26 septembre 2009

Man on Fire de Tony Scott - 2004

18386135_w434_h_q80On croyait Charles Bronson et ses films d'extrême-droite morts et enterrés avec les années 80. Tony Scott nous prouve avec éclat qu'il n'en est rien, et qu'on peut être un partisan de la peine de mort, un raciste arriéré et un militant pour la justice sans procès en 2004. Ce n'est pas rien. Man on Fire est un film dégueulasse, facho et moraliste ; le fait qu'il ait eu du succès y compris chez certains critiques fait quand même froid dans le dos.

Sur la première heure, on frémit déjà, mais plus pour des raisons de style que de fond : on nous sert un clip de MTV crétin et niaiseux sur un garde du corps (Denzell Washington, l'alibi black qui nous fera oublier, pense-t-on, le propos) chargé de surveiller une bambine blonde et blanche dans le Mexico trouble (entendez : plein de jeunes qui dansent de la techno en éructant, comme tous les Mexicains). Le souci, c'est que notre gars est alcoolique, ce qu'on nous montre dans des scènes au ralenti qui feraient passer John Woo pour un mormon. Quand la main du gars s'approche d'un verre, on a droit à une image saccadée et à un bruit de décharge électrique ; moi, 18386146_w434_h_q80j'aurais plutôt mis directement une voix off disant "Boire, c'est mal", de peur que le public ne comprenne pas bien le message. Heureusement, Denzell est catholique et lit la Bible ; on lui aurait filé des branches d'orties, il se serait fouetté directement devant la statue de la Vierge. Au début, il est secret, professionnel, opaque, mais la petite est si mignonne (elle a un ours en peluche et lit aussi la Bible) qu'il devient bientôt son ami. Il lui apprend même à être une vraie winneuse à la natation ; avant elle était que troisième, la honte, mais Denzell lui apprend à piétiner les autres. Bref, charmant couple. Un jour, c'est ballot, la môme se fait enlever et butter par ses ravisseurs...

... et c'est le début de l'éclate pour Tony Scott. Toute la suite du film va être consacrée à la vengeance, Denzell se mettant en tête de bousiller tous ceux qui ont fait du mal à son aryenne. Sa philosophie, proche vous l'avouerez d'un Hegel : "Une balle dit toujours la vérité" (bien sûr). Il va donc rivaliser d'invention pour non seulement décimer toute la distribution, mais en plus la faire passer par mille tortures raffinées : je te 18386142_w434_h_q80coupe tous les doigts, je te mets une bombe dans le cul, je t'éclate au fusil à pompe... Tout ce qui est mexicain (les personnages s'appellent tous Sanchez, c'est bien connu au Mexique), c'est mal ; tout ce qui est américain, c'est bien. Pratique pour faire un choix. Embrassant de temps en temps sa médaille de saint-je ne sais qui qu'il a autour du cou, Denzell est filmé comme un Ange du bien à la limite du Christ incarné, accompagné d'une musique new-age gerbante à chaque fois qu'il butte un gars. Sa jouissance évidente à varier les tortures (pourquoi est-ce qu'il ne torture pas toujours de la même façon, puisque ça marche ? Parce que c'est pas assez spectaculaire, nous dit Scott en haussant les épaules) montre bien que Scott jouit autant que lui de voir les méchants passer par mille douleurs. Comme il a suffisamment d'efficacité pour entraîner son public dans une spirale spectaculaire, on voit vite le piège : l'empathie pour le personnage principal, fasciste, est vite atteinte. L'ado-cible de cette production pourra sagement se conforter dans ses opinions racistes et voter à droite aux prochaines. A un gars qui suggère que la vengeance est condamnée par la Bible, Denzell répond du tac-au-tac : "la justice, c'est entre Dieu et le coupable ; moi, je suis le raccourci entre eux" (de mémoire). Scott n'a 18606469_w434_h_q80pas dû apprendre qu'il existait des tribunaux, et milite sans complexe pour une justice expéditive à coups de flingues, avec comme fond la sempiternelle et crétine pensée : "je sui contre la pène de mor mais kan c'est des gosse, non" (le scénario doit être écrit à peu près comme ça). A la fin, le coupable principal reste en vie, mais heureusement, un carton final nous informe qu'il est "mort durant son arrestation". Ouf, on avait peur qu'il puisse avoir un procès, tout va bien.

Tout ça est filmé et joué de façon grotesque, mais à la rigueur on s'en fiche : l'important est la nausée qui vous envahit devant ce discours bas du front (national). En 2h20, Scott détruit toute espérance que le cinéma américain devienne un peu plus concerné par le monde, un peu moins con, un peu plus démocrate et humaniste. Immonde.

Posté par Shangols à 19:47 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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