Mesrine : L'Instinct de Mort de Jean-François Richet - 2008
On n'attendait certes pas le faux punk Richet à cet endroit-là, et c'est une excellente surprise de le voir ranger sa panoplie de rebelle bon marché pour se consacrer à cette forme si parfaitement tenue. Ce premier épisode de Mesrine est un excellent moment, incandescent et brillant, qui n'a rien à envier à ses grands frères, qu'ils soient français ou américains.
C'est d'ailleurs là que le film est réussi : il est à cheval sur deux cultures, et ne sacrifie jamais l'une pour l'autre. De Scorsese ou de De Palma, il a retenu un montage serré, une construction de scénario bluffante, et surtout une direction d'acteurs couillue. Cassel est tout simplement parfait (après le dernier Cronenberg, il apparaît finalement comme un acteur enfin intéressant) : impressionnant de présence physique, mais autant à l'aise, si ce n'est plus, dans les scènes plus intimistes, il est un Mesrine épais, complexe, petit garçon dépassé (énorme scène de rencontre avec Depardieu, jeu parfait dans la scène tendue pendant la guerre d'Algérie) ou héros mégalo, dragueur taquin ou nid de violence incontrôlable. Il est de toutes les scènes, et apporte à chaque fois une touche
supplémentaire à ce portrait éclaté et exhaustif. Le récit s'arrête parfois sur quelques minutes de temps, puis pose une ellipse de plusieurs années, qui laisse dans l'ombre nombre d'évènements pourtant porteurs de spectacles (un braquage foireux, une cavale aux States). L'Instinct de Mort y gagne en concision, en rapidité, mais aussi en finesse de trait : Richet s'intéresse à tous les aspects de Mesrine, et évacue les temps morts à la manière d'un Hawks, par exemple. Le personnage est certes glamour et déifié par une mise en scène spectaculaire, mais il est aussi envisagé dans ses faiblesses, et dans ses excès souvent effrayants. Mesrine est un gars finalement assez peu intelligent, mais sans peur et écorché vif, et Cassel et Richet lui rendent tous ses aspects.
De ses modèles américains, Richet conserve aussi quelques géniaux motifs : un split-screen depalmaesque parfaitement utilisé (notamment dans une scène de rupture amoureuse parfaite, ou lors du générique de
début, où les moindres gestes des personnages sont découpés puis passés en boucle pour mieux charger la scène de tension) ; ou un usage de la musique excellent, grande composition de Marco Beltrami. Mais le film est ancré également solidement dans la tradition du polar français, tendance Melville ou Deray disons, avec ces boîtes de nuit glauques, ces petits cafés parigots brumeux et interlopes, ces cascades à l'ancienne, ces seconds rôles tout en camaraderie et en codes d'honneur. Richet n'oublie pas d'où il vient, et en profite pour dresser un portrait de la France de l'après-Algérie très attachant. Les incisions de l'Histoire, utilisées avec parcimonie et toujours à bon escient, nous rappellent que cette histoire est d'abord une histoire française, très symptômatique d'une époque. Le mélange de ces deux cultures culmine lors d'une excellente séquence en plein coeur de l'Arizona, où Mesrine se trouve aux prises avec les flics ricains et leur oppose sa gouaille française ("Touriste, merde !").
Alors c'est vrai qu'il y a quelques défauts là-dedans (une séquence dans une cellule punitive assez attendue, des rapports avec les parents un peu caricaturaux,...), mais tant pis : Mesrine, L'Instinct de Mort est d'une classe folle, est passionnant de bout en bout, haletant et impressionnant, et on attend la suite avec des petits sauts d'impatience. (Gols 10/11/08)
Ca commence comme un épisode de 24 h avec un écran scindé en plusieurs images (la même scène sous plusieurs angles mais aussi montrée en plusieurs prises, comme si chacun avait sa propre version du bonhomme) et ça se termine comme dans Prison Break avec une évasion spectaculaire sur une musique tonitruante... Po vraiment vu là-dedans les clins d'oeil à De Palma ni à Scorsese - et encore moins à Melville... - mais une volonté d'efficacité à tout crin bien dans l'air du temps. Et on peut dire que cette première partie est carrée, réglée comme du papier à musique : découpée en plusieurs vignettes pour montrer les multiples aventures du bonhomme, elle fait fi de gros morceaux comme s'il fallait pas trop traîner en route ou en garder sous le pied pour une version feuilleton... Richet, on le sent, a les moyens de ses ambitions et ne s'empêche jamais un bon vieux travelling circulaire ou une explosion de bagnole pour muscler le bazar. En dehors de la performance de Cassel - qui ne fait que reprendre, en plus couillu, son personnage de Sur les lèvres (sa façon de balancer les "bien sûr" incertains... "Les époques changent, pas les hommes" - c'est lui qui le dit), on était quand même en droit d'attendre un peu plus d'originalité... Les seconds rôles sont assez convenus (bien aimé Gilles Lellouch,... bon Depardieu, l'éternel Gégé la mâchoire serrée qui file son tique à Cécile de France), les décors un peu ramollo (on est loin justement des décors de Melville) - un petit café parigo et sa salle de poker, mouais -, tout cela étant heureusement dopé par un montage qui laisse peu d'instants de répit. C'est déjà mieux que rien, par les temps qui courent, pour un film français, de parvenir à ce calibre : celui d'un divertissement de bonne qualité qui a du punch. En ce qui concerne la reprise du flambeau de la tradition du polar français, on peut émettre des doutes... (Shang 19/12/08)
Mesrine, L'Ennemi public n°1 : c'est là
Mesrine : L'Ennemi public n°1 de Jean-François Richet - 2008
Mais qu'est-ce qu'il nous fait, là, Richet ? Après un premier épisode de fort bonne tenue, il nous sert avec cette suite un film absolument ridicule, qui ressemble à un bal masqué et laisse tomber toutes les inspirations précédentes. Curieux de voir comment un film, découpé en deux parties dans le seul but de nous faire payer deux tickets de cinéma au lieu d'un, peut être aussi déséquilibré, comme si c'était un autre réalisateur qui avait réalisé cet opus 2 avec d'autres acteurs.
Acteurs d'ailleurs complètement humiliés par le réalisateur, qui les affuble de postiches visi
blement achetés à Tout pour la Fête" de Brioude : depuis Gourmet, hilarant avec son collier de barbe qui se décolle, jusqu'à Le Bihan à qui on a collé une fausse machoire, ça ressemble à un film fauché de Jean-Pierre Mocky. La palme revient aux déguisements de Mesrine lui-même, imapayable quand il se met des perruques frisées ou les lunettes d'Elton John : il n'est jamais crédible. Au milieu de cette mascarade, les acteurs ont bien du mal à se retenir de pleurer de honte. Mais le summum est atteint avec l'arrivée de Gérard Lanvin, perruque tordue et accent marseillais digne d'une troupe amateur bas-de-gamme : on savait que ce n'était pas l'acteur du siècle, mais là il tombe dans les tréfonds, ça sent la fin de carrière proche.
Le scénario, qui réservait des tas de surprises dans le n°1, est ici attendu comme c'est pas permis, et monotone comme un jour d'automne : fusillades filmées caméra à l'épaule et totalement brouillonnes, scènes psychologiques dignes de Marie-Claire (Mesrine serait un mythomane
? non ?!??!!), reconstitution pénible des années 70, face-à-face plan-plan (dans les parloirs des prisons, dans les tribunaux ou dans les confrontations avec les flics). Richet abandonne le brillant procédé des ellipses pour servir un biopic archi-balisé, sagement jalonné par des évènements prévisibles de toute évidence trop proche des images d'archive qu'il a dû consulter. Renonçant à toute velléité de mise en scène, laissant le champ libre au cabotinage de Cassel, qui du coup retombe dans sa suffisance laborieuse, traitant l'esthétique par-dessus la jambe (c'était du Scorsese dans le 1, c'est du sous-Lautner ici), il abandonne le projet à mi-chemin. On en avait un peu rien à foutre de la véracité historique dans l'épisode précédent, ici elle étouffe tout, et le film se transforme en thèse sur Mesrine, ce qui n'a aucun intérêt. On soupire de désespoir devant ces scènes impossibles (la dernière demi-heure se concentre sur le trio Cassel/Lanvin/Sagnier, inutile de vous dire que ce n'est pas l'Actor's Studio), et on finit par se dire que l'opus 1 était réussi sans le vouloir.
Mesrine, L'instinct de mort : c'est là

