Hostel : chapitre II (Hostel part II) d'Eli Roth - 2007
Eh bien voilà une heureuse surprise pour quiconque a vu le douteux "chapitre I" de cette salace série gore : la suite est résolument meilleure, Roth ayant visiblement compris les leçons passées. La grande gageure de ce nouvel opus (qui était un peu déjà celle du précédent, mais presque malgré soi, par défaut), c'est de ne pas afficher une seule scène gore avant une heure de jeu, ce qui, pour un film d'horreur d'1h30, est tout de même audacieux. Cet effet de style était encombrant dans le I, et n'était que la preuve de la pauvreté d'imagination du gars pour construire une histoire ; ici, c'est tout le contraire : c'est bien cette première heure qui est la plus intéressante.
Grâce en soit rendue aux personnages d'abord : Roth s'attarde non seulement sur les victimes futures des tortionnaires (3 nanas modernes et bien campées), mais aussi et surtout sur les tortionnaires en question. Il évite du coup toute l'ambiguité raciste passée, en présentant deux Américains moyens tentés par la montée d'adrénaline du meurtre sadique. L'un est un beauf avide de puissance, joué en force par Richard Burgi (un des méchants de 24) ; l'autre un faible voulant se donner un semblant de virilité, joué finaud par Roger Bart (un des méchants de Desperate Housewives). En leur donnant de la place, de l'épaisseur psychologique, en donnant tout simplement un passé aux personnages, en collant un visage sur le danger, Roth réussit ce qu'il avait raté précédemment : rendre palpable l'horreur de l'âme humaine. C'est le sujet même de la série des Hostel, et on touche enfin à quelque chose de précis.
Bon alors attention, c'est quand même pas du Bergman, hein. Hostel part II est tout de même assez crétin pour beaucoup de choses : une scène gore ridicule qui voudrait se la péter en mêlant Eros et Thanatos dans une sorte d'orgie sanguinaire ; des comédiennes à qui on ne demande que de hurler et qui ne semblent pas capables de beaucoup d'autres choses ; une vision de la féminité assez douteuse ; et toujours cette phobie de l'étranger (encore une fois la Slovaquie, à mon avis le gars y a passé de mauvaises vacances étant petit). "Il n'y a aucun endroit vraiment sûr en Europe", entend-on dans le film ; dans la bouche d'un Américain de base, ça gêne un peu. Le gars va jusqu'au bout de sa hantise de l'Europe, en poursuivant le héros de l'opus I jusque... en Italie (quelle horreur !) pour le trucider enfin. Ces Slovaques sont vraiment prêts à aller jusqu'au bout du monde...
Mais par-dessus ces défauts, il y a cet humour morbide qui fait mouche (une scène finale totalement en porte-à-faux de tout le reste), et une façon originale de camper les atmosphères. Plus que les scènes de tuerie attendues, c'est la montée de l'angoisse, toujours repoussée, qui fonctionne bien : belle utilisation de décors sordides et moites, emploi "kubrickien" de tronches étranges, belle mise en scène des profondeurs de champ. Quelques séquences sont vraiment inventives, comme cette vente aux enchères de jeunes filles à tuer, par portables interposés, qui dessine une sorte de mondialisation du meurtre très efficace ; ou comme cette émasculation totalement affreuse (oui), qui montre que Roth n'est pas qu'un ado attardé, et qu'il sait raconter quelque chose de la virilité. Bref, moins de gore, plus d'angoisse ; moins d'yeux arrachés, plus de personnages. Satisfecit, toutes proportions gardées.
Hostel d'Eli Roth - 2006
Depuis toujours, je suis à la recherche du film gore qui me rappelera mon adolescence, mes émois de gamin à la découverte des premiers Carpenter, de The Texas Chainsaw Massacre ou de Sam Raimi. Après la très bonne surprise de The Descent, la demie-déception de Land of the dead, et la complète déception de Red Eye, un petit coup d'oeil sur cette production de série B estampillée "produite par Quentin Tarantino".
Ce film est une daube, quelque chose qu'on ne croyait pas revoir après les années 70, et surtout après la série des parodies de films gore (Scream, Ghosts of Mars). On croirait que Eli Roth n'a vu aucun film d'horreur, ce qui pourrait être assez intéressant (naissance du cinéma, etc.), mais ce qui donne un gloubi-boulga de choses mille fois vues ailleurs. Ou alors qu'il les a tous vus, mais qu'il n'en a retenu que les apparences : ce brave homme croit toujours que le comble de l'horreur, c'est montrer un oeil qui crame en gros plan, ou une jambe coupée à l
a tronçonneuse. Quand même, merde, ça a évolué, non ? L'art de l'horreur est dans la suggestion, je vous apprend rien, ou c'est moi qui déconne ? Ici, comble du comble pour un film d'horreur, on s'ennuie ferme. Du coup, l'esprit divague : et si effectivement la carrière de Tarantino n'était qu'une énorme embrouille, un truc à la Billy Wilder, l'arnaque de ce début de siècle ? Peut-être que cet homme est totalement creux, mais qu'on hurle au génie au nom de cette fameuse modernité un peu floue... J'en suis pas encore à penser ça, mais il faudrait pas trop me pousser.
En tout cas, Hostel est daté, raciste (non, tous les slovaques ne sont pas soit des putes soit des psychopathes), pas effrayant, laborieux. On en vient à préférer aux scènes sanglantes cet interminable prélude consacré au sexe et à l'errance de trois américains de base en Europe : au moins, là, il y a peut-être une sorte de début de regard sur la nature américaine par rapport aux "minorités" européennes (l'Europe considérée comme un immense parc d'attraction par les yankees). A part ça, rien à signaler sur les bancs du film d'horreur.
Carpenter, reviens !
