Boardwalk Empire - Saison 2 - 2011
Deuxième saison de cette série qui nous emmène à l'époque de la prohibition (en 1921 pour être précis puisqu'il y est souvent fait allusion au combat de boxe entre Dempsey et Carpentier - belle séquence que celle où les gens se rendent dans une salle pour écouter la radio comme ils allaient au cinoche... muet) dans cette bonne ville d'Atlantic City. Il nous faut bien trois-quatre épisodes pour nous remettre en jambe et en tête les multiples personnages de la saga - c'est d'ailleurs peut-être une des limites de la série que celle de vouloir mettre en scène une vingtaine de personnages, certains étant traités de façon un peu trop "sporadique" : l'enjeu de cette saison est quant à lui plutôt clair, puisqu'il y sera surtout question de l'affrontement entre le fameux trésorier Nucky (Buscemi, toujours aussi visqueux) et ce gamin dont il fut le tuteur légal, le fils du Commodore, Jimmy Darmody (Michael Pitt). Nucky se retrouve de plus en plus salement empêtré dans des affaires de justice qui le mettent sur un siège éjectable. Darmody quant à lui commence à construire son réseau de gangsters en s'alliant avec de jeunes loups aux dents longues (Capone, Lucky Luciano...) ou de vieux roublards (un "boucher" d'Odessa, Manny Horvitz, un type qu'il ne fait pas bon provoquer avec un hachoir...). Coups fourrés, retournements de veste, alliance contre-nature, meurtres sanglants, corruption à tous les étages, la série trouve peu à peu son rythme à partir du cinquième épisode relativement impressionnant au niveau des litres d'hémoglobine déversés (c'est un véritable massacre avec en prime un ptit scalp référentiel peu ragoutant...). On sent qu'on est po là pour se faire des cadeaux et cette saison tient également son rang au niveau des rebondissements et des surprises : on pensait que quelques-un des personnages, par leur statut et leur rang au casting, étaient protégés, ben que nenni, il y en a plus d'un qui va valser dans les derniers épisodes (il va pas tirer, il va pas tirer nan, oh putain l'ordure il a tiré...).
Jimmy Darmody (ou plutôt Darmoedipe vu les relations très "chaudes" qu'il entretient avec sa mère et celles, plus "tendues", avec son pater...) se transforme dans cette saison en véritable mort vivant, et ce à mesure qu'il grimpe les échelons et gagne en respectabilité ; le problème, c'est que le gamin prend vite une tête "ça comme" (a trop vu Le Parrain) et perd un peu les pédales avec ses associés. A force de se prendre pour le roi des chacals, il risque bien, en effet, de se prendre en retour quelques coups de bâton... (bel épisode 11, soit dit en passant, où on le retrouve quelques années plus tôt à Princeton faisant la connaissance de sa douce... Sa mère est également "de la partie" et on comprend mieux l'influence destructrice qu'elle a eue sur lui...). Nucky, de son côté, collectionne les embrouilles mais le gars est malin comme un vieux singe (il est maaaaaalin) : quand on pense qu'il va toucher le fond à jamais, il a toujours ce ptit coup de talon pour le faire remonter à la surface... Sa seule petite faiblesse est peut-être sa femme qui va avoir - suite à la maladie de sa fille (la polio) - un ptit "coup de chauffe religieux" ; c'est elle qui semble vouloir prendre sur sa tronche (en plus des siens propres) tous les pêchés du monde, et comme ils sont nombreux (Nucky, à lui tout seul, fait fort...), elle n'a de cesse de vouloir faire quelques sacrifices financiers pour décharger son âme... En pure perte ?... Une saison 2 qui, quoiqu'il en soit, tient bien la route et où il ne s'agit pas tant de montrer que le monde est gouverné en fonction de la loi du plus fort mais plutôt du plus putassier... Yo, man.
Californication - Saison 4 - 2011
Pas facile décidément d’enchaîner l'excellent Breaking Bad avec cette bien moyenne série qu'est Californication... Les trois premiers épisodes sont, notamment, une horreur avec quinze fois les mêmes incontournables rebondissements de situation : Hank Moody est lâché par sa femme, puis il revient, ah ben nan, ben si, ah ben nan de nan... Bouh que le manque d'inspiration est pauvre, à l'image de la coiffure "blondasse brunisé" de sa femme : du Bonnie Tyler vintage. Comme les acteurs sont en plus, franchement, de pire en pire (le groupe de gonzesses rockeuses est infâme... Je ne parle même pas la fille de Duchovny qui me sort franchement par les yeux - faudrait qu'elle arrête de bouffer des McDo entre deux saisons sinon elle va finir par exploser (ce qui ne serait peut-être pas un mal à la réflexion)), on se demande un peu parfois ce qu'il y a vraiment à sauver au delà du chtit côté "provoc" (et je dis ça par rapport au contexte ricain, faut relativiser). Bref, Hank Moody attend fébrilement pendant douze épisodes le résultat de son procès - viol sur mineur, c'est pas rien - et notre homme semble se faire un malin plaisir à tomber de plus en plus bas et à se faire défoncer la tronche - alcool, drogue, rock'n'roll, la trilogie classique - sauf que lorsqu'on voit, l'enfoiré, le corps qu'il a, on se dit que putain, c'est pas le père Bukowski quand même, Duchovny. On est à deux doigts de laisser la série en plan mais on se dit que bah, il va bien continuer à se taper au moins une méga bombe par épisode et que cet étalage de chair fraîche ne devrait pas manquer de piquant - mouais, cela fait un peu libidineux, mais faut reconnaître que c'est quand même le gros point fort de la série... Ah ben ouais, autrement, il y a toujours cet ersatz d'humour dans les dialogues avec un Hank qui, s'il n'écrit jamais, a un certain style, tu vois, quand il cause - du cul, des grossièretés, des mots valises, tout y passe et cela semble le faire marrer, l'ex-agent Mulder si propret, de jouer au séducteur stylé entre deux épisode où il donne surtout l'impression d'être un gros gros branleur - bien gaulé, certes... Poussif, poussif... Même si son avocate a du chien - ouais il va se la taper, forcément, comme toutes les bonasses qui passent dans le champ de la caméra - et booste quelque peu la fin de la saison, on est loin d'être impatient de voir la suite... Ça sent l'impasse pour ne pas dire le sapin, je vous avoue : il serait grand temps que Duchovny se décide à prendre de vrais scénaristes - sinon, dans l'état, le truc va finir par être aussi indigeste qu'un hamburger un lendemain de cuite... "Un lendemain de cuite" est en trop, désolé.
Breaking Bad saison 4
Breaking Bad est une des meilleures séries que cette Terre ait portée, que cela soit inscrit définitivement sur ce blog, je ne pense pas que mon camarade me contredira. C'est pourquoi on lui pardonnera (à la série, donc) de nous proposer cette saison un peu faible et qui s'éloigne trop du ton originel pour vraiment convaincre. On adorait l'aspect "Oui-Oui et le cartel de la drogue" des 3 premières saisons, on aime moins cette nouvelle tendance Soprano que les auteurs ont décidé de choisir. Rien de catastrophique non plus cela dit : on retrouve avec bonheur les personnages connus, Jesse Pinkman et Walter White en tête (toujours impeccablement interprétés, ce qui fait vraiment la qualité supérieure de la série par rapport aux autres : les acteurs y sont bons), qui prennent du galon puisque les voilà au sein de l'énorme organisation de la drogue sur le secteur. Il va sans dire que les auteurs ont le sens des situations, prenant un malin plaisir à plonger le pauvre Walter dans des tourments sans cesse plus insolubles : sa femme le fait chier, son fils ne le comprend pas, le cartel de la drogue mexicain tente de l'anéantir, Jesse est incontrôlable, l'amant de sa femme est un escroc, son avocat est peu regardant sur l'éthique, son beauf flic est sur sa piste... A chaque nouvel épisode, on le voit s'enfoncer de plus en plus, la bonne idée étant de montrer sa déchéance de manière physique : son visage est de plus en plus marqué, son corps de plus en plus boitillant, et à son cancer il faut ajouter les nombreuses baffes et autres maltraitances qu'il subit sans cesse comme dans un vieux Tex Avery.
Un ton beaucoup plus sombre baigne cette saison, entre trahisons (de la famille, des partenaires ou des grands patrons de la drogue), déchéance familiale, et cassages de corps. Les meurtres s'enchaînent (certains très impressionnants, comme ces fusillades récurrentes à l'intérieur des camions ou cette tuerie en bord de piscine), et la part belle est donnée aux personnages secrets, sérieux, arides : très belle interprétation là aussi de Giancarlo Esposito en Gus, glacial et raffiné, et marrant personnage de son garde du corps aussi professionnel qu'invincible. Malgré ça, c'est un peu ce qu'on regrette dans cette 4ème saison : l'humour est sacrifié. Même si ça et là surgissent encore quelques saillies verbales de Jesse Pinkman, ou des personnages secondaires assez drôles (l'avocat véreux), on regrette ce mélange précieux qui avait été trouvé du temps où Walter fabriquait des amphètes dans un camping-car. Le personnage est devenu beaucoup plus sombre, hanté même dirait-on, et Jesse est attiré sur une pente morbide, ce qui fait que le ton de l'ensemble est glaçant. Pas de décrochages farfelus, pas de situations impossibles tant elles sont ridicules, pas de légèreté ; on y gagne en intensité, mais on perd vraiment l'esprit d'origine. Le cancer de Walter est devenu secondaire, ses rapports avec Jesse sont moins intéressants, et on frôle même le solennel sur certains épisodes (ceux centrés sur les rapports entre Gus et Jesse). Rien de grave, encore une fois : on regarde ça comme on sirote un bon petit verre, bien calé dans son fauteuil, en trépignant dans l'attente de la suite, qui devrait envoyer vu la fin de cette saison. Yo fuckin'bitch. (Gols - 14/10/11)
Comme le disait l'ami Gols, c'est vrai que le ton s'est durci et que cette nouvelle saison est particulièrement noire. Alors qu'on pensait la situation un poil assainie - le sacrifice d'un collaborateur pour que le duo Jesse/Walter parvienne à survivre -, on voit bien que, rapidement, ils n'ont fait qu'enfoncer le bras un peu plus profond dans un engrenage destructeur. A l'image de ce tueur sauvagement égorgé dès le premier épisode, notre duo de choc va se retrouver tout du long avec le couteau sous la gorge. Après la descente aux enfers d'un Jesse qui part sauvagement en live - l'argent fait po le bonheur, ma bonne dame, c'est clair, surtout quand on a un meurtre sur la conscience -, ce sera au tour de Walter White de s'enfoncer de plus en plus profond dans la mouise. Plus il morfle physiquement et plus les siens sont menacés, plus il tente de garder la tête froide... mais devra pour ce faire s'acoquiner avec le diable. La drogue, c'est décidément, à tous les niveaux, un véritable cercle infernal...
S'il n'y a à proprement parler point d'épisode d'anthologie, il demeure quelques séquences joliment troussées qui font la part belle au jeu des acteurs : la scène entre Walter et sa femme où ils répètent la version qu'ils vont donner à la famille quant à ce soudain afflux d'argent - Walter pris par le démon du jeu... - est à mourir de rire (Bryan Cranston, tête baissée et regardant de travers sa femme, est impayable) ; celle où Walter livre à son fils le souvenir qu'il garde de son propre père est déchirante au possible ; ou encore toutes les séquences où Jesse et Walter s'affrontent tant physiquement que verbalement sont tendues comme un slip de trader avant la prochaine crise. C'est cette confrontation, souvent à distance, qui, à mes yeux, pourrait tout de même constituer le véritable fil rouge de cette saison, le maître à penser Walter tentant tant bien que mal de récupérer dans son giron un Jesse qui, s'il tend à s'affirmer, n'est jamais à l'abri d'une maline manipulation - le Gus l'a lui-même compris depuis le début... Un petit mot en passant sur ce dernier qui par deux fois au moins se pose en digne héritier d'un "Terminator de la drogue"... Les scénaristes, et c'est tout à leur honneur, continuent donc de laisser "respirer" la série en offrant de longues plages de scènes dialoguées, mais se montrent tout autant performants quand il s'agit de jouer avec les flash-forward (en début d'épisode) ou les ellipses - superbe construction du dernier épisode notamment où les pièces du puzzle se mettent progressivement en place sans qu'il soit besoin de s'étendre en d'inutiles explications. Quelques éclairs de violence viennent sporadiquement nous secouer et marquer notre duo de choc, et l'on se demande souvent comment le Walter parvient à s'accrocher à la rampe sans tomber dans la démence - son fou rire nerveux quand il se retrouve dans sa "cave" pour mettre la main sur son pactole est franchement hallucinant, la plongée verticale l'enfermant progressivement dans ce "cadre dans le cadre" augmentant cette impression anxiogène qui pourrait définir l'ensemble de cette saison. Moins d'humour et d'ironie, certes, mais une série à laquelle il est bien difficile de ne pas devenir de plus en plus accro... (Shang - 27/10/11)
Desperate Housewives - saison 7 - 2011
La ménopause de Bree, les problèmes de rein de Suzanne, un beau-père violeur qui revient d'outre-tombe pour poursuivre Gabrielle, les problèmes de couple de la castratrice Lynette, franchement, est-ce que vous pensez qu'on en a vraiment quelque chose à foutre alors qu'un typhon va s'abattre sur Shanghai dans quelques heures et qu'on va tous mourir ?... Woh, woh, doucement petit, ce n'est pas parce que tu n'as pas grand-chose à dire sur cette série que tu as honte de regarder (pas du tout, pas du tout, on apprend plein de choses sur... sur... enfin disons... sur le fait que les femmes soient chiantes - juste un exemple au hasard) qu'il faut s'emballer. Oh, après tout, de quoi se plaint-on, cette saison 7 n'est qu'une resucée des saisons passées avec son lot de personnages nouveaux (la nouvelle femme de Paul, super frigide mais tu vas comprendre pourquoi plus tard, Vanessa Williams la nouvelle associée de la bande en parfaite cougar (elle a 48 ans, elle fait plus jeune que moi putain...), Larry Hagman eh ouais, monsieur J.R. en vieux con raciste qui meurt heureusement rapidement), ses morts violentes (un petit suicide pour la route en écho à l'épisode d'ouverture, ça fait toujours plaisir), son épisode central qui part en vrille (une émeute dans Wisteria Lane (!) provoquée par le projet de créer un centre de réhabilitation pour anciens détenus (forcément dangereux, tout le monde vote encore Bush dans cette série : ils sont restés totalement figés dans le passé...)), son incident crucial qui fout trop les boules et empêcherait presque de dormir (Gabrielle et Bree n'auraient plus le droit de se voir mais alors, c'est tout le spirit de la série qui est menacé !!!)... Bref, c'est ça aussi un couple : faire des concessions pour faire plaisir une fois dans l'année à sa femme - mon auréole est plaquée or au bout de sept saisons... Pauvre chtit pépère.
Boardwalk Empire - saison 1 - 2010
Sont forts, tout de même, ces Ricains, pour nous sortir, tous les quatre matins, des petites séries historiques aussi bien fagotées. En attendant la sortie en France de "Brest, les Années 20 humides" avec les stars Clovis Cornillac en marin et Frank Dubosc en baigneur (j'ai pourtant encore rien fumé ce matin, je vous promets), on devra donc se contenter de ce récit mettant en scène cette folle ville d'Atlantic City (je connaissais jusqu'à maintenant que la chanson de Springsteen, je pourrais maintenant faire un cours d'histoire de douze heures) à l'heure de la Prohibition, avec quelques petits détours ici ou là à Chicago et à New York. Dès qu'on fait connaissance avec ce magnifique bord de mer de la ville reconstituée "à l'échelle" (sans grimacer en remarquant les effets numériques : les belles façades sentent plus le bon vieux carton pâte de l'ancien temps que les ternes reconstitutions par ordinateur - mais mon oeil peut avoir des faiblesses), on se dit que les producteurs n'ont pas vraiment pinaillé au niveau des moyens et on se régale d'avance devant la précision et le soin apportés aux costumes, aux accessoires, aux décors intérieurs... Bon vous allez me dire, cela ne fait pas tout. Non, bien sûr, mais au niveau de l'intrigue et des personnages, il y a également de bien belles choses, même si on peut être, je l'avoue, un peu déçu par le premier épisode signé Scorsese qui n'a rien de franchement "extraordinaire" en soi (beaucoup aimé cela dit ces montages en parallèle de deux séquences différentes joliment mises en musique, où l'on sent, quelque part, la patte du Martin... Mais je peux me tromper): les défenseurs du maître peuvent toujours dire qu'il parvient à donner parfaitement le ton de la série, les autres pourront remarquer que d'un épisode l'autre le choix du réalisateur n'a que peu d'impact finalement sur le style général de chaque épisode - toujours le fameux débat devant ces "monstres de production", ces machines de guerre ricaines : où est passé l'auteur...?
Mais revenons à l'Histoire (les thématiques évoquées) et aux petites histoires (la personnalité des personnages principaux): c'est donc le début de la Prohibition et sans grande surprise le récit va se concentrer sur les petits arrangements en coulisses des responsables politiques pour rester au pouvoir et sur les multiples guerres des gangs (ou plus précisément guerre intercommunautaires - les Irlandais, les Ritals, les Blacks, les Grecs, les Polacks - oublions les Francais ("The terrible Frog Gang"... nan, cela fait pas de toute façon, no regret): il n'y en a qu'une, une bourgeoise imbuvable qui est dans la couture : hip hip hip, vive la France !) qui font rage dans chaque ville pour se tailler la plus grosse part du gâteau. C'est certes pas d'une originalité folle, quand on y pense (certains règlements de compte sont terriblement sanglants, cela dit ; pas vraiment tout public, sans faire ma chochotte) mais on sent un réel désir de la part de Terence Winter, le créateur de la série, de coller au plus près à la réalité de l'époque et de nous faire toucher du doigt cette atmosphère particulière - le petit monde politique (déjà) corrompu jusqu'à la moelle, l'ambiance délétère dans les bordels, les fumeries d'opium ou les salles de spectacle, la violence indubitable de cette société, l'émancipation (progressive) des femmes - du lobbying contre l'alcool à l'action des suffragettes -, (...), le tout bénéficiant de petits airs de musique vintage qui donnent forcément du cachet.
Mais c'est surtout au niveau de la galerie des personnages que réside sans doute le plus grand intérêt de Boardwalk Empire ; Steve Buscemi (Nucky Thompson) est dans tous les sens du terme "royal" : avec son petit air de ne pas y toucher, il sait manipuler tout un chacun avec art, tenant toujours une liasse de pognon dans une main pour que les gens viennent lui manger dans l'autre. Si physiquement il est loin du fort-à-bras, intellectuellement, il s'impose comme le grand marionnettiste de la série, celui qui sait toujours comment s'en sortir sans trop avoir à se mouiller personnellement. A ses côtés, on retrouve la charmante et opportuniste Kelly Macdonald (Mrs Schroeder) (je suis un grand fan de sa diction, si je peux me permettre une remarque au passage) qui incarne apparemment un certain état d'esprit féminin de l'époque : malgré sa volonté évidente de se battre contre cette société mâle (l'interdiction de l'alcool, le droit de vote), il est encore bien difficile de mener ce genre de combat sans soutien... financier et masculin ; sa relation avec Nucky Thompson est en cela à double tranchant : tout en condamnant le bonhomme, elle est prête à faire un énorme compromis pour rester avec lui et profiter de ses largesses ; difficile situation que la sienne où il faut savoir parfois jongler avec ses principes pour survivre...
Parmi les "hommes de main" de Nucky, notons la présence du toujours excellent Michael K. Williams (le Omar de The Wire bienheureusement ressuscité) en chef du gang black qui rigole po et du dicaprionien Michael Pitt qui revient tout jeune de la guerre (celle de 14-18 en France, of course) en ayant déjà perdu nombre de ses illusions en route. Les Ricains aiment ce genre de personnages blessés et inadaptés (ce qui est bien dans leur Histoire c'est qu'il y a toujours une guerre qui vient d'avoir lieu...) et Pitt forme une terrible équipe avec un compagnon croisé par hasard en cours de route, une véritable gueule cassée sans foi ni loi (beau moment touchant de "poésie", cela dit, avec la référence au personnage du Magicien d'Oz qui permet de donner à ce caractère, au visage double, sa petite dose d'humanisme - derrière ses airs de "bons soldats"). Ajoutons à ce casting l'impressionnant Michael Shannon (l'agent Van Halden), membre de la police fédérale qui a fort à faire : puritain, rigoriste, sado-masochiste, diabolique... bien qu'il se positionne en grand "régleur de tort", il semble contenir en lui toutes les plaies de cette Amérique schizophrénique : il y a les beaux discours pleins de grandeur et d'idéaux, et il y a les faits où s'expriment les envies les plus primaires et destructrices. Censé représenter la loi, on se demande au final si ce n'est pas le personnage le plus dangereux de la série, faisant presque passer Al Capone (j'adore la première fois qu'il se présente) pour un bon ptit gros juste un peu sanguin (hum...)... On attend donc vaillamment la saison deux, plutôt confiant.
Desperate Housewives - saison 6 - 2010
On prend les mêmes et on recommence, c'est un peu le principe des séries me direz-vous, sauf que là cela ressemble de plus en plus aux confitures de saison : Desperate Housewives est un ptit truc sweet à souhait, qui se consomme - et s'oublie- en deux coups de cuiller à pot - et qui d'année en année a bien du mal tout de même à se renouveler - quel goût à la pêche cette année ? Ben comme l'an dernier, en fait. Pour tenter de garder un minimum de suspense sur les 23 bocaux, pardon, épisodes de la saison, rien de mieux que d'accueillir sur Wisteria Lane de nouveaux voisins super inquiétants et de faire rôder dans le quartier un serial-killer... Tout est fait pour qu'on pense que les deux événements sont liés, mais comme on commence à connaître la recette par coeur, on sent forcément la fausse piste. Sans vouloir faire rentrer trop d'air dans le pot pour ne pas ruiner la mixture, disons tout de même qu'on a rarement vu un serial-killer aussi peu crédible et aussi mal joué... Lorsqu'on fait sa connaissance, la saison tourne franchement à la farce de bas étage et, comme tout le monde le sait, la farce et la confiture ne font pas vraiment bon ménage. Au-delà de ça, il faut attendre pratiquement les cinq dernières minutes de l'ultime épisode pour assister à un "semblant" de nouvelles révélations (alors attention, le truc c'est que... ben nan, les gars, ce sera dans la saison 7... roh me voilà bien eu !)... Il n'y a bien qu'un épisode qui dépote un peu - celui avec le crash de l'avion - avec au passage un personnage secondaire qui rend l'âme (un peu de changement, ça fait toujours plaisir). Parce que même si un nombre incroyable de personnes finissent à l'hôpital (bien rentabilisé, ce décor), ils ne tardent point, généralement à reprendre rapidement leur place dans le long fleuve tranquille du récit ; du coup, c'est du classique : Susan et Mike, après 42 séparations, se retrouvent ensemble (leur gamin, dans le genre petit singe savant d'acteur, est insupportable) - des problèmes de sous cette fois (plombier aux USA, ca paye po, bizarre) ; Lynette (toujours là pour te tirer une larmette un épisode sur deux avec ses yeux de chien battu) et Tom ne cessent de s'échanger les rôles - celui qui bosse / celui qui reste au foyer - mais elle continue comme toujours de le tenir par les couilles bien qu'il s'en défende - cool ; Gabrielle est toujours aussi chaudasse et vénale - mais bonne copine quand même ; Bree toujours aussi psycho-rigide, après un petit écart qu'elle va, certes, payer cher (enfin surtout ce pauvre Kyle MacLachlan qui se retrouve sur une chaise roulante et qui commence par se faire sérieusement chier dans cette série - Kyle, avoue, ça se voit ; la scène où Bree le passe au Karcher lorsqu'il refuse de se laver demeure sûrement le climax de la série, c'est dire...). On se dipute, on se raccomode en deux temps trois mouvements, po des vies non plus super désespérées (une crise de folie ? un petit tour à l'asile et on revient totalement apaisé ; de gros problèmes psychologiques ? une petite visite chez le psy et nous voilà rassérénés - c'est po compliqué en fait...) Ouais, la saison 7 a déjà commencé, si c'est pas une bonne nouvelle, ça !
Breaking Bad - saison 3 - 2010
Breaking Bad se bonifie avec le temps, et cette saison 3 atteint indéniablement des sommets dans l'écriture et dans la mise en scène. Je ne sais pas comment ils font exactement, mais à chaque nouvelle fournée, les créateurs de la série arrivent à nous installer confortablement dans nos pantoufles (ce qui est très agréable), et en même temps à chambouler nos attentes (ce qui ne l'est pas moins). On retrouve donc notre cher Walter White, fabricant d'amphètes de plus en plus débordé, Jesse Pinkman, son bras-droit torturé par le malheur, et tous les personnages impeccables, depuis l'épouse qui prend une envergure de serial-killeuse jusqu'au beauf qui, cette fois, fait montre de toutes ses fêlures ; mais on s'enfonce de plus en plus dans une tragédie domestique épatante d'ambition, dans une série de scènes absolument bluffantes d'invention, et surtout dans un noir de chez noir qui fait plaisir à voir.
Pourtant la série continue à jongler très adroitement entre comédie et drame : les deux personnages de tueurs sans âme sont tarantinesques en diable, Walter a droit à quelques sommets de n'importe quoi, dûs surtout à sa tendance systématique à faire les mauvais choix aux mauvais moments. On s'amuse vraiment bien à suivre ces lignes de dialogue qui flirtent avec l'absurde, ces situations de famille tranquille qui rompent sans cesse avec les contre-points que sont les séquences d'action immorales. Mais c'est surtout du côté de la noirceur que se situe la vraie qualité de cette nouvelle saison : peu à peu, les scénaristes bouchent toutes les portes de sortie, et enferment ce pauvre White dans une spirale de la violence effrayante à la longue. Du coup, le personnage devient une sorte d'ombre maléfique, fermée sur elle-même. Heureusement qu'il existe encore quelques respirations rigolotes (cet avocat véreux, savoureux) ; sans elles, Breaking Bad serait d'une tension dure à supporter. Finies les hésitations entre bien et mal : cette fois, White est passé du côté du mal, définitivement. Les derniers épisodes sont glaçants, avec ce point culminant qu'est la toute dernière scène, qui augure de ce que sera la suite (on tremble d'avance). La mise en scène est toujours aussi variée et inspirée, et on a même droit à de longs moments "inutiles" juste destinés à essayer des concepts ; l'épisode 10, dans ce sens, est incroyable : l'action de la série
est "gelée" pendant tout un épisode pour s'amuser au huis-clos, pour redéfinir les personnages principaux, pour tenter la règle des trois unités, juste parce que c'est marrant. On pourrait l'enlever sans problème, et pourtant c'est l'un des plus intéressants du point de vue du concept. On sent que les scénaristes s'intéressent à l'humain plus qu'à la trame, et que la plus petite idée (ici : comment une mouche peut figer le déroulement de la série pendant 1 heure) est bonne à prendre. C'est bon de sentir qu'il y a derrière ce gros barnum une sensibilité affûtée et un vrai sens des personnages. Totale admiration. (Gols 28/06/10)
Ah c'est clair que l'épisode de la mouche demeure un grand moment, d'autant que cela annonce d'une certaine façon dans quelle mesure Pinkman est le véritable grain de sable dans le rouage : si une mouche peut venir, d'après Walter White, menacer toute la production, ce n'est pas innocent si Pinkman, avec son masque respiratoire aux allures... de mouche, va se prendre lui-même un gros coup de tapette dans la tronche ; on ne sera guère surpris lorsque, quelques épisodes plus tard, il va vouloir faire une nouvelle fois le malin... Il a beau être le dernier couillon, il est pourtant difficile de lui en vouloir pour plusieurs raisons : primo, il est celui qui, avec son petite marché parallèle à moitié foireux, veut résister au monopole mis en place par le grossiste, un grossiste qui ne se gène pas d'ailleurs pour l'exploiter - il ne fait pas le poids, il n'a, qui plus est, aucun sens réel des responsabilités, mais il se plaît encore et toujours à vouloir jouer les petits électrons libres face au capitalisme (c'est totalement illusoire mais l'esprit est là...); secundo, il garde encore un sens de la fierté et de la fidélité (vouloir venger son pote) quand White tente, lui, toujours de relativiser ; tertio, il est le seul que l'exploitation d'un gosse blesse profondément... Au final, ses belles théories auront autant de poids qu'un chewing-gum contre un tank, mais dans le principe, on ne peut pas vraiment lui donner entièrement tort. Encore y-a-t-il des façons de s'organiser, c'est là que le bât blesse. Walter, lui, doit faire face à un autre problème d'équilibriste : arrêter la production de drogue et montrer patte blanche (...) pour tenter de reconquérir Skyler et continuer la production de drogue pour tenter, entre autres, de garder des contacts avec Skyler... Il est vraiment celui qui se fait baiser dans cette saison, se retrouvant de plus en plus pris au piège - les quatre murs du labo souterrain - par ce qu'il a lui-même mis en place ; si la drogue devait lui donner une liberté financière totale, il se retrouve dorénavant totalement dépendant de son taff : pour faire vivre sa famille, pour payer les notes d'hôpital de son beauf, pour contrôler dans une certaine mesure Pinkman, pour ne pas se griller auprès du big boss, ou encore pour rendre jouasse Skyler qui commence à vouloir prendre part à son business au niveau du blanchiment d'argent... Il a beau avoir la tête sur les épaules et tenter de raisonner logiquement : plus il est nickel dans son taff, plus il a des emmerdes - sa seule échappatoire restant finalement la même depuis le début : la mort - qui risque d'être maintenant violente et non due au cancer... quel soulagement... Quelques jolis morceaux de bravoure au niveau des dialogues qui dans certaines situations finissent par méchamment déraper (White prenant la parole devant les étudiants et tentant de relativiser l'accident d'avion, White poussant Skyler dans ses derniers retranchements pour se réinstaller chez lui, Skyler montant un gros film auprès de sa soeur pour expliquer pourquoi son "couple" peut payer la note d'hôpital de son mari...), et, en dehors des intros parfois sanglantes, un gros coup de bourre, au milieu de la saison, avec ces deux gros jumeaux mexicains kafkaïens qui tentent de s'en prendre à Hank. C'est certes un peu la partie congrue au niveau de l'action, mais cela est amplement remplacé par la tension palpable entre White et son boss Gus Fring, un type au faciès de marbre et au petit sourire inquiétant : ils passent leur temps à jouer au plus malin, tout en respectant l'adversaire, et difficile de dire celui qui s'en sortira en morflant le moins... Pour ça faudra ronger son frein jusqu'à la prochaine saison. (Shang - 02/12/10)
Mad Men - Saison 4 - 2010
Mad Men entame sa quatrième saison, et c'est vraiment que du bonheur. Si les premières saisons avaient un gros potentiel, la série trouve un rythme de croisière absolument fascinant dans cette capacité aussi bien à dessiner chaque personnage qu'à imposer ce style relativement minimaliste - ces longues séquences muettes où le regard ou le jeu tout en retenu des acteurs se suffisent souvent à eux-mêmes. On arrive aux années 64-65, les forces américaines commencent à s'installer Vietnam, et l'atmosphère aux Etats-Unis n'est pas d'une gaieté folle : ce climat "d'instabilité", de doute se ressent aussi bien au niveau du taff - la nouvelle boîte de pub fondée par Draper et ses associés devant faire face à une concurrence de plus en plus rude - qu'au niveau du personnage de Draper lui-même ; le divorce est consommé et notre jeune célibataire, qui ne peut voir ses gamins qu'en de rares occases, semble de plus en plus chercher à noyer sa peine dans le whisky tout en menant une vie dissolue... Il finirait presque par faire penser au personnage incarné par Duchovny dans Californication - d'autant qu'il est entouré d'une nuée de gonzesses à tomber - à cela près que la noirceur de son personnage est dix plus approfondie. Il tente bon an mal an de naviguer entre son passé qui le rattrape (une crise de panique qui fout les boules), ses amourettes sans lendemain ou surlendemain (il prend goût à certaines, faut le comprendre aussi...), sa vie privée écartelée et son taff ; la série nous livre d'ailleurs encore quelques belles saillies et réflexions dans ce domaine (ne pas suivre automatiquement les goûts d'aujourd'hui mais anticiper ceux de demain ; savoir toujours retourner une situation de faiblesse à son avantage - l'excellente idée de la campagne anti-tabac ; la gestion des Japonais de Honda...) et ces petites leçons de stratégie in situ (qui passent ou qui cassent) sont toujours joliment amenées.
Si Draper a tendance à dominer plus que jamais de la tête et des épaules cette saison, on retrouve avec plaisir nombre de ses sparring-partners : la chtite Peggy, souffre-douleur mais aussi consolatrice du sieur, la tête à claque Pete plus sincère que ne pouvait le laisser prévoir son petit côté jeune loup, le vieux lieutenant Roger Sterling, jamais le dernier pour la boutade (son mémorable "You've got cancer ?" - à voir en contexte...), la bombissime Joan qui connaît bien des déconvenues, sans parler des trois secrétaires qui se succèdent auprès de Don (grand consommateur de secrétaires...) et qui vont avoir des expériences des plus diverses (j'en dis po plus pour par péter le suspense... juste souligner au passage la présence de la chtite Jessica Paré qui a le potentiel de finir miss météo sur Canal...). Une saison qui n'est pas exempte donc d'une relative noirceur, mais une série qui se révèle à l'usage de plus en plus attachante et passionnante. Difficile de po faire de pub pour Mad Men, c'est ça.
FlashForward de Brannon Braga & David S. Goyer - 2009
Il y a quelque chose du mécanisme qui tourne à vide dans cette série. A force de voir leurs aînés faire des points d'audimat avec l'accumulation de coups de théâtre (24), les créateurs de FlashForward ont tenté le scénario ultime : chacun des 22 épisodes comporte au minimum 30 coups de théâtre. Un mouvement irrépressible qui donne au bout du compte l'inverse du but recherché : au lieu de captiver, la série tourne à vide, donc, complètement prisonnière de son goût de la surenchère. Le pitch de départ : l'humanité toute entière s'endort en même temps, et pendant 2mn17 entrevoit ce qui va arriver le 29 avril suivant. C'est cool pour ceux qui se voient amoureux ou président des States, plus fâcheux pour ceux qui se voient traqués par des tueurs, voire pire, pour ceux qui n'ont aucune vision, preuve qu'ils seront morts d'ici là. Dès lors, deux chemins : ceux qui tentent d'échapper à leur futur, ceux qui tentent de le rattraper ; sans compter ceux qui tentent de comprendre pourquoi ce flash a eu lieu. Attrayante petite idée.
Mais première erreur : on connaît dès le départ la teneur des flashs de chaque protagoniste de l'histoire ; du coup, la série est écrite d'avance, on sait comment tout ça se terminera. Si bien qu'on se demande pourquoi ils se démènent tant pour que le 29 avril se déroule comme ils l'ont entrevu : à quoi sert de tenter de trouver la femme qu'on a vue en rêve si on sait que de toute façon, elle sera là le jour J ? La série s'écroule très vite dans ce piège pourtant énorme : pas de suspense, une course effrénée vers le dernier épisode (le jour J, donc) qui tente de meubler le manque d'enjeu par des mini-trames sans épaisseur. Celles-ci sont parfois franchement ridicules, comme cette partie de poker entre deux scientifiques pour savoir s'ils vont oui ou non annoncer leur responsabilité dans le déclenchement du flash. En tout cas jamais crédibles : les policiers sont vraiment des génies purs ; s'ils trouvent une pièce d'échecs ou une miette dans leur beurre, ils en déduisent immédiatement qu'il y a eu un complot en Angola ou que le méchant est caché sous l'évier. Columbo peut aller se rhabiller.
Deuxième erreur : ... euh, tout le reste... Acteurs pourris (qui n'ont d'ailleurs rien à défendre, les personnages étant complètement phagocytés par la trame), musique poisseuse, mise en scène clicheteuse, caméra à l'épaule même dans les scènes dialoguées (question de budget ou c'est pour faire comme les autres ?), lumières incompréhensibles (comment peut-on dormir dans une chambre aussi bleue avec des rais de lumière qui tombent des soupirails comme dans un film d'épouvantes des années 30 ?) accumulations d'invraissemblances... On ne cesse de soupirer devant cette hystérie de scénariste, qui monte son récit comme on cuisine des lasagnes (couche sur couche sur couche, jusqu'au débordement), et qui oublie qu'une bonne série, c'est aussi des personnages forts, des ruptures de rythme (ma référence reste l'épisode entier de Breaking Bad construit autour d'une mouche). Avec FlashForward, le genre atteint sa limite : espérons que les auteurs sauront s'appuyer sur cet exemple de ratage pour trouver d'autres voies.
Dead Set - 2008
Typiquement l'exemple de la bonne idée gachée. Il y avait moyen, avec Dead Set, de faire une vraie grande série d'horreur, qui se piquerait en plus d'une vraie critique sociale et d'une profonde réflexion à la Debord sur les limites du spectacle. Mais on est interloqué de voir comment les créateurs de cette série passent à côté de ce magnifique matériau de base, sans jamais en voir les possibilités. On passe son temps à rêver de ce que ça aurait pu donner, et à soupirer devant le manque d'intelligence total de la chose.
Dead Set est un film de zombies à la Romero, avec tout le folklore qui s'y rattache : éructations, dégustations pas très propres de tripaille sanguinolente, dézinguage systématique, en passant par les épisodes inévitables du genre (comment arriver à la voiture garée au milieu d'une horde de morts-vivants ? Que faire de la fille qui vient de se faire mordre ? etc.). On apprécie réellement de voir le genre à la télé, d'autant que les réalisateurs ne mettent pas trop d'eau dans leur vin à l'occasion de ce passage du grand au petit écran : le film est gore, surtout dans sa deuxième moitié, et n'hésite pas à flirter avec le dégoût du spectateur. Même si beaucoup de scènes sont coupées avant leur finalisation sanguinaire, occultant
avec timidité la vraie violence, pas mal d'effets sont bien cradouilles comme on aime ; il est tellement rare à la télé de voir des têtes qui explosent ou des héros bouffer l'intestin grèle de leurs congénères qu'on ne peut que s'incliner. Mais il n'y a pas que cet agréable atout là-dedans : la grande idée, c'est qu'au milieu de ce monde envahi par les morts-vivants, il ne reste plus qu'un îlot sécurisé : le plateau de télé d'une émission à la "Big Brother". En gros, les derniers survivants de la race humaine sont Loanna et Steevie, et le dernier espace de survie un décor à la Ikea parfaitement immonde. L'horreur.
On sent tout ce qu'il y aurait pu avoir là-dedans, et ce qui apparaît d'ailleurs de temps en temps, au détour d'une réplique ou d'un plan : opposer à la déreliction du monde un esatz de monde parfait, télévisé, surveillé, fantasmé, fictionnalisé. Marrante cette petite phrase prononcée par la candidate quand elle s'aperçoit que les zombies ont tout envahi : "Ca veut dire qu'on ne passe plus à la télé ?" ; marrante aussi cette façon de tout montrer à travers des écrans, le lieu sécurisé étant paradoxalement le plus exposé au monde. Mais à part ces quelques occurences un peu intelligentes, Dead Set déroule une trame de survival bête et méchante qui ne tient jamais compte de son contexte. Les scénaristes préfèrent inventer des personnages
clicheteux et les mettre sans imagination face aux zombies, plutôt que de creuser la veine "société du spectacle" bien plus intéressante. On se perd alors dans des séquences inutiles, très mal jouées par des personnages excessifs (le producteur pourri, la guerrière sans peur), et on se prend les pieds dans la complexité du concept de base ; peu à peu, même l'idée de télé-réalité est abandonnée pour ne livrer qu'un film d'horreur qui ressemble à tous les autres. Côté mise en scène, ça pèche aussi gravement, tout ça étant filmé hystériquement par une caméra à l'épaule bien pratique pour occulter le manque de moyens. La série hésite beaucoup entre comédie et sérieux, ne trouve pas son ton, et s'enterre très vite sous sa vacuité. Un grand gâchis d'inspiration, qui trouve heureusement de temps en temps quelque chose de malsain qui fait du bien à la télé.




























