15 janvier 2011

Les trois Prétendants (Kon'yaku samba-garasu) (1937) de Yasujirô Shimazu

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Très légère petite comédie sentimentale nippone, dans laquelle il faut tout de même noter la présence au générique de trois jeunes acteurs - Ken Uehara, Shin Saburi et et Shûji Sano - que l'on retrouvera par la suite, entre autres, chez Naruse ou Ozu. Trois jeunes gaziers qui vont donc passer un entretien pour bosser dans un grand magasin de confection ; la sélection se fait de façon plutôt inattendue, l'un effectuant un tour de magie, un autre devant faire un jeu de rôle avec une jeune femme - qui joue l'un des vieux employés de la boîte en y mettant les formes (c'est assez bidonnant, faut avouer), le dernier en racontant l'histoire du nylon, ce que l'ami Shin Saburi, tout barbu, fait en grand spécialiste... Nos trois jeunes hommes, une fois la place en poche, vont rapidement se retrouver sous le charme de la fille du patron de la boîte qui va leur faire sacrément du rentre-dedans. Ils ont beau déjà avoir déjà chacun une relation avec une donzelle, ils sont prêts à tout oublier pour elle - Ken Uehara excelle à jouer du cor et endort la gonzesse lors d'une soirée chez cette dernière (plutôt comique, la saynète), quant à Shin Saburi, pique-assiette de base (jamais le dernier pour taxer une nouvelle connaissance voire s'installer chez elle), bien qu'il soit invité au resto en présence des parents de la fille, rien ne l'arrête pour dévorer chaque plat "comme un porc". Ils se montent un peu le bourrichon chacun de leur côté et ne vont pas tarder à déchanter en apprenant que la fille va finalement se marier avec un certain baron revenant d'Europe... Ils reviendront illico à leurs croquettes Friskies, leur douce, la réalité reprenant vite le dessus sur le fantasme...

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C'est léger, disais-je, tourné dans des décors a minima, mais jamais exempt d'une petite touche de drôlerie - comment attirer une centaine de personnes en cinq minutes dans un grand magasin, faut le voir pour le croire... Les femmes sortent forcément grandies de ce petit marivaudage - menant les hommes par le bout du nez ou attendant patiemment qu'ils reviennent sur terre - mais le film a permis, apparemment, de lancer la carrière de nos trois apprentis acteurs qui n'en finiront point de briser des coeurs...

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06 décembre 2010

Yaé, notre petite Voisine (Tonari no Yae-chan) (1934) de Yasujirô Shimazu

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Toujours bien agréable de découvrir un cinéaste japonais qui dans les années 30 n'a pas à rougir face aux Ozu, Shimizu, Naruse et autre Mizoguchi. Il est question ici de deux familles voisines et de leurs relations "toutes simples" : les deux pères qui se saoulent à l'occase au saké, les deux mères qui tiennent la baraque et gardent un oeil bienveillant sur leurs progénitures, les deux frères, Keitaro et Seiji, d'un côté, qui s'entraînent au base-ball et la petite voisine Yaé, de l'autre, qui a un gros faible pour Keitaro, le fils aîné. Ces deux-là flirtent sans même vouloir se l'avouer, leurs petits jeux amoureux n'allant souvent pas plus loin qu'un échange... de chaussettes - Yaé raccomodent celles de Keitaro qui voudrait bien qu'elle lui enfile - si vous voyez là-dedans un jeu de mot, c'est bien innocent de ma part. Ils jouent "à la femme dévouée et au mari donneur d'ordre" sans que la chtite Yaé, toute jouasse d'être avec Keitaro, se laisse marcher sur les pieds (la jeune femme nipponne des années 30 étant définitivement "moderne" au-delà même de l'habillement) - c'est mignon comme tout et d'une légèreté rafraîchissante. Le retour de la soeur aînée de Yaé, qui a décidé de lourder son mari, va quelque peu briser cet équilibre. Elle ne tarde guère en effet à jeter son dévolu sur Keitaro, sous les yeux tout "enjalousés" de la chtite Yaé...

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Ces petites vignettes au quotidien sont d'un naturel réjouissant et mâtinées d'un soupçon de comédie toujours bienvenu : l'entraînement de base-ball qui se termine avec un carreau cassé chez les voisins - un incident qui tend plus à renforcer les liens entre les deux maisonnées qu'à créer des tensions -, notre Keitaro tout empoté et piteux quand Yaé lui présente l'une de ses charmantes camarades, notre trio qui se chambre à la moindre occase, les deux paters qui finissent complètement bourrés... Tout cela est emprunt d'une évidente bonne humeur relativement contagieuse. Quand la soeur aînée débarque, elle se joint au trio pour aller au cinoche puis au resto et trouble cette atmosphère bien innocente jusque-là. Il faut voir les regards courroucés que jette Yaé, assise loin de Keitaro, sur sa soeur discutant avec celui-ci au ciné (pendant qu'ils se fendent tous la poire devant Betty Boop), sa stratégie au resto pour se rapprocher de Keitaro (magnifique cadre dans le cadre - voir la photo ci dessus) ou encore son air meurtri quand, dans le taxi qui les ramène chez eux, la soeur aînée quelque peu enivrée pose sa tête sur l'épaule de Keitaro pour comprendre à quel point se joue en elle un mini-drame intime... Va-t-elle se faire piquer "son promis" par cette soeur plus entreprenante ? Ce sera à Keitaro de faire son choix entre cette soeur aînée qui s'offre littéralement à lui et cette "petite voisine" avec laquelle il aime encore à s'amuser "en toute innocence"...

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La caméra de Shimazu sait se rapprocher de ses personnages pour capter leurs réactions (sa façon de cadrer en particulier la séquence au ciné et le taxi : le "couple" des aînées d'un côté et l'attitude de Yaé de l'autre) et nous faire pénétrer au plus près la personnalité de chacun : une soeur aînée prête à jouer le tout pour le tout, un Keitaro qui subit plus qu'il n'agit avec les deux donzelles, une Yaé incapable de cacher ses sentiments, un Seiji... euh, un peu ballot... Si lors du dénouement, le sort de la soeur aînée reste en suspend, l'essentiel semble être pour Shimazu de montrer dans quelle mesure le trio parvient "à triompher" et à retrouver ses bases : comme une prolongation accordée à cette période d'ingénuité avant que vienne celle des responsabilités... Bien joli petit film de "l'entre-deux" et un cinéaste qu'on se fera un plaisir de découvrir plus en profondeur.    

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