très glaçant que renforce ici la lumière boréale du film: une image très nette, au contour très précis qui vient souligner la lente dépression du héros (Excellent Stellan Skarsgård, aperçu chez Lars Von Trier) qui tombe dans une somnolence infernale: pris dans un engrenage diabolique (à la suite d'une bavure (il tue son partenaire) qu'il essaie de cacher, il se voit obliger de couvrir le véritable meurtier sur lequel il enquête, ce dernier ayant été témoin de la bavure), abruti par cette lumière constante qui l'empêche de dormir d'où le titre (une journée de 25 h c'est chiant à la longue), le héros se fourvoie dans une situation contre laquelle il doit lutter pour calculer chacun de ses mouvements, rattraper chacun de ses faux-pas. L'image très froide vient ainsi renforcer son manque d'emprise sur les événements contre lesquels il essaie de se battre corps et âme.
Beaucoup plus de feu aussi que dans le remake car 3 scènes plutôt torrides ponctuent le récit (la séquence qui met en scène sa propre tentation (mettant en abyme le crime du meurtrier) lorsqu'il met la main entre les cuisses de l'adolescente dans la voiture, la scène d'amour entre celle-ci et son copain à laquelle il se complet à assister en voyeur, la scène d'amour enfin entre lui-même et l'employée de l'hôtel durant laquelle il perd le contrôle). On assiste au final à un film plus hard-iced qu'hard-boiled (si je peux me permettre) mais où on finit par sentir coller sur le héros la même poisse que sur un Bogart. A ce titre, le film est bien supérieur à celui de Nolan qui se plaisait simplement à souligner l'allongement des cernes d'Al Pacino (Al Pacino est un grand acteur de cernes cela dit).
Un très bon polar au final qui distille sa part d'angoisse et de nevrose.
