19 janvier 2010

Hombre (1967) de Martin Ritt

Bon, c'est vrai que l'accroche anglaise ne donne pas forcément envie au vu de la complexité linguistique qu'elle propose : "Hombre means man... Paul Newman is Hombre !" Ah ?! A l'aide de Google translation, on devrait obtenir un truc du genre : "Homme signifie homme... Paul Nouvelhomme est homme !" Mouais. Et pourtant, le film qui prend tranquillement son temps mérite, lui, tout à fait le détour. Un long voyage en carriole avec son lot d'individus louches et de femmes de caractère puis un guet-apens, qu'on sentait venir, durant lequel Newman va devoir assumer tant bien que mal la protection des voyageurs - mais selon ses propres règles : en gros, qu'on vienne pas lui chercher des poux. Un ultime face à face, tendu comme un slip d'Apache, qui marque des points et le sentiment que Ritt a réussi une oeuvre difficilement attaquable avec une atmosphère sèche comme un coup de trique relevée de petits dialogues qui font souvent mouche.

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On découvre notre Paul, bronzé comme une lasagne, le regard perçant, véritablement déguisé en Apache, et le pire c'est qu'on parvient à y croire. Non, il ne joue pas à l'indien, il a été élevé parmi eux et le type est tout de suite crédible. Une scène d'ouverture sans paroles à traquer des chevaux impressionnante, une première confrontation dans un bar entre Newman et deux cowboys qui tentent de ridiculiser des indiens qui donne le la (touche pas à mon pote, fils : Newman parle peu, a pas l'air d'avoir beaucoup le sens de l'humour, mais quand il passe à l'action ça pète sa mère) et l'on sent qu'on va assister à un film peu bavard reposant sur le caractère farouche d'un Paul tout entier dévoué à la cause des Indiens. Bien. Paul a hérité de son père adoptif une pension qu'il se dépêche de bazarder et il doit se rendre dans une autre ville pour signer l'acte de vente. Il se retrouve dans une carriole avec des individus disparates : une jeune blonde avec son jeunot de mari qui a un peu les deux pieds dans le même sabot, la tenancière de la pension qui se retrouve à la rue mais n'a pas la langue dans sa poche, un couple formé d'une gonzesse plutôt jeune et étriqué avec un vieux mari un peu zarbi, et enfin un moustachu qui a l'air d'une vraie brute. Tout ce petit monde est secoué ensemble dans la carriole et le premier à en faire les frais, c'est notre Paul : lorsqu'il prend la défense des Indiens, cela choque le mari zarbi qui était en charge d'une réserve et il se retrouve invité à finir le voyage dehors, auprès du conducteur...

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Au bout d'une heure de jeu, force est d'avouer qu'on commence un peu à cerner chaque individu mais qu'il ne se passe pas grand chose... Et crac, des bandits stoppent le convoi, le moustachu se révèle être un complice, et les gaziers dérobent toute la thune du vieux mari - ce dernier a profité de ses responsabilités dans la réserve pour détourner un maximum d'argent dont les Indiens, forcément, n'ont jamais vu la couleur. Newman serre des dents et prend les choses en main après le départ des bandits : si elle veut s'en sortir vivante, la petite troupe se rend bien compte qu'il est la seule option. Mais ils n'ont po intérêt à moufter...  Entre deux séquences sur le regard glacial du Paul qui assume son rôle de leader, on a droit tout de même à quelques réparties assez cinglantes entre l'ancienne tenancière, toujours au taquet pour faire preuve d'un minimum d'humanisme, et notre Paul beaucoup plus terre à terre pour juger ses congénères : po grand-chose à son avis à sauver chez ces hommes qui n'ont eu que mépris pour les Indiens. Ligne de conduite qu'il tiendra jusqu'au moment crucial.

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L'air de rien, on se régale, tant Ritt n'est pas homme à précipiter les choses. Newman assume parfaitement sa position de "transfuge blanc parmi les Indiens qui doit se coltiner à nouveau les siens", joli personnage de solitaire qui ne cherche jamais à sortir de la carapace qu'il s'est forgée. Un final haletant et une petite courbette servile devant le Newman, une époque où les acteurs n'étaient point des êtres de synthèse. Chapeau bas également au gars Martin qui livre un film sans concession, usant des dialogues avec parcimonie mais avec toujours une petite pointe d'ironie mordante. Accrocheur.         

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18 décembre 2009

Traître sur Commande (The Molly Maguires) de Martin Ritt - 1969

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Irréprochable fresque que ce film-là, qui pourrait facilement prétendre au statut de classique, et qui pourtant est oublié. Allez comprendre les mystères de la distribution cinématographique. En tout cas, Ritt fait preuve là-dedans non seulement de sa solide intransigence politique, mais également d'un sens de la mise en scène jamais pris en défaut : The Molly Maguires est aussi beau qu'intelligent, ce qui n'est pas rien.

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Beau, surtout grâce au travail parfait du chef-op, James Wong Howe, qui invente pour montrer l'aridité des milieux miniers du XIXème siècle une gamme très variée de gris, de verdâtres, de jaunes tristes, qui rendent parfaitement bien cette atmosphère glauquissimes. Les décors, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs, semblent toujours sales, envahis par ce charbon poussiéreux que les hommes draînent. Les costumes, ajoutant mille nuances à ces couleurs marécageuses, sont au diapason, et semblent déborder même sur le jeu des acteurs, sec, sobre, épuré. Howe joue également sur des lumières exigentes, ne refusant pas ici ou là de tenter le noir quasi-complet ou les ambiances de souterrains sous-exposées, affadissant les extérieurs les plus champêtres (la campagne est presque aussi triste que les bicoques des pauvres mineurs). mais tout le mérite esthétique du film ne doit pas incomber au seul Howe ; Ritt sait lui aussi enfermer ses personnages, leur boucher tout horizon, multipliant les contre-plongées écrasantes dans ses décors, occultant soigneusement les ciels, filmant la plupart du temps une poignée d'hommes devant une surface unie. Le sentiment de véracité est parfait avec peu de moyens, c'est réussi.

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Intelligent, parce que le scénario et la direction d'acteurs sont éminemment subtils. Il est question de trahison ici : un flic est chargé d'infiltrer le milieu minier irlandais afin de mettre la main sur les leaders d'un mouvement terroriste anarchiste qui se livre à des sabotages en règle. Schéma classique sur la trahison, mais que Ritt traite avec une complète absence de manichéisme : tous, flics, mineurs, traîtres, héros, terroristes, justiciers, sont issus de la même souche populaire, tous viennent du même milieu ; certains ont choisi la voie de la loi, d'autres celle de la rébellion. Le film excelle à montrer la fine frontière qui sépare les deux mondes, à travers des dialogues subtils sur l'appartenance sociale, sur la lutte des classes, sur l'honnêteté opposée à la résistance. Tous les personnages, "bons" ou "mauvais" semblent être logés à la même enseigne : celle de la misère et de la survie. A chacun ses moyens de rester droit dans ses bottes. Le personnage de l'infiltré, campé par un Richard Harris grandiose, est en charge de toute cette ambiguité : il est du côté des dominants, et pourtant se laisse gagner peu à peu par la révolte, et devient presque plus extrémiste dans ses actes que les activistes eux-mêmes (la scène où il détruit avec jubilation la réserve de la mine est superbement amenée); en face, Sean Connery construit un personnage viril et mutique du meilleur effet, brute triste malmené par les puissants, en lutte constante tout en sachant le combat déjà perdu. Les "Molly Maguires" ne font pas de politique : ils réagissent contre l'injustice, ils se battent par horreur de la soumission, point. Pas de longues théories là-dedans (alors qu'on sent toute la charge que Ritt a voulu mettre là-dedans, encore obnubilé par ses soucis avec le maccarthisme), et c'est tant mieux.

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Très réaliste dans sa reconstitution, prenant dans sa trame quasi-policière, le film est d'une noblesse sans faille, renouant avec une histoire du cinéma américain engagée et humaniste (les Kazan, les Lumet) tout en restant dans une veine documentaire parfaitement tenue (les gestes du travail, ceux du terrorisme, décrits avec la même minutie). A voir sur grand écran, pour goûter pleinement les couleurs et apprécier le scope westernien qui ajoute encore à la puissance "tranquille" de cette oeuvre oubliée.

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30 novembre 2008

L'Espion qui venait du Froid (The Spy who came in from the Cold) (1965) de Martin Ritt

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Voilà un film diablement malin qui nous mène, tout comme son héros, par le bout du nez. Pour ne rien gâcher, la photo grise et noire qui nous transporte automatiquement en pleine guerre froide est absolument somptueuse et l'interprétation de Richard Burton - un bloc - et d'Oskar Werner - méconnaissable Jules qui fait froid dans le dos - est de haut vol. Une référence dans le genre des films d'espionnage.

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Burton, agent britannique, assiste, impuissant, à la véritable exécution de l'un de ses agents de l'Est, à la célèbre frontière allemande de Checkpoint Charlie. De retour à Londres, il se voit assigner une ultime mission pour essayer d'avoir la tête de l'agent communiste Mundt, censé être responsable de cet acte... Bon voilà posée l'intrigue, on est po John Le Carre. Ce qu'il y a de passionnant dans la partie qui suit, c'est que Ritt prend tout son temps pour nous montrer un Burton redevenu individu lambda, picoleur, bagarreur et piètre amant en un sens - on se demande presque si on ne s'est pas trompé de film. Il faut prendre notre mal en patience avant que "l'action" s'accélère, prenne son envol et... surtout, avant d'être retourné 12 fois comme une crêpe. La grande subtilité du scénar c'est qu'on en sait presque toujours autant que Burton et qu'il nous est facile de nous identifier entièrement à son personnage - il est bon parfois de se sentir dans la peau d'un espion, par procuration certes, hum... Peu causant, discret comme une éponge, un peu à la ramasse, Burton est saisissant dans ce rôle ultra charismatique. Pas besoin de poursuite en caisses, de coups de feu dans tous les sens, ni de Burton's girl - sans offense pour Claire Bloom - pour rendre totalement captivante cette plongée dans les services secrets à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent point connaître. Les interrogatoires et les scènes de procès sont secs comme des coups de trique et font monter parfaitement la pression. A mesure que le fil de l'intrigue se déroule, que les révélations sont parcimonieusement distribuées, on jubile devant l'intelligence de la mécanique; ceci d'autant que les décors souvent froids comme la mort contribuent parfaitement à glacer l'ambiance. En quatre mots comme en cent, du bien bel ouvrage.   

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Posté par Shangols à 17:31 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]


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