Tasuma (Le Feu) (2004) de Kollo Sanou
Un film burkinabe pour sortir un peu des sentiers battus. Une trame simple comme les panneaux routiers sur une route en brousse : un ancien vétéran de la guerre d'Algérie et d'Indochine s'apprête à toucher enfin sa pension en ville. Dans l'euphorie, il demande au commerçant du coin de fournir un moulin à grain pour son village qu'il paiera sitôt l'argent reçu... Seulement la pension tarde à arriver, ce qui va provoquer une grosse colère de notre Tasuma - braquer le préfet au fusil c'est la meilleure idée pour faire un petit tour en prison - sans parler de la révolte des habitants du village lorsque les flics viennent démanteler le moulin. Bon, on va pas pinailler sur la qualité des images ni sur le jeu amateur de certains acteurs, d'autant que l'œuvre de Sanou n'est jamais avare d'un humour à se tordre (ma phrase préférée reste définitivement "rapidement, accélère !" ): on peut citer, entre autres et dans le désordre, les chants - sur l'air de "lundi matin..." - du starbé du village dès que Tasuma enfourche sa bicyclette pour aller en ville, les insultes profanées par un Tasuma qui explose comme la grenade à la fin du film - dégât : une vache-, les cadeaux faits au commerçant par les femmes du village en attendant la pension - t'as l'air con quand tu te retrouves avec 17 sacs de grains et deux poules furax - et les constantes répliques pour chambrer notre débonnaire Tasuma. Kollo Sanou n'en oublie pas pour autant certains sujets de fond comme celui de l'abandon des mariages forcés qu'il traite avec une certaine philosophie. De l'attitude stoïque du chef du village aux motards et aux militaires dépassés devant la prestance de Tasuma, en passant par les marabouts que personne n'écoute et les chants de joie des femmes du village, tout cela respire un naturalisme revigorant et une pointe d'ironie toujours pointue. Le meilleur film burkinabe vu à ce jour (ok c'est mon premier, mais bon, pas facile non plus de tomber dessus...)
