25 avril 2012

Les Tueurs (The Killers) (1946) de Robert Siodmak

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La période de Noël est toujours propice à la révision de ses classiques - et ne me demandez pas surtout pas pourquoi. Quel plaisir de se replonger dans cette version du "citizen Burt" où les multiples flashs-back auraient de quoi faire rougir de jalousie l'ami Welles lui-même... De l'ombre de ces deux tueurs qui sillonnent une rue déserte pendant le générique d'ouverture aux ombres des flics, qui vers la fin, transparaissent à travers les vitres de la maison du suspect number one en passant par celle de Burt Lancaster qui, après un ultime combat de boxe foiré, disparaît dans un couloir lumineux, The Killers ressemble au récit d'un "être fantôme" - Burt a enquillé les désillusions et l'on tente tant bien que mal de retracer toutes les traces de son passé - dont même le meurtre semble finalement... totalement inutile. Si là, on est pas dans le noir pur et dur...

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Siodmak aligne tout bonnement les séquences d'anthologie ; citons en vrac : la séquence du bar, dès le départ, avec ces deux tueurs bien caustiques ("Why are you laughing, what is funny ?" - Scorsese n'a décidément rien inventé), celle de la morgue avec cette main figée et fracassée de Burt, celle du combat de boxe ultra réaliste (Scorsese n'a décidément... C'est sa fête, tiens), celle du casse avec un plan séquence à la grue qui déchire, celle de la rencontre entre Burt et Ava qui électrise littéralement l'atmosphère (nos deux héros séparés justement par une lumière, une scène qui trouverait presque un écho, plus tard, dans celle avec la pauvre bougie qui sépare Ava et l'enquêteur de la compagnie d'assurance (Edmond O'Brien) ("I would have liked to know the Kitty of this time", dit-il alors que l'aura de celle-ci commence dangereusement à fondre...) On se fait un véritable petit plaisir, avec notre ami Edmond, à rencontrer un à un tous les témoins de la vie du Burt, une véritable galerie de portraits qui vaut le détour par sa diversité : un pompiste, une femme de chambre, un ancien flic qui s'est mis à la colle avec... l'ex petite amie de Burt (superbe flash-back en deux temps), un vieil alcoolo, un voyou, une femme fatale... Alors qu'on pensait que le Burt était un type qui s'était, vers la fin de sa vie, "rangé des voitures" après avoir eu en son temps son heure de gloire, on ne cesse, à chaque fois qu'un pan de son passé est révélé, de découvrir à quel point le type a passé sa vie à morfler : le parfait anti-héros - une carrière de boxeur avortée, un ptit tour en prison (juste pour les beaux yeux d'une femme) bien couillon, un casse qui le laisse sans le sou, l'amour de sa vie qui le lourde après à peine vingt-quatre heures de vie commune... Bref le parfait loser dont même la mort, disais-je, ne rime à rien.

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Siodmak nous régale en variant finement les changements d'atmosphère : le mystère de ces deux tueurs dans la nuit, tueurs qui nous feraient presque marrer, dans un premier temps, par leur gouaille mais qui dégainent comme des fous-furieux dans un second, on passe de la froideur d'une chambre de morgue à la violence d'un ring avant de flirter avec la romance (la belle histoire entre le flic et l'ex de Burt), de l'amour fou à l'amour creux, du casse du siècle (quatre types ultra pro) au plan, semble-t-il, le plus foireux du monde (personne ne sait qui a récupéré la thune et nos hommes de s'entretuer joyeusement) puis au plan finalement doublement chiadé (ah ouais ! aaaah ouaissssss ! Roh... les fumiers...), des rêves de grandeur et de générosité (le Burt avec sa belle cravate et ses allures de gentleman qui sauve la mise à Ava) à la déchéance absurde (même po la force de sourciller, le Burt, face aux flingues des tueurs : qu'on en finisse une bonne fois pour toute avec cette vie de merdouille)... On pourrait également souligner l'excellence de la photo (Elwood Bredell, Mister contraste), de la zizique de Rozsa qui sait faire péter les accents violonneux dramatiques, du casting (même les 34èmes rôles ont la tronche de l'emploi et sont immédiatement familiers...), on pourrait, mais tout le monde sait à quel point c'est inutile... Bref, un film qui tue.   (Shang - 25/12/11)

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Bah, tout est dit, camarade, et même si pour ma part je n'ai pas vu ce film à Noël, j'ai été tout aussi emballé par ce classicisme grand crin, ces profondeurs de champ abyssales et ces contrastes sublimes. Que reprocher à un film qui tient aussi bien la corde sans aucune faute de goût ? Peut-être de sous-exploiter un chouille Ava Gardner, traitée ici comme simple femme fatale à longues jambes alors qu'elle était aussi une grande actrice ; là, on a l'impression que n'importe quelle jolie fille aurait pu jouer le rôle. Mais voilà, j'ai fait le tour des réserves. A part ça, relisez le texte de mon confrère, on ne saurait mieux dire. Paresseux, sur le coup, le Gols ? Non, non, juste satisfait.   (Gols - 25/04/12)

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01 janvier 2012

La Femme à l’Echarpe pailletée (The File on Thelma Jordon) (1950) de Robert Siodmak

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L'abus d'alcool n'est pas dangereux que pour la santé. Il peut s'avérer également l'être pour son couple. Attention, je parle bien de ce film de Siodmak où l'assistant du procureur, un certain Cleve Marshall (l'excellent Wendell Corey), décide dans le bureau de son chef de se laminer la tronche : a po envie de rentrer chez lui et de se taper, en the file on thelma jordonparticulier, son beau-père... C'est là que survient en pleine nuit, comme sortie de nulle part, la fée Barbara Stanwyck dans, disons-le, l'un de ses rôles les plus finauds. Un mirage, un rêve ou... le début d'un cauchemar - je rappelle qu'on est dans un film noir, sans vouloir influencer les lecteurs de cette chronique qui, en cette journée particulière, se demandent encore s'ils sont barbouillés à cause des huîtres ou des 42 shots de téquila - l'abus d'huîtres est... Cleve à la recherche d'une âme soeur (hum, hum) l'entraîne dans un bar et ne pourra s'empêcher, bourré comme un coing, d'embrasser la belle. Il ne pense franchement po la revoir après cette véritable inconduite mais comme le lendemain elle se pointe devant son bureau pour lui présenter... son briard (quand une femme vous présente son chien, c'est dans la poche), le Cleve ne peut s'empêcher de se lancer dans une liaison fougueuse... Ils se cachent comme deux ados pour se rouler des palots (la Barbara est, elle aussi, d'après ses dires, également mariée) et le sérieux Cleve de s'engager sur une mauvaise pente... Il fait malgré tout un peu moins le malin quand la Barbara l'appelle suite au meurtre de sa tante... Ça commence à sentir le méchant coup fourré d'autant que la coquine Stanwyck est couchée sur le testament. Pour corser le bazar, Cleve se retrouve, du côté de la défense, en charge du dossier. Ouille.

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Siodmak prend tout son temps pour poser ses deux personnages principaux et nous conter cette romance entre une Barbara douce comme du cachemire et à qui on donnerait le bon Dieu sans confession et ce Cleve totalement magnétisé par cette créature tombé du ciel... Siodmak n'a pas besoin de charger la mule au niveau des effets propres au genre (même si une grande partie de l'action se déroule la nuit - en particulier ce meurtre où la vieille tante, gun en main, s'avance dans la pénombre... Pan un coup de feu !? Est-elle simplement maladroite, la vieille ?...), tout le suspense reposant sur les épaules de la Barbara dont on se demande, pratiquement jusqu'au bout, à quel petit jeu elle joue vraiment (purement vénale, sincère en amour, machiavélique, allumeuse ?... Il ne faut en tout cas, sans vouloir donner d'indice, ne po la laisser avec un allume-cigare dans les mains... Clair). C'est d'ailleurs sûrement le jeu des acteurs qui demeure le vrai plaisir de la chose entre un Wendell Corey absolument parfait en type qui assume toutes les conséquences de ses actes et une Barbara Stanwyck constamment sur le fil du rasoir. Siodmak, dont la filmo demeure proprement fascinante, livre en tout cas une nouvelle belle petite contribution au genre, à défaut de réaliser un chef-d'oeuvre.

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05 juillet 2011

Les Hommes le Dimanche (Menschen am Sonntag) (1929) de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer

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Devant la caméra, cinq acteurs non professionnels qui touchent par leur naturel et leur spontanéité ; derrière la caméra, des "débutants" qui ne tarderont point à faire les beaux jours du cinéma américain (outre Ulmer et Siodmak à la réalisation, notons la présence de Fred Zinnemann à la caméra et celle de Billy Wilder au scénario) ; l'histoire est, elle, simple comme bonjour puisque, le temps d'un dimanche aprème, nos apprentis cinéastes "se contentent" de suivre les promenades au bord de l'eau ou sur l'eau d'un quatuor de jeunes gens marivaudant ; la caméra s'autorise également à suivre toute la foule de badauds qui errent le temps d'un week-end, en cette fin des années 20, dans les rues et les parcs berlinois. Si l'histoire est tout sauf vraiment palpitante (ah ben nan, po vraiment de suspense ici... après le dimanche, comme bien souvent, ce sera le lundi...), le film impressionne par tous les petits instants de grâce qu'il réussit à saisir - comme pris "sur le vif" - (une femme enlevant ses bas, un baiser volé entre deux jeunes gens, une jeune femme grimpant à un arbre pour récupérer son canotier...) et par la beauté et la précision absolue des cadres.

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Siodmak et Ulmer parviennent à capter magistralement tout le flux de la vie de cette époque en filmant aussi bien des mouvements de foule que des quidams qui se prêtent au jeu de cette caméra curieuse (la séance de photos, notamment, avec ce défilé de tronches anonymes) ; en cherchant à suivre en particulier ces quatre jeunes gens (cinq si on ajoute celle qui passe toute la journée... dans son lit), les cinéastes parviennent également à faire un portrait de l'état d'esprit de cette/la jeunesse (difficile d'ailleurs de ne pas penser à Jules et Jim dont une partie de l'histoire se passe en Allemagne à cette époque - ça faisait longtemps que je n'avais pas réussi à placer cette référence...) ; des mœurs indéniablement débridées (l'un des jeunes hommes flirtant tour à tour avec la piquante jeune fille brune puis avec l'alanguie jeune femme blonde, jetant finalement son dévolu sur la moins capricieuse...), une sensualité à fleur de peau (ah ces gambettes teutonnes dénudées qui vont se jeter à l'eau), une évidente légèreté dans la mise en scène - la caméra se faisant totalement invisible, qu'elle filme en gros plans ses visages très expressifs, spontanément rieurs ou boudeurs, ou les sautes d'humeur d'un personnage. Un film qui inspira aussi bien Renoir que les néoréalistes (c'est po rien) et qui vient d'être magnifiquement restauré dans la collection Criterion : "quelques grammes de finesse..." Exactement...

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29 mai 2011

Vacances de Noël (Christmas Holiday) (1944) de Robert Siodmak

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Troublant film noir que cette œuvre de Siodmak, avec un tout jeune Gene Kelly qui ne danse point et des séquences liturgiques ou musicales assez surprenantes pour le genre (longue séquence lors de la messe de minuit ou lors d'un concert du toujours somptueux Tristan und Isolde de Wagner) - des séquences relativement inattendues mais qui prennent tout leur sens à la vue de l'histoire de notre héroïne (pouponne et émouvante Deanna Durbin) follement amoureuse de son Gene : bien que celui-ci soit accusé de meurtre,  elle gardera une foi inébranlable en lui et ce jusqu'au bout... - avec un retour déchirant de la musique de Wagner lors de l'ultime séquence... Une véritable leçon pour le tout jeune Lieutenant Mason (Dean Harens) pour qui les vacances de Noël - il bénéficie d'une permission après avoir terminé sa formation militaire et avant de partir à la guerre - commençaient sous de bien sombres auspices : juste avant de partir pour San Francisco pour se marier avec sa tendre et chère, il reçoit d'icelle un télégramme l'avisant... de son mariage avec un autre gazier (le coup est rude !). Il décide malgré tout de prendre l'avion pour mettre les choses au clair mais celui-ci, pris dans un orage (c'est po son jour), se voit forcé d’atterrir à la Nouvelle Orléans. C'est là qu'il fera la connaissance, dans une maison olé-olé, de cette charmante et pudique chanteuse qui, lors de deux longs flashs-back, lui contera ses mésaventures...

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Ce soudain décrochage dans l'histoire (le premier flash-back a lieu au tiers du film alors que jusqu'à maintenant l'histoire se concentrait sur notre jeune lieutenant) déconcerte un poil jusqu'à ce que vers la fin on comprenne l'impact de cette relation sur l'esprit du jeune lieutenant. La miss Deanna commence donc par lui raconter la nuit où son mari a commis un meurtre ; ce mari qu'elle aime tant, mais qui ne lui confie rien quant à cet acte, fait alors preuve de ses premières sautes d'humeur. Lors du second flash-back, elle s'attache à conter le début de leur romance, de leur rencontre par hasard dans cette salle de concert aux multiples rendez-vous qu'ils se donnent dans ces lieux très ombrageux de la Nouvelle Orléans ; le décor est certes souvent ténébreux, mais le ton du récit de nos deux amants qui n'ont d'yeux que l'un pour l'autre demeure relativement léger, voire d'un romantisme "suranné". Pour Deanna, la grande épreuve consiste à rencontrer la mère de Gene (remarquable Gale Sondergaard) qui va donner sa bénédiction à ce mariage. Elle pense que la jeune femme saura assagir son fils qui derrière son sourire charmant cache une passion destructrice pour le jeu. Malgré tout l'amour que Deanna a pour son homme, elle ne saura l'empêcher de commettre l'irréparable et devra subir dans la foulée les foudres de cette mère ultra-protectrice... Une terrible déconvenue qui ne ternira néanmoins en rien sa passion.

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Cette histoire adaptée d'un roman de Somerset Maugham a le don de mêler plusieurs thématiques - celle de la trahison (le mariage de la promise du lieutenant), de la passion, de la fidélité puis de la jalousie (la relation Deanna/Gene), ou encore des liens de sang (la relation qualifiée de "pathologique" entre Gene et sa mère). Un récit qui, parallèlement, sait jouer à merveille des changements d'atmosphères (la pluie torrentielle du départ, l'ambiance feutrée dans cette "maison de rencontres", les rendez-vous nocturnes de Gene et Deanna dans ces décors typiques de la Nouvelle-Orléans, les séquences déjà évoquées dans cette immense cathédrale ou cette grandiose salle de concert...) et qui nous "prendrait tranquillement sous son charme" s'il n'y avait ces brusques montées de violence plutôt inattendues quand on connaît les personnages : les colères de Gene puis celles de la mère (terrible scène de la gifle...) sans parler de ce final qui coupe une patte. Peut-être, histoire de mettre un bémol, que la toute dernière image pourrait paraître un peu mièvre, ou disons plutôt, un tantinet démonstrative, mais j'avoue pour le reste m'être agréablement laissé prendre au jeu de cette oeuvre "sinueuse", romantique et tragique, - et magnifiquement filmée, avec notamment ces envolées de la caméra sur certains décors - de Siodmak. Vrai satisfecit, comme dirait mon camarade quand il peine (et moi de même), à conclure.

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Noir c'est noir, c'est

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28 avril 2011

The strange Affair of Uncle Harry (1945) de Robert Siodmak

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Toujours un plaisir de retrouver ce bon vieux George Sanders, d'autant qu'il a cette fois comme partenaire la mirobolante Ellen Raines. Partenaire, partenaire, c'est aller un peu vite en besogne vu que Sanders, qui incarne dans ce film un vieux garçon un poil pantouflard, se retrouve coincé, pour ne pas dire "étouffé" entre deux sœurs, la veuve et un peu vieillotte Hester (Moyna MacGill) - aux petits soins pour son frère mais po méchante -, et surtout l'hypocondriaque et enamourée Lettie (Geraldine Fitzgerald, jolie, moui et absolument prodigieuse sur la fin du film) : cette dernière, qui passe son temps au lit, "souffrante", sans que le George n'y trouve trop rien à redire, est littéralement en adoration devant son brother. Quand le George ose (enfin !) ramener à la maison une donzelle (la belle et sophistiquée Ellen qui débarque de New-York et craque (on ne sait trop pourquoi, d'ailleurs...) pour ce type ultra plan-plan), le sang de Lettie ne fait qu'un tour...

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Atmosphère très conservatrice et propre aux ragots de toutes sortes (faut bien s'occuper) dans ce petit village de Nouvelle Angleterre où vit notre bon George ; cela ne l'empêche point d'inviter chez lui sa sublime collègue de New-York pour lui montrer "son gros télescope" (pardon ?) : petite séquence gentiment coquine où il la fait monter sur un petit tabouret (oups, elle trébuche, non je te retiens) pour qu'elle puisse regarder les étoiles à travers son gros bazar et oh, ce serait tellement mieux de fermer la lumière, pour mieux voir la voie lactée, bien entendu... Hester est toute excitée de voir son frangin s'émanciper, Lettie fait celle qui s'en fout mais ronge son frein en secret. Le George et l'Ellen ne cessent de se tourner autour, mais celui-là a bien du mal à lui faire sa grande déclaration - il faudra que qu'Ellen le titille à mort en le rendant jaloux pour qu'enfin George se jette à son cou. Il sera forcément rapidement question de mariage mais encore faudrait-il que les deux sœurs trouvent un nouvel endroit pour se loger pour laisser en paix nos deux tourtereaux. La Lettie use et abuse de la gentillesse de son frère et au bout de six mois n'a toujours pas trouvé un endroit qui lui convient... On comprend qu'elle ne supporte point de devoir partager son frère et ce dernier, bonne pâte, ne fait pas grand-chose pour tenter de trouver une solution. Ellen finit par le mettre au pied au mur : il devra choisir entre elle et sa soeur ! George est fort marri - mais ma soeur est toute malade (chiqué, oui !) - et Ellen finit par craquer et se barre... George est tout penaud puis tellement vénère devant l'attitude possessive de son empoisonnante de sœur qu'il projette de l'empoisonner... Eh ouais, le George sort de ces gonds. Seulement voilà, tout ne va pas vraiment se passer comme prévu...

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La production du film nous met en garde à la fin du générique : ne surtout pas dévoiler la fin aux gens qui ne l'ont pas vu !!!!!! Juste pour les emmerder,... nan, allons, on n'est pas comme ça, on ne va pas péter le suspense... Le problème c'est que ce dernier twist (triple salto arrière d'une crèpe bretonne pour qu'elle retombe sur l'autre face sous vos applaudissements ébahis) est franchement mou de genou, le film ayant finalement gagné à s'arrêter cinq minutes plus tôt. Cela nous aurait permis, qui plus est, de rester sur un petit numéro d'une terrible noirceur de Gerladine Fitzgerald qui finirait presque par voler la vedette au George - bel exploit. Cynique, sarcastique, voire totalement immorale, cette conclusion nous aurait personnellement parfaitement plu - seulement voilà, il a fallu apparemment composer non seulement avec le "goût du public" (quelle horreur !) mais aussi avec la censure de l'époque... L'Affair est au final beaucoup moins "strange" que prévu... On gardera tout de même en souvenir le charme et la détermination de la délicieuse Ellen Raines (son regard félin et perçant quand elle se retrouve face à la jalouse Lettie, brrrrr....) et l'excellente prestation de Geraldine Fitzgerald qui apporte une magnifique touche glaçante à son personnage dans l'une de ces dernières séquences qui aurait gagné à être ultime...

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Noir c'est noir, c'est

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12 avril 2011

La Proie (Cry of the City) (1948) de Robert Siodmak

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Victor Mature et Richard Conte viennent tous les deux des mêmes bas-quartiers ritals, mais l'un a choisi d'être raide comme la justice en devenant flic, l'autre a pris l'option tortellini fourbe en se faisant malfrat. Des trajectoires opposées mais qui pourraient toutes deux se caractériser par leur petit côté jusqu'au boutiste ; le Richard ne va ainsi reculer devant rien pour que sa dulcinée n'ait point d'ennui avec la police (une vieille femme ayant été assassinée par un couple de bandits pour lui extorquer ses bijoux, des soupçons pèsent sur lui et sa jeune amie Teena (Debra Paget) : il s'échappera de l'hôpital de la prison (où il se retrouve, dès le départ du film, incarcéré avec du plomb dans l'aile après avoir décanillé un flic (en état de "légitime défense" (sic)) pour retrouver les coupables de ce crime crapuleux et tentera dans la foulée de se faire la belle avec sa douce ; à ses trousses, Victor Mature, un lieutenant de police de type plutôt paternaliste et à la coule - il est reçu dans la casa de la mamma du Richard avec un certain respect - qui n'est pas du genre, malgré tout, à fermer les yeux sur de quelconques petits écarts avec la loi (tu as joué, tu as perdu, tu t'es fais prendre, tu vas au trou, voilà merci) ni à s'arrêter au milieu d'une mission après avoir reçu une balle dans le coeur ; Victor Mature est un pur et dur et le Richard aura fort à faire pour passer au travers des mailles de son filet.

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Deux personnages qui ont du poids et du caractère et qui contre-balancent un scénario un peu trop attendu. Richard Conte sait user parfaitement de son charme pour soudoyer une infirmière de la prison (à laquelle il demande de s'occuper de sa dulcinée pendant qu'il est derrière les barreaux) ou de son charisme pour s'attirer la sympathie d'un codétenu (qui va l'aider à se faire la malle). Rien ne semble pouvoir lui résister, et il semble se foutre comme de l'an quarante que ces différentes personnes prennent tous les risques pour lui : l'important c'est 1) sa gueule 2) sa gonze... le reste... La seule qui va lui opposer, en dehors de Mature, un minimum de résistance, c'est la plantureuse Hope Emerson (Caged) - la responsable, avec un comparse, du vol des bijoux - dont les grosses mains de masseuse seront à deux doigts de lui tordre le cou. C'est elle qui sera également tout près de descendre accidentellement notre ami Victor (l'une des seules véritables scènes "d'action" du film) lors d'une séquence assez chahutée dans le métro. Pour le reste il faut se contenter du travail tout en finesse de l'inspecteur qui sait faire preuve de pugnacité pour pouvoir mettre la main sur ce renard de Richard (les deux hommes finiront d'ailleurs dans un drôle d'état de délabrement physique... le film s'arrêtant, finalement, faute de combattants...) . Deux héros bien campés dans un Siodmak, hummm, disons, allez, honnête.

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Noir c'est noir, c'est    

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05 avril 2011

La Double Enigme (The Dark Mirror) (1946) de Robert Siodmak

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Deux Olivia de Havilland pour le prix d'une dans cette histoire de jumelles fatales... L’inspecteur Stevenson (Thomas Mitchell, pépère mais finaud) est persuadé que l'une des deux a commis un meurtre, seulement comment confondre la meurtrière quand on confond les deux (vous me suivez j'espère) ? Dans le doute, il se voit obligé de laisser les deux en liberté (quel beau pays les États-Unis...) et doit s'en remettre à un docteur fin psychologue spécialisé justement dans les cas de gémellité. Belle variation sur la thématique du miroir (ma prochaine thèse sur le genre) - si semblables, les deux Olivia, et pourtant, par la force des choses, si différentes (dans leur caractère), l'une d'elle étant passée de l'autre côté... - qui bénéficie d'effets spéciaux tout à fait honorables (joli sens du timing dans les répliques quand les deux sont à l'écran), d'un noir et blanc tout en contraste signé du grand Milton R. Krasner et d'une musique pimpante de Dimitri Tiomkin. Même si la démonstration n'est peut-être finalement pas d'une grande subtilité, digne d'un petit Freud illustré (le coup des tâches d'encre, des associations d'idées...) et que Siodmak, après des premières scènes d'exposition assez bluffantes (qui est qui, nom de Dieu ?), joue un peu la facilité en parant ses deux héroïnes de signes distinctifs - de gros colliers avec leur prénom ou simplement l'initiale, bien en évidence, sur leur veste, histoire de ne pas complétement perdre le spectateur -, on prend un certain plaisir à suivre cette "double énigme".

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Belle séquence d'ouverture avec cette caméra très fluide qui pénètre dans un appartement, s'attarde quelques secondes sur un miroir brisé avant de nous faire découvrir un corps poignardé. L'enquête démarre on ne peut plus classiquement avec le défilé des témoins et la découverte de la première piste : l'homme assassiné a été vu le soir même en compagnie d'une jeune femme, jeune femme dont on ne tarde point à connaître l'identité. Petite mission pour identifier incognito la donzelle à son travail, les témoins jurent leur grand Dieu qu'il s'agit bien de la même personne... et se retrouveront un peu bêtas quand l'inspecteur convoquera au commissariat à la fois Terry Collins et Ruth Collins qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau... Les deux femmes sont de connivence pour laisser planer le doute sur leurs activités respectives le soir du crime, et notre inspecteur de se retrouver marron - on sent bien qu'il prend plaisir, d'une certaine façon, comme le spectateur, à faire durer le suspense. Le seul capable de démêler les fils de leur personnalité est le docteur Stevenson (qui connaissait déjà auparavant l'une des soeurs), encore faudrait-il que l'amour ne l'aveugle point dans sa quête...

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Comme dans Dark Waters, pour ne citer qu'un film découvert récemment, on retrouve cette volonté de la "criminelle" de manipuler "l'innocente" en lui faisant croire qu'elle perd les pédales : en cas de suicide, il sera forcément plus facile à la fois de se débarrasser d'un témoin gênant et de lui faire qui plus est porter le chapeau... Mais le docteur et l'inspecteur, nos deux piliers contre le crime (...), sont prêts à faire équipe pour contrer cette troublante doublette. Bien menée, cette petite intrigue "psychanalisante" n'est sans doute point au niveau des délires visuels d'un Spellbound hitchcockien, mais aurait forcément une place de choix dans un cycle sur les jumeaux au cinoche... Le film préféré de Dark Vador.

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Noir c'est noir, c'est

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08 février 2011

Le Signe du Cobra (Cobra Woman) (1944) de Robert Siodmak

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Si au niveau esthétique, il faut reconnaître qu'on en prend plein les yeux - pour le meilleur (ces plans d'ensemble sur ce petit village en bord de mer, ce Technicolor de folaille avec des milliards de couleurs) et pour le pire (ambiance robe à paillettes pour la danse du Cobra (la pire (ou la plus fendarde) chorégraphie de tous les temps qui mettrait minable Rabbi Jacob) et chemise multicolore (celle du héros) qui rendrait fou de jalousie n'importe quel roi du disco) -, l'intrigue de ce "conte des îles", l'interprétation (pauvre Lon Chaney Jr qui doit faire marrer son pater au ciel) et les scènes d'action en général frôlent quand même souvent la mauvaise blague. Tentons de résumer l'histoire en trois lignes avant de s'attaquer aux "meilleurs moments" : Ramu doit se marier avec la belle rousse Tollea ; mais cette dernière, flûte, est enlevée et ramenée dans son île d'origine : là, règne sa soeur jumelle, Naja, aussi bling bling que cruelle - elle sacrifie à la montagne en feu (un volcan quoi...) des femmes après avoir exécuté cette fameuse danse du cobra dont s'inspirera malheureusement des années plus tard Karen Cheryl - j'en ris encore. La reine mère veut que Tollea supplante sa soeur pour ramener la paix. Bien. L'intrépide Ramu, aidé du jeune Kado (Sabu) et du singe Koko (Koko, je présume), vont l'aider dans son entreprise... Ils réussiront, je vous rassure tout de suite.

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On sent qu'au niveau des costumes et des décors, on a fait péter le budget. Pour le reste, on est plus dans le registre du Grand-Guignol que du bon vieux film d'aventures vintage. Une musique pompière qui m'a déglingué les tympans, des combats entre mâles qui virent à la pochade (Ramu qui lance ses petits cailloux dans la tronche de son gardien, lui décoche un pain pour rire et l'assomme - Ramu en est le premier surpris et on jurerait qu'il hésite à regarder la caméra pour voir si on ne se moque pas de lui ; Lon Chaney qui ceinture un garde, le balance comme s'il s'agissait d'un nain et le tue - brutasse !), une Naja qui se prend terriblement au sérieux en super méchante (ah cette danse, mes bons amis, il faut absolument la voir) et qui se ridiculise grave lors de sa confrontation avec sa soeur (elle lui lance un javelot (!), la rate alors qu'elle se trouve à un mètre et passe bêtement, sur l'action, par la fenêtre - quelle sotte maladresse !), un final qui part dans tous les sens avec Ramu et Kadu qui jouent à Tarzan pour sauter sur le râble de leurs adversaires (quel cirque...)... Bref, on finit par regarder le tout avec un oeil morne en ne pouvant s'empêcher de ricaner, malgré nous, devant les multiples rebondissements inutiles du bazar (ce con de Ramu qui passe son temps à se faire arrêter par les gardes et qui ne doit sa libération qu'à Koko, le singe ouais, qui passe inaperçu entre 3000 gardes pour lui défaire ses liens... - Koko dont la prestation mérite d'être tout de même saluée : vous avez déjà vu un singe passer un fil dans le chas d'une aiguille ? Etonnant...). On finirait presque par repenser à L'Atlantide d'Ulmer, un "must" dans le genre. Siodmak aura la bonne idée d'enchaîner avec des films noirs, une excellente initiative en soi...    

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11 décembre 2010

Les Mains qui tuent (Phantom Lady) (1944) de Robert Siodmak

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Un film noir qui a la classe de la belle Ella Raines, petite secrétaire prête à tout pour sauver son boss, l'énergie d'un Elisha Cook Jr qui se lance dans un petit numéro inoubliable, le raffinement de la fine moustache d'Alan Curtis, gentil agneau qui devient un lion en cage en prison, et l'ambiguïté d'un Franchot Tone, vieux pote de l'accusé qui ne fait son apparition qu'au milieu du film. C'est l'éternelle histoire d'un type, Scott, accusé à tort d'avoir tué sa femme alors que celui-ci, en délicatesse avec sa légitime, était bien loin de chez lui lorsqu'elle a été étranglée. Il a passé la soirée avec une "rencontre de hasard" - une jeune femme méchamment déprimée - qui pourrait bon an mal an lui servir d'alibi... Pas de bol, du serveur du café au chauffeur de taxi, en passant par un musicien et une chanteuse, qui leur avaient jeté un coup d'oeil lors du spectacle auquel ils avaient assisté ensemble, plus personne ne se souvient de la lady. Pire, cette dernière est totalement introuvable. Scott est coffré, jugé, condamné à mort... La poisse quoi.

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C'est toujours utile d'avoir dans la manche une petite secrétaire de la trempe d'Ella Raines dont on devine dès le début les sentiments qu'elle a pour son boss. Elle a l'opportunité de lui sauver la vie, mais elle n'a seulement qu'une poignée de jours pour dénicher une preuve... Elle campe dans le café pour faire craquer le serveur - c'est louche que le gars ait oublié la fille. Elle le harcèle jusque dans la rue et notre homme est à deux doigts de craquer, on le sent bien. Ah pas de chance, il se fait justement écraser par une bagnole en tentant d'échapper aux questions de la belle. Ca fait un témoin en moins. Second objectif, un petit percussionniste tout énervé qui avait lancé des oeillades à la mystérieuse femme qui accompagnait Scott, la soirée du drame. Ella se fringue comme une pouffe, attire l'attention de notre ami Elisha Cook Jr qui n'en croit pas ses yeux et celui-ci de l'attirer dans un réduit où ses potes jazzy font un boeuf : c'est le moment le plus nerveux du film, avec Ella qui montre ses gambettes, des musicos déchaînés et un Elisha, fou furieux, les yeux lui sortant littéralement de la tête à chaque fois qu'il contemple sa "conquête". Il la ramène dans sa piaule pourrie, ne tarde pas à lâcher l'info qu'elle cherchait (il s'est fait graisser la patte par un type pour dire qu'il n'avait jamais vu la femme qui accompagnait Scott) et notre Ella prévient le commissaire pour un interrogatoire plus poussé. C'est la scoumoune, le temps qu'il arrive, Elisha a été assassiné. Le spectateur connaît dorénavant le tueur, Ella est, elle, tout perdue... Elle ne peut plus se raccrocher qu'à une abracadabrante histoire de chapeau et compter sur l'aide d'un vieux pote d'Henderson qui revient d'un voyage au Brésil... Po gagné.

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Certes, l'histoire ne bénéficie peut-être point d'un rythme trépidant - notre Ella, toute penaude va de désenchantement en désenchantement pendant que le Scott devient de plus en plus irascible en prison - mais à partir du moment où on connaît le tueur, la tension monte d'un cran ;  il faut voir notre gars observer ses longues mains anguleuses (un trait de lumière les mettant terriblement en relief) et l'on découvrira, plus tard, chez lui une statue de ses (propres ?) mains (le type est sculpteur) ainsi qu'un tableau du gars Van Gogh - l'autoportrait à l'oreille bandée - qui nous laisse aucun doute sur le fait que type est clairement torturé (gros problème d'égo, mouais)... Reste à sa voir si Ella, qui peut sauver la vie de son boss grâce à une plume de chapeau (la vie tient à rien, c'est clair), ne sera point la prochaine victime du tueur au foulard... Brrr... Un très honnête polar qui donne notamment envie de découvrir Ella Raines dans un rôle un peu moins "réservée". Elisha Cook Jr devrait, de son côté, arrêter la coke - ça ne tolère aucune discussion.   

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09 novembre 2010

Deux Mains, la Nuit (The spiral Staircase) (1945) de Robert Siodmak

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Ayant décidé hier soir avec l'ami Bas*ien de cesser, à tout jamais, de se faire prendre de haut par qui que ce soit et, à partir de là, de devenir des spécialistes dans des domaines que tout le monde néglige, j'inaugure un cycle "escalier au cinéma" qui va en rendre jaloux plus d'un. J'ai pas vraiment d'autres films sous la main, certes, pour être honnête, mais difficile de trouver mieux que The Spiral Staircase pour inaugurer le genre. Siodmak réalise un film noir de bonne tenue, ne négligeant aucun élément incontournable du cru (une vieille demeure qui semble être conçue autour des escaliers - ceux qui mènent à la cave marquent forcément tout de suite des points, une nuit d'orage qui n'en finit pas, des personnages hauts en couleur qui, derrière leur petit sourire rassurant, pourraient tous être des tueurs en puissance, ou encore une héroïne muette que personne n'entendrait crier, dans l'espace ou ici-bas...) mais qui peine peut-être quelque peu à vraiment nous surprendre, notamment dans son final...

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Après un début très prometteur (joli jeu en parallèle sur le regard et sur les émotions que cela provoque (l'héroïne en larmes dans la salle de cinoche ; le tueur, caché dans la penderie d'une femme qui vit seule dans une chambre d'hôtel, hypnotisé par sa future proie); une séquence sous la pluie, en pleine nuit, durant laquelle on suit notre héroïne effrayée à chaque petit bruit ; l'ambiance ultra tendue dans la baraque où chaque ombre, chaque claquement de volet est une menace), le film a tendance à tomber dans un tranquille petit rythme de croisière. On fait au passage la connaissance des personnages de cette maison vlcsnap_120999dans laquelle va se concentrer l'intrigue, personnages qui ont tous quelque chose d'inquiétant (ces deux demi-frères qui se détestent et qui tournent autour de la même oie blanche nommée... Blanche ; l'autre homme suspicieux de la maison étant l'homme à tout faire, le sosie de Roland Blanche (et son bouledogue qui joue à la perfection) avec sa démarche lourdaude) ou de truculent (l'infirmière irascible, la servante alcoolique, la vioque cyclothymique, clouée au lit, ancienne fine gâchette...); et puis il y a bien sûr la belle Helen (Dorothy Mc Guire) qui a de quoi avoir les boules : les trois dernières victimes étant une femme balafrée, une malade mentale et une boiteuse, il y a de quoi être un poil parano quand on est muette - un serial-killer attiré par les handicaps, il faut de tout pour faire un monde, c'est clair. Toute fragile, notre Helen peut tout de même trouver du réconfort dans les bras du jeune et sympathoche Docteur Parry bien décidé à l'aider et à... l'aimer. Il veut lui faire rencontrer un psy (elle est devenue muette après avoir assisté en live à la mort de ses parents dans un incendie), on voit pas trop ce qu'elle va pouvoir lui raconter (lol...) mais les deux veulent encore croire au miracle. Après avoir fait la connaissance de tout ce petit monde la caméra ne cesse de nous balader d'une pièce à l'autre dans cette immense baraque dont on aurait bien du mal à faire un plan.

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Chaque fois qu'une femme s'enfonce dans le noir pour aller à la cave, on s'attend à ce que l'étrangleur surgisse. Dans une partie de Cluedo, on mettrait sûrement deux minutes pour deviner quel est le tueur - il y a "le type que tout accuse" et pis l'autre, l'assassin forcément - mais on reste séduit tout du long par le jeu subtil sur les ombres et la lumière, celui sur la bande sonore (l'orage le plus long du siècle), cette caméra merveilleusement mobile et ce motif répété tant et plus des escaliers que l'on descend, à peine éclairés par une chtite bougie : ce leitmotiv nous fait frissonner à chaque occase (forcément, vu le titre, les bâtards) et traduit à la perfection non seulement l'image de ce serial-killer qui s'est enfoncé de plus en plus bas dans la noirceur, mais ce petit rituel de la descente des marches éclaire aussi la personnalité ou le destin des autres personnages (la servante qui s'enfonce dans son vice en allant piocher des bouteilles de cognac, Helen qui s'enfonce dans son mutisme sans parvenir à s'en sortir, Blanche qui trouve enfin le courage, après des années cloîtrées, d'aller chercher sa valise à la cave et qui a rendez-vous avec l'obscurité... éternelle). D'autres séquences sont particulièrement bien vues (Helen se regardant dans le miroir vue par le tueur - motus et bouche cousue...; Helen encore, qui imagine le jour paradisiaque de son mariage avec le docteur puis le cauchemar de se retrouver devant le prêtre et de ne pouvoir être capable de sortir un simple "oui" - c'est bêta, certes ; l'image également impresssionnante des deux mains, non pas celles du tueur mais de ses victimes, qui se tortillent de douleur ou finissent en croix) et si le film nous tient en haleine jusqu'au bout, on ne peut cacher un petit poil de déception au final tant l'incipit était absolument trépidant et prenant. Du solide au niveau du "noir" mais pas complètement muet d'admiration, c'est ça. 

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Posté par Shangols à 10:05 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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