04 décembre 2007

Un Monde sans Pitié d'Eric Rochant - 1989

monde_pitieSi comme moi vous avez découvert Un Monde sans Pitié à sa sortie en salles, si comme moi vous vous êtes reconnu là-dedans jusqu'à sentir que ce film allait sûrement changer votre vie, si comme moi vous avez découvert le cinéma au travers de ce genre de films, un conseil : laissez votre vieille VHS prendre la poussière sur votre étagère. N'effacez pas surtout : laissez-la être là comme un repère précieux, laissez-la exister en tant qu'objet de nostalgie. Mais ne la revoyez pas non plus, vous deviendriez amer comme je le suis ce soir après avoir fait l'erreur de revoir le film 20 ans plus tard.

Ben oui, Un Monde sans pitié, c'est presque mauvais. Rochant a sûrement fait LE film d'une génération, LE portrait de la jeunesse des 80's, glandeuse, carpediemesque, dépolitisée et cynique ; mais le fait est que cette jeunesse (à laquelle j'appartins à cette époque, d'où mon culte) n'est finalement pas intéressante. Celle d'Eustache dans La Maman et la Putain, film auquel on pense automatiquement dans cette volonté de dépeindre une génération de façon définitive, était autrement plus précieuse, autrement plus belle et fougueuse que celle portée par Hippolyte Girardot. En fait, je ne sais pas si le film est mauvais ou si c'est moi qui suis devenu trop vieux pour l'aimer : on pourrait parler du montage indigent, de la musique d'ascenseur, de l'interprétation mal à l'aise devant ces dialogues trop écrits et peu naturels, du vide de l'ensemble ; mais là n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est de constater comment un film fait son chemin dans la tête, longtemps après sa vision, comment on fantasme le cinéma, et comment on tombe le cul par terre quand on est confronté à la vision concrète de la chose. Là où je voyais en Hippo un brillant nihiliste en 89 ne reste plus qu'un petit malin tête-à-claques ; là où l'histoire d'amour me touchait au plus profond ne reste plus qu'une impression de gavante mysoginie doublée d'un romantisme surrané ; là où les répliques me semblaient fuser avec un rythme impeccable ne reste plus que l'impression d'un texte écrit par un Alexandre Jardin qui se serait fait pousser une crête de punk dans la nuit. Bref, très mal à l'aise de constater que ma jeunesse s'est avachie entre 1989 et aujourd'hui, et que je ne suis plus du tout sensible au charme de la légèreté de ce film démodé. Rochant semble tout ému d'avoir devant sa caméra l'actrice de Carax (Mireille Perrier) ; mais 20 ans après, Boy Meets Girl résonne beaucoup plus profondément dans le coeur de l'ado des 80's que ce Monde-là, effectivement sans pitié. Désolé pour moi.

Posté par Shangols à 22:55 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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