La Révélation (Storm) (2009) de Hans-Christian Schmid
A moitié convaincu par ce style très clinique de Schmid (caméra à hauteur d'hommes avec son petit lot de zooms pour faire genre reportage - merci 24) qui réalise un film bien trop lisse sur le procès d'un responsable de terribles exactions en ex-Yougoslavie. On a droit à un personnage principal, la procureur, femme au taquet qui se bat pour faire éclater la vérité, toute la vérité face à la lourde machine judiciaire de la Haye - ah là là ces institutions européennes, que de tractations en couloir
pour un résultat souvent si maigre... C'est bien gentil tout cela, de mettre face à face une pauvre victime qui risque sa vie et sa famille pour faire condamner un méchant militaire, mais tout cela manque de recul et reste finalement un peu au ras des pâquerettes pour nous donner une vraie vision d'ensemble sur les enjeux : deux petits individus - la procureur et la victime - ne pèsent po bien lourd face à ce gros machin tenu par des fonctionnaires et ces méchants responsables politiques qui ont pris le pouvoir, mais tu vois avec un peu de pugnacité tout est toujours possible... (cela peut paraître un peu simpliste comme résumé mais la référence faite à Rocky au cours du film tend à ne pas voir beaucoup plus loin). Le film de Schmid part d'un bon sentiment, et on ne peut lui reprocher sa direction d'acteurs ou la construction de son récit, c'est juste que sa volonté apparente de montrer ce qui se cache derrière les rouages de cette institution européenne n'aboutit qu'à un maigre constat purement manichéen dans lequel il ne prend po vraiment de risques - c'est pas vraiment une nouveauté de nous dire que certains criminels de guerre parviennent à passer entre les mailles du filet pour des raisons politiques, ou que la machine administrative européenne manque de souplesse - super Schmid, ouais moi aussi je suis d'accord... Le film n'est pas déplaisant en soi à regarder, c'est juste qu'à force de manquer d'aspérités dans le fond comme dans la forme, on a finalement bien du mal à s'y accrocher... - sauf Télérama, forcément.
Requiem (2006) de Hans-Christian Schmid
Parfois, vous passez devant un cinéma à 22h20, et vous rentrez à la seule séance possible, par hasard. ET vous tombez sur un film, que d'aucuns annoncent comme le énième renouveau du cinéma allemand (un genre en soi), et qui ma foi remporte l'adhésion. Le hasard a du bon.
Requiem traite, comme beaucoup d'autres films, de l'émancipation d'une jeune fille, ou plutôt de son difficile passage d'une adolescence catholique fervente à un âge adulte tourné vers les garçons et le rock'n roll. Rien que de banal, me direz-vous, et certes pendant un moment on se demande bien ce que Schmid veut dire de plus sur le sujet que
ses glorieux prédecesseurs (Eustache, pour ne citer que lui). Et puis, le film prend très tranquillement un long virage qui devient captivant : sortie d'une enfance tournée vers la bienséance et la foi en Dieu la plus convaincue, Michaela est brusquement confrontée à la "vraie vie". Ce choc, allié à des crises d'épilepsie mal guéries, la rend malade, féroce, quasi-schyzo. Du coup, elle se met à entendre des voix, elle se sent désormais incapable de toucher des crucifix, elle entre en conflit ouvert avec sa bigotte de mère (Carrie n'est pas loin). Si bien que ses proches (son père, son confesseur) deviennent persuadés qu'elle est habitée par le Diable, et ne voient que l'exorcisme pour guérir la belle de ses nouvelles ambitions.
Le film, fantastique sans effets, effrayant sans monstres, d'autant plus étrange qu'il est ultra-réaliste dans sa forme, progresse inexorablement et subtilement vers ces scènes violentes de cris, de cérémonie funèbre. Filmé quasiment dans les règles du fameux Dogme (mis à part pour la musique), Requiem est assez insupportable dans le fond pour en faire un grand film à la Von Trier. Choix judicieux de la photo (le "crade" de la vidéo autant que de l'Allemagne des années 70) et de la bande-son (Deep Purple, entre autres, joue parfaitement le rôle de passeur entre une émotion mystique et planante et un rock brutal et moderne), interprétation parfaite (la grande gigue qui tient le rôle principal est tout simplement magnifique), sens de la tension d'une scène, sobriété et intelligence dans la mise en scène de ce sujet difficile : si ce ne sont quelques longueurs, notamment dans les scènes entre Michaella et sa copine trash ; et quelques clichés romantiques un peu trop niais quand même (la course des amoureux au milieu des moutons), le film remplit absolument son contrat. L'incompréhension qui entoure la métamorphose du personnage (une fille qui devient femme, c'est effrayant), et qui finit par contaminer la jeune fille elle-même, et cette lente dégradation de son mental (quel courage il faut pour affronter sa propre liberté) sont traitées très finement par Schmid. C'est un peu comme si L'Exorciste était un film de Pialat, pas mal, non ? (Gols - 24/12/06)
"L'Exorciste filmé par Pialat" disait mon gars Bibice, oui pas mal, même si j'ai surtout pensé à la façon de filmer des frères Dardenne et à Rosetta en particulier: une caméra toujours en mouvement, traquant le moindre fait et geste de notre pauvre héroïne qui tente de se battre avec ses propres démons. Pas facile en effet de s'extirper d'une famille aussi conservatrice et surtout d'une mère aussi castratrice dans une Allemagne des années 70 où les gens s'habillent aussi mal qu'à Shanghai aujourd'hui - même Moulins à côté, c'est la cité de La Belle au Bois Dormant. Le plus dur pour elle est de faire face à l'incompréhension de ses proches -sa famille donc et les types de la Paroisse-, seul son petit copain lui apporte un quelconque réconfort avant d'être dépassé par les événements ou son amie qui, malgré ses doutes, garde une oreille attentive à son évolution. De très jolis mo
ments sur la piste de danse lorsque Michaella (pas facile à porter faut dire) se laisse aller aux simples notes de la musique et oublie l'univers qui l'entoure, des instants plus faibles comme le dit mon co-blogueur lors de cette romance amoureuse (la barque et les moutons, plus concon je vois po) ou carrément dur et à fleur de peau lors de ses crises de "possession"; malgré son courage à vouloir aller de l'avant, à vouloir quitter la cage de son enfance, en allant à l'université dans une autre ville, une force venue de nulle part (une crise d'ado ou cet enfoiré de Méphisto?) semble vouloir l'empêcher de s'émanciper pour de bon; son regard résolu lors de la dernière scène dans la voiture sonne comme un abandon et une phrase laconique (en allemand, chaud, j'ai dû reprendre mon dico...) nous apprend qu'elle finit par mourir d'épuisement chez ses parents. Pas forcément un happy end qui file la patate, même si l'ensemble du film possède une énergie propre grâce à un montage notamment au taquet. (Shang - 06/03/07)


