10 décembre 2010

Machete de Robert Rodriguez - 2010

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Franchement, j'ai aimé Machete. Mais d'un plaisir assez coupable, un peu comme quand on regarde une série à la con à la télé : on sait que c'est fait par des crétins, on sait qu'on nous prend nous-mêmes pour tels, mais c'est tellement débile qu'on trouve ça drôle. Toujours aussi tarantinesque, Rodriguez nous sert une nouvelle fois un machin Grindhouse qui cultive le mauvais goût et le vintage comme un art majeur. Ca devient un peu lourd à force, mais on est bien obligé de constater qu'une nouvelle fois, ça envoie méchamment du steak. On réunit une bande de gueules cassées (Danny Trejo, aussi expressif qu'un plat de lentilles ; Steven Seagal, qui fait ainsi une entrée triomphante sur ce blog ; Don Johnson, qui ne joue rien ; même de Niro, en caution cinéphile, franchement sous-employé), on leur adjoint quelques bombasses en mini-jupes ou portes-jaretelles ou les deux (Jessica Alba et quelques-uns de ses clônes, j'ai été incapable de différencier les différentes filles du casting), et on envoie la sauce. A savoir des hachages de compères, des explosions de têtes, des bagarres à coups d'objets coupants de toute sorte, des cascades en chopper, et en général tout ce qui fait jaillir du sang dans un bruit d'enfer. De l'action, il y en a, rien à redire là-dessus, et de la belle et bonne, les scènes de fight marquant très clairement des points : très chorégraphiées, super fun dans le gore, elles vont au bout du bout du grand n'importe quoi, entre parodie 8ème degré et hommage bas-du-front à un genre que Rodriguez, on l'espère, est le dernier à respecter encore (le film d'action bourrin et con comme une passoire).

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Ca suffit bien au plaisir du bazar : la régression adolescente a des délices. On est bien embêté quand même d'apprécier certaines inspirations vraiment douteuses (les femmes-objets, la complaisance complète pour la violence), mais on jubile en attendant de voir comment Rodriguez va nous surprendre à la scène suivante. Machete est un film profondément sincère, et Rodriguez semble vraiment aimer le genre, sans poses. Il pousse l'inconscience formelle jusqu'à son point culminant, ne se gène pas pour filmer une scène de crucifixion dans une église, une bonne soeur qui sort des fusils à pompe de sous sa robe de bure (au ralenti, of course, sinon c'est pas assez affreux) ou une fille à poil sortir un téléphone portable de son... oui, de son, avec un ajout de bruit humide d'un raffinement certain. On est affligé, et on se marre comme des idiots, ce qui est bien le but : nous retransformer en idiots bouffeurs de pop-corn émettant des borborygmes, et rejoignant ainsi l'essentiel de l'esthétique de ce film.

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Comble du n'importe quoi : Rodriguez se pique cette fois de faire de la politique. Il s'y montre aussi fin analyste que le Tarantino de Inglourious Basterds. Il "parle" ainsi des problèmes d'immigration aux States, et du problème des Mexicains illégaux. Le scénar se résume en un combat entre les bons -Mexicains, donc- et les méchants -ceux qui n'en veulent pas, entendez les politiques, la télé, les flics, et tous ceux qui ne sont pas mexicains. C'est d'un manichéisme qui ferait passer le courant alternatif pour la gamme des rouges chez Van Gogh (vanne reprise des Inrocks, ndlr). Ca donne des dialogues monosyllabiques dans le meilleur des cas, ridicules dans le pire ("Il y a la loi, et il y a le bien. Moi, je suis du côté du bien"). Mais Rodriguez, lui, est convaincu de son bon droit, et en profite d'ailleurs pour élargir à toutes les formes d'oppression opérée par les States sur les immigrés de toute sorte, et sur les étrangers en général (il y a des allusions au western, voilà pour les Indiens ; au terrorisme islamiste, voilà pour l'Afghanistan). Je ne vous promets pas que vous en sortirez avec la solution à votre dernier chapitre de thèse sur l'immigartion aux USA, mais là encore c'est fait avec une telle inconscience de sa propre crétinerie que ça force le respect. Humour ou immaturité complète, on ne sait pas trop. Ce qui compte, c'est que Machete est un truc qui donne du plaisir à bon compte, et que, si on peut demander plus au cinéma, on peut aussi se contenter de ça de temps en temps. Manquent une mise en scène qui ne soit pas qu'un copier-coller de référence, des acteurs employés pour autre chose que leurs cicatrices ou leurs gambettes affriolantes, et quelqu'un au scénario. Ah oui, manque pas mal de trucs, c'est vrai, maintenant que vous le dites.

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Posté par Shangols à 14:55 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


08 septembre 2008

Planète terreur - un film Grindhouse (Planet terror) (2007) de Robert Rodriguez

Avant de regarder un film de Rodriguez, on sait parfaitement qu'on aura aucune révélation sur le sens de la vie, si on se demande une chose c'est à la limite de savoir si le livreur de pizza va arriver avant 9 heures. Bref, on s'attend à voir des gonzesses qui sortent de Playboy en 3d, 34267 échanges de coups de feu, et de l'hémoglobine à tous les étages.

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Alors oui on est servi : le "programme" s'ouvre sur la bande-annonce d'un héros mexicain "Machete" qui n'est pas le genre de moustachu à avoir un gros sens de l'humour (ce qui manque d'ailleurs avant tout dans les films de Rodriguez - il y a l'humour gore "fun" (comme dans l'expression "fun radio" ou "jeune con") mais l'humour fin comme dans "c'est fin, c'est très fin, ça se mange sans faim", ça, connaît point le gars) - puis le film s'ouvre sur une go-go danseuse et une musique écrite par Rodriguez lui-même qui n'est pas avare en saxo - ça booste, on peut même avoir en option sur le dvd "l'ambiance du public dans la salle" pour savoir quand applaudir ou rire : franchement on arrête plus le progrès de la déconne. Bon ben sinon voilà c'est à peu près tout, on a droit comme dans le Tarantino aux fameux effets "film vieilli", quand une scène devient particulièrement chaude la pellicule prend feu (pays de puritains ces ricains, n'ont jamais le courage d'assumer jusqu'au bout les excès... un tant soit peu sexuels - parce que pour la violence on a vraiment la totale - je me demande s'il y a même une limite...), et l'éclairage, notamment dans les séquences dans l'hôpital, est d'un jaunasse-verdasse très vintage. Les méchants ont des cloques qui leur mangent le visage mais ils explosent super bien sous l'impact de balles, de pare-chocs de camion ou de pales d'hélicoptère. Rien de bien surprenant hein... La pizza a depuis longtemps refroidi, certaines croûtes reposent en bataille dans les assiettes en plastique, même le chat a fini par s'endormir.   (Shang - 16/11/07)

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planet_terror_stillAh c'est clair qu'on est assez loin de l'univers de Bresson, tant Rodriguez revendique la connerie crasse comme un des Beaux-Arts. Ca charcle à tous les étages, c'est franchement super-impressionnant dans la surenchère spectaculaire, mais ça reste un film écrit par un ado boutonneux sur un coin de table de collège. M'est avis que Rodriguez devait être la tête de turc de sa classe, tant il cherche par tous les moyens à regagner des galons aujourd'hui : il a dû rêver de se taper la fille de Seconde 3, et passe donc son temps à reluquer sous toutes les coutures les bombasses qu'il engage ; il a dû s'imaginer en train de trucider le prof de physique pour se complaire ainsi dans les explosions de figurants. Ce serait intéressant de fouiller dans l'enfance du gars, pour y repérer tous les refoulés, les frustrations et les fantasmes qui l'ont jalonnée. A quand un livre sur Robert Rodriguez, qui ferait le point sur les dangers de l'acnée juvénile ?

planete_terreur_un_film_grindhouse_grindhouse_planet_terror_2006_referenceCeci dit, on ne s'ennuie pas, c'est vrai, c'est plutôt un honnête film de zombies, même si on préfère quand le genre se teinte d'un peu de discours politique ou social. Rodriguez ne réfléchit pas plus loin que le bout de son fusil à pompes, et ne s'intéresse qu'à l'aspect visuel, sacrifiant toute trame, tout personnage, toute émotion. C'est un feu d'artifices, très pro certes, mais creux comme un 14 juillet. "Fun", effectivement, y a pas d'autres mots. Bien dommage que son pote Tarantino ait suivi le même principe avec son palôt Deathproof. Moi j'ai pris la carbonara, celle avec la crème fraîche et les champignons.   (Gols - 08/09/08)

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31 août 2008

Une Nuit en Enfer (From Dusk till Dawn) de Robert Rodriguez - 1995

Quentin_Tarantino_George_Clooney_Dusk_till_dawnJe sais bien que le genre "film débile" a ses fans, et qu'il peut donner parfois des choses assez fun (comme Sin City du même Rodriguez) ; mais là, quand même, faut pas pousser, même en étant preneur du second degré, From Dusk till Dawn est digne d'un Besson en fin de CM2 (d'un Besson, quoi). Rodriguez utilise un scénario de Tarantino et se laisse aller à un spectacle pénible qui se voudrait déjanté et qui n'est que puéril. Deux tueurs (Clooney, à chier, et Tarantino, ailleurs) prennent en otage une famille (le père, c'est Keitel, affligé) pour passer la frontière mexicaine après un hold-up. Ils vont rencontrer une horde de vampires, et les dézinguer à tour de FromDuskTillDawnbras. Voilà. Oui, je sais... Infâmement mal écrit, le scénario est un grand n'importe quoi : en déséquilibre total, il ne sait jamais où il va, multipliant les clichés du cinéma de série Z adulé par Rodriguez : violence fun, personnages barrés, dialogues décalés, déification de l'action. On est dans le vide absolu, même pas de regard par rapport au genre, même pas de distance, tout est ras-la-moquette et jamais drôle. Rodriguez semble se foutre complètement du spectateur, persuadé de son bon droit à la connerie, recyclant les milions de cassettes vidéo qu'il a dû voir pour en faire un objet informe et très très pauvre visuellement.

5dbo0ay0Pourtant, il sue à la tâche : plans tordus, effets spéciaux dans tous les sens, le Robert se prend pour un vrai metteur en scène, et semble très fier de ses trouvailles. Ce n'est que pur exercice de style complètement vain. Confiez une caméra à un gosse, et vous obtiendrez la même chose. Sans aucune surprise, la mise en scène se veut pourtant très présente, avec un montage hyper-serré, des giclements de sang toutes les 2 secondes et des "idées" visuelles à la pelle : un pieu électrique pour tuer les vampires, une Juliette Lewis dôtée d'une arbalète, une Salma Hayek sous-utilisée en icône sexuelle, une croix-fusil-à-pompes, et j'en passe. Mouais... On s'ennuie à mourir à voir ce recyclage de motifs BD complètement démodé, et on rêve de renvoyer Rodriguez à ses joujoux et à sa PlayStation, domaine dont il n'arrive pas à s'extirper. Parfois, Tarantino laisse un peu trop apparaître sa paresse. Ca, du cinéma déjanté ? Laissez-moi rire.

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17 janvier 2007

Sin City de Robert Rodriguez - 2005

sin1Je sais, j'arrive après la bataille, tout le monde a vu ce film, c'est même sûrement devenu un objet de culte. Ben voilà, moi je l'ai vu aujourd'hui. Des questions ?

J'avoue que j'avais quelques doutes quant à cette production. Sin City, a priori, représente tout ce que je déteste : film "hyper-fait", fashion à mort, avec des stars et des mannequins fatals, qui se prend pas la tête, brandit haut et fort un compagnonage roublard avec Tarantino, et adapte une BD parce que Balzac c'est chiant (j'aime pas la BD). N'empêche que, contre toute attente, ça fonctionne. Si on accepte le fait qu'on n'est pas tout à fait dans un film de Sautet, donc que les personnages n'ont pas une psychologie parfaitement maîtrisée ; si on accepte de voir des acteurs traités en marionnettes, au service d'une pure technique formelle ; si on accepte le fait que voir une tête exploser, un oeil arraché ou un corps coupé en tronçons, c'est fun ; si on est pas trop exigeant et qu'on a juste envie de se vider la tête... alors on passe un bon moment.

Ce qui bluffe bien sûr, c'est la technique, puisque le film est réalisé dans un faux-noir et blanc magnifique,sin2 avec juste quelques pointes de couleur ou des stries de lumière inspirées. Le sang peut être d'un rouge fluo, ou d'un jaune aveuglant, ou être simplement une lumière qui coule, c'est une bonne idée. Tout ce qui tient de la forme est parfait, costumes, maquillages, décors, rythme, détails de personnages (la cicatrice de Bruce Willis, les postures d'Owen Clive, la tronche de Mickey Rourke...). Le film, mené franchement à 100 à l'heure, tout en surenchère dans le gore, assume cet aspect purement extérieur avec beaucoup de talent. Jamais on ne sort du scénario pour contempler la beauté des images, et pourtant elle s'imprime dans la rétine. Sur des idées de base aussi casse-gueule, il faut vraiment de la jugeotte pour tenir le coup. Et puis je reconnais que le goût du sieur pour le gore me ravit, certaines idées étant assez cradasses pour faire vraiment rire. Au contraire de nombre de ses comparses, Rodriguez ne se prend pas au sérieux, et se rapproche effectivement en cela de Tarantino. Du coup, Sin City baigne dans un second degré très agréable, et les acteurs semblent jouer sin3tout à fait dans cette optique. La bonne idée de casting, à ce propos, c'est Bruce Willis, l'acteur américain le plus second degré du marché. Malgré les postures très super-héros des personnages, leur sérieux affiché, et les solennelles voix off utilisées, on sent que derrière tout ça se cache un gosse qui jubile à chaque jet de sang. Tout comme Tarantino, Rodriguez joue avec le genre très codé de la BD, fait semblant d'en respecter tous les aspects, mais s'en amuse sans vergogne. Ca soulage après les pompeux Matrix et autres Lord of the Rings ("arrière, Gandulf !")...

Alors d'accord, ça reste du cinéma d'esbrouffe, et on peut regretter que les acteurs soient étouffés sous la masse d'ambition visuelle du réalisateur. D'accord, c'est un peu long, la dernière partie Willissienne sentant un peu le remplissage. D'accord ça va pas pêter plus loin que des hectolitres de sang. D'accord, les acteurs ne sont pas tous au jus de ce qu'ils ont à faire (grosse déception côté Del Toro, trop en roue libre). D'accord c'est du cinéma d'ado attardé. Mais bon, dans le genre décervelé/action/blockbuster, c'est ce qui s'est fait de mieux depuis longtemps.

PS : trouvé ces affiches sur le site rigolo : Hollywood Poster Generator. Juste comme ça.

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Posté par Shangols à 09:30 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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