Old Believers (Staroverci) (2001) de Jana Sevciková
Ces "vieux croyants" font partie d'une diaspora établie un peu partout dans le monde suite à un schisme dans la religion orthodoxe en Russie au XVIIème siècle (on apprend quand même plein de trucs avec moi, non?). Sevcikova a suivi pendant cinq ans dans la région du Danube -en Roumanie si je ne m'abuse - ces reliquats d'un autre temps. En plus d'avoir un prénom souvent imprononçable, ils sont tous fiers d'avoir un ange gardien qui porte lui-même un nom. Certains l'ont même déjà vu et on se dit que l'ecstasy fait finalement peut-être moins de dégât que la religion à haute dose. Ils portent tous une croix autour du cou pour que le diable ne les possède pas à leur mort (reprends une pilule tiens) et croient en une vie après la mort avec une telle foi qu'ils feraient passer les Egyptiens pour des phénomènes de foire. Pas de doute que le jour où ils vont découvrir la première X-box ça va leur faire un coup derrière la tête. On retrouve chez Sevcikova, comme dans ses précédents films, cette fascination à faire de longs plans sur des arbres morts, des bateaux qui disparaissent dans le brouillard, des goélands (le goéland est très croyant) et des visages enfouis derrière une barbe de 46733 jours. Elle semble avoir un don pour réussir à pénétrer ces communautés d'un autre âge qui n'arrivent toujours pas à croire qu'on soit allé sur la lune. (La terre est ronde aussi mais cela serait peut-être un choc trop rude). Ca fait bien plaisir de savoir qu'ils font partie de l'Union Européenne même s'il serait sympa de les en avertir. Bref toujours la même ambiance surannée et presque irréelle que dans les deux autres moyen-métrages. Un autre temps...
Jakub (1992) de Jana Sevciková
Parmi nos amis tchécoslovaques partis au XIXème s. en Roumanie pour trouver l'Eldorado (rires), certains ont été redéplacés, de force, en 1947 pour peupler quelques villages dans les Sudettes. Bon ben c'est pas mieux, je me demande même s'il n'y a pas plus de boue. Le film commence par une interview dans le village sur le gars Jakub qui avait fait le voyage; ça commence bien, personne se rappelle quand il est mort (entre 2 et 10 ans) et on se dit que c'est un peu comme cette population oubliée au milieu de nulle part et dont peut-être personne ne se souviendra lorsqu'elle aura complètement disparu... Exilés, re-exilés, victimes des guerres, certains se battant contre leur propre demi-frère, l'un dans l'armée hongroise, l'autre dans l'armée russe (c'est super complexe ce coin hein?), ils finissent un peu par se demander quelle est leur véritable patrie. La plupart n'a jamais appris à lire et à écrire - et chante même horriblement avec une ou deux dents - et Sevcikova a le don pour filmer ces visages silencieux, faisant à peine tournoyer sa caméra en d'étranges trajectoires: certaines tronches (une véritable collection) semblent sortir tout droit d'un film de Lynch. Le regard des enfants reste lui tarkovskien et les multiples plans en rase-motte sur les divers cimetières de finir par nous projeter dans ce monde trouble d'un autre temps (et cela date d'il y a moins de 20 ans, brrrr...). Sur la personnalité du pauvre Jakub personne n'est vraiment d'accord si ce n'est qu'il picolait sec et semblait être resté traumatisé par la guerre. Un docu aux portes de l'Europe, dans une partie du monde où le tourisme semble avoir du mal à s'imposer. Etrange et pénétrant comme disait l'autre.
Piemule (1984) de Jana Sevciková
Saviez-vous qu'au début du XIXème des Tchèques avaient décidé de partir en Roumanie? Et ben on les retrouve dans les années 80 sous l'ère Ceausescu ("notre maître respecté"... Gosh) et franchement même le Moyen-Age était plus moderne. En gros la vie se divise entre les champs et les cérémonies: on laboure encore avec la charrue et lors de la cérémonie d'un mariage tout le monde pleure à tel point que j'ai cru au début que c'était un enterrement. Véridique. Seule la picole semble pouvoir sauver le matelot tchéco-roumain du naufrage (bien bourré tu peux te rouler dans la neige, no problem). J'ai beaucoup aimé aussi le sermon du prêtre qui explique que l'égoïsme est à la base de l'échec dans un mariage: prenons un homme, il s'achète sa bouteille de brandy, il la boit tout seul et n'en ramène pas une goutte à sa femme. Pas juste. D'autant qu'il en consomme 400 à 500 par an (c'est lui qu'il le dit, finalement je bois peu) ce qui fait un trou dans le budget; la solution? partager l'alcool avec sa femme, ça c'est juste!... Il raconte aussi l'histoire d'un mari qui a mis 7 coups de couteau à sa femme, le foie se retrouvant miraculeusement sauvé. De conclure: la violence n'est pas une bonne chose dans le mariage... Pratique le gars. On voit des vieilles qui préparent déjà leur linge avant de mourir ("Po peur moi: on a été conçu dans le péché, on a vécu dans le péché..." bref la mort est une délivrance et on finit par comprendre...) Je pense avoir trouvé le pays qui va calmer Michael Moore sur les assurances sociales. Bon pas trouvé de photo sinon, ben ouais, du pointu on a dit...

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