05 mai 2010

Ménage à trois / Trois dans un Sous-Sol (Tretya meshchanskaya) (1927) d'Abram Room

Un Jules et Jim à la sauce russe vintage? Il y a de cela dans le portrait de ces trois jeunes gens qui cohabitent en variant les accointances. Cette école russe des années vingt n'a pas beaucoup de leçon à recevoir au niveau de l'efficacité du montage, et l'on sent que Broom, dès la scène d'ouverture dans un train ou lorsqu'il s'agit de montrer le fonctionnement d'une imprimerie, n'est pas un manchot ni un fainéant dans son aptitude à varier constamment les cadres. Le sujet est on ne peut plus audacieux au niveau des moeurs, et l'on se retrouve nous-mêmes surpris de voir ces différents petits arrangements entre amis sans que cela provoque d'explosion de violence au sein de ce triangle qui continue de subsister dans la promiscuité...

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Kolia et Liuda vivent donc tranquillement dans leur petit appart de neuf mètres carré avec leur chat tout aussi peinard. L'arrivée d'un pote de Kolia, Volodia, venu dans la capitale pour bosser, ne va pas tarder à chambouler le ménage initial. Certes Volia ne semble pas être aux petits soins pour sa femme, mais celle-ci, profitant d'un petit voyage de son mari, ne va guère tergiverser pour sauter dans les bras de Volodia. Le bon vieux pote sort l'artillerie lourde pour en mettre plein les yeux à la donzelle - baptême de l'air, sortie au cinoche - et après lui avoir malignement tiré les cartes, il va l'attirer (hum - ne tombons point dans la vulgarité en modifiant l'orthographe, non) à lui... - la scène est d'ailleurs tout en allusion finement "suggestive", la carte du valet de carreau recouvrant celle de la dame de coeur... Le retour de Volia s'annonce assez olé-olé, et Room en profite pour nous servir la séquence la plus délicieuse du film : Volia se cache dans l'appart, et quand Volodia arrive, il surgit derrière lui en lui cachant les yeux; Volodia se retourne alors pour l'embrasser tendrement... (l'existence du baiser à la russe supprime malheureusement toute conjoncture sur le fait qu'il s'agisse du premier baiser gay au cinéma). Volia est mort de rire - il pourrait se douter de quelque chose quand même ! Ben non, que dalle - et Volodia est consterné. Ce dernier ne va tout de même pas tarder à avouer à son pote ce qui s'est tramé pendant son absence et Volodia part furax... avant de revenir le lendemain à la casa; seul petit changement, dorénavant c'est lui qui dort sur le divan. Le plus excellent, c'est que les deux compères retrouvent leur petite relation amicale (putain, les mecs, quand même !) et la Liuda de ne pas tarder à se sentir comme le dindon la farce... Mais le dindon ne va pas hésiter à prendre son destin en main.

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Rondement menée, l'intrigue nous gratifie au passage de quelques magnifiques vues sur le Moscou de l'époque (Volodia est en charge du chantier du théâtre du Bolchoï d'où il a une vue imprenable sur la ville; les séquences en avion sont également assez impressionnantes) qui doivent être encore plus savoureuses quand on connaît la ville aujourd'hui - c'est po mon cas, mais bon... On reste peut-être malgré tout un peu sur sa faim au niveau de l'émotion, Room ne s'attardant guère sur les états d'âme des personnages ou sur les discussions à trois - certes, c'est du muet vous allez me dire, mais on sent que Room est beaucoup plus habile dans l'enchaînement des séquences que dans les épanchements sentimentaux (les deux mecs sont en effet guère bavards (ils passent leur temps à jouer ensemble... aux dames) et Ludia n'ose jamais vraiment mettre de l'huile sur le feu, se contentant souvent de tirer la tronche devant l'attitude des deux gaziers qui l'oublient assez vite). La séquence sur la fin, dans la clinique, est tout de même d'une belle intensité dramatique, et la décision de Ludia permet une envolée finale toute à son "honneur". Charmant film russe, qui n'a pas pris une ride, loin des sentiers amoureux classiques.   

Posté par Shangols à 13:27 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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