La Mer à l'Aube (2011) de Volker Schlöndorff
Un téléfilm du lourd Volker sur les dernières heures de Guy Môquet. On pourrait franchement se la jouer facile en disant "de qui se moque-t-on ?" mais bon l'ensemble part quand même d'un bon sentiment... La réalisation et le jeu des acteurs quand même beaucoup moins, hein... Heureusement qu'il y a là dedans le ptit éclair Jean-Pierre Darroussin - en prêtre venant humblement saluer les hommes de ce camp, juste avant qu'ils soient menés au peloton d'exécution - pour apporter un soupçon de relief ; ah oui, il y a aussi cette pauvre Arielle Dombasle aussi fraîche qu'à l'époque où elle tournait avec Rohmer (gloussements gras...). Oui, bon, vous l'avez compris, je vais pas vraiment m'étendre sur le bazar produit par Arte et qui convient parfaitement à la petite lucarne avec reconstitution plate et émotion facile. Par exemple, je n'ai pu m'empêcher, en passant, de penser que le gars Sarkostique avait commencé son mandat en saluant la mémoire de ce communiste en herbe et l'avait piteusement fini en mettant dans un même sac stalinien tout porteur de drapeau rouge... Les aléas de l'histoire, pourrait-on dire... Mais c'est vraiment pour la petite histoire, la toute pitite.
Un Amour de Swann (1984) de Volker Schlöndorff
Ah la légèreté pétillante de Charade, rohh la pesanteur terrible d'Un Amour de Swann. La mise en scène de Schlöndorff est plus proche de celle d'un éléphant que d'un cygne - en plus, dès le départ, cette coproduction au casting international se voit forcément contrainte au doublage multiple : si Jeremy Irons hérite, par chance, de Pierre Arditi (qui aurait mieux fait, tant qu'à faire, de le remplacer carrément : Irons, dont je ne suis pas vraiment fan, joue comme un fer à repasser, ne changeant pas d'expression du visage de bout en bout (la mine triste, le regard tout rond - et je ne parle point de son allure raide comme un tuteur de tomate)), la pauvre Ornella Muti, elle, se tape Micky Sebastian (!?) qui, d'après nos amis de Wikipedia, double Sharon Stone et Jodie Foster - affreux, on se croirait dans Les Feux de l'Amour. Bref, d'entrée de jeu on est vraiment refroidi, et l'arrivée de Delon, en Baron de Charlus, qui semble sous tranxène (il sortait de Notre Histoire et cuvait ses litres de bières ou il se préparait pour le rôle ?) ne vient pas franchement nous réjouir. Ah il y a de bien jolis décors et de belles toilettes, rien à dire, mais au niveau du feeling, on est à l'agonie. Dès que Jeremy Irons voit Ornella, soit il fait une crise de tétanie (se pique le type, po possible pour avoir un regard si dénué d'expression), soit il s'empresse de plonger vers ses seins qu'elle a gracieux, certes, la coquine (et qu'on nous montre amplement d'ailleurs, peut-être le seul intérêt pour être totalement franc... pardon). Leur scène au lit est aussi torride qu'un téléfilm sur M6 et on se prend tout d'un coup à penser que c'est quand même le gars Proust qui était à l'origine de la chose. On est d'autant plus déçu que la présence de Peter Brook et de Jean-Claude Carrière, entre autres, au scénar, pouvait laisser entrevoir un peu plus de flamboiement dans cette adaptation. Seule une réplique m'a vraiment mis en joie (pas le courage de feuilleter Proust pour voir si elle émane de l'oeuvre originale) lorsqu'Odette de Crécy (Ornella) demande à Irons (Swann) s'il pense qu'elle n'a pas de goût; il lâche un "Si, tu as ton goût" d'une causticité affreuse. Après, on sent bien qu'il ne pense qu'à fondre sur elle couchée sur son divan pour lui mordre le téton. Pas vraiment sous le charme non plus de la photo signée du grand Sven Nykvist, enfin peut-être est-ce dû tout simplement au fait que je ne sois jamais vraiment rentré dans le film. Me suis même mis à me marrer en reconnaissant ce pauvre Jean-Pierre Coffe en maître d'hôtel - qui balance malheureusement aucune tranche de jambon sur ces invités huppés. Bref, cela m'a un peu coupé dans mon élan de voir Le Temps Retrouvé de Ruiz qui m'a l'air, de prime abord, guère plus enthousiasmant... Des encouragements ?
Le Coup de Grâce (Der Fangschuß) (1976) de Volker Schlöndorff
Le père Volker n'est point le cinéaste le plus fun de sa génération... Forcément quand, en plus, il adapte Marguerite Yourcenar, faut pas vraiment s'attendre à se fendre la pipe. J'ai dû m'accrocher à mon accoudoir pour aller jusqu'au bout nonobstant certaines qualités évidentes : un noir et blanc résolument marquant - les noirs semblent être à l'encre de Chine ce qui doit être po évident pour colorier chaque image -, une interprétation de Margarethe Von Trotta, totalement habitée par son personnage, qui frôle la grande performance et une atmosphère glaçante. Pour le fond historique, je vous la fais courte : on est en 1919, quelque part dans la Baltique, en pleine guerre civile russe. Des Prussiens, recroquevillés dans une vieille demeure, tentent de résister aux assauts communistes (si vous dormez déjà, c'est pas bon signe). L'histoire est centrée sur les relations "amoureuses" entre un soldat prussien, Erich von Lhommond, et la comtesse du château, Sophie de Reval. Cette dernière n'a d'yeux que pour son Erich mais celui-ci ne tarde point à se montrer d'une froideur terrible. Elle se jette alors aux cous de tous les hommes qui passent - le soldat est toujours preneur - ce qui met de l'huile sur le feu dans leur relation. Pour corser le tout, on ne tarde point à découvrir les sympathies de la comtesse pour les cocos et les relations ambiguës (homo quoi...), par le passé, entre Erich et le frère de la comtesse. Forcément, la tension ne peut que monter d'autant que la mort rôde tout autour de la baraque. Le coup de grâce final, annoncé par le titre, finira par mettre à genoux ceux qui ne dorment pas encore à poings fermés. Pour être sombre c'est sombre, une véritable "oeuvre au noir" pour montrer qu'on a de la culture à défaut d'avouer qu'on s'est ennuyé terriblement. Je vais peut-être pas enchaîner avec un Bergman, m'a littéralement flingué le Volker...




