20 décembre 2009

James et la Pêche Géante (James and the Giant Peach) d'Henry Selick - 1997

F3426F7FD2Noël approche, on a des retours d'enfance, comprenez-moi. Pourquoi pas un film d'animation, d'autant que Selick nous a plutôt habitués à de grandes claques dans la têtes de nos mômes plutôt qu'à des caresses sur leurs blonds cheveux. Malheureusement, ce film-là marque un très net retour à la niaiserie. Le compère adapte un conte de Roald Dahl (oooooh! font les mamans énamourées), l'histoire d'un petit garçon anglais qui rêve d'Amérique et va s'embarquer à bord d'une pêche volante pour rejoindre la Grosse Pomme avec ses amis les insectes... Dans les premières minutes, on se dit qu'il va y avoir là-dedans de la place pour du sombre : Selick ne peut pas être dupe de ce fantasme américain suranné, qui avait sûrement lieu d'être à l'époque de Dahl mais est aujourd'hui bien ringard ; de plus, il sème ça et là quelques indices morbides parfaits (les parents du petit emportés au bout de quelques minutes par un mystérieux rhinocéros, l'amitié du gosse avec la lie du monde animal)...

james03Mais non : Selick a l'air de ne pas voir où est le problème de filmer ces chansons cucul et ces personnages dépassés, de revenir à une esthétique disneyenne la plus sucrée après avoir réalisé Nightmare before Christmas, ou de traiter au premier degré cette historiette enfantine. Ca s'adresse certes à un très jeune public, mais pourquoi forcément ne leur donner que de la guimauve à mâcher ? Tout ça est d'un moralisme et d'un politiquement correct désespérants. Si encore Selick se rattrapait sur l'esthétique ; mais point : alternance d'images "réelles" parfaitement laides (encore sous l'influence burtonienne, mais cheap à mort, juste une maison de travers, un abus des couleurs grises, qui ne parviennent jamais à retrouver le morbide du grand Tim) et de stop-motion guère plus réussi (personnages peu attachants, technique hésitante, une certaine paresse dans les décors), James and the Giant Peach a tout du ratage à tous les points de vue. Pour un Noël plus sympa, je vais me rabattre sur Tex Avery.

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22 juin 2009

Coraline de Henry Selick - 2009

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Encore une magnifique réussite de la part de Henry Selick, après le déjà formidable The Nightmare before Christmas. Coraline repose a priori sur la même vision du cinéma pour enfants : ne pas leur donner du blé à moudre, sans arrêt questionner leurs fantasmes et leurs envies, retourner le monde pour qu'ils aient conscience par eux-mêmes de ses pièges. Pour Selick, l'enfant n'est pas un petit crétin, mais un citoyen pensant à qui il importe de montrer la vie. Le film est éducatif, mais dans le meilleur sens du terme ; il dit en substance : "méfiez-vous du rêve facile qu'on vous donne à ingurgiter : la vraie vie est plus belle que le plus merveilleux des fantasmes sucrés". Il y aurait comme une attaque envers les productions type Disney que ça ne m'étonnerait pas.

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Coraline est une môme d'aujourd'hui, avec des parents d'aujourd'hui (entendez : pas méchants, mais trop occupés pour lui accorder de l'attention). Elle erre comme une âme en peine dans sa nouvelle maison jusqu'à ce qu'elle découvre une petite porte dérobée qui va lui donner l'occasion de vivre une vie parallèle parfaite : parents idéaux, voisins rigolos, gâteau à tous les repas et spectacles de cirque tous les soirs. Sauf que cette réalité va se révéler cacher un monde à la Big Brother tout à fait effrayant. On reconnaît aisément la marque de Lewis Carroll dans ce conte déviant, qui mèle la poésie naïve à des motifs macabres parfaitement jouissifs. C'est petit à petit que ce monde disneyen se transforme en horreur concentrationaire pleine de monstres, d'enfants aux yeux arrachés, de sorcières ricanantes, d'insectes gluants. Doucement, Selick amène ses spectateurs à mettre en doute ce monde rêvé, où le loisir et le plaisir sont les seuls mots d'ordre, où la couleur pêtante dissimule mal des frustrations morbides. Sans aucun manichéisme (la mère tortionnaire ne fait qu'exprimer un manque latent d'amour), il installe tranquillement la farce la plus dérangeante dans le conte naïf, et Coraline apparaît d'une insolence totale, se permettant de terroriser les têtes blondes dans un final étourdissant proche d'un film d'horreur. Il faut une sacrée dose de courage pour arriver à écrire une histoire aussi intelligente et qui va à l'encontre de tous les clichés sur l'enfance.

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Quant à la technique, elle est époustouflante. Même si Selick n'est pas toujours bon au niveau des rythmes, son film fourmille de 14000 idées visuelles, depuis des chiens empaillés munis de petites ailes jusqu'à un chat affreux (équivalent de celui d'Alice au pays des Merveilles, mais trash). C'est de l'image assez léchée, conforme à la technique actuelle, mais qui se permet souvent d'aller faire un tour chez les ancêtres du film d'animation (les tchèques, les russes), dans la peinture (de Van Gogh à Botticelli), ou dans la BD. Splendide séquence, qui n'aurait pas dépareillé dans un film muet de Starevitch, d'un spectacle de cirque avec des centaines de souris sauteuses ; ou scène grandiose où la mère se transforme en araignée, changeant le décor en un écran blanc totalement abstrait. On est très loin des schémas classiques. Quant à la musique, signée pourtant du choriste Bruno Coulais, elle est incroyablement juste, entre gothique période Hamer et envolées cristallines (la harpiste est la grande Hélène Breschand, musicienne sur les projets de Franck Vigroux entre autres, que je vous conseille objectivement). Bref, Coraline est un trésor d'intelligence et de spectacle "parallèle", qui ne peut pas se raconter, qu'il faut voir pour assister à une expérience unique dans le genre trop balisé du film jeune public. (Gols 15/06/09)

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coralineUn dessin-animé en effet tout à fait réjouissant sur la face cachée des affriolantes apparences... Bien aimé pour ma part, dès le générique, cette poupée que l'on retourne comme un gant symbolisant justement le revers derrière chaque chose ainsi que cette possibilité de pouvoir manipuler et retourner nos chers bambins. De même, comme me le faisait remarquer ma femme, difficile de ne pas voir, dans le costume de cirque de cet acrobate qui part en loque, un clin d'oeil à notre gars Michael Jackson ou comment Bambi a finit par prendre des allures de grand méchant loup... L'ami Gols évoquait cette séquence tout à fait abstraite de l'écran blanc qui est enchaîné avec la magnifique destruction de ce monde "virtuel": la "matrix" (qui finira en toile d'araignée, sacré web) se recouvre de cendre en un clin d'oeil - dès qu'on gratte un peu la surface, il ne reste rien - avant de bugger dans un ultime sursaut de folie - quand la technique finit par échapper à tout contrôle... Il y a enfin, au passage, cette façon très putassière pour les "autres" parents de gagner la confiance de Coraline en multipliant les références à son nom voire à son image (le fameux jardin): la démagogie à l'état brut est encore de faire croire que le monde est à l'image de son propre petit monde personnel - ce n'est pas le journal de Jean-Pierre Pernaut qui nous contredira. Ah si tous les enfants du monde pouvait voir ce petit trésor d'invention formelle et le comprendre... (Shang 22/06/09)

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