29 août 2010

Marebito de Takashi Shimizu - 2005

vlcsnap_2010_08_29_17h48m47s62A boire et à manger dans ce film d'horreur expérimental, qui voit Shimizu abandonner un peu sa série des The Grudge pour une histoire beaucoup plus personnelle. Ce n'est qu'à moitié réussi, et encore je suis sympa : ce qui démarre comme un film à l'ambition intéressante s'échoue au fur et à mesure dans un cheap science-fictionnelle assez ridicule. Mais quand même : il y a là-dedans la très bonne idée de faire du personnage principal un vidéaste, ce qui permet à Shimizu de livrer une réflexion passionnante sur les pouvoirs de l'image et sur un genre (le film d'horreur).

Après avoir filmé par hasard le suicide d'un homme qui semble terrorisé, Masuoka se met en tête d'éprouver la même terreur que lui. Qu'est-ce que ce type a vu pour qu'il en arrive à se tuer pour y échapper ? C'est une brillante mise en place qui démarre dans la réalisation de Shimizu. L'alternance entre images réelles et images crasseuses de vidéo ouvre toute une grammaire du cinéma de genre qui fait plaisir à voir : ça vlcsnap_2010_08_29_17h18m31s80commence avec le contre-champ de ce suicide, où Shimizu suit le regard du mort pour découvrir ce qu'il a vu ; c'est ensuite tout un festival de réalité/fiction, puisqu'on découvre que Masuoka n'arrive à percevoir la terreur du monde qu'à travers l'oeilleton de sa caméra. Le film est une sorte d'état des lieux du cinéma d'horreur, qui tend à nous démontrer que la peur est dans l'esprit de celui qui regarde (ou qui filme), et qu'un décor banal peut se charger d'angoisse pour peu qu'il passe par le prisme d'une caméra. La métaphore est filée par la suite, puisque Masuoka va découvrir dans les bas-fonds de Tokyo une jeune fille qu'il va ramener chez lui et surveiller à travers tout un réseau de caméras-surveillance. Là aussi, c'est superbe de voir comment Shimizu déclenche l'angoisse par un simple grain d'image, par un pouvoir de suggestion qui paraît enfantin. Enfin, quand Masuoka décide de tuer des gens pour nourrir sa jeune prisonnière (qui ne mange que du sang humain, la bougresse), on se remémore Peeping Tom et on applaudit devant cette variation contemporaine autour du filmeur-tueur. La caméra de Masuoka est une mise en images de son subconscient, de ses pulsions meurtrières et de ses frustrations : belle définition du cinéma dans son ensemble, et du cinéma d'horreur en particulier.

vlcsnap_2010_08_29_18h34m33s133Dommage que cette thématique soit noyée sous une imagerie pompeuse, lovecraftienne, et sous un discours nazouille énoncé avec un sérieux papal. Shimizu se perd complètement dans son sujet à mi-chemin, et on retombe dans des effets de style sans inspiration, qui ne déclenchent plus aucune peur, et qui frôlent souvent l'indigence : en voulant à tout prix expliquer son film, en le rationnalisant en quelque sorte, il passe à côté de son excellent sujet de base, et finit par ne réaliser plus qu'un autre film d'horreur moyen. Il aurait bien mieux fait de rester dans l'expérimental qui imprègne le déut du film plutôt que de viser le grand public : il se gauffre dans la médiocrité. Désolant ratage, qui ne fait pas oublier qu'il y a là le germe d'un grand film.

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06 juillet 2010

The Grudge 2 de Takashi Shimizu - 2006

161049__grudge_2_lDécidément une grande partie du talent de Shimizu s'est échouée quelque part au fond du Pacifique quand il a fait la traversée. The Grudge 2 ressemble à tous les films d'épouvante, ce qui, de la part du type qui nous a flanqué de tels frissons dans son pays, est un comble. Non pas qu'il soit mauvais : c'est plutôt du bon ouvrage, dans le genre. On sent toujours Shimizu attentif à ses rythmes, à ses relances dans les façons de nous faire peur, à l'efficacité de ses effets. Il y a encore quelques bonnes séquences "d'école" dans ce film de fantômes (le spectre qui sort d'une photo, les apparitions presque inconscientes des monstres à l'arrière-plan). mais l'ensemble est tout de même bien fade, Shimizu se fourvoyant dans un style hollywoodien cette fois complètement assimilé. Comme tout le monde, il use des filtres bleus, des fumigènes, des crissements de violons bien placés ou des actrices "trop profondes t'vois", et perd toute sa personnalité dans ce grand spectacle friqué qui ne fait jamais vraiment peur. En changeant de cible (ici, l'ado boutonneux américain, alors qu'avant il visait les esthètes), le bon gars vend son âme, sacrifie la eauté et l'innovation au profit du spectacle facile. Même la mémère Kayako, fantôme effrayantissime jadis, devient ici une bonne copine photo_The_Grudge_2_2005_4un peu farceuse (elle a tout de même travaillé ce bruit de gorge affreux qui a fait sa marque, et ça y est, il est au point). Shimizu coupe systématiquement au moment où la scène devient vraiment inquiétante : ça a fait son style dans les Ju-On, certes, mais jusqu'à maintenant on avait l'impression que c'était pour retarder sans arrêt le climax de son film, en gardant constamment son spectateur sous tension ; ici, on a plutôt l'impression que c'est par frilosité et pour éviter l'interdiction aux moins de 13 ans qui lui ferait perdre son public-cible. Grosse déception, donc, je tremble pour le 3ème et dernier opus (à ce jour).

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24 juin 2010

The Grudge de Takashi Shimizu - 2004

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Attention, ne confondez pas tout : The Grudge est le remake américain de Ju-On/The Grudge 1, qui n'était que la prolongation de Ju-On 1 et Ju-On 2 mais n'était pas le même film que Ju-On/The Grudge 2, tout comme The Grudge 2 ne sera qu'une variation de Ju-On/The Grudge 2. Pour The Grudge 3, je vous dirai. En tout cas, tous ces films ont été réalisés par le grand Takashi Shimizu, ce qui prouve une certaine constance de sa part.

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Shimizu, en réalisant ce film américain, ne renonce pas tout à fait à ses origines, puisque le scénario raconte habilement la tentative d'intégration d'une poignée de personnages yankees au Japon. Sarah Michelle Gellar fait tout ce qu'elle peut pour apprendre la langue et la culture du pays, mais elle oublie un peu vite que le Japon est aussi une terre de fantômes et de petites filles inquiétantes qui ont les cheveux dans la gueule. Marrant, ce petit principe de base : c'est comme si nos amis ricains venaient faire un petit voyage touristique en terre horrifique nippone, et Shimizu ressort les mêmes effets que les films précédents en s'amusant beaucoup d'effrayer ce nouveau public. Bon, ça ne fait pas long feu non plus, et ce que le film gagne en concept, il le perd clairement en style  : The Grudge est certes pas mal du tout, mais il se contente de livrer une compil des meilleurs moments des 4 premiers films, en perdant même au passage son sens du rythme et de l'abstraction.

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On est dans la production hollywoodienne ; il faut donc que le scénario se tienne un peu si on ne veut pas faire fuir l'ado de base. Le charme des films japonais de Shimizu en prend un coup derrière les oreilles : en ré-organisant son histoire, il perd la simple joie de l'effroi qui était si attachante, et raconte une bête histoire ma foi fort maladroitement agencée. Finie la suite de saynettes sans véritable lien entre elles, si ce n'est cette maison hantée bien pratique pour décliner toutes les façons de faire mourir les gens qui y sont entrés. Le puzzle est ici ré-agencé dans un complexe écheveau de flashs-backs qui compliquent inutilement la trame ; ça ne fonctionne réellement que dans la dernière partie, où présent et passé se confondent, ce qui permet à Shimizu de superposer avec virtuosité deux scènes des opus originaux pour n'en faire qu'une. A part ça, c'est donc une accumulation de scènes à effets déjà vues chez lui : ça doit être super quand on découvre Shimizu, mais ça ressemble, pour le grand spécialiste universel que je suis devenu, à un simple copié-collé un peu plus (un peu trop) rapide. Shimizu dope ses rythmes pour faire plus spectaculaire, ce qui est un tort ; il charge le bourricot au niveau effets sonores et jeu de comédien, ce qui en est un autre. Les petits fantômes sont toujours aussi effrayants (le visage de la démone principale s'affine au fur et à mesure des films, elle devient vraiment glaçante), et on retrouve avec bonheur les passages obligés des autres films : le môme qui fixe l'ascenseur à chaque étage, le déplacement tordu du fantôme féminin, les cris de chat effrayants, les spectres qui apparaissent dans tous les coins possibles et imaginables, la fille à la machoire arrachée, et cette fauleuse idée du fantôme filmé par une caméra de surveillance. Un très bon film si on ne connaît pas sa version japonaise ; un petit pas en arrière si on la connaît.

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20 juin 2010

Ju-on/The Grudge 2 de Takashi Shimizu - 2003

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Je continue à être très admiratif devant le cinéma de Shimizu et devant l'incroyable variété de ses inspirations pour créer des effets d'angoisse. Ce Ju-On/The Grudge 2 est un véritable festival d'idées, toutes réussies, et c'est même étonnant de constater comment Shimizu parvient à faire un tour dans un spectre très large de genres en parvenant à chaque fois à créer la peur.

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Comme ses prédecesseurs, ce nouvel opus est une suite de "sketches" vaguement reliés entre eux par une trame : la maison hantée où a eu lieu une série de meurtres ; tous ceux qui ont un contact avec elle deviennent maudits et meurent dans des conditions troubles après avoir rencontré ce petit couple de fantômes parfaitement terrorisant. Comme ses prédecesseurs, ce film-là se fout complètement du scénario, et préfère nous donner à voir un exercice de style virtuose et sans cesse renouvelé : à chaque nouvelle mini-histoire, on découvre un nouvel angle, une nouvelle inspiration. Ca va du "giallo" à la Dario Argento jusqu'à la pure tradition japonaise, en passant par un fantastique presque onirique, ou par des effets très "contemporains (les nouvelles technologies comme vecteurs de revenants en tout genre). Shimizu surprend toujours par la somme d'idées, par cette façon toujours inventive d'utiliser la moindre parcelle de son décor, le moindre détail d'accessoire : une photocopieuse peut faire surgir un fantôme, tout comme peuvent le faire une vitre teintée, un banc de montage, un lit ou une simple tâche au sol. On ne sait jamais d'où la peur va surgir, ni à quel moment : contrairement à ses collègues, Shimizu ne prépare que très peu les effets, démentant cette règle de gramaire éternelle qui veut que ce soit l'attente de la peur qui soit la plus terrible. Ici, l'effet peut indifféremment prendre la forme d'un electro-choc (on ouvre une innocente porte, et hop le spectre est derrière), d'une longue tension sans cesse étirée, d'une cascade de détails de plus en plus horribles, d'une simple étrangeté... C'est justement parce qu'on ne sait jamais comment Shimizu va traiter son plan qu'on a réellement peur.

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Peu à peu, l'écheveau se met en place, et ces différents sketches finissent par ne faire plus qu'une histoire par un montage assez virtuose. Chaque "tranche" de film est en fait un point de vue différent amené par tel ou tel personnage, ce qui fait que la chronologie est balancée cul par-dessus tête, et que les mêmes scènes peuvent être répétées plusieurs fois en changeant la façon de les voir. Habile effet qui fait sortir Ju-On/The Grudge 2 du simple film à effets pour lui donner l'aura d'une véritable réflexion sur la possibilité du cinéma ; idée renforcée par le choix du contexte du film : une équipe de cinéma chargée de réaliser un documentaire sur la fameuse maison hantée. Cette jolie mise en abîme finit par être assez vertigineuse dans la toute fin du film : Shimizu atteint avec cette énième variation sur le même thème une grandeur totale.

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03 juin 2010

Ju-on/The Grudge de Takashi Shimizu - 2003

Difficile de s'y retrouver dans la filmo de Shimizu : il y a eu Ju-On et Ju-On 2 en 2000, puis Ju-On/The Grudge et Ju-On/The Grudge 2, remakes de 2003, puis The Grudge 1 et 2, remakes américains de Ju-On, puis The Grudge 3... Là, je viens vous toucher un mot du remake japonais de 2003, donc, celui qui reprend les bases du film de 2000 et le dope (format 35mm, durée de 90 mn, plus de moyens dans les effets).

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Même principe qu'auparavant : Ju-On/The Grudge est découpé en petits "sketches" qui présentent à chaque fois un nouveau personnage, avec pour seul point commun avec les autres d'être irrémédiablement maudit après avoir pénétré dans une maison hantée. Si encore une fois la trame part en sucette, on reconnaît de plus en plus la puissance de mise en scène de Shimizu, qui s'affûte comme jamais. Franchement, à chaque nouvelle scène, il y a 5 ou 6 nouvelles idées pour vous mettre les chocottes, toutes réussies, toutes novatrices. L'imagination visuelle de Shimizu semble sans limite, et son assurance pour construire un plan terrifiant force le respect : les apparitions des fantômes sont sans cesse renouvelées, entre la reprise de cette fille désossée qui se déplace à quatre pattes, ce petit garçon au regard vide, les zombies déguisées en écolières, la masse noirâtre qui vient récupérer ses victimes... Tout ça surgit toujours de façon inattendue, dans une caméra de surveillance, sous les draps, dans un recoin d'escalier, dans les cheveux d'une jeune fille, sur une vieille photo d'amateur. A chaque fois, on a les boules qui remontent au niveau du nez : Ju-On/The Grudge est très effrayant, aucun doute. Gloire en soit rendue à ce style incroyable, poétique et morbide en même temps : les scènes d'horreur se déroulent très lentement, sans trop d'effet, souvent dans le silence (dommage d'avoir souvent utilisé cette musique stridente qui anéantit plusieurs fois la sobriété de la mise en scène), par un goût de l'étrange et de l'illogique qui est bien plus fort que le gore ou la violence. Jamais brutal, jamais sanglant, le film déroule sa mécanique avec une implacabilité totale : les spectres ne veulent rien, et Shimizu non plus, sauf nous faire peur et nous empêcher de dormir.

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Pourtant, après vision de quelques films de Shimizu, le système commence à s'user un peu. On a la sensation de tourner autour du pot, sans jamais arriver au coeur du film. La faute à cette succession de saynettes un poil répétitives : comme dans un bon vieux Argento, Shimizu semble être peu intéressé par la "résolution" de ses plans. Ce qui l'intéresse, c'est la lente construction de la peur, pas l'aboutissement de ses scènes. Du coup, à chaque nouveau sketch, on est emmené jusqu'à un point culminant, jusqu'au bord d'une explosion... et à chaque fois, la scène s'arrête, et on repart sur une autre séquence, construite sur le même principe. 90% du film sont constitués de personnes qui entendent des bruits bizarres et avancent lentement vers le danger ; on aimerait que le danger en question donne lieu à un vrai climax dans le film, mais celui-ci semble toujours retardé, jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'il n'aura pas du tout lieu. Les scènes glaçantes sont légion, totale satisfaction de ce côté-là, mais on aimerait aussi que la bride soit lâchée à un moment. Shimizu est un cinéaste froid, un cinéaste de dispositif. Pour la vraie horreur, s'adresser à côté.

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Reste que Ju-On/The Grudge est un immense film de metteur en scène, un de ceux qui réécrivent les recettes de la peur avec un génie constant. Voilà bien longtemps que des plans ne m'étaient pas ainsi entrés directement dans la rétine. Rien que pour ça, Shimizu mérite de figurer aux côtés de Nakata et Kurosawa dans le trio de tête des grands cinéastes de la peur.

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31 mai 2010

Ju-On 2 de Takashi Shimizu - 2000

phoneUn peu dubitatif devant cette suite de l'excellent Ju-On, réalisé la même année et dans les mêmes austères conditions vidéo. On ne sait pas trop si Shimizu se fout ouvertement de notre gueule, ou s'il tente quelque chose d'hyper-osé : ce deuxième volet commence sur 30 minutes de scénes déjà présentes dans le premier. Sur un total de 75 minutes, ce n'est pas rien. Il y a certes quelques infimes différences dans le montage, mais on est quand même un peu perplexe devant ce choix. Shimizu s'affiche-t-il ouvertement flemmard, se contentant de remontrer les séquences les plus éprouvantes du premier film ? ou cherche-t-il à creuser un peu plus les engrenages de la peur, en tentant de jouer non plus sur l'effet de surprise, mais sur l'appréhension de ce qu'on connaît déjà et qui nous avait fait bondir dans le premier volet ? En tout cas, si c'est la deuxième option, ça ne marche pas vraiment : on se contente d'assister aux mêmes scènes sans réflexion particulière : si Shimizu a voulu tenter quelque chose avec cette audacieuse option, c'est raté.

classroomHeureusement, les 45 minutes qui restent tiennent leurs promesses. La trame est cette fois-ci complètement secondaire, on ne comprend définitivement plus rien à cette galerie de personnages. Mais on s'en fiche complètement, à l'unisson de Shimizu. Encore une fois, ce qui importe ici, c'est la forme, le génie total pour construire des plans très impressionnants. Ce petit garçon qui ouvre une large bouche en miaulant est décidément une grande trouvaille, un peu comme les petites jumelles dans Shining : il imprime la rétine comme une image traumatique, par la simple vision picturale que Shimizu sait mettre en place. Pareil pour la scène la plus impressionnante, une course-poursuite entre un homme et la petite démone, qui se déplace à quatre pattes avec une rapidité impressionnante : l'impossibilité pour le héros de s'en sortir face à elle est glaçante, on dirait la Mort en action. Il y a plein de plans qui vous vrille l'estomac par leur effrayante simplicité : des fantômes qui s'agglutinent derrière une vitre teintée, une femme prostrée dont les cheveux cachent le visage (Ring, le retour), des lieux vides extraordinairement peuplés... Le film prend tout son temps pour amner ces plans traumatiques, quitte à être ohmywordconstitué à 90% de scènes banales ; c'est le risque, et Shimizu s'y tient avec une belle effronterie. La dernière séquence, d'une sobriété qui mérite un respect total, est presque hanekien dans son dispositif : un plan fixe sur la maison hantée, quelques voix qui nous suggèrent ce qui se passe à l'intérieur, et on coupe avant l'éclat attendu : c'est parfait. 3/4 d'heure de grand film d'horreur, c'est déjà pas si mal.

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30 mai 2010

Ju-On de Takashi Shimizu - 2000

vlcsnap_2010_05_30_18h20m28s214Il me reste encore des bons réalisateurs de films d'horreur à découvrir, vous m'en voyez ravi. Ju-On m'est arrivé dessus un peu par hasard, mais il ne fait aucun doute qu'il a désormais imprimé ma rétine avec persistance. Shimizu est grand dans cette mise en scène pourtant visiblement fauchée ; c'est qu'il profite justement du manque de moyens pour explorer d'autres voies pour déclencher la peur ; son film, du coup, est une sorte d'épure magnifique du genre, et propose ni plus ni moins un nouveau style pour explorer le genre (style qu'on retrouve d'ailleurs chez ses collègues japonais, les grands Kiyoshi Kurosawa et Hideo Nakata).

Shimizu, en gros, n'en a rien à foutre de sa trame. Pour tout dire, on ne comprend goutte à ces histoires de fantômes mises bout à bout, et qui ne forment un vague tout qu'à l'arrache. Peu importe de qui a tué qui, de qui est mort-vivant et de qui ne l'est pas. Ce qui compte, c'est la mise en scène, purement. Dans une image vidéo très terne, et qui augmente l'impression de véracité du film, Ju-On monte bout à bout des sketches horrifiques, dont la seule finalité est de créer l'angoisse. Ils y parviennent haut la main : l'usage des plans fixes comme seul horizon, l'extrême lenteur pour faire monter la tension, la force visuelle des effets horrifiques quand enfin ils apparaissent plein cadre, l'extraordinaire vlcsnap_2010_05_30_18h33m09s143maîtrise quand il s'agit de diriger le regard et l'émotion du spectateur (on voit les personnages avoir peur de ce qu'ils voient avant que nous-mêmes n'ayons vu la chose : ça paraît bête mais c'est terrassant), tout ça force le respect, d'autant que le tout est fait avec une sobriété totale, avec une poésie (macabre) constante. Pas étonnant que la famille maudite du film s'appelle Murakami : comme chez Haruki du même nom, on trouve là-dedans une vraie sensibilité de l'étrange (beaucoup plus que du gore, qui n'est pas la tasse de thé de Shimizu) : un enfant étrange qui se met à miauler comme un chat, un regard un peu trop appuyé de la part d'un fantôme, une symphonie de grincements et de bruits animaux qui fout les jetons sans qu'on ne voit rien à l'écran, quelques minuscules détails égrénés patiemment ça et là (un cd qui saute, un téléphone qui affiche un numéro bizarre, quelques marques sur le corps d'un enfant), voilà qui effraye beaucoup plus que les hystéries des réalisateurs américains ou français. Quand les vrais monstres apparaissent, c'est simplement, lentement, et avec une belle imagination pour ce qui est du maquillage ou de la direction des acteurs (les déplacements dansés inventés par Nakata dans Ring ou Kurosawa dans Kaïro trouvent encore une nouvelle forme ici).

vlcsnap_2010_05_30_18h49m20s121Les fantômes de Shimizu ne sont pas des êtres brutaux et incontrôlables : ils sont des spectres inquiétants, qui apparaissent dans les endroits les plus quotidiens et n'effrayent que par leur simple présence, leur immobilité, leurs regards presque aussi effrayés que ceux de leurs victimes. Il y a quelque chose de métaphysique dans cette bande de spectres esseulés qui peuplent les maisons des banlieues tokyoïtes : des zombies en demande, voilà, en demande d'amour, de vengeance, d'attention. Shimizu, sur la trace de ses collègues, invente le film d'horreur poétique. J'avais déjà été emballé par son Réincarnation ; comptez sur moi pour me précipiter sur le reste de sa filmographie.

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07 septembre 2007

Réincarnation (Rinne) de Takashi Shimizu - 2007

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Ils sont forts, ces Japonais. Honnêtement, depuis une dizaine d'années, ce sont les seuls à savoir nous servir des films d'horreur dignes de ce nom. Moins puissant sûrement que Nakata ou Kiyoshi Kurosawa, Shimizu parvient quand même, avec Réincarnation, à nous livrer un film très tenu, effrayant, souvent superbement pensé, à la mise en scène et au scénario au taquet. 

EA45A4C7E0Pourtant, tout ça ne paye guère de mine : les éternels plans sur des petites filles étranges, une trouble histoire à rallonges de réincarnation, les notes de violon suraigües, la jeune première qui ouvre de grands yeux effrayés, etc. C'est de l'archi-connu, voire du déjà dépassé depuis que Nakata a livré l'ultime Dark Water. Mais, allez savoir pourquoi, ça fonctionne plus que bien. Shimizu arrive à renouveler totalement le genre sans jamais sortir des immortels modèles (Kubrick, beaucoup). C'est sûrement dû à des idées particulièrement lumineuses de mise en scène et de montage, qui parviennent à cumuler des "strates de réalité" les unes sur les autres avec une maîtrise qui laisse sans voix. Réalité, rêve, souvenirs filmés en sreincarnation2uper-8, tout ça se rejoint petit à petit en un seul flux, ce qui permet au gars d'inventer une manière très originale de raconter et de faire peur. En utilisant une mise en abîme vertigineuse (un tournage de film, avec une comédienne qui se trouve être la réincarnation d'un des personnages de l'histoire qu'elle joue), Shimizu parvient à raconter son histoire pratiquement sans mots, avec juste des effets de montage. La dernière demi-heure, surtout, est parfaite : trois points de vue se heurtent, celui réel et documentaire d'un tueur, celui de la comédienne qui revit l'horreur, celui d'une jeune fille qui assiste à nouveau à l'histoire. Mouais, assez indescriptible, mais le fait est que la façon de raconter est neuve et totalement convaincante.

reincarnation3Les effets spéciaux, rares et utilisés à bon escient, sont amenés à point, et jolis comme tout dans leurs références "à l'ancienne" (aussi bien le grand film d'épouvante classique que le film d'animation catégorie disons tchèque pour faire le malin). Les comédiens sont impressionnants, le réalisateur n'est pas avare en effets, l'histoire tient le coup jusqu'à un swing final bluffant, c'est varié, passionnant, rigolo et intelligent (puisque ça parle aussi de la fascination du cinéma, de son pouvoir de faire re-naître la réalité); bref, une grande réussite et un grand plaisir de spectateur, tout hypnotisé qu'on est par cette technique impeccable et cet amour de l'émotion que semble éprouver le metteur en scène. Chapeau bas.

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