23 mai 2012

Du Sang sur le Tapis vert (Backfire) (1950) de Vincent Sherman

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Un petit noir qui se consomme tranquillou même si on est dans une construction narrative on ne peut plus classique : Bob Corey (Gordon MacRae) et Steve Connelly (Edmond O'Brien) sont deux vieux potes de l'armée ; peu de temps avant que Bob sorte enfin de l'hôpital, il reçoit une visite troublante d'une jeune femme lui annonçant que le gars Steve est dans une très fâcheuse posture - est-il sous le coup des médocs, a-t-il rêvé ou est-ce bien la réalité ? Le fait est que sitôt sorti, accompagné de la sémillante Virginia Mayo - son ex infirmière -, il va se mettre en quête de son pote. D'individu louche en individu borgne (un ancien gars de l'armée devenu croque-mort, une jeune femme pimpante (Sheila MacRae, la femme de...), un docteur po clair, un Chinois mourant, une veuve éplorée (Frances Robinson)...), de flash-back en flash-back (tous introduits "avec leurs gros sabots", genre, bon ben bougez po, je vais vous dire exactement ce qui s'est passé... En vrac, la nuit du crime, avant, pendant, après, un combat de boxe qui tourne mal et une soirée qui finit mieux pour le Steve, un sale accident etc, etc...), on essaie peu à peu de remonter jusqu'à Steve : est-il coupable d'un meurtre, a-t-il détourné de l'argent sale, est-il tombé amoureux de la femme qu'il ne fallait pas ? Bob Corey qui était censé se reposer après ses 13 opérations ne s'épargne point pour retrouver la trace de son poteau. Il aura la sale habitude de ne guère porter chance aux gens qu'il croisera, les cadavres s'amoncelant dans son retroviseur...

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Sherman semble vouloir mettre une petite pincée de tout (amitié (Steve and Bob), amour (version tendre (Bob and Virginia) et version passion (Steve and la chanteuse charmante)), sombre histoire de mafia, enquête policière au (très) long cours...) comme s'il avait du mal à vraiment se focaliser sur un point. Il multiplie les personnages intermédiaires - ah gasp cette piste ne débouche sur rien mais grâce au nom de ce type mystérieux évoqué lors de la conversation, à cette adresse glanée sur une carte de visite ou ou encore à ce numéro de téléphone tombé du ciel, peut-être qu'on devrait aller faire une petite visite chez..., oui, viens Milou, tentons le coup... C'est un peu fastidieux à la longue. On comprend tout de même rapidos que le gars Lou Walsh semble détenir les clés de l'histoire : le proubloume c'est qu'il est justement introuvable. On prend alors plus ou moins son mal en patience en matant le casting féminin : Mayo en infirmière, mouais pas mal, Viveca Lindfors (mais si, une délicieuse suédoise aux lèvres pulpeuses) en chanteuse de charme "en français" s'il vous plaît est déjà beaucoup plus... euh motivante ou encore la chtite Sheila qui incarne à la perfection l'adage : "café bouillu, blondasse foutue"... Le final frôle le petit côté grand-guignolesque - mouais, je ne dis rien mais c'est difficile quand on a la Momie en tête de ne po se marrer - et ce même si l'action est ultra dramatique... - mais l'ensemble, sans être jamais transcendant, se regarde malgré tout assez plaisamment. Bon et puis le clebs joue super bien, c'est vrai aussi.

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24 mars 2012

L'Amant sans Visage (Nora Prentiss) (1947) de Vincent Sherman

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On cogite dès le départ pour savoir comment on va pouvoir utiliser le subtil jeu de mot du titre et de l'héroïne principale (Ann Sheridan) : Nora Prentiss, apprentice, apprenti(e) en amour... D'accord, mais va-t-elle être l'élève ou la "maîtresse", voire les deux ?... On se pose la question pour la forme. Qu'en est-il alors de cette Ann ? Elle est chanteuse de cabaret (classique), va se faire renverser par une bagnole (ok) et va se retrouver allongée chez un séduisant docteur, Richard Talbot, incarné par le gars Kent Smith et sa petite moustache gablesque. Richard, mariée à une femme aussi drôle qu'une porte de prison turque, ayant deux enfants bien sous tout rapport, une vie réglée comme du papier à musique et chiante comme une pluie tropicale, va se voir titillé par les gambettes de cette dame au regard si doux. Elle ne cherche pas à jouer pas les coquettes par excès sachant qu'elle n'a guère d'illusion à se faire, lui fait mine de croire que leur relation ne peut être que purement amicale et bing !... dans le mille, après une soirée à danser, une journée à lambiner (Sheridan, dans la petite maison secondaire du Richard dans les montagnes, couchée telle une chatte sur un tapis brûlant devant la cheminée... Offerte, again ? Penses-tu...), vas-y que je te serre dans mes bras, oh tu m'as réveillé darling, oh et moi je t'aime mais ne fous pas ta vie en l'air pour moi... Ouais, c'est ça.

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La trame de cette première heure est cousue de fil blanc et guère originale avouons-le. Comme la réalisation de Sherman n'atteint pas vraiment non plus des sommets, malgré toute la sympathie qu'on peut avoir pour les tourtereaux, on est po passionné, passionné... Il est grand temps qu'il y ait un ptit tournant dans l'histoire ; il arrive avec la mort de l'un des patients de Talbot, dans son propre bureau : une crise cardiaque dis donc (Sherman ne fait pas non plus dans la dentelle au niveau des métaphores filées sur la thématique du cœur : Sheridan chante pour les cœurs brisés, le docteur est un spécialiste des problèmes de cœur, oh ben c'était suffisamment de points communs pour pouvoir s'entendre ! Comme il n'a pas le courage de dire à sa femme et ses enfants qu'il veut les quitter, il a la bonne idée de se faire passer pour mort (mais bien sûr, Richard, cela va simplifier les choses...). Il met ce quidam dans sa bagnole, lui fait porter sa bague, fout le feu à la bagnole et la précipite au fond d'un ravin. Je suis mort, donc je suis libre et vais m'en aller vivre à New York (il habitait à San Francisco) avec ma douce. Sheridan, toute innocente, pense qu'il est en instance de divorce et comprend pourquoi au départ il n'ose pas trop sortir avec elle... Seulement après plusieurs semaines, c'est vite l'angoisse à vivre constamment cloîtrés... Si Sheridan va peu à peu réussir à refaire sa vie, Kent Smith va, lui, progressivement s'enfoncer dans la déprime : l'alcool, puis la jalousie, puis la violence... Talbot s'est transformé en Jaguar.

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Belle transformation de Smith au cours du film, mais c'est bien à peu près tout ce qu'il y a d'un peu surprenant dans cette œuvre de Sherman ; même le petit twist sur la fin (Talbot se transforme "en homme invisible", bandé de pied en cape : cela fait toujours son petit effet dans un film noir) peine à vraiment venir épicer l'ensemble ; de plus, même si le final est d'une noirceur à pleurer - belle séquence in the mist -, on reste méchamment sur sa faim. Toujours un plaisir de retrouver Sheridan - en femme fatale malgré elle - qui n'a malheureusement ici pas grand-chose à jouer face à un Kent Smith "qui se dégrade" à vue d’œil... Un beau titre français, pourtant, pour une série B tout juste dans la moyenne.

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30 janvier 2012

Racket dans la Couture (The Garment Jungle) (1956) de Vincent Sherman

"- I've learnt enough already [about this business] but never once did I hear anything about right or wrong.
-There's no such thing in the garment business."

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Vous êtes fan de La Vérité si je mens ? Vous avez hâte de voir le troisième opus ? Et pourquoi pas plutôt voir un bon film sur le même thème ? C'est ce que nous propose Vincent Sherman (remplaçant sur le tournage Robert Aldrich) qui nous convie à une petite plongée dans le milieu des fringues. Lee J. Cobb règne en maître sur son entreprise. Les syndicats, il ne veut po en entendre parler et préfère s'allier à la mafia locale qui utilise la manière forte pour dissuader les employés de faire une grosse bêtise... Même lorsque son fidèle associé fait une chute en ascenseur de vingt-six étages juste après avoir essayé de lui faire entendre raison sur le fait de s'allier avec les syndicats, Lee ne démord point : on va po venir l'emmerder dans son entreprise. C'est là que survient son fils (le beau gosse Kerwin Mathews) de retour de Corée qui décide de rejoindre l'entreprise familiale. Lee tique une première fois ("c'est la jungle, mon fils") et tique une seconde fois dès lors que son fils fait ami-ami avec une figure syndicaliste locale (Robert Loggia is Tulio Renata). Cobb, brut de décoffrage, continue de faire confiance au sale mafieux Artie Ravidge (haïssable Richard Boon), fermant les yeux pour se donner bonne conscience, sur ses méthodes criminelles... Après le meurtre de Tulio Renata (petites images d'archives montrant la disparition d'un syndicaliste assassiné à New York et l'émoi qu'avait provoqué sa disparition dans les milieux ouvriers : y'a du people in the street), Lee ne cède pas un pouce à ses convictions. Par exemple, quand Richard Boon commence à lui imposer des ouvriers dans son entreprise (trois types qui ont participé à l'assassinat de Tulio), Lee voit rouge... Il se pète avec Arvie et se rapproche de son fils... Seulement, il est désormais dans la ligne de mire de la mafia...

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On comprend assez facilement les rouages de l'histoire, Sherman bénéficiant dans son casting de trois personnages forts, parfaitement campés (Le gueulard Cobb, le vicieux serpent Boon, le pugnace Loggia qui forme un bien  joli couple avec son italienne de femme Gia Scala - plus ils s'engueulent, plus ils s'adorent). Le fiston qui débarque joue poster2 the garment junglel'innocent quidam qui a tôt fait de prendre "objectivement" son parti : "pôpa ce que tu fais c'est mal, mon pote rouge Tulio il a raison" - et pis sa femme est bonne (ah, il la zyeute depuis le début et quand le Tulio va mourir, cela va arranger ses affaires... Mais bon... Vu qu'il passera son temps par la suite à monter et descendre les escaliers de la Belle qui retourne dans sa famille à Little Italy, il ne l'aura pas non plus volée...). Sherman (ou Aldrich...) ne perdent jamais de vue le côté réaliste de la chose et soigne leurs plans en intérieur sur l'atelier de couture (du show room à la fumante et bruyante "salle des machines (à coudre)" en passant par les loges des modèles - dommage qu'on y reste po plus longtemps d'ailleurs pour admirer ces donzelles en petite tenue (eheh)... et leur commentaires qui volent haut (ohoh)) ou encore ceux en extérieur (les quelques séquences dans le Little Italy vintage... Il me semble d'ailleurs avoir aperçu Martin Scorsese en plus jeune (je plaisante, hein)). Les personnages féminins ont également leur place dans l'histoire (la dévotion et le courage d'une Gia Scala ou d'une Valerie French (l'ancienne petite amie de Cobb)) où le right - chantons l'International, là, maintenant - finit par l'emporter sur le wrong - ses patrons prêts de leur sous, la mafia, la violence... Solide démonstration (sans planer dans les stratosphères du film noir non plus), mon fils, à la vérité, j'te jure.

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30 mars 2011

L'Affaire de Trinidad (Affair in Trinidad) (1952) de Vincent Sherman

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N'eût été (sans mauvais jeu de mots) la présence de Rita Hayworth, ce film serait tombé dans les oubliettes du film noir qu'on n'aurait pas perdu grand chose. La Rita nous gratifie de deux petits numéros de charme, se déhanchant sur des "a chick a chick boom chick boom" mortels ou faisant la maline en aguichant son monde avec des "I've been kissed before", et c'est bien là tout ce qu'il pourrait y avoir à garder de cette intrigue mollassonne (le rhum de Trinidad aurait-il été fatal à l'équipe ?). Les amateurs de la belle et de l'incontournable Jean Louis (bien la première fois que je mentionne le gars responsable des robes...) pourront y trouver leur compte, les amateurs du genre, eux, s’ennuieront ferme... Difficile de faire un scénar aussi faiblard (au bout de cinq minutes, le suspense est déjà mort (un indice au bas de votre écran : les méchants sourient jaune)) et l'arrivée de l'ami Glenn Ford raide comme un piquet et aussi drôle qu'une poêle à frire ne va pas vraiment apporter de glamour au bazar...

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Le mari de cette pauvre Rita est retrouvé mort (un crime maquillé en suicide mais ne l'ébruitons point...) et la police demande à celle-ci de continuer de fréquenter un certain Max Fabian (un méchant traître mais on a pas de preuve, tu vois...) pour enquêter sur ses activités louches - sinon on va dire que le Max a tué son mari pour avoir la Rita tout à lui et la pauvre risquerait bien d'être éclaboussée par le scandale (Tu parles, tout le monde la considère déjà comme la grosse allumeuse, elle ne perdrait pas grand chose au change). Mais bon, faut bien trouver une idée pour lancer l'intrigue. Le frère de son mari débarque sur l'île, il ne croit pas une seconde à la version du suicide. Le Rita et le Glenn passe une heure à se tourner autour avant de craquer (ouais, un baiser de cinoche), mais le drame, c'est que cette dernière n'a po le droit de lui dire pourquoi elle continue de voir le Max... (Ce serait tellement plus simple, nom de Dieu...). Notre Glenn va avoir l'occase de sortir ses petits poings, la Rita va devoir la jouer fine pour trouver ce que cache le Max (le McGuffin ferait passer un James Bond pour une œuvre d'intellectuels), mais comme le Sherman n'arrive pas au petit orteil d'un Hitch, pas une fois on ne tremble pour nos deux tourtereaux ; le final est torché en deux coups de flingue, et on a peine pour la pauvre Rita de se retrouver dans ce film poussif point à la mesure de son charme et de son peps. Les costumes étaient donc de Jean Louis.

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Noir c'est noir, c'est

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24 juillet 2007

Esclave du Gang (The Damned don't cry) (1950) de Vincent Sherman

200px_DamnedDontCryL'ambition - l'éternel american dream - est un ressort inépuisable pour nos amis les scénaristes hollywoodiens. Si l'on démarre avec une intrigue énigmatique - un mafieux a été assassiné et on retrouve chez lui sur un film vidéo les images de la mystérieuse Lorna Hansen Forbes, héritière dans l'industrie du pétrole -, le récit va s'attacher à retracer l'ascension sociale d'Ethel Whitehead, dont Forbes n'est en fait qu'un prète-nom et qui n'a de rapport avec le pétrole que par son ancien mari qui était un simple ouvrier dans ce domaine...

A la mort de son fils de 6 ans, Ethel décide de plaquer son mari qui n'a jamais pu satisfaire ses envies. De petits boulots en rencontres, elle va rapidement devenir la maîtresse d'un des plus grand mafieux de la côte Est; un rôle taillé sur mesure pour Joan Crawford qui de petite vendeuse ne va pas tarder à resplendir de mille feux, devenant la coqueluche de la jet new-yorkaise. Seule petite ombre au tableau: si elle a su se servir des bonnes personnes pour soutenir son ascension, elle va se retrouver à son tour utilisée par son protecteur pour l'aider à infiltrer un chtit mafioso de la côte ouest qui commence à devenir très encombrant. Règlements de compte, plus d'un homme succombant à son charme finira avec une balle dans le bide. On pense qu'il va s'agir pour elle d'une bonne leçon - il aurait mieux valu qu'elle trouve le bonheur "à son niveau" lorsqu'elle en avait l'occasion- mais la dernière réplique des journalistes qui quittent la maison de ses parents où elle a trouvé refuge est plutôt sarcastique: " - Tu crois qu'elle recommencera? - Ouais. Normal remarque quand tu habites dans un tel trou...!" Rah, foutu American dream où la réussite sociale semble être définitivement la seule valeur...

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Si Joan Crawford et David Brian tiennent bien leur rang, ce film noir manque tout de même réellement de caractère et de scènes vraiment fortes - de style quoi, en un mot. Certes la psychologie des personnages dans leur relation perso/professionnelle est assez bien vue (qui utilise le plus l'autre, quelle association profite le plus?) mais sans atteindre non plus une réelle dimension machiavélique ; rien à dire non plus sur l'enchaînement narratif, c'est propre, mais au final le ton paraît un peu trop convenu et sans charme réel, ainsi que l'image, assez terne malgré les décors attendus de piscine ou de maison gothique. La filmographie de Sherman n'a d'ailleurs rien d'exceptionnel a priori. Pour les fans de la Crawford donc, surtout...

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